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FER ROUGE

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173 pages
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Description

C'est une histoire qui ne se déroule pas ici et encore moins maintenant. C'est une histoire où un moment de l'histoire française n'aurait pas eu lieu, une histoire qui aurait pris un autre chemin. C'est un monde où Louis XVI et sa famille ont réussi à s'enfuir lors de la Révolution.
Dans cette histoire, Léon est une jeune Pupille de la Nation qui décide de partir à la recherche de sa famille qu'il ne croit pas morte, tout en fuyant un destin que le gouvernement en place depuis quelques décennies cherche à lui imposer. Dans son orphelinat, comme dans beaucoup d'autres, il y a ceux qui ont été arrachés à leur famille et ceux qui n'en ont plus. Lui est censé faire partie de la seconde catégorie mais il n'y a jamais cru et pour rien au monde il ne se laissera convaincre du contraire. Le jeune médecin, fraichement diplômé, sent qu'on lui ment. Quelque chose au fond de son être lui dit que sa famille est là, quelque part, à l'attendre. Quand, la veille de son dix-huitième anniversaire, il se retrouve affecté à un poste au sein d'un nouvel orphelinat, c'en est trop pour lui. Il va tout quitter et poursuivre ses espoirs fous.
Son périple, subitement écourté et dévié, va le mener vers une vie couverte de secrets. Alors qu'il avait toujours été cloîtré dans son orphelinat, Léon découvre une nouvelle facette de son pays qu'il n'aurait pas soupçonnée. Une aventure qui l'emmènera plus loin que les barrières qu'instaurent un gouvernement théoriquement parfait.
Plus Léon avance, plus il s'embourbe dans le mensonge et les secrets mais pour connaître la chaleur et l'amour d'un foyer, il est prêt à tout. Même à vivre dans la tromperie.

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Publié par
Ajouté le 04 juin 2017
Nombre de lectures 2
EAN13 9791022727303
Langue Français
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Charlotte Dujardin
FERROUGE
COULEURSDUNEAUTREFRANCE– LIVRE1
Cet ebook a été publié surwww.bookelis.com © Charlotte Dujardin, 2017 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de tra duction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays. L’auteur est seul propriétaire des droits et respon sable du contenu de cet ebook.
À celle que j’appelais Mamie.
« Se révolter ou s’adapter, il n’y a guère d’autre choix dans la vie. » Aphorismes du temps présent, 1913 Gustave LEBON
1
On l’y renvoyait. Léon n’avait plus Pue cette idée en tête. On l’y renvoyait. On le punissait. Mais de Puoi ? Il avait toujours été exe mplaire. ourPuoi lui infliger ce calvaire ? ourPuoi continuer à faire de lui le din don de la farce ? Il n’avait rien demandé, jvaise famille. ourPuoi tout semblaitamais. Il était peut-être seulement né dans la mau s’imbriPuer logiPuement et facilement pour Pu’il ne parvienne pas à avoir le peu Pu’il n’ait jdes orphelinats. Ça ne suffisait pasamais souhaité avoir : une famille et une vie loin d’être marPué à vie upille de la Nation ? Il falla it Pue le système français en rajoute une couche ? Il n’arrivait pas à y croire. Il ne tenait toutes c es années Pue dans l’espoir de Puitter l’orphelinat à jamais et on décidait de l’y renvoye r à vie. Jamais il ne Puitterait le système, il était condamné à y mourir. « Dne demi-douzaine d’œufs et une botte de carottes , s’il vous plaît, mon petit. » Ses parents avaient dû commettre au moins un meurtr e pour Pu’on le prive du droit le plus précieux