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Guignol, l'enfant de la place

De
149 pages
Le commentaire mine le récit. Mais le récit n'en ressort que plus anobli et le cercle plus agrandi. L'auteur se souvient de cela quand il se lance dans une fiction constamment traversée par le commentaire philosophique. Dans cette place où le verbe est roi, l'écriture rejoint le théâtre. le récit est quasiment un long dialogue entre l'avocat et Guignol. La quête est au terme de cette dialectique de la question et de la réponse. Il en résulte une véritable synergie de l'échange verbal. En effet, c'est par une plongée dans le langage que la catharsis s'opère et opère. Quand il arrive au bois de parler, il ne pourrit plus. Il sourit et renaît dans le coeur de tous les enfants!
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place© manuscrit.com, 2001
ISBN: 2-7481-0687-3 (pour le fichier numérique)
ISBN: 2-7481-0686-5 (pour le livre imprimé)Abdellah Hanaï
Guignol, l’enfant de la
place
ROMANPréface
PREFACE
Ilétaitunefoisunemarionnettequiunjouravait
décidé d’émigrer loin d’elle-même, vers elle-même.
Parunhasard-quienfaitnedoitrienauhasard-elle
fut recueillie par un père qui promenait son enfant
dans le Vieux Lyon.
A partir de là, l’écriture d’Abdellah Hanaï nous
fait voyager dans un univers où la fiction et l’analyse se
donnent constammentlerelais. Le récitdela marion-
nette se révèle être au fil des pages celui d’une quête :
laquêtedesorigines. Lamarionnetteestcetenfantqui
ne nous a jamais quittés. Cet enfant un jour enlevé à
lui-même quand par une nuitsacrée,le ciels’était ou-
vertpourtouslesvœux. Unenfantqui,àtraverstoutes
les métamorphoses, persiste à croire qu’il n’est pas ce
que les adultes en ont fait : un guignol qui égaie les
tristes soirées. De son enfance il lui revient le souve-
nir d’une grande place dans cette ville du sud maro-
cain ; une ville qui, par amour du soleil, tourne le dos
àlamer.Decetheatrum mundi émergent à sa mémoire
desvisages,desodeursetdesvoix. Desvoixdeconteurs
mêléesàcellesdescartomanciennes. Dessilhouettesde
danseurs déguisés et d’arracheurs de dents. Des appels
dejongleursétouffésparceuxdesvendeursdemélanges
aphrodisiaques. Uneplaceguignoliséepourlesbesoins
7Guignol, l’enfant de la place
delacause. Uneplaceoùl’auteur,encoreenfant,aou-
vertlesyeuxsurcemondeoùl’acteurestroi. Maisl’en-
fant a grandi. Il est devenu un grand enfant qui porte
sur la place de jadis un regard d’anthropologue amou-
reux.
AbdellahHanaïreconduitdanscelivrelesthèmes
porteurs qui lui sont chers et qu’il retravaille dans
la démarche du jamais-identique. Si ces thèmes
traversent les nouvelles du recueil Au bout du fil, ils
reviennent ici avec une force nouvelle, portés par le
regard d’un enfant guignol qui persiste à vouloir vivre
tel qu’en lui-même il a toujours été. La source reste la
même : un je/écrivant qui ne ressent aucun besoin de
légitimer l’acte d’écrire en recourant à une prétendue
écriture objective. Pour cet auteur partagé entre l’essai
anthropologique et l’écriture de fiction, l’écriture est
unespacederetrouvaillesetderéconciliation. Avecsoi
d’abord avant d’aller à la rencontre de l’autre dans la
transparencedesdifférences. L’écrituredumoin’apas
àchercherailleurssestitresdenoblesse. Conscientede
sesrisquesetdeseslimites-limitesquiconstituentaussi
sa force - elle empoigne ses motifs à bras le cœur pour
exorciserledémon. Pourexorciserledémon,Abdellah
Hanaïnes’encombrepasdemouleslittéraires. Ilpuise
dans l’esthétique de l’impur. L’auteur de fictions ne
cache pas sa formation philosophique. L’écriture est
sanscesseinfiltréederenvoisphilosophiques;cequine
l’empêche pas d’émouvoir à plusieurs endroits. Venu
comme par effraction à l’univers de l’écrit fictionnel,
Abdellah Hanaï écrit dans l’urgence de celui qui ne
prétend à la légitimité d’aucun statut. Ecrivant dans
une langue qui n’est pas la sienne mais qu’il a appris
à aimer sans l’apprivoiser, écrivant dans le mélange
des genres - il dit ne pas maîtriser les techniques des
genres - Abdellah Hanaï écrit en contrebandier, en
passeur qui bouscule les frontières pour se frayer un
autre passage : le sien.
Est-ceunrécit? Est-ce du théâtre ?
