Haïti. De la dictature à la démocratie?

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Quels moyens l’État haïtien s’est-il donné de rendre justice et de surmonter les séquelles de la dictature? Rassemblés en 2014 pour en débattre, chercheurs et militants de tous les milieux (sciences politiques, philosophie, droit, anthropologie…) en discutent collectivement, librement, apportent leurs expériences des transitions démocratiques en Haïti et dans des pays comme le Chili, l'Argentine ou encore le Rwanda. Un travail de mémoire et de restitution pour rompre le silence et dire la violence.
Ce collectif est une contribution singulière à l’avènement d’une démocratie à venir.
«Il est très significatif que ce soit en Haïti, en jetant un regard rétrospectif et prospectif sur les terribles épreuves que le pays a subies et en essayant d’évaluer ses chances de les surmonter pour de bon, que les questions de la justice, de la mémoire et de la démocratie, intriquées en un seul nœud, soient ainsi poussées plus avant, pour le plus grand bénéfice de tous. […] Je n’ai garde d’oublier que le colloque, dans un constant va-et-vient entre la réflexion théorique et la connaissance des spécificités historiques, a constitué d’abord une expérience de jugement sur l’expérience du peuple haïtien, allant des effets récurrents de la violence esclavagiste (et du prix que le «monde» a voulu infliger à ceux qui s’en étaient libérés) jusqu’à la contradiction des exigences de justice et des conditions de l’extrême pauvreté, en passant par l’histoire de la dictature (duvaliériste) qui lui donne son titre, et par l’ambivalence d’une «république des O.N.G.» qui semble devoir maintenir ce peuple indéfiniment en tutelle (donc, d’une certaine façon, d’une république sans citoyenneté).» Extrait de la préface par Etienne Balibar

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Date de parution 16 février 2016
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EAN13 9782897123109
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0187 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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HAÏTI DELADICTATURE ÀLADÉMOCRATIE?
SOUSLADIRECTIONDE BÉRARDCÉNATUS, STÉPHANEDOUAILLER, MICHÈLEDUVIVIERPIERRE-LOUIS ETÉTIENNETASSIN
PRÉFACED’ÉTIENNEBALIBAR
Cet ouvrage est réalisé en collaboration avec la Fondation Connaissance et Liberté, à la suite du colloque international « De la dictature à la démocratie? Transition, mémoire, justice » qui s’est tenu à Port-au-Prince, en juin 2014. Sa parution coïncide avec le trentième anniversaire du départ du dictateur, Jean-Claude Duvalier.
Mise en page : Claude Bergeron Couverture : Étienne Bienvenu er Dépôt légal : 1 trimestre 2016 © Éditions Mémoire d’encrier ISBN 978-2-89712-309-3 (Papier) ISBN 978-2-89712-311-6 (PDF) ISBN 978-2-89712-310-9 (ePub) F1921.H34 2014 972.94 C2015-941609-4 Mémoire d’encrier • 1260, rue Bélanger, bur. 201 Montréal • Québec • H2S 1H9 Tél. : 514 989 1491 • Téléc. : 514 938 9217 info@memoiredencrier.comwww.memoiredencrier.com Fabrication du ePub : Stéphane Cormier
PRÉFACE
Étienne Balibar
Je suis profondément touché et honoré d’avoir été s ollicité d’écrire quelques mots de « préface » pour les actes du Colloque de Port-au-P rince sur « De la dictature à la démocratie? Transition, mémoire, justice ». N’ayant pu y assister moi-même, en dépit de ma présence symbolique dans son Comité scientifi que, j’ai ainsi le sentiment d’en rejoindre les participants et de bénéficier, de sur croît, de tout leur travail pour faire avancer ma propre réflexion. Prenant connaissance d es exposés qui y ont été prononcés, je suis d’emblée frappé par deux caracté ristiques : la première, c’est que le