Pu’il connaisse : fonder une famille. Dne vraie, une Pu’on appelle ici-bas les familles « A ». Mais on ne le lui permettrait pas, même pas une famille « C ». Tout ce dont il aura droit, c’est une famille « B », parce Pue la France n’est pas encore assez repeuplée. Il n’arrivait pas à s’enlever cette idée de la tête . Ces catégories familiales n’existaient pas pour les dirigeants mais pour Léon, elles étaie nt tellement significatives. La famille « A » dont il rêvait, était fondée par Amour. La fa mille « C » dont il avait une sombre opinion, était un Contrat avec l’État. Quant à la f amille « B » Pu’il devra fonder, était un simple Besoin vital. Autrement dit, une famille « B » était une famille où les parents et les enfants n’existaient pas, il n’y avait Pue géniteur s et descendance adoptée. En n’abandonnant pas le système, Léon était voué à cet te famille « B » Pui, habituellement, contentait les orphelins. Ça devenait une obsession chez lui. Il imaginait se s parents terroristes, traitres, bourreaux ou espions. Il bouillonnait, ne pouvant n e serait-ce Pu’envisager Pue sa théorie était tout simplement fausse : ses parents étaient morts et le sort l’avait désigné comme sa victime. ChaPue fois Pu’il pensait à ses parents, il ne pouv ait s’empêcher de revoir ses fantasmes d’enfants Pui faisaient d’eux des héros. Il se façonnait un père de la même blondeur foncée, grand et fort. Dn homme bavard et souriant, avec un caractère trempé, presPue tout son contraire. Sa mère, bien moins sté réotypée, n’était pas en reste. Sous ses paupières fermées, il avait depuis longtemps cr éé, aux côtés de l’homme barbu, une petite femme brune et frêle, dont il aurait hérité les grands yeux sombres et hypnotiPues dont on ne savait presPue plus distinguer la pupill e de l’iris, le regard tendre et le visage d’enfant. Il l’entendait rire Puand il les imaginai t assez fort. Ce ne pouvait être autre chose Pu’une famille « A », jamais il ne les faisai t apparaître sans un visage radieux et un air amoureux. arfois même il tentait de se rêve r des frères et sœurs, Pui finissaient tous par avoir le même visage Pue lui, à différents stades de croissance. L’atmosphère irréelle de ses images le rassurait. « Réveillez-vous, mon petit. » Léon releva la tête et aperçut une sexagénaire aux traits marPués par l’agacement Pui claPuait ses doigts devant son visage. Son regard g ris le toisait sévèrement. En grognant, elle croisa les bras sur son imperméable vert sapin rapiécé aux coudes et brodé de petites fleurs violettes au niveau du col Pui lui donnait un faux air de sorcière. errière elle, un autre petit monsieur attendait pa tiemment sous sa casPuette Puadrillée cachant difficilement sa calvitie. On devinait faci lement, aux mouvements furtifs et agacés de sa moustache blanche charnue Puels types d’insanités il marmonnait envers l’impatiente sexagénaire. Léon, incapable de savoir ce Pue la cliente lui rep rochait, se tourna inPuiet vers Euphrasie, sa patronne, Pui prit le relais tandis P u’il se dirigeait vers le vieux monsieur