8Abdellah Hanaï
Lesconteursdelaplaceontrévéléàl’auteurlese-
cret du récit sans cesse brisé par le commentaire et ce
afindetenirenhaleineunauditoirepard’autrescercles
sans cesse interpellé. Ils ont révélé à leur insu la magie
de l’anti-récit, du récit qui se nie pour mieux s’affir-
mer. En effet, il arrive souvent au conteur de la place
de demander à l’auditoire de partir car l’essentiel est
ailleurs. Oui, il arrive au conteur de stigmatiser l’in-
utilité et la légèreté de ce qu’il raconte. Le commen-
taire mine ainsi le récit. Mais le récit n’en ressort que
plus anobli et le cercle plus agrandi. L’auteur se sou-
vientdecelaquandilselancedansunefictionconstam-
ment traversée par le commentaire philosophique et…
le théâtre. Oui, le théâtre est là. Tel qu’en lui-même
il a toujours été. Dans cette place de l’éphémère et de
l’illusion. Danscetteplaceoùleverbeestroi,l’écriture
rejoint le théâtre. Le récit est quasiment un long dia-
logueentrel’avocatetGuignol. Laquêteestautermede
cette dialectique de la question et de la réponse. Il en
résulte une véritable synergie de l’échange verbal. En
effet, c’est par une plongée dans le langage que la ca-
tharsis s’opère et opère.
Quand il arrive au bois de parler, il ne pourrit
plus. Ilsouritetrenaîtdanslecœurdetouslesenfants!
Brahim Hanaï
9Elle est à toi, cette place, texte que tu déchiffres sur la trame de ton
vol, puisque toutes les places du monde sont une.
Le rite de la promenade s’impose chaque di-
manche comme deuxième lieu d’une petite liberté que
nous nous offrons lui et moi pour répondre à tous les
caprices que ma femme nous interdit à l’intérieur de
la maison. Nous avons fini par aimer le dimanche. Je
sors de mon âge adulte, je quitte mes dossiers, j’oublie
les plaidoiries, j’accompagne mon fils pour perdre vite
letempsdelacontrainte. Jerejoinscemondeinfantile
etjemesoumetsavecplaisiràsesdemandes. Jem’offre
la joie d’un dimanche très long pour redevenir léger
et sans souci. Nous nous déchaînons, nous courons,
nous nous baffrons de chocolat et de bonbons et nous
continuons la promenade, à la main des cornets de
glace chatouillant notre gourmandise. Seul instant où
j’arrache à mon travail d’avocat un temps sans calcul.
La joie de vivre n’est finalement qu’un moment qu’on
chassedansnotreexistence. J’aitenuàresterfidèleàce
ritepourm’exercersurlemouvementdesconduitesde
l’enfance. Je détruis les distances à travers le temps. Je
brise le portrait adulte et je débarque dans l’aventure
labyrinthique du Vieux Lyon.
Nousaimons tous lesdeux ce lieu adouci par nos
pas qui marquent sur lui, chaque dimanche, une rou-
tine ouverte aux hasards multiples. Nous admirons les
mêmes maisons, nous parcourons les mêmes ruelles.
Nos regards réglés sur nos pas traîneurs se penchent
du haut de l’esplanade ; seuls les toits se multiplient,
comme la promesse de vies qui palpitent du mouve-
ment des rues. Mais Fourvière et son point de vue
neréusisentpasàpercerlemystèredecequartier
aux tons roses, orangés, marron clair, qui se blottit au
pied de la colline tout en s’étendant jusqu’au fleuve.
Nousmarchonsàl’abridelamêmesensationtandisque
je réponds toujours aux mêmes questions de mon fils
concernantcettemystérieuseViergenoiredelachapelle
qui protège les habitants du Vieux Lyon. Et pourtant
11Guignol, l’enfant de la place
cettecollinequisurplombesesruesanimées,cettecol-
line riche de vestiges de l’époque où la ville était Lug-
dunum, centre vital du territoire gallo-romain, cette
même colline laisse planer la menace du temps, de la
terre qui s’effondre et sème la panique. Monfils, tou-
jours inquiet pour l’avenir de la Vierge noire, propose
des solutions afin de la protéger de l’érosion. Nous
marchons et au fur et à mesure, il oublie ses interro-
gations.
Nous entrons dans les jardins du Calvaire qui
forment une transition entre l’imposante Basilique
plantéefièrementenhautde lacollineetlespremières
maisons de la vieille ville. L’ombre qui y règne apaise
les yeux, fatigués de la trop grande luminosité de l’es-
planade, et les petits escaliers de bois qui coupent les
virages du chemin principal proposent un jeu au pro-
meneur : nous nous amusons à tromper les distances.
