Gardien d

Gardien d'usine

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18 pages

Description

L’usine de Vallon-Pierre a cessé la production depuis longtemps. Les hommes, eux, sont restés et ont transmis à leur descendance, génération après génération, les commandements de leurs fonctions, qu’ils s’appliquent à répéter en vue du jour où la Présidence donnera l’ordre de remettre en marche l’usine.

Aussi, lorsque dans la Salle des discours, le directeur, le costume des grandes occasions, annonce que ce jour est enfin arrivé, chacun ressent l’insigne honneur d’être l’élu et prend conscience de l’immense responsabilité qui lui incombe.

Tous vont alors s’activer pour honorer leurs premiers clients, guettant fiévreusement l’arrivée des camions d’expédition.
Mais à leur place, c’est une petite voiture noire, battant pavillon du Gouvernement, qui s’arrêtera devant la grille ouverte du portail.

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Date de parution 01 juillet 2016
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EAN13 9791096379095
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Gardien d’usine
DANY GRARD
ISBN : 979-10-96379-09-5
© 15K - Juillet 2016
15K propose des textes courts inédits à lire et à écouter sur supports numériques.
www.15k.fr
e suis gardien d’usine. Comme mon père avant moi. E t comme mon fils le sera après moi. C’est ainsi. Notre famille donne des gar diens à ces cathédrales de d’auJtres encore leur matière grise. béton et d’acier comme d’autres lignées fournissent leur main d’œuvre, et Tous les soirs à dix-neuf heures tapantes à l’horlo ge de la grande cour, je les mets sous clé, les bras et les cerveaux de mon hérédité. Je me demande bien pourquoi. Qui viendrait les voler ? Les hommes d’usine, ça n’inté resse personne depuis belle lurette. D’ailleurs il faut remonter cinq générations de Mal let pour retrouver la trace d’un intérêt pour les activités manufacturières. Dans les mémoir es d’Antonin Mallet, en 2020, il est écrit que les puissances de l’argent avaient achevé leur travail. Le territoire avait été nettoyé de toutes ses usines, fermées ces improduct ives, déménagées dans l’Est et le Grand-Est. Les Mémoires de Jean-Baptiste Mallet, so n fils, font, elles, mention d’un revirement de la part d’un gouvernement qui avait f ermé les yeux, des relents de culpabilité vite balayés par un certain Syndicat de s modernistes. « Dans son évolution, l’homme moderne est à l’ère de la matière grise. Ce lle de la machine esclavagiste est révolue », telle était la doctrine du Syndicat qui aboyait contre « le danger de laisser proliférer les germes d’un passé rétrograde aussi t enace et sournois que du chiendent ». L’influence de celui-ci a été si grande qu’il est p arvenu à faire radier le mot « usine », ses dérivés et synonymes du dictionnaire. La génération de Mallet suivante, il n’y avait bien que les familles de gardiens, d’hommes d’usine et q uelques pontes visionnaires du Gouvernement qui avaient œuvré clandestinement à l’ établissement du Programme de conservation du patrimoine industriel pour en conna ître encore l’existence.