J

J'ai tout perdu, j'ai tout gagné

-

Livres
58 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

C’est l’histoire d’un homme. Un homme qui a tout perdu dans sa jeunesse : son père, sa mère et son unique frère. Mais cet homme modeste est doté d’une grande force morale et éthique. C’est grâce à cela qu’il s’en sort. L’histoire le suit dans son parcours de vie. Une vie intense où il assume pleinement ses responsabilités envers sa famille et son travail. Il aura un métier qui le portera à la gloire mais ne s’en vante jamais. Sa force morale l’aidera à ne jamais faire de mauvais choix. Nous allons suivre, tout au long de la lecture, une ascension constante et positive. Cet homme a su se faire aimer et apprécier de toutes les personnes qui l’ont connu.
L’auteure est née à Berne de parents suisses mais a beaucoup vécu à l’étranger. Outre des études artistiques et de psycho-linguistique, elle a enseigné le FLE (Français Langue Etrangère). Après avoir publié de nombreux articles de linguistique formelle et conversationnelle, elle a illustré une BD dont l’écrivaine Véronique Hattinger est la scénariste et qui est publiée en version électronique sur internet. Actuellement elle enseigne le français aux jeunes migrants, à Moudon, en Suisse. Mais elle consacre son temps à dessiner et écrire la vie des gens qu’elle connaît.