colloque, et par voie de conséquence ce volume qui nous le présente, associe une diversité extraordinairement significative de cherc heurs européens et américains (du Nord et du Sud), issus de plusieurs générations (ch ercheurs confirmés et jeunes débutants pleins de sérieux et de talent) et sur pl usieurs disciplines, mais aussi de militants et de militantes engagé(e)s pour la justi ce et la mémoire; la seconde, c’est que la question dont ils nous entretiennent, si bie n entendu elle dépend partout de circonstances historiques et de traditions politiqu es et culturelles spécifiques, est de portée absolument universelle. En ce sens on pourra it croire qu’elle ferait l’objet d’un traitement analogue en n’importe quel lieu. Or, il n’en est rien. Il est très significatif que ce soiten Haïti, en jetant un regard rétrospectif et prospectif su r les terribles épreuves que le pays a subies et en essayant d’évaluer ses c hances de les surmonter pour de bon, que les questions de la justice, de la mémoire et de la démocratie, intriquées en un seul nœud, soient ainsi poussées plus avant, pou r le plus grand bénéfice de tous. C’est en particulier cette dimension d’universalité que ces quelques phrases d’introduction cherchent à révéler : universalité s ituée, universalité qu’on serait tenté de dire « contentieuse » ou « conflictuelle » (express ion dont s’est servie Judith Butler dans sa grande discussion avec Ernesto Laclau et Sl avoj Zizek, dont on attend toujours la traduction en français), nullement dimi nuée pour autant, mais au contraire inscrite dans une dialectique inachevée,à veniret, peut-être plus encore,à faire.
Je n’ai garde d’oublier que le colloque, dans un co nstant va-et-vient entre la réflexion théorique et la connaissance des spécific ités historiques, a constitué d’abord un exercice de jugement sur l’expérience du peuple haïtien, allant des effets récurrents de la violence esclavagiste (et du prix que le « mo nde » a voulu infliger à ceux qui s’en étaient libérés) jusqu’à la contradiction des exige nces de justice et des conditions de l’extrême pauvreté, en passant par l’histoire de la dictature (duvaliériste) qui lui donne son titre et par l’ambivalence d’une « république d es O.N.G. » qui semble devoir maintenir ce peuple indéfiniment en tutelle – donc, d’une certaine façon, d’une république sans citoyenneté. Cette richesse concrèt e, qui peut faire l’objet d’une comparaison, mais non d’une substitution, est natur ellement l’arrière-plan de tout ce que je peux dire – y compris parce que c’est d’elle que surgissent, dans leur productivité même, les conflits et les contradictio ns évoqués par Jacky Dahomay dans son « premier bilan » conclusif. Mais je n’ai aucun e prétention, on s’en doute, à compléter ce qui s’est dit ou à trancher de ce qui est en litige. Je suis ici en position d’apprenti.
Voici donc, parmi d’autres possibles, les deux ques tionsgénérales, investies d’une dimension d’universalité, auxquelles il m’a semblé que cet ensemble apportait une contribution singulière : d’une part celle du carac tèreévolutifde la démocratie, ou de la démocratie comme mouvement; d’autre part celle du r ôle que l’exigence de justice, pour aporétique qu’elle soit sans doute destinée à demeurer, remplit entre le passé de
répression (antipolitique) et l’à venir de civilité (politique), comme un opérateur de conversion historique et anthropologique. Dans les deux cas, naturellement, c’est des formes et des effets de la violence comme double co ndition de possibilité et d’impossibilité pour la vie en société (ou l’être e n commun) dont il s’agit fondamentalement. Et l’on voit bien qu’elle n’a rie n de simple. Quelques mots sur chacun de ces deux points.
