J'ai une bonne solution de repli sur mimizan

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127 pages
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Vingt-cinq chroniques de la vie d’Olivier Disle, depuis son enfance jusqu’à une récente rencontre. Vingt-cinq incroyables récits d’événements anodins qui prennent dans la tête du lecteur une ampleur réjouissante grâce à un ton plein de vitalité et à un style précis, détaillé, millimétré. J’ai une bonne solution de repli sur Mimizan se lit comme on écoute une confidence dont chaque fait provoque inévitablement des échos bienfaisants.Les chroniques d’Olivier Disle décrivent par petites touches comment une époque marque (ou pas…) de son empreinte les individus, comment le temps qui passe et ce trésor qu’est l’« Infra-ordinaire » agissent sur notre capacité d’émerveillement, en particulier lorsque nous parvenons à conserver des éclats d’enfance.Mais, plus que les événements évoqués (la vie scolaire, la conquête de la lune, Roland-Garros, la publicité, la télévision…), ce que l’auteur laisse peu à peu entrevoir, ce sont les rôles essentiels de la littérature, du cinéma et des rencontres dans la construction d’une identité. Ces référents et l’attachement presque déraisonnable avec lesquels l’auteur les place dans sa vie et dans ses récits sont réjouissants.J’ai une bonne solution de repli sur Mimizan offre ainsi une vision rare du monde dans lequel nous évoluons. La lecture de ces chroniques convoque aussi bien les sourires complices qu’une mélancolie bénéfique, à la limite d’un séduisant désenchantement.Olivier Disle est né en 1965. Son premier grand traumatisme fut le retrait de Björn Borg le 23 janvier 1983 de la compétition.Après avoir travaillé dans la publicité, il exerce désormais dans le conseil en stratégie de marque.Il est probablement hypermnésique.

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Date de parution 16 mars 2001
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EAN13 9791091601467
Langue Français