bougon mais avec un air bien plus affable. « Ah ! Je vous jure, ces orphelins ! Toujours aussi peu aimable. J’en parlerai au directeur, continua-t-elle à râler. — Vous savez, Madame Morin, il vient de recevoir la Convocation… — Et alors ? lui coupa-t-elle la parole. Il va gros sir les rangs de l’armée. Ce n’est pas comme s’il venait de l’apprendre ! — Tous les orphelins ne deviennent pas soldat, Mada me. Léon est très intelligent, la nouvelle a dû être perturbante. Il ne faut pas trop lui en vouloir, c’est un brave petit. C’est même lui Pui s’est proposé pour rester m’aider, voy ez. — Raison de plus, répondit Madame Morin sèchement e n fouillant dans son porte-monnaie. Le jour de ma Convocation, j’étais à l’ate lier et pas Puestion de broder un seul sePuin de travers. J’ai des collègues Pui ont pris le jour Pui leur était offert, alors Pu’elles étaient réaffectées à leur poste. Voilà, ce Pu’il a urait dû faire le petit s’il est aussi faiblard ! » Léon regarda Euphrasie souhaiter la bonne journée d ’un sourire poli à la mégère puis se tourner vers lui. Il encaissa son dixième client de la matinée et se planta devant sa patronne, attendant la réprimande Pui ne tarderait pas. Elle lui tira le bras pour l’éloigner de l’étal et des oreilles curieuses des passants. Au loin, il voyait déjà le groupe de jeunes filles de bonnes familles s’approcher dangereusement de leur emplacement. Elles avaient p ris l’habitude de Puitter leur mère pour choisir leurs légumes sur l’étal de l’Orphelin at de Garçons, simplement pour le plaisir d’être servies par Léon. Elles étaient tout es amoureuses de lui. Dn orphelin aussi mystérieux et innocent Pue Léon les rendait curieus es. Elles le taPuinaient, cherchaient à retenir son attention ou simplement le faire sourir e. Léon, imperturbable, les avait toujours servies avec le plus grand professionnalis me. Il était bien trop occupé à ne pas oublier une retenue à ses additions, lui Pui avait toujours été mauvais en mathématiPues, pour les voir parader devant lui. Cela renforçait l eur envie de venir le voir chaPue matin. Elles ne se doutaient pas Pue les seules fois où il s’accordait une pause, ce sont les jeunes filles timides de l’Orphelinat de Filles ave c leur capuchon sur la tête, Pu’il dévorait des yeux. Elles ne pouvaient pas non plus savoir Pu ’aujourd’hui, plus Pu’un autre jour, il n’avait aucune envie de supporter leurs babillages. « Où est-ce Pu’ils t’envoient ? s’inPuiéta sa patro nne. — ans le Gers. » Face au sourire pincé Pu’elle lui offrit, Léon se s entit obligé de continuer à lui révéler ce Pue la Convocation impliPuait pour lui. « Les trois premières années, je serai en alternanc e chirurgie avec le centre hospitalier de l’armée mais ma Vocation m’assigne c omme médecin en chef dans un orphelinat de 700 pensionnaires. » Euphrasie retint un cri en plaPuant ses mains potel ées et ridées sur sa bouche tordue par le dégoût. Elle scruta les yeux de son petit protégé avec dépit. « Tu restes dans le système ? » Léon hocha la tête tristement. Il vit Pue sa patron ne voulait le prendre dans ses bras mais Pu’en public elle n’osait pas. Euphrasie était la seule employée féminine de l’Orphelinat de Garçons de Bretteville. Son mari, M arius, et elle sont des anciens militaires reconvertis pour travailler au sein des orphelinats. Refusant de se séparer, le couple Hamel a été accepté parmi les orphelins de B retteville à la seule condition Pu’Euphrasie ait le moins de contact possible avec les enfants. Elle ne devait pas leur servir de mère de substitution. Léon était passé à travers les mailles du filet et les Hamel l’avaient traité comme leur fils durant les douze a ns où ils furent présents à l’OGB. ▲▼▲ « En fait, Maman vient d’acheter du bœuf… lâcha joy eusement une blonde dont les larges boucles lui tombaient en une cascade dorée s ur ses épaules couvertes d’un tissu fleuri. — Dne côte ? demanda sa voisine, plus petite, aux c heveux sombres et aux lèvres
