Francis Jammes : une initiation à la simplicité

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« J'aime l’âne si doux / Marchant le long des houx » : souvenirs d’enfance, des bribes de poèmes appris sur les bancs de l’école... Pourtant Francis Jammes n’est pas un poète pour enfants mais un grand et authentique poète à l’écriture simple.
Il chante la nature, le monde rural, les travaux des hommes, la beauté des jeunes-filles. Sa voix, oubliée pendant un temps, fait aujourd’hui écho à notre désir de retourner aux sources, de renouer avec un mode de vie plus ancré dans nos traditions. Nous prenons à peine conscience de la nécessité où nous nous trouvons de respecter la terre, la nature. Jammes y incitait déjà ses contemporains. Les mettant en garde contre une urbanisation excessive, il célébrait la vie simple des campagnes et la Création.
L’œuvre de Francis Jammes témoigne également d’un cheminement spirituel. Les recueils et récits antérieurs à sa conversion, d’une grande beauté, sont ceux d’un faune animiste qui perçoit le Divin dans la pierre ou dans l’oiseau qui passe. En 1905, le poète qui a trente-sept ans se convertit au catholicisme sous l’impulsion de son ami Paul Claudel. La foi chrétienne devient alors une des ses sources d’inspiration.
Cet ouvrage propose de (re-)lire l’œuvre de Francis Jammes et à travers elle, de considérer l’éthique, la conception de l’esthétique et l’évolution spirituelle du poète comme une initiation à la simplicité.
Claire DEMOLIN est née à Arras le 29 février 1980. Après une maîtrise de Lettres Modernes, elle devient professeur en collège et lycée et enseigne actuellement à Paris au sein de l'Ensemble Scolaire Eugène Napoléon - Saint-Pierre Fourier. Elle dirige une troupe de théâtre pour enfants : « Les petits baladins » dans son établissement. Claire est l'au teur d'articles sur la littérature parus dans Le coin de table, revue de la Maison de Poésie, et conférencière. Elle a notamment prononcé des causeries au Sénat dans le cadre de la Société des Poètes Français.

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Date de parution 01 janvier 2008
Nombre de visites sur la page 10
EAN13 9782849240762
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,012 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Francis Jammes
Une initiation à la simplicitéCollection « Portraits littéraires »
dans la même collection :
René Daumal : l’Inde en jeu, Caroline Fourgeaud-Laville
Illustration de couverture : © Fonds de l'Association Francis Jammes.
Francis Jammes avec Sultan, 1925.
© Éditions du Cygne, Paris, 2008
editionsducygne@club-internet.fr
www.editionsducygne.com
ISBN : 978-2-84924-076-2Claire Démolin
Francis Jammes
Une initiation à la simplicité
Éditions du CygneNous remercions les éditions Atlantica de nous avoir permis de
reproduire des extraits de poèmes de Francis Jammes.
Nous remercions également l’Association Francis Jammes
d’oeuvrer pour que reste vive la mémoire du poète.Sommaire
Liste des abréviations des titres de Jammes. 6
Introduction... 7
I. L’éthique ou la simplicité du bien et du bon 9
Chapitre 1. Un regard sur le monde. 10
Chapitre 2. Au c œur de la vie. 21
Chapitre 3. Des valeurs enracinées. 33
II. L’esthétique ou la simplicité du beau 47
Chapitre 1. Une œuvre de poète. 48
Chapitre 2. L’humble originalité de la forme. 61
Chapitre 3. La beauté de la simplicité. 84
III. La spiritualité ou la simplicité du vrai 103
Chapitre 1. Du faune au chrétien. 104
Chapitre 2. La grandeur des plus petits. 116
Chapitre 3. La création poétique
ou le Bien et le Beau comme expression du Vrai 131
Conclusion 141
Notes 143
Bibliographie 149Liste des abréviations des titres de Jammes
Ang. De l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir.
D.pr. Le Deuil des primevères.
Triomphe V. Le Triomphe de la Vie.
R.L. Le Roman du Lièvre.
Clair.Ciel. Clairières dans le Ciel.
G.C. Les Géorgiques Chrétiennes.