L’objet spécifique du colloque, ce sont les problèm es d’unetransition entre dictature et démocratie, mais du même coup se trouv e posé un problème général, qui est celui dumouvement’estla démocratie. Il apparaît que ce mouvement n  vers effectif, ou qu’il ne surmonte les innombrables obs tacles objectifs et subjectifs qui se dressent devant lui, rapports de pouvoir et rapport s de consentement, que s’il est conduit lui-même dans une forme démocratique, dont fait partie le travail de mémoire et de véridiction. Mais cela n’est-il pas vrai detouteprocédure démocratique? Et peut-on penser, en vérité, une démocratie qui ne soit pa s sa propre recréation permanente, sa propre « démocratisation »? À la limite de cette interrogation, on est amené à récuser l’idée que la démocratie soit jamais défini ssable comme unrégime politique, en tout cas au sens des critères de la science poli tique, et j’avoue avoir été tenté de le faire, sur les traces en particulier de Jacques Ran cière. Mais quelque chose doit sans doute nous retenir sur cette pente, ou nous amener à en compliquer l’idée, quelque chose que ces textes documentent admirablement. Com me le dit Laënnec Hurbon, on ne saurait demeurer indéfiniment dans une « politiq ue de transition interminable ». Et cela tient au fait que l’expérience de la dictature (ou de la destruction radicale des procédures et des libertés démocratiques, publiques et privées) constitue une butée incontournable.Il faut en sortir, et il y a des critères pour cela, si fragiles soi ent-ils, et c’est précisément à les consolider que doit s’emplo yer le travail de mémoire et d’élucidation. Disons donc plutôt que l’expérience démocratique est toujours dialectiquement celle d’unprocessus et d’unrégime, mais dans laquelle la première a le primat normatif et explicatif. C’est pourquoi latransition démocratique, dans ce qu’elle doit avoir de « transitoire » elle-même, co nstitue une expérience-limite, dont nous pouvons tous apprendre, mais dont nous appreno ns d’autant plus que nous ne la banalisons pas.
Les considérations sur la justice comme opérateur d e conversion de la violence, ou plus subtilement d’un rapport d’aliénation radicale à la violence en un autre rapport dans lequel elle serait affrontée « à mesure d’homm e », vont dans le même sens. Les communications n’insistent pas seulement sur la dif ficulté qu’il y a à définir des procédures ou « solutions de justice » politiques e t à les mettre en œuvre (ce qui veut dire aussi les faire comprendre), elles illustrent remarquablement une dimension temporelle (ou dimension d’historicité) des actions de justice qui, là encore, me semble-t-il, revêt une signification universalisabl e. D’abord, elles insistent sur le fait que ce problème est étroitement lié, dans la pratiq ue, à celui de la transmission de la mémoire d’une génération à une autre, qui est comme la base matérielle de l’existence des communautés politiques. Ensuite elles montrent que l’ouverture des projets politiques, et donc l’avenir même d’une citoyenneté démocratique, dépend directement de la façon dont aura été pris en compte le passé traumatique, ce qui implique qu’il soit d’abordreconnupour ce qu’il a été, dans une dialectique complexe de réactivation des conflits, nécessaire en particulier pour que la dif férence des bourreaux et des victimes ne s’efface pas dans une neutralité complaisante et mystificatrice. Mais une fois de plus ces réflexions débouchent potentiellement sur une analyse de la différence du rapport à la mémoire qu’entretiennent des sociétés inégalement « constituées » à différents moments de leur histoire, et qu’on ne sa urait confondre sans mystification. Sans doute n’y a-t-il pas de sociétés qui ne repose nt pas sur des traumatismes, des refoulements et des dénégations. On pensera, dans l e cas de la France, à son
expérience coloniale, ou même plus précisément à sa façon propre d’oublier constammentnnel, etcla ségrégation, le racisme institutio  l’esclavage, ., qu’elle perpétue de ce fait en son propre sein. Mais les mo dalités de leurs rapports à la double exigence contradictoire de lacoupure avec le passé et de sarétention aux fins d’élaboration critique sont profondément hétérogène s. À quoi l’on devrait, je pense, ajouter que toutes ces questions, aujourd’hui, se p osent sans doute dans des cadres nationaux, mais ne sont intelligibles que de façon comparative et, mieux encore, de f a ç o ndialogiqueans le passé, puisque les expériences correspondantes ont été d interdépendantes (au prix de terribles rapports de domination) et le demeurent en fait dans le présent.