beaucoup trop rouges. — Euh… Non, on pensait la hacher, rougit la blonde aux faux airs de Boucle d’Or. Maman voulait faire des tomates farcies mais, à vra i dire, je préfère les aubergines, elles ont plus de goût. Qu’en penses-tu Léon, Pue me cons eilles-tu ? » Les deux commères du lundi s’intéressèrent enfin au jeune homme Pui s’occupait de les servir. Il savait très bien Pue toutes ces cham ailleries n’étaient Pu’une façon comme une autre d’attirer son attention. Toutes les semai nes, le même jour et à la même heure, elles profitaient de la pause de la patronne pour a ccaparer le temps précieux de Léon. Ce dernier aurait pu trouver toute cette agitation autour de lui gratifiante mais cela durait depuis tellement longtemps Pu’il avait fini par se lasser. Au départ, il n’était Pue timide. Il avait accepté de leur donner son prénom, puis les a vait autorisées à le tutoyer et même parfois, les plus audacieuses lui donnaient un peti t surnom. Cependant, après les nombreuses années à servir tous les fruits et légum es et tous les produits du poulailler possible, il avait appris à connaître les moindres détails de leur vie, trop heureuses Pu’elles étaient d’en faire profiter toute la ville . Il n’y avait plus rien de mystérieux chez elle, plus rien à découvrir, plus aucune curiosité à attiser. Léon les trouvait sans intérêt. « Faites un mélange des deux. — Quelle bonne idée ! Je vais te prendre deux auber gines et Puatre tomates, lui répondit Boucle d’Or exagérément ravie, comme si l’ idée Pu’il venait de lui suggérer était d’une ingéniosité peu commune. — Ça vous fera Puatre sous et dix deniers. Et vous, Mademoiselle, Pue souhaitez-vous ? » poursuivit-il du même ton placide. La brune, Pui lui faisait penser à une version plus dévergondée de Blanche-Neige, gloussa et battit des cils ridiculement tandis Pue Boucle d’Or sortait la monnaie de ses poches. « Dne barPuette de fraises… et un renseignement », minauda-t-elle. Boucle d’Or, le visage pivoine, eut l’air choPué pa r cette demande. Elle chuchota un « Astrid… » moralisateur envers son amie Pui l’igno ra, les yeux au ciel. Le jeune homme eut le pressentiment Pu’il n’allait pas apprécier c e Pui allait suivre. « Ça fait longtemps Pu’on se connaît, Léon, et à mo n avis, tu es majeur cette année, je me trompe ? » commença Blanche-Neige avec un petit sourire malicieux. Elle ne laissa pas Léon, afféré à peser la commande de la jeune curieuse, répondre à sa Puestion rhétoriPue. « Et avec Louise-Anne, on se demandait s’il y avait une chance Pue tu restes parmi nous après ton émancipation ? » Léon observa les deux demoiselles impatientes de co nnaître sa réponse. Il remarPua le petit pincement de lèvres gêné de Boucle d’Or, P ui remit une de ses mèches échappée derrière son oreille, et le mordillement de lèvre s éducteur de Blanche-Neige. Elles étaient jolies, certes mais ce n’était pas suffisant pour P ue Léon ait envie de discuter avec elle de sa Convocation et de l’émancipation Pui allait s uivre. Il s’apprêtait à les rembarrer poliment Puand une nouvelle cliente suivie d’une je une fille encapuchonnée se posta derrière les deux curieuses en se raclant bruyammen t la gorge. Léon aperçut une mèche rousse dépasser de la cape des orphelines et vit le s grands yeux gris d’Augustine se poser sur lui. Il réprima un frisson devant l’appar ition angéliPue Pu’elle représentait pour lui. Il ne lui avait adressé la parole Pue rarement , car cela lui était interdit mais aucun doute pour lui, il en était amoureux. Augustine était une pensionnaire de l’Orphelinat de Filles de Bretteville, elle était chargée de porter les courses des clients. Sa cape Pui lui mangeait la moitié du visage et tombait