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J'ai faim papa

De
222 pages
Il est parfois difficile d'accepter la différence. Dans la ville de Phytopolis, capitale des Tropiques, vient au monde un petit garçon affligé d’un seul oeil proéminent sur le front. Son père, atterré par la vision de ce fils monstrueux, décide de l'abandonner. Recueilli par les sœurs de la Charité, le petit grandit jusqu’à l’âge où il doit quitter l’enceinte protectrice du couvent et son délicieux jardin. Commencent alors les malheurs de l'infortuné cyclope nyctalope, confronté à la superstition des hommes de la cité.
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J’ai faim papa


Anatole Francis Samba
J’ai faim papa
L’ultime cri de l’infortunØ petit cyclope
nyctalope




ROMAN










Le Manuscrit
www.manuscrit.com
















' ditions Le Manuscrit, 2004
20, rue des Petits Champs
75002 Paris
TØlØphone : 01 48 07 50 00
TØlØcopie : 01 48 07 50 10
www.manuscrit.com
contact@manuscrit.com

ISBN : 2-7481-4509-7 (fichier numØrique)
ISBN : 2-7481-4508-9 (livre imprimØ)






mes pŁre et mŁre :
Anatole Samba et Marie Bahounguika

ANATOLE FRAN˙IS SAMBA











PREMIERE PARTIE
9 J’AI FAIM PAPA
10 ANATOLE FRAN˙IS SAMBA






CHAPITRE PREMIER

PRODROMES


La belle Aurore, voluptueusement Øtendue sur un Øpais
matelas de roses odorifØrantes , ouvrit lentement ses
paupiŁres veloutØes, dØvoilant de grands yeux bleus
coupØs en amande. Et, pour montrer le terme de son
paisible repos nocturne, elle promena ses regards sur la
nature en la caressant de ses longs doigts d or fin. Celle-
ci, par une sorte de mimØtisme digne d un camØlØon, se
couvrit de teintes dorØes. Une brise vivifiante parcourait
la ville en s’employant dØgourdir les Œtres. Ici l on
entendait le cri strident d un jeune coq chantant l hymne
matinal, l le rauque coquerico d un gallinacØ d ge
vØnØrable, ailleurs la clabauderie d un chien errant
famØlique, et, un peu plus loin, le gazouillis des
passereaux dans les frondaisons.
DŁs les premiers signes avant-coureurs de l’aube,
Phytopolis, capitale de la rØpublique des Tropiques,
s extrayant de la douce Øtreinte des bras de MorphØe,
commen ait vaquer ses activitØs quotidiennes. Cette
ville, qui s’Øtendait perte de vue, ressemblait un
gigantesque verger oø se c toyaient pŒle-mŒle
manguiers, avocatiers, orangers, papayers, goyaviers,
cocotiers, palmiers et corossoliers. cela s ajoutaient
des myriades de fleurs qui lui donnaient d emblØe un
11 J’AI FAIM PAPA
aspect attrayant. Cette citØ, ØrigØe sur le modŁle en
damier qu affectionnait Hippodamos de Milet, avait une
artŁre principale qui, partant d un noyau central
constituØ de b tisses coloniales blanches couronnØes de
tuiles rouges, allait se perdre dans les collines la
surplombant, oø s’hØrissaient les villas cossues
d heureux mortels auxquels Ploutos avait prodiguØ ses
biens.
DŁs que le Soleil, montant sur son beau char tirØ par de
dociles et splendides Øtalons, amor a son ascension
dans la haute voßte cØleste, une jeune femme laissa
Øchapper un gØmissement de douleur, suivi d un second
plus intense. AllongØe de dos sur la couche conjugale,
elle posa doucement ses mains aux doigts effilØs sur son
ventre rond qui dØcrivait un arc de cercle. Elle en palpa
anxieusement la peau Ølastique, pour mieux sentir les
mouvements du petit Œtre qui bougeait en elle. Au terme
du troisiŁme gØmissement, plus long que les prØcØdents,
elle s Øcria : « c est le moment ! » Elle avait profØrØ ces
trois mots en fermant ses yeux, comme pour bien s en
entendre articuler chaque syllabe. Quand elle rouvrit ses
paupiŁres, elle inclina du c tØ de son Øpoux sa tŒte aux
cheveux d un noir de jais finement tressØs. Elle regarda
momentanØment cet homme d une trentaine d annØes
dont les ronflements assourdissants trahissaient son
ØbriØtØ de la veille. La chaude atmosphŁre de la chambre
s engouffrait dans ses narines dilatØes au maximum, et,
corrompue, s extirpait de sa poitrine travers sa bouche
aux lŁvres charnues. Belqis Agar, en proie des
contractions utØrines, Øtait restØe ØveillØe presque toute
la nuit. « Comment peut-il, cette heure-ci, dormir aussi
profondØment qu un loir ? » murmura la jeune femme
qui sentait approcher le merveilleux moment oø elle
12 ANATOLE FRAN˙IS SAMBA