F.V. Feuilles dans le Vent.
R.S. Le Rosaire au Soleil.
Curé d’O. Monsieur le Curé d’Ozeron.
Vierge et Sonnets La Vierge et les Sonnets.
P.R. Le Poète Rustique.
L. St. Jo. Le Livre de Saint Joseph.
A.D.A.I. De l’Âge Divin à l’Âge Ingrat.
Tb.L.F. Le Tombeau de Jean de La Fontaine.
A.M.C. L’Amour, les Muses et la Chasse.
Brindilles. Brindilles pour rallumer la Foi.
Ma Fr. poét. Ma France Poétique.
Dialogue st François Dialogue entre Saint François et la cigale.
D.D. La Divine Douleur.
Janot Janot-poète.
Leçons Poét. Leçons poétiques.
Champ. et Méd. Champêtreries et Méditations.
De tout temps De Tout Temps à Jamais.
P.L. Le Pèlerin de Lourdes.
V.A.F. Variations dans un Air Français.
Sol. peup. Solitude Peuplée.Introduction
Le 2 décembre 1868, le bourg de Tournay dans les
Hautes-Pyrénées, accueillit en ce monde un grand poète,
étrangement méconnu aujourd’hui : Francis Jammes. Au
cours de sa vie, Jammes ne quitta guère le Sud-Ouest de la
France. Il vécut à Orthez, en Béarn, à partir de 1889 puis à
Hasparren, en Pays Basque, à partir de 1921, refusant
toujours de s’éloigner de la province où il s’était enraciné. Le
7 juillet 1905, il se convertit à la religion catholique à la
Bastide-Clairence ; son ami Paul Claudel l’avait accompagné
dans ce cheminement spirituel. Sorti d’une crise morale aiguë
grâce à la foi, Francis Jammes épouse Ginette Goedorp, une
jeune admiratrice, le 8 octobre 1907. C’est en patriarche
d’une maisonnée de sept enfants qu’il décéda à Hasparren le
1er novembre 1938.
L’ œ uvre de Jammes suscita très vite un véritable
engouement mais le poète goûta mieux sa popularité loin de la
capitale, menant une existence simple et tranquille. C’est
précisément la simplicité de la vie et de l’esprit de Francis
Jammes qui engendra l’enthousiasme pour ce « poète contre la
littérature [1] » compliquée. Jammes fut toujours contre la
complication, quelle qu’elle fût et mena contre elle un combat
avec d’autant plus d’ardeur que lui-même était peut-être enclin
à ce « vice [2] » qui, selon le poète, se manifestait dans sa
jeunesse par de grands accès de tristesse.
Ce rejet de la complication révèle la quête de simplicité
qui anime l’homme et le poète. Épris d’authenticité, Jammes
cherche à renouer avec l’essentiel. Ce qui est essentiel et
fondamental est « de tout temps à jamais [3] » immuable.
Jammes, inspiré d’un christianisme teinté de platonisme,
invite son lecteur à chercher, en sa compagnie, ce qui est
éternellement Bien, éternellement Beau, éternellement Vrai.
7Mais, contrairement au philosophe antique qui n’a foi qu’en
la raison, le poète, humiliant l’intelligence, accède à la
perfection par les chemins convergents de l’émotion, de la
sensibilité et de la spiritualité. Son âme n’a pas la nostalgie
d’un « monde des idées [4] » parfait ; au contraire, elle
tressaille dans ce corps qu’elle incarne, elle s’épanouit dans ce
monde qui lui dit en son langage la bonté, la beauté et la
vérité de Dieu que Jammes appelle aussi « l’Être simple [5] ».
Selon le poète, il n’y a pas de bonté (ou de notion du bien),
de beauté ou de vérité sans simplicité car la simplicité est la
qualité essentielle qui garantit la cohérence et l’harmonie.I.
