Insolite

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150 pages

Description

Francis Taft nous entraîne à travers ces nouvelles écrites sur une période de douze ans à travers des mondes possibles, étranges et pourtant familiers. On y remarquera une critique voilée de certains de nos travers mais aussi une tendresse vis-à-vis des personnages évoqués. La dernière nouvelle, qui n'est pas de la science-fiction se rapporte à un épisode vécu par l'auteur.

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Date de parution 11 avril 2013
Nombre de lectures 9
EAN13 9782342005585
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Francis R. Taft
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Mon Petit Éditeur
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http://www.monpetitediteur.com Ce texte publié par Mon Petit Éditeur est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits dauteur. Son impression sur papier est strictement réservée à lacquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits dauteur. Mon Petit Éditeur 14, rue des Volontaires 75015 PARIS  France
IDDN.FR.010.0118548.000.R.P.2013.030.31500
Cet ouvrage a fait lobjet dune première publication par Mon Petit Éditeur en 2013
Pour Roland
La planète sauvage La grande salle de lamphithéâtre était pleine à craquer, en-vahie par des étudiants triés sur le volet, des journalistes spécialisés et de nombreuses personnalités scientifiques dont les éminentes fonctions et responsabilités justifiaient la présence. En raison du caractère quelque peu inhabituel, pour ne pas dire provoquant, de la nature de la communication du professeur, la télévision et les photographes étaient tenus à lécart. Il ne sagissait pas de corrompre la belle jeunesse firanasienne avec des images licencieuses ; les jeunes découvriraient la réalité de la vie bien assez tôt ! La foule était bigarrée, bruyante, mais elle fit brusquement silence quand le professeur entra et salua lassistance. Il avait, pour loccasion, revêtu la tenue de cérémonie, celle qui exigeait de laide pour shabiller. Son cache visage, comme celui de tous les assistants, étaient rond, une sphère absolument lisse et terne sur laquelle la lumière des projecteurs ne se reflétait pas. Elle était surmontée du couvre-chef de lUniversité et les nom-breuses barrettes qui tombaient en cascade sur ses épaules révélaient son haut degré de dignité. La cache visage prenait appui sur un col renforcé, maintenu en place par un système de lanières cachées. Comme la plupart de ses compatriotes, le pro-fesseur avait été trachéotomié à lâge de la puberté et les deux cathéters brachiaux avaient été définitivement mis en place. Cette double opération permettait de court-circuiter lusage de la bouche et du nez pour la respiration, linflation de lair se faisant directement dans la trachée au travers dun filtre à mi-
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cropores, biologiquement intégré. Lappareil de phonation natu-rel nétait pas altéré, car, sil demeurait caché, ses aptitudes à moduler les différentes langues et sentiments, étaient nettement plus souples que la synthèse vocalique. Les oreilles étant ca-chées et inutiles à cause du cache visage, on pouvait les couper sans difficulté, mais beaucoup de couples trouvaient un diver-tissement érotique à ces deux appendices devenus inutiles avec les progrès de la civilisation. Le port du cache visage était obligatoire sur Firanas comme dans tous les pays de la planète Cnaan. Du reste, tous les Cnaa-nètes avaient retrouvé partout lusage du cache visage, ce qui les différenciait des sauvages arriérés, cest-à-dire pas encore civili-sés ou des animaux. Celui-ci, symbole parfait de la haute technologie permettait à son porteur de voir de tous côtés sil le désirait, caractéristique impossible à létat naturel. Il permettait également de filtrer les rayons lumineux nocifs, damplifier la lumière, danalyser lair ambiant. Un ingénieux dispositif per-mettait aussi de se restaurer et de boire sans attirer les regards hostiles et réprobateurs lors de lexécution de cette obligation, naturelle sans doute, mais objet dune révulsion et dun dégoût profonds. Les cache visages pouvaient à leur gré être soit chan-gés, soit rechargés en nourritures molles et en boissons. Le professeur porta la main à son bonnet et la lumière baissa légèrement, le pupitre restant discrètement éclairé.  Mesdames et Messieurs, commença-t-il, permettez-moi tout dabord de vous remercier pour laccueil que vous avez bien voulu réserver à moi-même et à tous mes dévoués collabo-rateurs sans lassistance desquels la présente communication naurait pas été possible. Je tiens également à remercier Une liste de noms de personnalités et dorganismes tous plus ou moins différents les uns des autres fut rendue publique.  ce nous qui amène au sujet daujourdhui. Avant tout, je dois préparer lassistance à la vue dimages généralement ré-servées aux médecins spécialisés du visage et de la bouche. Je