verrait enfin le fruit des ses entrailles. « Il faut que ce
disciple de Bacchus se rØveille ! » ajouta-t-elle d une voix
qui laissait transpara tre une certaine irritation. Et,
joignant l action la parole, elle se mit secouer son
mari. la premiŁre secousse, ce dernier rØagit en
Ømettant un coassement de crapaud-buffle doublØ d un
staccato de bouc ; la seconde, elle obtint pour toute
rØponse une sorte de glapissement de goupil. C’est en
redoublant d effort, la troisiŁme tentative, qu un
feulement lØonin prØcØda l ouverture des paupiŁres
d EzØchias Nephtali. Comme s’il n avait jamais vu
l endroit dans lequel il se trouvait, il jeta un long regard
circulaire hØbØtØ sur l ensemble ; et, c est en touchant
involontairement le sein gauche de sa femme, moelleux
et balsamique, que la luciditØ, telle une flŁche dØcochØe
par l impavide HØraclŁs, le rattrapa. « Mais que se passe-
t-il donc ? » aboya-t-il en roulant des yeux exorbitØs vers
son Øpouse. « J Øtais, continua-t-il, aprŁs en avoir bu un
mathusalem, en train d achever un jØroboam de
champagne quand tu m’as tirØ de mon sommeil. Ha ce gne fran ais ! un vrai nectar des dieux! »
- Le vin qui a empli ta panse d hippopotame hier ne te
suffit-il donc pas ?
- HØ Belqis ! il faudrait bien que je vive pleinement ma
vie d ici-bas, car, lorsque l inflexible Parque, d un coup
de sa faucille tranchante, aura coupØ le fil de mon
existence, je serai plongØ dans le nØant Øternel. Adieu la
bonne chŁre ! adieu les breuvages exquis ! adieu les
sylphides callipyges !
Belqis Agar, qui Øtait en proie une autre contraction,
dit son Øpoux, le visage crispØ, qu il fallait d urgence
qu ils allassent la maternitØ car le temps de la
dØlivrance approchait. EzØchias, enchantØ par la bonne
13 J’AI FAIM PAPA
nouvelle, caressa d abord avec une tendresse infinie le
ventre lisse et volumineux de sa bien-aimØe. Puis il sauta
du lit dont le cadre en acajou vernissØ supportait un
sommier en okoumØ sur lequel s’Øtendait un matelas en
mousse recouvert d un drap de coton fleurdelisØ, dont
le bleu clair Øvoquait l azur. Ensuite il se dirigea,
songeur, vers la porte qui s ouvrait sur un sØjour
sobrement amØnagØ. On y trouvait une petite table
basse en acajou pied central. Sur sa surface, le
menuisier avait sculptØ en bas-relief des motifs
circulaires et rectangulaires. Son rebord Øtait soulignØ
par une ligne sinuso dale noire. Autour de ce meuble,
on avait disposØ trois fauteuils rembourrØs verts dont
les accoudoirs et les pieds Øtaient peints en noir. Quatre
siŁges en bois entouraient une seconde table oø l on
prenait les repas. Les murs jaunes Øtaient ornØs de deux
tableaux aux tons criards. Sur l un Øtaient reprØsentØes
des femmes stylisØes revenant d un marigot. Elles
Øtaient longilignes et avaient des seins anguilliformes qui
descendaient jusqu la naissance des cuisses. Sur l’autre,
de format plus grand, des villageois s adonnaient une
danse folklorique endiablØe. Ils s agitaient autour de
deux batteurs de tam-tam aux membres supØrieurs
exagØrØment longs, comme ceux des grands singes
anthropo des. Dans un coin Øtait placØe une commode
d ØbŁne munie de trois tiroirs, sur laquelle trnait une
ronde-bosse en acajou : c Øtait un chasseur bantou qui
revenait de la forŒt. Il portait en bandouliŁre un
carquois rempli de flŁches, et, de sa main gauche, tenait
son arc. Sur ses larges Øpaules d athlŁte Øtait calØe son
Ønorme prise : un bubale. Ce salon-salle manger
recevait le jour par une fenŒtre double battant qui
avait vue sur la cour, au milieu de laquelle un vieux
14
ôANATOLE FRAN˙IS SAMBA