lourdement jusPu’à ses chevilles constituai t le seul uniforme Pue l’OFB possédait. Il obligeait ses filles à la porter pour toutes sorties et était censée les protéger des regards malsains. Le sien, celui des orphelins, en particulier. ourtant, ça n’avait pas empêché Léon de tomber amoureux du visage anguleux, des lèvres roses et pulpeuses et du regard transperçant de la jeune fille. Tous l es mystères Pu’elle pouvait cacher derrière ce mutisme forcé et ce regard d’acier créa ient en lui une rare envie de sourire. « Léon ? » s’impatienta Blanche-Neige. Revenant à la réalité, il se remémora la Puestion i ndiscrète Pu’elle venait de formuler
et le bonheur Pue la vision d’Augustine lui avait p rocuré s’évapora. La Convocation l’envoyait aussi loin de la jeune fille et de tous ses rêves de fonder un foyer avec elle. Son univers s’écroula pour la troisième fois de la journée et une lueur sombre emplit ses yeux. « Malheureusement, non. Je m’en vais. » Léon avait parlé assez fort pour Pue l’encapuchonné e l’entende. Celle-ci releva la tête et laissa échapper un petit rictus triste Pue Léon, du coin de l’œil, aperçut. Boucle d’Or et son acolyte s’attardèrent encore Pue lPues secondes pour se lamenter avant de laisser la place, la mine ostensiblement d éçue, à la cliente suivante. Euphrasie revint de sa pause et remarPuant à son tour la chev elure rousse sous la cape, prit la commande à la place de son employé. Elle avait perç u l’émoi Pue la jeune orpheline provoPuait chez son petit protégé. Euphrasie essaya it d’être présente à chaPue fois Pue la demoiselle venait afin d’occuper le client et de laisser Léon apporter en mains propres la commande à la porteuse de courses. Léon aurait voulu l’embrasser à chaPue fois Pue sa patronne réalisait ce petit manège. Il s’empressa d’attraper la commande, masPuant ses émotions tourmentées, et se dirigea vers Augustine avec la plus grande lenteur dont il puisse faire preuve. Il voulait profiter de ces dernières secondes auprès de celle Pu’il aimait et Pu’il devrait oublier. Il détailla la moindre parcelle visible de la jeune fi lle. u bout de ses bottines abîmées, jusPu’à la pâleur de son nez, dépassant légèrement de dessous la capuche. Il s’attarda même sur l’étoffe de lin de la robe brune et défrai chie dont elle était vêtue. Il remonta du regard le large jupon, vit le début d’un corset bei ge sous la cape déboutonnée. Il suivit la ligne de ses bras pour se laisser hypnotiser par la finesse des doigts de l’orpheline. Comptant les boutons jusPu’à la base de la capuche, son cœur s’emballa Puand il rencontra le menton puis les lèvres tristes de cell e Pu’il aimait. Ses joues étaient roses à cause du vent frais Pui la frappait de pleine face. Ses tâches de rousseurs s’étendaient sur ses pommettes et amenaient vers des yeux cachés par la lourde capuche. es yeux Pu’il n’avait vus Pu’une seule fois et Pu’il n’oubl ierait jamais tant ils étaient magnifiPues. Gris et métalliPues à en être transpercé d’un seul coup d’œil. Si clairs Pu’ils en devenaient magiPues et tranchant avec virtuosité av ec la couleur sombre de ses cheveux roux tirant sur le châtain. Ses cheveux fou s et indomptables, comme il avait envie de croire Pu’elle était. Cherchant son regard désespérément, il vint déposer les PuelPues fruits et légumes de saison dans ses panie rs avec le plus grand soin, faisant encore durer le moment. Quand il baissa les yeux po ur ne pas tout lâcher au sol, la jolie rousse lui chuchota sans un regard « Fuis » et plan ta ses iris en métal dans ceux immensément sombres de Léon.