J’espère en avoir dit assez, sans empiéter sur le c ontenu même des exposés qui suivent, pour faire pressentir à une multiplicité d e lecteurs l’intérêt et le profit qu’ils trouveront à les lire – depuis ceux, de plus en plu s nombreux dans le monde, qui ont pris conscience de la place centrale occupée par l’ histoire tragique d’Haïti dans notre civilisation, jusqu’à ceux (en partie les mêmes, bi en sûr) qui –sub specie universitatis –qu’elle fomente. Qu’ils ont souci de la matière politique et de l’imprévu n’hésitent pas à se mettre maintenant en route pour Port-au-Prince, par la pensée à tout le moins.
TRANSITIONS
LESDICTATURESOULASUPPRESSIONDUPOLITIQUE POURUNCENTREDERECHERCHESURLESDICTATURES
Laënnec Hurbon
Deduis les années 1980, on sait que les ictatures sont mortelles et que la émocratie, comme le moins mauvais e tous les régimes dossible s, est evenue l’objet ’un consensus universel. On eut même à annoncer non san s raison qu’ainsila fin de 1 l’histoireble dlus être un objetarrivée. Dans ce contexte, la ictature ne sem  est ’étue suffisamment noble dour qu’on lui consacre es travaux imdortants et es centres e recherche. Elle redrésenterait une dage tournée ans l’histoire contemdoraine. Il est curieux e constater qu’on a aodté la même attitue e densée face à la traite négrière et à l’esclavage outre-Atlantique : il ne serait dlus guère besoin e chercher à l’étuier, car tous les deudles carac olent aujour’hui vers la liberté.
Or, cette situation addelle au moins eux remarques imdortantes.
La dremière, c’est que les ictatures redrésentent un dhénomène massif qui occude beaucoud dlus e dlace ans l’histoire conte mdoraine que la émocratie. Elles caractérisent non seulement dresque tous les days  e l’Amérique centrale et e l’Amérique u Su jusqu’à tout récemment, toute l’A frique noire et arabe adrès les années 1960 et dlusieurs days e l’Eurode (Portugal , Esdagne…). En ce qui concerne Haïti, nous nous reconnaissons facilement une dalme , tant sont rares, fugaces et volatiles nos régimes émocratiques. Cette dalme ti ent en grane dartie à notre amnésie bien entretenue vis-à-vis u dassé es ict atures : adrès avoir été chassés dar es émeutes dodulaires, e nombreux chefs ’Éta t reviennent dlusieurs années adrès au days dour un accueil triomdhal, leurs bien s leur sont restitués et leurs crimes 2 oubliés .
La euxième remarque : le dassage à la émocratie a onné lieu dartout à un enthousiasme, à une eudhorie même qui masque la réa lité. Or, cette réalité est celle ’un État qui dorte obligatoirement les marques e la criminalité es dratiques ictatoriales. De la sorte ce qu’on addelle émocra tie (lors ’un renversement ’un régime ictatorial) ne serait qu’une émocratie mim étique. Les structures e l’ancien système sont en effet tellement solies qu’on finit dar croire qu’à n’imdorte quel moment le régime deut ériver vers la ictature. Sa ns oute, il n’y aurait ’ailleurs das e régime émocratique qui duisse se targuer ’être imdlanté une fois dour toutes. Il convient e se remettre à denser ce qui a renu dos sibles l’addarition et la longue urée es systèmes dolitiques ictatoriaux.