manguier dØployait ses lourdes branches chargØes de
nids de moineaux. De cette cour, on accØdait
directement dans la chambre d h tes et dans la cuisine.
Les lieux d aisance se trouvaient dans un coin de la
parcelle close avec un mur de parpaings hØrissØ de
tessons de bouteille. Quand enfin il sortit de la maison
dont les fa ades, d une extrŒme simplicitØ, Øtaient
chaulØes, il fut accueilli par le vent frais du matin. Il
s’Øtira en b illant s’en dØcrocher les m choires, puis se
dirigea vers les lieux d aisance.


15 J’AI FAIM PAPA
16 ANATOLE FRAN˙IS SAMBA






CHAPITRE II

DEPART POUR LA MATERNITE


Les prØparatifs du dØpart Øtant terminØs, EzØchias s’en
alla hØler un taxi. Belqis Agar avait rangØ son linge et
les langes du futur nouveau-nØ dans deux valises : la
grande pour elle-mŒme, et la petite pour l enfant venir.
Elle venait d avoir vingt-deux ans et Øtait
resplendissante de beautØ. Ses formes Øpanouies la
faisaient ressembler l une de ces roses cultivØes avec
amour, science et patience, ces roses dont les pØtales,
aprŁs moult soins prodiguØs, se dØploient
gØnØreusement en souriant l astre du jour, odorantes,
exquises, enchanteresses. Son visage aux traits fins
arborait un petit nez, de part et d autre duquel s Øtirait
un il dont la pupille semblait distiller un fluide
magique qui, en s Øvaporant, envoßtait les hommes. De
longs cils donnaient un aspect mystØrieux son regard,
et ses sourcils luisants formaient une merveilleuse
courbure. Le front et les pommettes Øtaient peu
saillants, et les lŁvres minces bien ciselØes. Sa poitrine,
mise en relief par deux beaux seins ronds couronnØs
d un mamelon dodu, convenait sa grande taille. Cette
VØnus des tropiques mØritait que l on y promen t
longuement ses regards, comme on les promŁnerait sur
une amphore attique fa onnØe et dØcorØe par le grand
17 J’AI FAIM PAPA
peintre et potier ExØkias, ou sur l une des nombreuses
rondes-bosses qu a sculptØes PraxitŁle.
Une Citroºn safran, conduite par un jeune homme
squelettique au front dØgagØ par une calvitie prØcoce,
emmenait le couple vers la maternitØ de Phytopolis. Ils
roulŁrent pendant environ un quart d heure sur une
route latØritique oø stagnaient et l des mares
boueuses, vestiges d une rØcente pluie diluvienne. Ils
laissaient derriŁre eux des maisons plus ou moins
semblables : c Øtaient des parallØlØpipŁdes rectangles
invariablement blanchis la chaux et coiffØs d un toit en
t le de fer ondulØe, souvent corrodØe par l action
conjuguØe de l oxygŁne de l air et de l’humiditØ. Ils
arrivŁrent un carrefour oø un policier en uniforme
kaki rØglait la circulation. Le sifflet entre les lŁvres et sa
petite tŒte de cynocØphale bien enfouie dans une large
casquette blanche visiŁre noire, l homme se livrait
une gymnastique harassante pour discipliner les
nombreux chauffeurs impatients.
Soudain, une guimbarde antØdiluvienne dØpourvue de
plaque minØralogique dØboula d une voie fortement
pentue et arrivait tout droit sur l agent de police, tel un
pachyderme blessØ chargeant son agresseur. Celui-ci fit
de grands mouvements de bras en sifflant de toutes ses
forces pour arrŒter la vieille voiture. Mais le conducteur,
qui feignait de ne pas voir le pauvre homme, continuait
de rouler droit sur lui. Au moment oø la machine
pØtaradante et dØglinguØe allait le heurter de plein fouet,
l agent, ØpouvantØ, affolØ, fit un plongeon phØnomØnal
sur le c tØ, vers le trottoir oø les passants poussŁrent
une clameur d effroi. l instar d un crapaud qui, affaibli
et portØe de gueule d une couleuvre verte qui le
pourchasse, concentre, en une ultime dØtente
18 ANATOLE FRAN˙IS SAMBA