Nous comptons les marches, nous les recomptons sans
nouslasser. Nousoublionsleurnombreprécisetnous
reportonsl’exactitudeauxautresdimanchesàvenir. Et
très vite, nous voici devant l’escalier qui nous conduit,
lelongd’unemaison,auxruesduVieuxLyon. Lades-
centeestvertigineuseetnousnousdemandonstoujours
jusqu’où vont nous conduire ces volées de marches
qui s’enchaînent. A gauche de chaque palier, la porte
d’une habitation inviterait presque celui qui est en-
traînéinexorablementdanssadescenteàl’interrompre
pour y frapper, jeter un regard curieux à l’intérieur et
percer le mystère de ce mur épais. Nous ne frappons
pas, nous laissons le mystère nous accompagner pour
maintenir leplaisir dansnotre balade continuellement
assoiffée des mêmes tableaux par lesquels nous nous
permettonsdevoyager sur place etrêvonsen différents
lieux. Notre fascination relève de la même vibration
d’être protégés des grands bâtiments et des immenses
boulevards. Nous gardons en nous cette exclusivité du
dimanche, requise par le sentiment de l’évasion et de
l’oubli. Le fils oublie ses devoirs, le père oublie ses
12Abdellah Hanaï
dossiers. Nous sommes égaux face au refoulement,
nous sommes égaux dans le même sentiment de créer
la beauté de ce lieu mythique par nos yeux, et nous
sommes toujours prêts à la renouveler pour qu’elle
demeure une pierre d’attache sur laquelle nous ins-
crivons notre présence évadée des temps modernes.
Nousnousruonssurlesmêmeschemins,nousopérons
par différents retours le temps antique conjugué à la
contemplation.
Adroite,lapentelisseetraidequipermetl’écou-
lementdeseauxfaitnaîtredesdésirsdeglissadeenluge.
Mais voici la première petite rue sur laquelle débouche
abruptementl’escalier. Délaissantl’ouverturequimène
à Saint Jean, nous choisissons de nous enfoncer dans
l’étroitesseduréseaupiétonnier,protégésparleshauts
murs. Nousrestonsfaceàeux,explorantleurrestaura-
tion;malgréleurrajeunissement,ilsonttoujoursgardé
la même odeur d’une vieillesse qui a usé le temps afin
de se réaffirmer dans les nouveaux signes de la moder-
nité. Dans ce lieu étroit, on semble être enfermé, on
s’imagine être ramené à l’ancienne époque, mais sou-
dain, une clarté jaillit, provenantd’une grille donnant
surunecourintérieure,oubienencorel’entréesombre
d’un autre escalier pentu pénètre au cœur des habita-
tions. La rue du Bœuf porte bien son nom, elle qui
arboreune statuette de l’animal aucoin del’une de ses
maisons. Dans d’autres niches, ce sont les statuettes de
la Vierge, cette fois, qui rappellent la présence protec-
trice de celle d’en haut. L’histoire mélangée à l’imagi-
naire populaire raconte qu’au Moyen Age, elle a sauvé
Lyon de la peste, et les habitants n’ont pas manqué de
lui témoigner leur reconnaissance.
L’ENFANT: -C’estvrai,papa,laVierge noirea
sauvé la ville de cette maladie ? Elle est forte, la noire,
papa, toute seule elle a pu combattre ce microbe rava-
geur. Dis-moi que c’est vrai. La Vierge noire est gen-
tille.
13Guignol, l’enfant de la place
L’AVOCAT : - C’est ce que raconte la mémoire
populaire. L’essentiel, c’est que le Vieux Lyon est en-
core là, c’est ce qui compte.
- J’espère qu’il survivra toujours, j’aime bien ce
lieu, papa, je m’y sens protégé.
- Moi aussi je l’aime.
Et entre les questions et nos regards, la balade
continue à déchiffrer les différentes figures pour cer-
ner en nous le même plaisir ainsi reconnu au ton de
la voix de mon fils, toujours fasciné par le mouvement
decemystèrequis’accroîtavecchaqueinstant. Lespe-
titesboutiquesquiponctuentlaruenouslaissentdevi-
ner des échoppes moyenâgeuses, où l’artisan travaillait
danslapénombredesapetitepiècetoutengardantune
ouverture sur la rue, sur le passant, le client à venir.
Mais enfin, à un détour, les pas sont attirés par celle
qu’on cherche longtemps dans le dédale des rues, celle
quisecachedansunecourintérieureetquiséduittou-
jours les yeux : la Tour rose nous offre la délicatesse
suave de ses teintes et son escalier en colimaçon joue à
cache-cache avec le regard. Nous sommes toujours sé-
duitsparlaTourrose,parcequenousaimonscequ’elle
investitdansnotreimagination,nousaimonssavolonté
d’être debout, élégante et orgueilleuse, pour animer le
ciel,dansl’odeurdespotsdefleursquiagrémententpa-
liers et fenêtres de cet espace clos mais prêt à s’ouvrir
pourallongerletempsd’undésirpromeneur.
Après avoir débusqué cette fameuse Tour em-
blèmedel’architecture du Vieux Lyon, nous repartons
en direction du fleuve, passant devant la non moins
célèbre Maison des avocats, à la vaste cour gazonnée et
auxfenêtresRenaissance. Lelieuflattemasatisfaction,
flatte l’orgueil de mon fils d’être à côté de l’endroit où
travaille le père. La Maison des avocats recouvre bien
14