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Grand Bambaata Hotel

De

Bleu est un jeune soldat de fortune. Il parcourt la savane africaine ayant pour mission officielle de combattre les braconniers.

Un jour, sa section est appelée par radio pour interpeller une bande de pillards d'ivoire. Le début d'une fuite vers la survie en plein bouleversement politique interne.


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1 - LEGOSSEMOBSERVAIT
Le gosse m’observait. Il n’avait guère plus de dix ans et en paraissait encore moins. Ses yeux injectés de colle me fixaient. Mach ette à la main, il attendait sur le pas de la hutte. Je n’avais pas la force de le supplier. Aucune volo nté, ni d’en finir, ni de poursuivre. J’avais vu certains de mes camarades se faire hache r menu avant d’être balancés dans une grande cuve d’eau bouillante. Je connaissa is le sort qui m’était réservé. Les mains et les bras liés derrière le poteau, j’attendais qu’on m’achève, comme les autres, comme les éléphants trouvés dans la sav ane. La cahute à toit de palmes n’avait rien d’enchanteresse, loin des clichés de v acances paradisiaques. Je ne savais pas exactement où on avait fini après l’embuscade; il y avait forcément une route facile pour que leurs camions aient pu arriver si vite et qu’ils transportent l’ivoire sans prendre de risques inutiles. De toute évidence on s ’était cru trop malins en passant par la brousse. Cinq jours de marche pour en arriver là ! Ce n’était pas la rivière avec son gué et son débit qui autorisait un gros transporteu r à venir chercher la marchandise.
Une voix extérieure ordonna au gamin de se dépêcher. Au ton employé, ce n’était pas celle d’un vulgaire sauvage à casquette kaki dé lavée, plutôt celle d’un sous-chef de guerre devenu officier au nombre de victimes qui dirigeait cette troupe au massacre, une nouvelle élite impatiente de ramasser les divid endes sur le sang de la population innocente. Une rafale crépita, puis une seconde... Des cris au dehors, des collègues s’envolaient vers des cieux moins hostiles. Derrière moi, le capitaine Cagé gémissait. Un râle ininterrompu depuis qu’ils lui avaient coupé la langue après son dernier interroga toire. Je n’étais certain de rien mais j’avais l’impression qu’ils lui réservaient un trai tement de faveur. Ils avaient commencé par lui arracher les ongles des orteils pour le fai re parler... de quoi ? Je n’en avais aucune idée. Dans une seconde séance, ils lui avaie nt brûlé la main droite. Ses chairs brunies ne ressemblaient même plus à un moignon à s on retour. Un militaire au grade improbable l’avait balancé sur le sol dans la case, ne prenant même pas la peine de l’attacher, certain qu’il ne pourrait s’enfuir. Dan s un bref moment de conscience il m’avait ordonné de tenter n’importe quoi pour sauve r ma peau... Facile à dire. - « Bleu, sauvez nos âmes et racontez tout... prene z ma bague et donnez-la à ma soeur. » Il s’était arraché le doigt avec les dents et l’avait craché dans ma direction pour que je puisse le camoufler, Dieu sait comment. Notre jeune gardien, ivre d’un alcool local, curieu x d’entendre un bruit, s’était
avancé pour nous frapper. Une punition supplémentai re pour m’avoir parlé. Après palpations du Capitaine, il prit son coutelas et lu i trancha un doigt d’une entaille précise, un coup de boucher. Depuis, inconscient, i l râlait, le visage dans la terre baignant dans une boue mêlée de sang et d’excrément s. À l’occasion, un type armé, plus âgé, entrait et nous lattait en encourageant l es témoins de la scène, des gamins, à en faire autant. L’enfant s’approche avec son coupe-coupe. Dépenaill é, sa veste camouflée râpée et maintenue par une ceinture ramassée sur un cadav re de l’expédition, marquée par les tâches de sang frais, son ticheurte déchiré et crasseux à l’effigie d’un Pokémon débordant d’un pantalon treillis sans âge. - « Manche cou’te ? Manche long’ ? » J’ai envie de lui proposer ma Rolex cachée dans ma poche couture intérieure, histoire qu’il m’oublie ou qu’il m’achève d’un coup net. Un cri derrière lui. Il s’avance avec sa machette trop longue qui traîne au bout de son bras. Tenue par une main aux doigts sales mais sans en douter bien assez fermes pour assurer un coup fatal. Il lève l’arme et l’aba t du plus fort qu’il peut sur mon bras... - « Attends... Attends » je crie. Ahhh merde… la douleur. Il a poussé un grand han so us l’effort. Je vois des étoiles partout, me pisse dessus. Le liquide chaud coule co ntre ma cuisse, c’est presque un réconfort en rapport à la brûlure de la lame qui a pénétré dans ma chair. Je confirme je suis toujours vivant. Il s’y est mal pris, il a fra ppé sur les cordes qui me maintiennent prisonnier au poteau. Le bras n’est pas coupé. Je l ève la tête. Il rigole, n’est plus là pour moi mais pour le capitaine dont la tête pendou ille sur son torse nu. Il relève la lame et frappe à nouveau au niveau du cou. Une fois puis deux, trois jusqu’à ce que la tête roule sur le sol. Comme un canard le capitaine se vide. Le corps soubresaute encore un peu. Le gamin ne s’occupe plus de moi. Il lance sa machette sur le bas côté de l’entrée de la cahute et commence à jongler avec la tête comme un footballeur. Hop, hop avec son pied droit. Il la fait rebondir e n sortant de la pièce, je l’entend du dehors qui appelle quelqu’un. Soudain la tête vole dans la pièce, frappée du pied en volée - « Goalllllllll » crient les gamins autour de la c ahute en riant. Les yeux baissés, tête penchée, inerte, je louche e ntre mes cils sur la porte de la cabane bambou. Est ce mon tour maintenant ? Je vois le môme saisir sa Kalachnikov passée en bandoulière, il tire à l’aveugle dans la case et part au pas de course vers l’autre bout du camp. La machette reste au sol. Mon bras me fait souffrir. En bougeant doucement, je me rends compte que mes liens ne sont plus serrés. Je suis presque libre, ne me reste plus qu’à tailler la route en év itant de croiser un des gamins. La douleur est insupportable, je m’en fous, j’ai plus mal. Le camp s’agite. Ça court de tous les côtés. Je récupère la chevalière du capitaine d e son annulaire gauche caché dans le sol entre deux pavés de terre séchée, il n’en au ra plus l’usage maintenant. Dehors des klaxons...