dØsespØrØe, tout le reste de ses forces d anoure afin
d Øchapper l inexorable prØdateur, le policier avait
ØvitØ le choc in extremis. Sa casquette, projetØe au loin,
disparut sous les roues d un camion rempli de sacs de
riz et de rØgimes de bananes. Il se releva, tapota ses
membres infØrieurs, ramassa le sifflet et franchit pas
comptØs les deux mŁtres et demi qui le sØparaient du
trottoir. Il y marcha, s’y assit et, les poings tendus vers le
ciel, maudit le jour oø on l affecta la circulation.
La Citroºn safran entra, vrombissante, dans la vaste
cour de la maternitØ ceinte de barbelØs que dissimulait
une haute haie de bougainvillØes soutenue par des
poteaux en bØton. Le bâtiment, massif, comprenait trois
corps de logis dont le central, ocre, Øtait plus haut que
les deux autres, feuille-morte, qui le flanquaient. Belqis
et EzØchias accØdŁrent la vØranda surØlevØe et
ombragØe, oø les accueillit, souriante, une jeune
infirmiŁre en blouse orange. Elle leur ouvrit la grande
porte deux vantaux du hall dans lequel, le c ur
battant, ils pØnØtrŁrent. De part et d autre de cette porte
on avait placØ, contre le mur, un buste sur un piØdestal.
Celui de gauche reprØsentait un gØnØral de Gaulle
juvØnile en uniforme militaire et coiffØ d un kØpi. Le
regard franc et direct, ainsi que le grand nez Øtaient bien
ceux de l homme du dix-huit juin, grand orchestrateur
de la rØsistance fran aise. Celui de droite immortalisait
le Guyanais FØlix bouØ. L aussi, les traits nigritiques
de l ancien gouverneur de l Afrique- quatoriale
fran aise furent fa onnØs avec un certain rØalisme. Les
sculptures Øtaient d ØbŁne, tandis que les deux
piØdestaux garnis de motifs gØomØtriques divers, en
acajou. Sur les murs latØraux d une blancheur
immaculØe l on avait disposØ des siŁges rembourrØs. Il
19 J’AI FAIM PAPA
Øtait placardØ, sur chacun d eux, un poster gØant
reprØsentant une grande figure de l humanitØ. gauche,
mŁre Teresa de Calcutta au milieu d une cohorte de
pauvres hŁres vŒtus de hardes pleines de constellations.
La grande tristesse qui se lisait dans leurs yeux Øtait celle
des gens nØs dans le dØnuement complet, et qui allaient
certainement vivre sous le joug de la misŁre jusqu leur
trØpas. Cette masse d infortunØs en guenilles trouvait
dans l infinie douceur du regard et dans le tendre sourire
de cette Albanaise au visage labourØ de plis profonds ce
mystØrieux baume qui soulageait ses innombrables
souffrances. droite, Albert Schweitzer, mØdecin
crØateur de l h pital de LambarØnØ au Gabon, tenait
dans ses bras un petit Africain dont les cheveux roux et
le ventre ballonnØ trahissaient le mal qui le minait : le
syndrome de kwashiorkor. Sur le mur du fond, travers
de larges baies vitrØes, on apercevait les eaux limoneuses
du fleuve Salam, sur lesquelles glissaient les longues
pirogues des pŒcheurs. Au milieu de la salle on avait
amØnagØ un bureau semi-circulaire au dessus duquel,
fixØ au plafond, pendait l hØlice d un ventilateur.