2
Fuir. Échapper à un avenir qu’un autre avait écrit pour lui. Ça faisait des années que Léon y pensait. Il s’imaginait aller contre le dest in qu’on lui imposait depuis le jour même où il avait compris que son futur n’était pas entre ses propres mains. Il aurait voulu avoir le cran de le faire plus tôt. Tout, ou presque, éta it prêt depuis des années. Il ruminait cette décision depuis si longtemps dans un fantasme de rébellion. Ne manquait que le courage de franchir le pas. Ce courage qu’en un mot, Augustine lui avait insufflé. Léon se mit à rêver de plus belle. S’il réussissait à fuir, il viendrait chercher Augustine, il la délivrerait comme on délivre les princesses d ans les contes pour enfant. Il ferait d’elle sa reine et ils iraient vivre loin. Loin des orphelinats et des abandons, loin de la France et de ses prisons perfides. Loin d’une recon struction qui n’en finit pas. Jamais la France n’avait réussi à surmonter la perte de son r oi. Louis XVI avait réussi à fuir son procès, et alors ? Était-ce une raison pour agir co mme le faisaient les Français depuis ? Le pays dépérissait et rien n’y faisait. Pas même l e nouveau gouvernement qui se voulait utilitariste. La Triade ne fonctionnait pas, elle é tait utopiste et ils ne le comprenaient pas. Léon en était certain, il n’était pas le seul à le penser. S’il fuyait, il fuyait tout. Le jeune homme, décidé, traversa l’étage des Rentab les où il venait de déposer les maigres pourboires qu’il avait réussi à gagner dans la matinée pour rejoindre celui des Déserteurs. L’Orphelinat de Garçons de Bretteville fonctionnait ainsi, avec des catégories aux noms dégradants mais pas choisis au hasard. Leurs p ensionnaires étaient Rentables dès l’âge de 7 ans, lorsqu’on leur attribuait les poste s les plus ingrats de la ville, pour un maigre salaire, qu’ils devaient de toute façon reve rser à l’orphelinat, jusqu’au dernier denier. Les dirigeants avaient eu le bon goût d’app eler ces travaux dont on ne revenait jligés de travailler aux Tâchesamais immaculé, les Tâches. Les garçons étaient ob jcation pouvait être définie. À cet âge, ilsusqu’à 14 ans, lorsque l’État décidait que leur Vo n’en gardaient plus qu’une, celle qui correspondait à leur Vocation et devenaient alors Déserteurs. On les nommait ainsi, non seulement par ce qu’ils désertaient leurs postes à revenus mais aussi parce qu’ils étaient ceux dont l e taux de fuite était le plus haut. Et même si la fugue n’était concluante que sur un cas sur cent, le jour même de leurs 18 ans, ils ne dépendaient plus de l’établissement et ne leur rapportaient plus un sou, à quelques rares exceptions. Léon était, lui, encore un Déserteur pour quelques heures. En passant dans l’Atrium, Léon fut bousculé par un nourricier qui venait de récupérer un nouvel orphelin à l’accueil. Les lits n’avaient pas le temps d’être refaits que déjà on se bousculait pour l’occuper. Le Braillard qu’il tenai t dans les bras venait de naître. Il avait la peau toute fripée et toute rose. Ce n’était pas la première fois que Léon en voyait un. Plusieurs fois au cours de son éducation, il avait dû aider aux accouchements. Ce petit devait être né hors mariage pour qu’on vienne le dé poser à même la porte de l’orphelinat alors qu’il n’avait que quelques heures. Les nourriciers couraient rarement, cela n’échappa pas à Léon qui, intrigué, le suivit jusqu’à l’infirmerie interne. « Qu’est-ce qu’il se passe ? — Léon ? Va chercher le docteur Hamel et dis-lui qu ’un nouveau Braillard a des problèmes respiratoires. » En ces lieux pour enfants sans parents, les plus pe tits étaient les Braillards car les enfants en bas âge étaient les plus bruyants des pe nsionnaires, et personne ne pouvait rien y faire. Aucun pensionnaire ne se souvenait s’ être fait appelé ainsi mais tous se souvenaient qu’un autre l’avait été. « Je peux peut-être faire quelque chose, proposa-t-il calmement. — Oui, va chercher Hamel ! » rugit l’autre. Léon râla intérieurement. Ça faisait des mois qu’il avait reçu son diplôme et qu’il était