L’éthique ou la simplicité du bien et du bon
De l’éthique aux notions de « Bien » et de « Bon » il n’y a
qu’un pas puisque ce qui est « Bien » est en adéquation avec
une valeur morale, un ordre juste et ce qui est « Bon »
concourt au bien, à l’harmonie. Si l’ œ uvre de Francis Jammes
semble puisée à la source de la simplicité c’est qu’elle reflète
les goûts et les m œ urs simples du poète. La simplicité devient
alors le gage d’une qualité de vie et d’une grandeur morale
qui s’enracinent dans un terreau d’authenticité et
s’épanouissent à la face du monde. On comprendra alors le regard que
l’auteur du Poète Rustique [6] porte sur le monde et à quelle
profondeur il plonge, à travers son œ uvre, au c œ ur même de
la vie pour en faire jaillir l’évidence de valeurs impérissables.Chapitre 1. Un regard sur le monde.
L’exagération m’apparut toujours comme une anomalie, d’autant plus
que la nature me sembla toujours une chose très ordinaire et que je
m’étonnai de voir à ce point déformée par les poètes [7]
––––––––––––
Le regard de Francis Jammes se pose essentiellement sur
un monde rural authentique et sur une nature dans un état de
pureté naissante et renaissante chaque année. On pourrait
parler dans l’ œ uvre de Jammes, de l’état de simplicité originel
d’une nature à peine effleurée par l’homme mais c’est aussi le
regard de Jammes qui sait se faire humble, sans trop
d’ornements en même temps que poétique. C’est que le « poète
rustique » a toujours su garder la fraîcheur enfantine d’un
regard émerveillé, conserver intacte l’émotion sans entamer
sa spontanéité – quand bien même elle aurait été maintes fois
renouvelée. En 1936, il débute donc son dernier recueil
achevé, Sources, par ces vers à la source première, Garris :
En pays basque, à soixante six ans,
circule en moi la sève du printemps
que le chasseur à tout âge ressent
alors qu’il coupe un houx en l’écorçant [8]
Cette résonance de la nature au c œ ur du poète naît dès
l’enfance. L’horizon s’élargissant au-delà du berceau des
affections des proches, l’entrée dans le monde est avant tout
pour Jammes une découverte de la campagne. La nature
devient le lieu de ses premiers apprentissages, le creuset où
s’élabore le sens des choses essentielles.
Le dimanche après-midi [Graciette] me conduisait à la campagne, qui
est si belle autour de Pau. C’est ainsi que j’appris deux choses : la
10première c’est qu’il existe un grand papillon jaune, et la deuxième c’est
que le vent court dans le blé mûr [9].
À sept ans l’exploration du monde se poursuit, en juin
1875, l’enfant apprend cinq choses :
La première c’est que la rainette est verte avec des yeux d’or. La
deuxième, c’est que le cerf-volant est un insecte à l’aspect diabolique dont
les cornes peuvent transpercer l’acier. La troisième, c’est que, frottés l’un
contre l’autre au crépuscule, certains cailloux émettent une lueur rouge.
La quatrième, c’est que l’écrevisse est un animal cuirassé, d’un gris
bleuté, qui vit sous les souches submergées. Et la cinquième, c’est que sur
la robe argentée de la truite, il y a des étoiles rouges comme dans le ciel.
(A.D.A.I. p. 40)
Francis Jammes, enfant, aime à découvrir le monde en
autodidacte, cela transparaît à la lecture de son premier
volume des Mémoires : De l’Âge divin à l’Âge Ingrat.
L’apprentissage scolaire ne lui réussit guère. Souffrant de
« l’esprit de brimade » (A.D.A.I. p. 96) des professeurs et peu
intéressé par les cours, il s’évade en rêveries :
En attendant, je continuai de m’ennuyer au Lycée, réagissant dans la
mesure du possible contre l’esprit de mes professeurs en appelant à mon
secours tous les insectes et toutes les fleurs et toutes les merveilles du fond
des mers.