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 11 juillet 2018
Nombre de lectures 5
EAN13 9782372861830
Langue Français
Signaler un abus
Illustrations réalisées par l’auteure
© Éditions Bergame, 2018 Pour tout contact : Éditions Bergame – 9 rue du Quatre-Septembre – 75002 Paris www.editions-bergame.com
PRÉSENTATION
L’auteure, née à Berne de parents suisses, a fait d es études d’arts, de psychologie et de linguistique. Elle a enseigné au secondaire, au Gymnase et à l’Université. Elle a également participé à des colloques de linguistique formelle ainsi que publié de nombreux articles. C’est en collaboration avec son amie Véronique Attinger, qu’elle a fusionné dessins et textes dansDis-moi qui tu kiffes j’te dis qui tu es. Puis elle a voulu immortaliser la mémoire d’un homme qui fut un exemp le dans sa vie en écrivantJ’ai tout perdu J’ai tout gagnét village idyllique. Actuellement, elle a décidé de vivre dans un peti du Jura Suisse, Soulce. Elle y vit avec son compagn on de vie qui ne l’a jamais quittée avec qui elle a eu trois merveilleux enfants. Elle nous dira qu’ « après une vie intense et plein e d’expériences », elle s’est m ise « à réfléchir et a créé cette histoire. Tout est invent é ici, peut-être certains d’entre vous auront l’impression de se reconnaître mais cela n’e st pas possible car tout est fictif. Les personnages, les lieux et tout le reste. Les rencon tres entre les personnages. Bien sûr, c’est une famille en mouvement et en éclatement car chacun prend son envol l’un ici, l’autre là mais… ils resteront tout de même unis ma lgré les différences. Le personnage principal de l’histoire s’appelle Wolfgang. En réal ité c’est son histoire, il la raconte à la première personne. Son histoire ainsi que celle de toute sa famille. Ses péripéties, ses voyages, ses réflexions et quelques anecdotes ». Je dédie ce livre à mon seul et unique amour, Flavi o. Ainsi qu’à Gaspard, Madeleine et Pascal. Ils ont cru en moi et soutenu mon projet. Merci. Monique
DNE FEMME FORTE
Je suis né le 14 mai 1913. Ma mère, fille de médeci n de campagne près de Modena, est institutrice. Elle trouve du travail à Milan. E lle quitte sa famille, nombreuse, dix frères et sœurs. Ils avaient tous leur prénom qui commença it par un E, Eliana, c’était ma mère, elle était l’aînée. Quelque temps après son arrivée à Milan, elle rencontre mon père, Johan, fils de paysan mais employé de banque à Mila n. Ce dernier avait quitté la Suisse, Ottenbach, d’où ma famille est originaire. Cela veu t dire que depuis mes aïeux, ils n’ont jamais quitté Ottenbach. Mon père était, de toute s a famille, le premier à quitter non seulement Ottenbach mais aussi la Suisse et en plus à quitter le monde paysan. Ils étaient deux frères, l’un a repris la ferme paterne lle et l’autre a pris son envol, vers Milan. Il était toujours habillé d’une manière très élégan te ; costume, cravate, chemise blanche et chapeau sur la tête. On ne voyait pas ses origin es paysannes. Il avait de longues mains fines. À peine arrivé en Italie, mon père changea son nom de famille, de Grai il le convertit en Gray. Pourquoi ? Je ne sais pas ! Il me dit plus ta rd que c’était pour la prononciation des Italiens, c’était plus facile ainsi ! Lorsque je su is né, je m’appelais Wolfgang Gray. Nous recevions des lettres depuis notre Commune d’origin e avec écrit dessus Monsieur Grai. Sur le livret de famille de mon père, je découvre q u’il s’appelle « Gray », alors je ne sais plus. Mystère et boule de gomme ? Nous avons eu de belles années en famille, mon frère et moi mais… le monde des adultes est incompr éhensible. Mon père est plus jeune que ma mère, ils ont seize ans de différence. Cela ne l’empêcha pas de quitter ma mère pour une plus jeune. Il resta avec cette dernière j usqu’avant sa mort. J’ai toujours connu ma mère portant de longues robe s noires. es habits droits avec de grandes poches. Ma mère était rondouillette. Avec c e genre de vêtement, on ne voyait pas ses formes. Elle avait l’habitude de porter à s on cou un collier ou plutôt une chaînette avec un cœur, on pouvait ouvrir le cœur, il y avait deux photos : mon père et elle. Étonnant n’est-ce pas ? Mon frère et moi supposions qu’elle avait encore un grand amour pour lui. Mais cela ne faisait pas revenir mon père . À la mort de mon père, mon frère et moi avons comme ncé à travailler, pour aider ma mère, tout en continuant nos études. J’avais treize ans et mon premier travail, je l’ai trouvé au Touring Club comme téléphoniste central, renseignements, inscriptions et autre. Puis à quinze ans, j’ai travaillé à la papet erie de la gare comme aide comptable et aide caissier. J’étais très efficace, le patron m’a ppréciait beaucoup. Jusqu’à ce que les fascistes ne viennent trouver ma mère. À ce moment-là, j’ai perdu mon emploi. Je suivais les cours du soir del’Institut Tecnico Commerciale e per Geometri « Car lo Cattaneo ». J’ai terminé mes études avec une très bonne mention . Dn jour, ma mère rentre à la maison en nous annonça nt « la bonne nouvelle ». Incroyable, elle avait gagné au Loto. Elle achetait chaque mois un billet pas cher, sans y
