Immobilités suspectes

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144 pages
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Marion et Virginie sont jumelles, à la fois inséparables et rivales. Chacune a suivi son chemin. Aujourd’hui elles ont la quarantaine. Marion est discrète, mariée, mère de deux adolescents, un travail d’assistante, une vie rangée. Virginie est plus rebelle, solitaire, aventureuse ; elle est sculptrice, une vocation et un métier qui la prennent toute entière, et laissent peu de place aux histoires d’amour. Elles sont unies par une enfance bretonne et rugueuse, une mère qui les a élevées seule, un père marin pêcheur noyé en mer. Elles sont séparées par la vie, les amours et les parcours qui s’éloignent. Mais cet été-là, dans la maison de campagne de Marion, tout va basculer. Entre la Bretagne, le Perche et l’Afrique, deux sœurs et deux destins s’affrontent. Le côté pile et le côté face de la vie : peut-on évoluer ? Peut-on changer de voie ? Comment trace-t-on sa route ? Comment sortir du cadre quand il se fige ? Immobilités suspectes est à la fois un roman d’amour et d’apprentissage.

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Date de parution 13 mai 2011
Nombre de visites sur la page 107
EAN13 9782355360480
Langue Français

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Extrait de la publication
Immobilités suspectes
Extrait de la publication
Extrait de la publication
MariePierre de Contenson
Immobilités suspectes
© Carnets Nord, 2011 12, villa CœurdeVey, 75014 Paris www.carnetsnord.fr ISBN : 9782355360947
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Elle ne sait pas si le clocher sonne la demie de onze heures ou de midi. Le temps na plus de sens. Marion soupire. Leau clapote près de son cou etéclabousse son visage bruni. Tiédasse. Rien ne bouge.
La seule animation de cet endroit tranquille du Perche ce sont des sons sourds qui se réper cutent sur les collines den face. De tempsà autre, les voix de ses enfants ou d’Éric se glissent au travers des arbres qui cerclent leur maison. Leurs dialogues ne parviennent jusqu’àla pis cine que sous la forme dun rap mal articulé. Cest le dixièmeétéde leurs vacances ici et cest la première fois que la chaleur est si pesante.
Dans une poignée de semaines la nature va dégringoler, senfouir, fleurs et feuilles aspirées
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par le fond, toute la verdure enterrée pour de longs mois. Tout le paysage va basculer en soussol dans une inversion parfaite et cette sensation de mar cher pardessus cette vie qui reprend son souffle dans les profondeurs de la terre est une des rai sons de son horreur de ces moislà. Lautomne nest pas la saison de Marion.
Elle a toujours détestél’époque de la chute des roses et des hortensias décolorés qui se cramponnentàleurs tiges.
Elle naime que lexplosion, le superflu, le tropplein. Elle est malàlaise devant laustéritéde son jardinàlapproche de lhiver.
Quand le froid pince et que le ciel pleure, elle évite autant que faire se peut de traverser les sousbois dont la nudité; et silui fait peur Éric ly oblige elle passe en courant, elle qui déteste presser le pas, au travers de ces bataillons de squelettes qui pleurent leurs feuilles et craquent. Elle fait quelques battements des pieds pour se rappeler quelle est dans leau, seule, sous un soleil qui brûle. Elle est trop petite pour que ses pieds effleurent la barbe mousseuse du Poséi don aplati sur la mosaïque qui tapisse le fond de la piscine mais elle aime sinstaller dans cette
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partielàdu bassin, celle oùla profondeur dépasse les deux mètres. Le regard tournévers la campagne, elle pose le menton pardessus ses bras repliés sur le grès rose de la plage qui fait le tour de la piscine sur une largeur de deux mètres. Son corps en ape santeur, elle tourne le dos au bois, au chemin qui vient de la maison, aux portes qui y claquent malgrélabsence de vent. Elle rêvasse pendue au fil de leau.
Un peu deau touche ses lèvres quaujourdhui elle découvre salées. Elle pleure et ses larmes quelle ne sentait pas couler jusqu’àprésent se mélangentàleau chlorée sans bruit.
Ils rentrent tous les quatreà demain.
Paris. Après
Marion nentend pas les premières notes du concerto pour piano de Beethoven qui sont le signal dun appel de Jean. Depuis quil est parti en Bretagne avec sa femme, Jean ne lui a pas téléphonéune seule fois ni même envoyéun SMS. Comme dhabitude il disparaît totalement quand il est en vacances avec sa famille. Les seize jours de silence de Jean ont gâché ses vacances et nourri ses insomnies.
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Demain son mois defarnienteest fini, envolé dans un quotidien dont la répétition la rassurait quand leurs enfantsétaient petits mais qui lassomme maintenant quils sont devenus deux jeunesétudiants. Elle a envie de râler mais personne ne lentendra. Personne ne lentend jamais.
Le mois daoût, pendant lequel elle est censée pouvoir se reposer au moins autant qu’Éric, na étéune fois encore quune succession de bai gnades interrompues par des repasàpréparer. Tout cela après avoir consacrésa matinéeà remplir des sacs de victuailles au marchéde Bagnoles dont elle a définitivementépuiséle charme pseudopaysan. Ses occupations domestiques nauront pas réussiàla détourner de linterrogation qui a rythméchacun des instants au cours desquels elle veille au bienêtre de sa famille : Pourquoi Jean ne lui donnetil pas de nouvelles ? Elle fait et défait la liste des dizaines de réponses contradictoiresàcette question et, tour àtour, les trouve absurdes et possiblesàla fois. Et toujours douloureuses ou inquiétantes. Elle est lasse. Fatiguée quand elle est là, inquiète de ne pas être au bureau, tracassée dy retourner. Profondément insatisfaite.
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