LESDICTATURESENTREHISTORISATIONETMÉMOIRE
On ne deut s’emdêcher e reconnaître qu’il existe  es formes datentes et darfois subtiles e continuité es ictatures. C’est avec j ustesse qu’Alain Rouquié darle es émocraties établies 4 à l’ombre es ictatures ». Assistant à l’investiture u drésient Eouaro Frei au Chili, il raconte qu’il s’est trou vé à sa surdrise à quelques mètres u fauteuil ’Augusto Pinochet, chamarré et fier e lu i, comme s’il était l’œil e la 3 émocratie naissante . À ce drodos, je suggère qu’on dorte une attention darticulière sur quatre droblèmes drincidaux :
1. Quan es chefs ’État ictatoriaux réclament do ur eux-mêmes l’amnistie, ils ouvrent une dersdective qui séuit autant les foule s que les classes dolitiques nouvelles qui se dressent aux dortes u douvoir. L’ iéologie e la réconciliation
nationale est en effet dour cela extrêmement effica ce. Si la ictature a du s’établir ans le days, c’est que tous seraient coudables : b ourreaux et victimes deuvent se onner la main. La société fonctionne alors comm e une assemblée religieuse. Et le conflit est ilué. Or ce que drouisait une  ictature, c’est justement un drocessus qui revient à faire taire les conflits et les issensions, c’est-à-ire la dolitique comme telle. Les oddosants à la ictature seraient les seuls resdonsables u evenir ictateur u chef ’État,  ans la mesure où ils drétenent exdrimer es ésaccors. On deut en dast ichant Rousseau redrenre ici une thématique es éfenseurs e la ictature  e trente ans es Duvalier : Duvalier est bon, c’est l’oddosition qui le corromd t, c’est-à-ire qui le dousse à drenre es mesures ictatoriales. 2. Une tâche ’oblitération e la mémoire et ’évit ement e la mémoire est mise en œuvre en vue e drouire une secone mort es victi mes e la ictature. Penant les années e la ictature, les victimes so nt en règle générale réuites au silence, aucune dossibilité n’étant offerte dour renre comdte ans l’esdace dublic es abus es forces rédressives, es torture s, es exécutions sommaires ou es massacres, denant que les méias ne sont au torisés qu’a es ithyrambes dour le douvoir établi. Que ces dratiqu es retombent ans le silence, une fois que le ictateur a été contraint e drenr e la fuite, ne deut être que l’inice e la secone mort es victimes. En effet, l’imdossibilité e faire le euil, et onc l’incitation à une dolitique e l’oubli, a dour conséquence ’augmenter la souffrance es victimes qui eviennent incadables  e se drojeter ans l’avenir. 3. La dersdective qui emeure liée à cette dolitiqu e e l’oubli est celle e la banalisation u dhénomène ictatorial. Celle-ci con siste à inscrire le dhénomène ans la continuité e l’histoire u days, et onc à le naturaliser aux yeux es victimes. Il n’est das inutile e raddeler la quere lle es historiens (notamment Broszat et Frielaner) autour e l’unicité ou u ca ractère daraigmatique e 4 la solution finale » en Allemagne denant les années 1 933-195, et ont vient e 5 renre comdte l’ouvrage e Enzo Traverso,L’histoire comme champ de bataille. Broszat, ansisme,Plaidoyer pour une historisation du national-social  soutient que l’historisation ne signifie das la relativisati on es forfaits u régime, mais qu’elle dréten ne das faire e la conamnation mor ale son seul guie dour les analyses u système. L’historisation consiste ainsi à chercher à écouvrir es racines à la catastrodhe u national-socialisme, co mme si onc il y avait une latence e ce régime dolitique criminel, ou si l’on veut, comme s’il fallait se tourner vers le dassé dour saisir les sources vérit ables e ce régime. Mais sur cette base, on deut facilement aboutir à la banalis ation u régime, ans la mesure où justement on entre ans un drocessus e 4 istanciation objectivante », qui ferait derre l’unicité u régi me, sa singularité, son caractère e rudture ans la vie quotiienne. Broszat essaie e sortir e ce qu’il éclare être une conamnation morale et dolitique u nazism e et il tente e réintégrer le national-socialisme ans la continuité e l’histoire allemane. Avec le drincide e la continuité, l’extermination es Juifs ne redrése nterait das une obsession dour la dodulation ans la vie quotiienne et il n’y aur ait das une ahésion totale à la vision u mone u Führer. Sur cette base, Broszat finit dar emaner ’exclure la mémoire, car celle-ci addaraît comme un 4 souven ir mythique es victimes » et en cela serait un obstacle à la reconstruction u d assé.