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demande donc à chacun de maîtriser ses sentiments quand les clichés que jai rapportés seront projetés. Je vous rappelle que cest un signal radio qui a attiré notre at-tention sur ce système double, lointain et excentré dans notre Galaxie. Laugmentation brutale suivie dune diminution non moins brutale nous a fait penser que ce lieu, que nous pensions désert, pouvait abriter de la vie, une vie que nous aurions négli-gée. Je dois vous dire que cest exactement ce que nous avons trouvé. Soupirs et agitation intéressée dans lassistance.  Au cours de notre approche, nous avons constaté que ce système double était en réalité beaucoup plus riche en planètes que ce que nous pensions. En gros, quatre planètes plus ou moins proches du Soleil et semblables à Cnaan, suivies par des planètes géantes gazeuses et plus éloignées mais aux nombreux satellites. Jy reviendrai. Cest la plus bleue qui attira notre atten-tion la première parce quelle renferme beaucoup deau et que de nombreux satellites artificiels gravitent autour. Ils furent tous habités de leur temps et ne recèlent maintenant que des ca-davres. Bien que la surface de la planète soit couverte deau pour les trois quarts, le reste se compose de plusieurs continents comme vous pouvez le constater sur cette image. Lécran montra plusieurs vues lointaines de la planète et des masses continentales, plus ou moins cachées par des nuages. La description géographique dura encore quelques minutes ponc-tuées par les différentes projections. Puis le professeur reprit :  Les êtres qui peuplèrent cette planète ont presque tous disparu il y a fort peu de temps, probablement moins de quelques siècles ; mais le plus extraordinaire est quils nous res-semblent terriblement. Jugez par vous-même. La photographie dun homme ordinaire flamboya sur lécran géant de lamphithéâtre et la foule poussa un cri. Lêtre ne por-tait pas de cache visage et son sexe était dissimulé sous un fatras
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de tissus dont on ne savait pas comment il était organisé car les jambes étaient indépendantes. La salle réagit avec une violence qui surprit le professeur lui-même. Il prit la parole pour calmer lassistance :  Mes chers amis, je vous en prie. Nous sommes entre civi-lisés. Comme le calme ne revenait pas, le professeur arrêta la pro-jection et sadressa de nouveau à la foule. Les projecteurs braqués sur lui mirent en avant lélégance officielle de la tenue, le sexe bien dégagé, rehaussé de quelques anneaux dor, une macrula discrète traversant la verge.  Je comprends parfaitement limpact que de telles images peuvent avoir sur nous et je fais appel à votre sang-froid pour que le reste de la communication puisse avoir lieu. Passés les premiers instants de surprise, les sages paroles du professeur furent entendues et le calme revenant, il termina son exposé. Dire que la fin de la conférence fut agitée serait réellement une litote. Le professeur Uluska fut entouré, félicité, tous admi-raient à travers lui le courage dune équipe qui avait dû faire face à une situation sans précédent dans lexpérience galactique hu-maine : une autre civilisation, humaine semblait-il, totalement autonome, parvenue à un haut degré de savoir et de déprava-tion, cétait unique, cétait fou ! De nombreuses personnalités scientifiques de tous bords voulurent avoir des précisions sur la localisation de cette terre, car tous avaient des raisons valables détudier cette civilisation disparue. Selon les lois galactiques en vigueur, la planète et son sys-tème solaire entier étaient devenus la propriété intellectuelle du professeur et aucun membre de la Galaxie ne pouvait venir y travailler sans son agrément. Il y eut ensuite une grande réception mondaine. Les propos du professeur avaient été enregistrés et diffusés aux comités scientifiques, techniques et politiques des autres planètes de la
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