(A.D.A.I. p. 246)
La nature, sa toute première source de rêverie, celle qui
naît avec l’enfant, lui vaudra une retenue au lycée de
Bordeaux avec ce motif : « Regarde des fleurs pendant la
classe d’histoire ». Le passage de l’état de nature à l’état de
culture, ou plus exactement la découverte de la culture
côtoyant l’état de nature sans jamais le remplacer ou même
11l’occulter, se fait insensiblement chez le jeune Jammes, au
hasard des rencontres et des vagabondages de cet esprit
curieux et observateur. Le premier livre des Mémoires relate
ainsi l’initiation de l’enfant puis de l’adolescent que l’auteur
fut. Après le premier contact avec le monde par le
truchement de la nature (A.D.A.I. p. 38 et 40), le jeune Jammes
poursuit son exploration. Dans le même temps qu’il
découvre « un insecte très élégant aux élytres coriaces et
grenues », il affronte l’autre à travers la personne d’« un grand
lycéen, bête comme à son âge » qui « peut étirer entre le
pouce et l’index la peau qui recouvre sa pomme d’Adam » et
fait l’expérience de la souffrance morale : « On souffre
souvent, écrit-il, sans savoir le dire » (A.D.A.I. p.72-73).
Après la rencontre avec l’autre, il découvre l’ailleurs lors
d’une visite à Saint-Jean-Pied-de-Port (A.D.A.I. p.104) puis
effleure la spiritualité à la vue de « la Vierge dorée qui luit
comme une âme au sommet de la tour de Pey-Berland » et
goûte la littérature puisqu’ « il y a Jules Verne » (A.D.A.I. p. 213).
La révélation de l’autre, de l’ailleurs et d’une dimension
spirituelle et esthétique n’éloigne cependant pas Francis
Jammes de ses attaches rurales. Au contraire, parce que dans
chacun de ces domaines Jammes cherchera à être
authentique, vrai et simple, son regard sur le monde en sera enrichi
et sa perception aiguisée. Mais il a appris cette simplicité
avant tout à l’école de la nature et de la flânerie ; là, il reçoit
ses premières leçons poétiques, y apprend la vie. Ce n’est pas
grâce aux voyages que Jammes s’ouvre au monde. Son seul
grand voyage, en 1896, en Algérie où il rejoint Gide et
Eugène Rouart, tourne court pour cause d’incompatibilité
d’humeur avec ce dernier.
Hormis une escapade en Belgique et en Hollande en 1900,
le faune-poète quitte rarement sa tanière et toujours pour un
bref délai. C’est qu’au-delà d’Orthez – où il vécut trente trois
ans de 1888 à 1921 – et de ses environs, Jammes se sent
expa12trié et lorsqu’il devra quitter cette petite ville – celle qu’il cite
le plus dans son œuvre – pour Hasparren en Pays Basque, ce
sera avec grand peine, dans les souffrances de l’arrachement
car, écrit-il, « je suis maintenant dans l’exil. Et je souffre au
milieu de gens qui me sont étrangers [10] ». Selon un
témoiegnage rapporté dans l’ouvrage Convertis du XX siècle [11], par
Abel Moreau, l’ultime mot de Jammes avant de s’éteindre le
er1 novembre 1938 à Hasparren aurait été « Orthez ».
Une existence casanière et agreste non seulement suffit au
poète mais lui est indispensable : il ne saurait vivre autrement.
Pour lui, cette vie est la vraie. Il s’y enracine fermement parce
qu’il a besoin de cette stabilité pour croître et découvrir à
mesure qu’il s’élève de nouveaux horizons [12]. Jean Nanteuil
souligne dans son essai L’inquiétude religieuse et les poètes
d’aujourd’hui dans un chapitre consacré à Jammes :
Il ne chemine pas à travers la forêt des symboles. Mais il vit au c œur de
la nature, au ras des choses. La nature est tout à la fois son inspiratrice
et son interprète. C’est en la découvrant qu’il se peint lui-même et nous
ne le connaissons qu’à travers ces mille paysages gracieux où il a dépensé
son attention. Il ne serait plus lui-même si nous le séparions de ces
horizons d’Orthez qui ont enfermé sa vie. [13]
Ce n’est pas sans raison que Gide surnomme Jammes « le
faune » dans leur correspondance car véritablement, le poète
vit « au c œur de la nature et au ras des choses » pour
reprendre l’expression de Jean Nanteuil. Il est vrai que
Jammes entretient cette image d’homme campagnard et
simple, inséparable de ses pipes « en bois » ou « en terre »
évoquées dans des poèmes de L’Angélus [14] aimant la chasse
et la pêche, vivant dans la nature mais aussi grâce à elle. Voici
comment il se dépeint dans Le Poète Rustique se voilant à peine
derrière son personnage :
13Il revient de la chasse. Il est assez trapu. Sa face est d’un faune, dont la
barbe emmêlée retient au passage des haies, telle une toile d’araignée, des
brindilles, des feuilles et des pétales. Il est coiffé d’un béret, vêtu d’un
costume marron, chaussé de souliers et de guêtres crottés. Le chien qui le
précède est beau.