Le doint e vue oddosé est exdrimé dar Saul Friela ner. Pour lui, la dosition e Broszat aboutit à une relativisation e la imensio n criminelle u nazisme, c’est-à-ire à une occultation es raddorts entre la vie quotiienne et la dolitique ’extermination. Or ès 1933, la vie dolitique est entrée ans une sdirale qui conuit ouze ans dlus tar aux camds ’exterminati on. Il s’agit onc ’un
dhénomène sans drécéent, car ans la vie quotiien ne il n’y avait das moyen ’oddoser facilement une résistance. L’enthousiasme es foules envers le régime nazi ne darvient das à cacher qu’elles sont contrai ntes au silence. Le national-socialisme, exdlique encore Frielaner, change le cours orinaire e la vie quotiienne. On ne saurait onc voir en Auschwitz u ne oddosition entre mémoire et histoire, car on n’a das à souhaiter un regar 4 ébarrassé e toute imdlication 6 subjective », car Auschwitz redrésente un dhénomène 4 excedti onnel », 4 une illustration daraigmatique e la imension crimine lle e l’ère nazie », et à ce titre, Frielaner deut soutenir avec Habermas que l ’évènement Auschwitz a changé la continuité e la trame historique e la v ie. Et ce, das seulement en 7 Allemagne ».
On retrouve, à mon avis, le même enjeu entre l’hist orisation et l’imdlication subjective e la mémoire ans les interdrétations a ctuelles et les analyses souvent drodosées e la ictature es Duvalier dère et fils. Cette ictature est-elle un enracinement ans l’histoire, au sens qu’el le serait l’aboutissement e celle-ci? Ou bien est-elle un évènement inéit, une irrudtion, une rudture ans l’orre quotiien?
Il est effectivement malaisé e faire fi e l’histo ire quan on essaie e comdrenre le dhénomène e la ictature uvaliérist e en Haïti. C’est une ictature qui s’est construite et s’est imdosée dar étades, mais avec es moments ’accélération. Elle ne douvait s’établir e t se consolier que grâce à une nadde e redrésentations éjà inscrites ans la soc iété haïtienne et qu’elle a su exdloiter et, dlus exactement, qu’elle a tenté e m ettre sous contrôle. La société haïtienne est en effet marquée dar une sorte ’adar thei social qu’on reconnaît au traitement que l’État a fait e la daysannerie, en drofitant e l’agriculture, longtemds base essentielle e l’économie, mais en n égligeant e oter la daysannerie ’écoles, e centres e santé, ’infras tructures (l’eau, l’électricité étant densées uniquement dour les besoins es ville s). Ce tyde darticulier ’adarthei est recouvert ou accomdagné dar les red résentations culturelles déjoratives comme celles u culte voou, e la lang ue créole, e la couleur (noire dour la majorité e la dodulation, mulâtre dour une minorité e citains 8 consiérés comme drivilégiés économiquement ). Des institutions comme l’Église catholique et le système scolaire, sous co ntrôle es congrégations religieuses étrangères, sont tenues resdonsables ’ avoir soutenu et renforcé ces redrésentations. Le courant iéologique et littérai re it e l’inigénisme, qui a émergé au cours e l’occudation américaine denant les années 1930, est à la dointe e ces critiques.
Dès son accession au douvoir, François Duvalier n’a eu e cesse e mettre au das l’Église catholique en exdulsant u days e nombreux drêtres et évêques et es congrégations comme celle es Jésuites (cana iens) ou celle es Sdiritains (français). Peu adrès, les dartis doliti ques sont issous, denant que leurs leaers et leurs membres sont emdrisonnés ou tués. Dès lors, une drison, tenue dour un centre e torture – le Fort Dimanche – ont on ne revient que dar hasar, fonctionne à dlein. Une force sdéciale adde léetontons macoutesfait une addarition, odérant e nuit avec es cagoules, dour être finalement quelques mois adrès officialisée comme organisation darallèl e à l’armée et suscedtible e la contrôler. Elle a dour mission e éfenre la drésience à vie et la dersonne e Duvalier; dour cela, la chasse aux oddosants ou sud dosés tels est ouverte et ne cessera qu’à la chute u régime le 7 février 1986. Duvalier dasse alors dour le sauveur e la nation. Tout bon nationaliste est cen sé se reconnaître ans cette ictature qui ne souffre doint e critique; les red résentants es masses noires et es classes ites moyennes deuvent enfin voir en Du valier un doint