cst entrée dans le salon où mon frère etroire, d’ailleurs elle n’avait jamais gagné. Elle e moi faisions nos devoirs, les bras levés au ciel et en criant :« O Dio, Dio, abbiamo vinto al Lotto ! ». Nous n’en avons pas cru un mot. Elle nous demande de prendre chacun un grand sac et de la suivre. Nous traversonsPiazza Duomo et siège duarrivons au Lotto. Oui, elle avait gagné un beau paquet d’argent. Heur eusement nos sacs sont grands, nous les avons bien remplis et serrés contre notre corps. Nous sommes ressortis bras dessus, bras dessous, en nous serrant bien fort, to us les trois. Arrivés à la maison, nous avons tenu un conseil de famille. Que pouvions-nous faire avec cet argent ? Nous étions très mûrs, mon frère et moi, avec tout ce que nous avions vécu. Mais je ne vais pas y revenir. Pendant le conseil de famille, lieu où toutes les é motions étaient permises, nous décidâmes d’investir cet argent dans l’achat d’une maison de campagne afin que notre mère puisse se reposer. Ma mère venait quand même d ’une bonne bourgeoisie de campagne, elle avait étudié, elle était très instru ite. Elle lisait beaucoup, de grands auteurs comme Pascoli, Pirandello, Mansoni qu’elle aimait beaucoup. Je ne vais pas continuer car il y aurait une liste que je n’arrive rais pas à compléter tellement elle serait longue. Maintenant il fallait chercher la maison pas trop é loignée de Milan. Nous l’avons trouvée près du lac de Como. À Blevio. C’était une ancienne étable pour chèvres, avec une baraque au-dessus, enfin baraque, maisonnette e n pierre, sans chauffage, donc seulement pour l’été, car le berger y amenait ses b êtes à l’alpage. Cela nous allait très bien. Ma mère était très contente, elle aimait beau coup cette maison et mon frère et moi pouvions descendre au lac nous baigner. J’adore nag er ! Mon frère et moi avons aussi envisagé d’acheter une barque mais j’en parlerai pl us tard. Dn jour, en rentrant dans l’appartement, j’entends ma mère qui pleure. Elle a peur , elle e s t désespérée car les fascistes s o n t venus à la ma ison et lui o n t dit que si ses fils voulaient garder leur travail, ils devaient devenir italiens. Nous avions la nationalité de notre père : suisse. Le soir, notre mère nous a dit« svizzeri siete e svizzeri rimarrete ! ». Et c’est ainsi que, grâce à ma mère, nous sommes re stés suisses. Mais nous avons perdu tous les deux notre place de travail. Les tem ps sont devenus durs économiquement. J’ai tout de même trouvé un emploi commecommissionariocoursier au Consulat Général de Suisse toujours à Milan. J’a vais dix-sept ans lorsque j’ai reçu la lettre d’engagement. Je devais m’occuper du courrie r, l’apporter à la poste, remplir le registre des sorties, m’occuper de la caisse, des a rchives et de temps en temps écrire une lettre donc bien apprendre à employer une machi ne à écrire. Puis je devais aussi apporter le courrier au Tribunal, ne pas me tromper de bureau et d’autres petites tâches. J’aimais beaucoup ce travail et je le faisais consc iencieusement. Lorsque j’ai commencé l’Dniversité un autre problème s’est posé : interdi ction pour les étrangers habitant à Milan de fréquenter l’Dniversité de M ila n ! J’ai donc dû, avec un groupe d’amis, fréquenter l’Dniversité de Torino. Nous étions tous inscrits e nEconomia e Commercio. À cause du tra v a il et à cause du contrôle des fascistes, nous étions obligés, à tour de rôle, de fréquenter l’Dniversité de Torino. Nous prenions de s notes et le soir à Milan nous nous donnions rendez-vous chez l’un ou l’autre et expliq uions les cours aux camarades. Nous étions comme les mousquetaires : « Dn pour tous et tous pour un ! ». C’était vraiment cela. Lorsque mon frère aîné est né en 1912, mes parents s o n t allés à la Commune pour déclarer sa naissance. Le prénom qu’ils avaient cho isi était : Wolfgang. C’était ma mère qui adoraitWolfgang Goethe’employé a. Wolfgang n’était pas un prénom usuel en Italie, l dit qu’il était impossible de mettre ce prénom car celui-ci n’existait pas en Italie ! Alors ma mère, timidement, tenta un autre prénom : Thomas, c ommeThomas Mann. Bon, cette fois, pour faire plaisir à ma mère, l’employé accep ta. Ça ressemblait plus à un prénom italien sauf que : pourquoi un « h » ? C’était bien pour lui faire plaisir car il trouvait tout aussi ridicule Thomas que Wolfgang : « che mania qu esti cognomi stanieri ». Mais…