(P.R. p.21-22)
On n’aura guère de difficulté à reconnaître le Jammes
photographié « rêvant dans le parc d’Eyhartzia » (c’est le nom
de sa demeure d’Hasparren) en 1927 ou en 1934, le 6
Octobre, aux Aludes [15].
Si Jammes entretient cette image de faune – L’Amour, les
Muses et la Chasse [16], n’est-ce pas un titre digne des
mémoires d’un faune ?– ce n’est pas du tout par affectation,
bien qu’il soit difficile d’affirmer que ce soit en toute
simplicité car le poète semble assez satisfait de cette assimilation à
la créature mythologique. Jammes cherche au contraire à
cultiver un art de vivre simple et vrai. La communion du
faune-poète avec la nature n’est pas dépourvue d’une
certaine sensualité. Il goûte puis fait goûter au lecteur, les
parfums, les saveurs, les paysages qui nourrissent son être et
sa poésie. Ainsi débute-t-il ses Notes sur des oasis et sur Alger
[17] : « Chetma souvenir du 28 Mars 1896. Souviens-toi des
vergers délicieux, des sources vives sous les palmiers, les
figuiers et les grenadiers » (R.L. p.279).
Albert Samain, après la lecture de ces petites proses
évoquant les paysages et les populations d’Afrique du
Nord, confiera à Jammes dans une lettre datée du
8 Octobre 1896 : « Savez-vous l’impression comme
physique que j’éprouve à vous lire, c’est celle d’entrer la
dent dans des fruits juteux, très lourds, très dorés, très
sucrés, qui s’écrasent en ruisselant et dont le goût trop fort
me suit tout un jour [18] ». Paul Claudel, employant une
14image semblable à celle de Samain évoque « les grâces
naturelles [du] discours [de Jammes] dont les mots
rattachés comme des grains de raisin crèvent d’un même suc
dans la bouche. [19] »
Mais il n’est nul besoin de rejoindre ces contrées exotiques
d’Algérie pour s’apercevoir que Jammes écrit toujours la
nature avec cette sensualité qui lui est si caractéristique. De
simples parties de pêche et de chasse en Béarn ou en Pays
Basque avivent les sens car en compagnie de Jammes et de
son ami Bordeu « Le parfum des maïs, dans l’août stupéfié,
nous entoure, et celui des menthes dans la paille » (De tout
temps... p. 1106).
Les activités de chasse et de pêche sont maintes fois
évoquées dans l’ œuvre de Jammes, neuf poèmes leur
sont consacrés dans le recueil Ma France poétique [20]
dont une chasse au papillon ! Voici les impressions qui
accompagnent le souvenir d’une chasse à la bécasse en
compagnie de sa chienne dans le deuxième livre des
Mémoires :
De novembre à mars, grâce à cet oiseau charmant, j’ai absorbé par tous
les pores la brume, la pluie, la neige et le soleil. En écrivant ceci, je
ressens la lourdeur à mes pieds des terres argileuses, et le frisson qui me
saisit lorsque, ayant pris mal mon élan, ou retenu par une ronce, je chute
au milieu d’un ruisseau. Je vois les espaces de lumière que le taillis laisse
filtrer, Flore sur une lisière moussue, les lacets qu’elle décrit, son arrêt
brusque.
(A.M.C. p.181-182)
Vivante et présente, cette évocation l’est, grâce au passage
du passé au présent de narration qui s’assimile à un présent
d’immanence puisque l’écriture fait revivre le passé (« en
écrivant ceci, je ressens la lourdeur... »). La nature investit le
15