Héloïse - Jusqu'au fond du couvent

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55 pages
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Description

Héloïse, qui épousa en secret Pierre Abélard, grand maître en Théologie à Notre-Dame de Paris, nous laissera toujours à l’esprit l’image d’une conception peu ordinaire de l’amour charnel.

Abbesse et fondatrice du Paraclet, on peut la considérer comme la première femme de lettres du haut Moyen-Âge. Intellectuelle, érudite, mais aussi passionnée et follement amoureuse, elle ne vécut que dans l’idée de prolonger le grand élan « de cœur et de corps » qu’elle eut pour Abélard.

Sa vie est un long roman. L’ensemble de la correspondance amoureuse qu’elle a laissée demeure le prototype du roman d’éducation sentimentale qui s’illustrera plus tard, outrepassant la littérature courtoise pourtant en vogue à son époque.

Toute sa vie, elle sera submergée par des images sensuelles, osées, dégagées de toute entrave, relevant d’une passion charnelle contrariée par Abélard. Car celui-ci, mutilé dans sa virilité, et enfermé dans son propre monastère, n’est pas homme à se contenter des mots ardents et déchaînés que lui adresse Héloïse.

Mais pour la jeune abbesse, le « péché de chair » qu’elle entretient dans ses lettres se transforme en un lien spirituel et, à ses yeux, devient symbole de pureté.

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Informations

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Date de parution 18 juin 2015
Nombre de visites sur la page 32
EAN13 9791094725764
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Extrait

Il était une fois

Oui, il était une fois une belle jeune fille qui rêvait au prince charmant comme toutes les jeunes filles de son âge. C’est ainsi que commencent nombreux contes d’autrefois. Hélas, son prince charmant était très différent des autres. Et son conte, qui se conclut d’une façon tragique, hante les siècles et fera toujours couler beaucoup d’encre.

Femme de lettres connue, même s’il ne reste qu’une trace floue et funèbre de ses poèmes et rien de sa musique, le peu de sa correspondance d’amour, rassemblée après sa mort comme une preuve indélébile, demeure un exemple parfait du roman d’éducation sentimentale.

C’est donc ainsi que commence l’immortelle histoire d’Héloïse et d’Abélard.


Née vers 1099 ou 1100, elle était fille illégitime d’un noble occupant une position sociale élevée. Naissance illustre, naissance obscure ou naissance cachée, Héloïse était une gracieuse adolescente.


Du moins peut-on le croire, car brune ou blonde, grande ou petite, les yeux bleus ou noirs, ce qui est sûr, c’est qu’elle avait déjà en elle cette sagesse de l’amour vrai et pur, cette élévation de l’âme, cette force de caractère et ce rayonnement intérieur qui émerveilla le monde autour d’elle.

Sa mère se nommait Hersendis. On ne sait guère si elle s’occupa beaucoup ou peu de sa fille, ce qui était certain, c’est qu’elle dut mourir assez jeune en la laissant à son frère, le chanoine Fulbert. 

Sans doute plus mûre et plus développée que ses compagnes du même âge, Fulbert la portait en haute estime. Qu’elle fût grande ou petite, Héloïse était de taille bien proportionnée et dotée d’un gracieux visage au sourire charmant et aux yeux brillants et pétillants de vie. Nul doute qu’elle attirait bien des regards.

Et, dans cet ensemble harmonieux qu’aucune anomalie physique ou mentale ne venait perturber, Héloïse fraîchement sortie de son couvent ne demandait qu’à grandir en ouvrant son esprit à tout ce qui la portait vers la réflexion et la pensée profonde.

Héloïse, à seize ans, sortait donc du couvent de Notre-Dame d’Argenteuil. Probablement devenue trop instruite pour les religieuses qui lui enseignaient la rhétorique, le latin, le grec et la philosophie, la jeune Héloïse se vit expulsée du couvent pour un motif très particulier. Du « jamais vu » en une telle époque ! La supérieure venait d’expliquer à son oncle le chanoine Fulbert qu’il fallait à sa nièce un complément d’études avec des maîtres plus compétents que ses propres religieuses.

À la mort de sa sœur, l’oncle d’Héloïse avait tout naturellement recueilli l’enfant en s’émerveillant de ses prouesses intellectuelles qui ne cessaient de croître.

Et puisqu’il s’était vite aperçu de sa grande intelligence, il n’avait pas lésiné pour l’éduquer comme il était rare de le faire pour une fille, à moins que celle-ci soit destinée à entrer dans les ordres. Car pour le sexe féminin, seul le statut clérical donnait alors accès à la culture et à l’instruction.

— Mon oncle, dit Héloïse au chanoine Fulbert quelques jours après avoir quitté le couvent de Notre-Dame d’Argenteuil, vous m’avez promis de me donner un maître. 

— C’est que tu es bien jeune encore pour te rendre seule à la Montagne Sainte-Geneviève.

Sur la rive gauche de Paris était installée l’abbaye Sainte-Geneviève, une vieille et puissante fondation occupée par une communauté de chanoines refusant la réforme qui les aurait contraints à la pauvreté et au respect d’une règle qu’ils s’interdisaient de suivre. Cet établissement était une seigneurie ecclésiastique qui avait le double avantage de se comporter en abbaye, indépendante de la royauté et de l’évêché de Paris.

La butte de la Montagne Sainte-Geneviève était le lieu où se réunissaient les étudiants et l’école du cloître Notre-Dame était le grand centre où l’on enseignait les arts libéraux. Et là, philosophie, rhétorique, grec et latin, dépassaient de beaucoup le niveau, bien que supérieur, qu’avait atteint Héloïse au couvent d’Argenteuil.


— Mais, mon oncle, protesta Héloïse, au cloître Sainte-Geneviève je ne serai pas en perdition.

Le cloître de Sainte-Geneviève abritait une vaste bibliothèque, un scriptorium, des piles de parchemin vierge pour copier et recopier des textes, et des maîtres pour diriger les études des jeunes gens. Certes, cela restait un établissement monastique, d’une grande rigueur intellectuelle, et n’amenait nulle critique, bien au contraire. Mais était-ce la place d’une jeune fille ?

— Et moi je dis que tu es bien jeune.


— J’ai seize ans, mon oncle, reprit Héloïse et vous savez bien que je ne suis plus une enfant. Je vous l’ai prouvé en maintes circonstances.

Ils étaient attablés devant le repas du soir. Un fumet de viande et de légume sortait de la grande soupière encore fermée. Avant de lever le couvercle, le brave chanoine observa quelque temps la silhouette ravissante de sa nièce et hocha la tête.

— Hélas ! À vrai dire, aurais-tu deux ou trois ans de plus que cela ne changerait rien au problème. Les jeunes filles ne déambulent pas seules dans la campagne parisienne.


La campagne parisienne ! À ces mots, Héloïse eut un sourire plein de charme avec lequel elle chercha à déstabiliser son oncle :

— La Montagne Sainte-Geneviève n’est pas la campagne, mon oncle. C’est un lieu de culte, de savoir et de grandes connaissances. Tout y est en place pour distribuer un enseignement de haute qualité.