20 ANATOLE FRAN˙IS SAMBA






CHAPITRE III

LA DELIVRANCE


Belqis Agar, allongØe sur un lit de la salle des
enfantements, s entretenait avec une sage-femme entre
deux ges dont la tŒte en forme de case obus de la tribu
des Mousgoums du Cameroun avait un visage parsemØ
de scarifications, comme si un requin blanc y avait
plantØ ses terribles dents. EzØchias attendait dans une
piŁce contiguº, oø se trouvaient dØj deux vieux
messieurs l il vif, qui manifestement ne voulaient
aucunement renoncer aux dØlices de la procrØation.
Lorsque le divin et resplendissant Aurige, conduisant
son beau char sur les cØlestes chemins, arriva au zØnith
et que la nature, rayonnant au maximum, semblait
chanter une hymne sa gloire, un cri retentit dans la
salle des femmes en gØsine. Une parturiente venait
d Œtre dØlivrØe : c Øtait Belqis Agar. Dans la salle
d attente il ne restait qu EzØchias, anxieux. Les deux
messieurs qui lui tenaient compagnie Øtaient dØj partis,
l un, heureux d avoir eu son douziŁme ap tre, l autre,
joyeux d Œtre pŁre pour la quinziŁme fois. Une
infirmiŁre d un certain ge vint annoncer au jeune
homme qu il Øtait devenu le papa d un petit gar on,
mais il fallait qu il poireautât encore un petit moment
avant de pouvoir Øtreindre le fruit de ses amours. Il
21 J’AI FAIM PAPA
poussa un soupir de soulagement et sourit la femme
sur le visage de laquelle se lisait une certaine tristesse.
EzØchias, une fois la dame retournØe ses occupations,
pensa qu elle Øtait peut-Œtre infertile, et que cette stØrilitØ
l affligeait. Car, comment expliquer cette tristesse dans
un si agrØable milieu oø l on accueillait dans la joie ceux
qui, franchissant les frontiŁres de notre monde, venaient
vivre avec nous ? Il Øtait cet endroit de ses rØflexions
quand, soudain, s imprima dans son esprit l image de
Belqis. Il la revit vingt ans, gracile, dØlicieuse,
enchanteresse. Il l’avait longtemps poursuivie de ses
assiduitØs, sans qu il sßt dØcrypter les mystØrieux
hiØroglyphes gravØs sur le parchemin enfoui dans le
c ur de sa dulcinØe. Mais il ne se lassa pas, le gØnØral
EzØchias, de mener des assauts bien organisØs contre
cette forteresse qui paraissait inexpugnable. C Øtait l , ce
conquØrant, sa premiŁre vraie bataille amoureuse, car
jusqu ce moment il n avait sollicitØ que les services
fugaces des pØripatØticiennes qui monnayaient leurs
charmes dans les bars, maisons et rues malfamØs de
Phytopolis. Un sourire Øclaira tout coup son visage au
front proØminent, et sur les c tØs duquel apparaissaient
deux oreilles dØcollØes. Il venait de se rappeler le jour
oø, emmenant une fille de joie dans un bois, il vit
brusquement sortir d un bosquet en courant un homme
bedonnant qui criaillait. Le ventripotent ithyphallique
tenait son membre viril sur le gland duquel s’Øtait
agrippØ un Ønorme scorpion noir qui y enfon ait
allŁgrement son venimeux aiguillon caudal. Sa
compagne d un moment ne se montra pas. Cette scŁne
cocasse et malheureuse en mŒme temps l interpella sur
l urgence se stabiliser sentimentalement. Et dŁs lors
qu il rencontra Belqis Agar, il ne la quitta plus, la
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