Innocence perdue, morceaux choisis de mon enfance

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C’est l’attachant récit d’une enfance heureuse dans une petite ville d’Afrique équatoriale avec ses joies, ses jeux et ses peines. Une enfance innocente que les nouvelles générations ne connaîtront peut-être plus.

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Date de parution 01 janvier 2001
Nombre de lectures 60
EAN13 9789956429752
Langue Français

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François Nkémé
Innocence perdue Morceaux choisis de mon enfance
Proximité
© Editions Proximité avril 2018 ISBN 9789956  429752 Tous droits réservés : aucune partie de la présente publication ne peut être reproduite, enregistrée dans une base de données ou transmise sous quelque forme que ce soit ou par tout moyen électronique, électrostatique, magnétique, mécanique, ou autre, ou sous forme de photocopie, sans autorisation écrite des éditeurs. Proximité : B.P. 13436 Yaoundé, Cameroun. email :editionsproximité@yahoo.fr/ www.editionsproximite.cm
A ma mère Marie-Thérèse Bete Mvondo
Firmament
Quand j’étais tout petit, un petit garçon, j’aimais scruter l’horizon inni de la création, l’étendue sans n des nuages bleus, la multiple présence des étoiles scintillantes, la lune tantôt pleine tantôt en doigt de banane. J’aimais observer les rayons solaires pénétrant par les volets de ma chambre et tels des raies dorées, fendant la pénombre. J’aimais observer, sous les jambes protectrices de ma mère, la rapidité des éclairs déchirant sans heurts la voûte céleste. J’aimais écouter la chanson effrayante et immuable du tonnerre, la même qui, de siècle en siècle, est écoutée par les générations. A ces moments de frayeur, je me rapprochais de ma mère et elle me disait en souriant que le diable était en train de battre son tam-tam. Le diable, qui était-ce ? Je n’en savais mot, mais, c’était sûrement une personne terriante, à en juger par le son de son tam-tam. A cette époque-là, de ma véranda, scrutant le ciel, je voyais qu’il touchait la terre tout à coté du village, à l’orée du petit bois où coule la rivière aux eaux douces. Désormais, je n’eus plus pour passion que de toucher cet endroit.
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Sans que j’en aie conscience, mes jambes s’affermissaient, et bientôt, il vint le jour où je pus accompagner ma mère à la rivière aux eaux douces. Oh ! Ironie des ironies ! Le point de rencontre du ciel et de la terre s’éloignait de moi à chaque nouveau pas. Des larmes de désespoir m’envahirent. Ma mère, qui ne vivait pas l’intensité de mon drame, crut que je faisais preuve de mauvaise volonté en refusant de porter mon étroite calebasse d’eau. Pouvait-elle deviner que j’étais à mille lieux de ses préoccupations ? Je ne le crois pas. Levant la tête et scrutant l’horizon, je constatai que le ciel et la terre se rencontraient là-bas, vers l’Ouest. A partir de cette date je n’eus plus de cesse que de connaître quels villages se trouvaient dans cette direction. J’appris bientôt que le village de mes oncles maternels en était. De jour en jour, sans le savoir, je grandissais avec mon lourd secret, en attendant l’occasion qui me permettrait de voir le point où la terre et le ciel se rencontrent. Heureusement, la providence ne mit pas long à exaucer mon vœu. Bientôt, j’appris que ma grand-mère était souffrante. J’insistai de toutes mes forces pour que ma mère qui s’apprêtait à aller lui rendre visite me permît de l’accompagner. Touchée par tant de compassion à 1’égard de ma grand-mère, elle accepta de m’emmener. Le village n’était pas loin, environ une vingtaine de kilomètres que je prenais pour une centaine. Aussi,
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ma mère apprêta-t-elle de nombreuses provisions pour le voyage. Bientôt, me dis-je, je verrai l’endroit où le ciel et la terre se rencontrent. Oh ! Ironie des ironies ! Plus mes frêles jambes s’efforçaient à franchir monts et rivières, plus le rmament semblait tirer un malin plaisir à s’élever sans cesse au-dessus de moi. M’arrêtant un instant, je vis avec plaisir que le ciel s’arrêtait lui aussi, alors je repris le pas, le ciel aussi sa fuite en avant. Ma mère, à mille lieux de ma douleur, se pencha sur mes souliers et, croyant y déceler l’objet de ma douleur, me porta pendant le reste du trajet. Comme il fallait s’y attendre, à l’arrivée au village de mes oncles maternels, le ciel, comme un mauvais ami, semblait me narguer. Si le ciel ne touchait pas la terre ici, la touchait-il vers la grande ville ? Ma grand-mère ne mit pas long à se rétablir. Lors de notre voyage retour, je décidai de poser quelques questions à ma mère : – Mère, qui a créé le ciel ? – C’est le Bon Dieu. – Mère, qui a créé la terre ? – C’est toujours le Bon Dieu. – Pourquoi l’appelle t-on Bon Dieu ? – Parce qu’il est bon. – Mère, qui t’a créée ? – C’est toujours le Bon Dieu. – Qui a créé papa ?
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