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©Olivier Disle, 2016 pour Cent Mille Milliards
Jetelisledébut.TudorspasLouison?
— Je te lis le début. Tu dors pas Louison? — Nan. — « Hildegarde, je ne t’ai peut-êtrejamais autant aimée que cette nuit. Et pourtant, tu vas rire, je te quitte. » — Enlève « Tu vas rire ».
Jean-Loup Dabadie Clara et les chics types 1981
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LESFILMSENCASSETTEAUDIO
Au 2 de la rue Maurice Bokanowski à Asnières-sur-Seine, habitait un cousin de mon père, chez qui nous allions parfois déjeuner le dimanche. LeDictionnaire des Ministres (Perrin, 1990) nous apprend que le Maurice Bokanowski en question fut ministre de l’Aviation du deuxième gouvernement Poincaré. Et qu’il s’est pour ainsi dire tué à la tâche puisqu’il est mort dans le crash de son avion, le 2 septembre 1928, en se rendant à Clermont-Ferrand pour un meeting aérien. Nous étions, nous, en plein crépuscule pompidolien. L’époque où Rosalie hésitait à quitter César et où Gene Cernan, lui, quittait définitivement Taurus-Littrow. Ce cousin Philippe, ingénieur spécialisé dans l’installation de calculateurs de tir à bord des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins et lui-même aviateur, possédait dans son appartement, outre un pendule de Newton, une abondante discothèque. Au moment du café, tel un rituel, il nous faisait écouter la scène de la partie de cartes, extraite du filmMariusMarcel Pagnol de (1931). Nous riions de la pitoyable tricherie dansMariuset de répliques aussi invraisemblables que : — Les injures de ton agonie ne peuvent pas toucher ton vainqueur. — Si on ne peut plus tricher entre amis, alors à quoi ça sert de jouer aux cartes ? C’est dans la même logique disco-cinématographique, qu’en 1979, Philippe s’offrit le coffret 33 tours de la bande-originale d’Apocalypse Now, Palme d’Or à Cannes. On n’était plus du tout dans le même registre que le passage du pont transbordeur sur le Vieux-Port ou de la marchande de journaux vendantLe Radical. Voix rauque et désabusée du père de Charlie Sheen, attaque deF 5napalmeurs, crissement du rasoir sur le crâne de Marlon Brando, wagnérisation d’un village VC, détonation sourde du lance-grenadesM 79. Et en cette époque pré-VHS, le seul moyen de revivre tout cela,at home, c’était le 33 tours. En l’espèce, celui des éditionsElektra. Je lui ai d’abord emprunté le disque. À la maison, on ne disposait pas d’uneRega Planar 3 ni d’un amplificateur à tubesMacIntosh, mais d’un matériel basique qui me permettait tout de même de l’écouter. Pendant des heures. Puis, un jour, «l’oncle », comme dirait Fernandel dansLe Schpountz, me fit très sportivement don d’une copie sur une cassette audio. À l’audio, un film prend une toute autre dimension. Je ne me lancerais pas dans une comparaison hasardeuse avec le ressenti d’un aveugle parce que je ne le suis pas, mais il est vrai que l’absence d’image exacerbe l’acuité auditive. Que des détails ignorés, car hors-champ, réapparaissent via l’oreille. Que la profondeur d’un «horror» qui suinte de la bouche de Marlon Brando prend une autre tournure. Peut-être que l’audio est mon sens premier. D’ailleurs. À l’automne 1984, survint justement le moment pivotal de cetteaudicée. Mon père est rentré du bureau avec un magnétoscopeAkaidans les bras. J’ai lu, plus tard, dans une interview donnée par Jean-François Kahn, que pour fêter l’installation du gaz de ville dans leur appartement, lui et toute sa famille étaient allés voir au cinémaLe Dernier des Mohicans, enTechnicolor™. Pour moi, ce jour-là, ce fut comme l’installation duTechnicolor™ à la maison. Sans doute inspiré par les précédents Pagnol et Coppola et mû inconsciemment par la recherche d’une bonne solution de repli existentiel, j’ai entrepris de reproduire artisanalement le son de tous mes films préférés sur des cassettes audio. Pas l’image. Juste le son. Dans une petite boutique d’électronique de la rue Saint-Dominique, j’ai fait fabriquer un câble avec prise RCA d’un côté et DIN cinq broches de l’autre, me permettant de relier le
magnétoscope à la prise «AUXde ma platine cassette » Aiwa. Je faisais mes achats de cassettes à laFNAC Wagram. J’aimais bien le vendeur du rayon. Un grand barbu très hipster avant l’heure. Pour la vidéo, j’étais très sensible à l’argument duGarantie à vie car je n’avais pas les moyens de garder chaque film enregistré. Je devais pouvoir réutiliser les cassettes indéfiniment, à chaque capture de film. Et ce qui m’intéressait, c’était l’audio. J’utilisais des VHS deux cent quarante minutes. Cela me donnait de la marge pour l’enregistrement et m’évitait de me retrouver avec un film tronqué en raison d’un changement de programme. Cela arrivait souvent à la télévision de l’époque. Pour un bête changement de gouvernement ou la chute d’un mur à Berlin. Pour l’audio, je travaillais à laMaxell, laTDKou l’Agfa. Qualité de base Type I. Du Chromium Dioxide pour le milieu de gamme. Et, pour certains enregistrements essentiels, le «Metal». Le super haut de gamme, c’était laTDK Metal. Avec chassis de cassette en métal et coque transparente. La durée d’une cassette audio, c’est quatre-vingt dix minutes. Soit la durée d’un film. Certains – rares - films dépassent les quatre-vingt dix minutes. Problème sans solution ? Mais non ! Miraculeusement, les établissementsMaxellsorti une cassette de cent ont minutes. Cela me permettait d’éviter de perdre la fin de certains films. Comme la scène de l’aéroport à la fin deOn ira tous au paradis. Marthe : «Qu’est-ce que vous allez faire à Bordeaux ?» Simon : «Je sais pas encore.» Sans discerner le virage que je prenais, lentement mais sûrement, vers la névrose, je m’appliquais à bien préparer ma semaine cinéma avec le catholique-de-gaucheTélérama. Au départ, seulement trois chaînes. Puis quatre. Puis six. Enfin, cinq, car je n’étais pas abonné àCanal Plus. Pas les moyens. Les films tombaient les lundi, mardi, jeudi et dimanche soir. Le moment venu, j’étais prêt. Singulière fortune où le but se déplace, Et, n’étant nulle part, peut-être n’importe où ! Où l’homme, dont jamais l’espérance n’est lasse, Pour trouver le repos court toujours comme un fou ! Je lançais l’enregistrement en mode manuel ou le programmais le cas échéant. Je faisais ensuite le report sur la cassette audio en éliminant les écrans de pubs à coups dePauseet de Mute. Puis je découpais la fiche technique du film surTéléramaà l’aide de monX-Acto. Je la collais à laUHUverte sur la jaquette. Et je notais la date d’enregistrement. Cela a commencé à tomber. Comme à Reichshoffen, Gravelotte, Saint-Privat ou Beaumont. Les deux premiers, ce futÀ bout de SouffleetLe Père Noël est une ordure. Aucun rapport ? Si. Magnifique musique de Martial Solal et époustouflante bande-son godardienne d’un côté. — Si vous n’aimez pas la mer. Fantastique réplique «Mais tu pèses une tonne, salope !» de Lhermitte exfiltrant Balasko de l’ascenseur. Réplique qui m’avait échappée au cinéma mais que l’oreille récupère quand elle n’est pas soumise à l’œil. J’ai ramassé tous les films du Splendid. Un par un. Bronzés.Font du ski.Papy fait de la résistance. Etc. En étendant à toute la filmographie des Clavier, Jugnot, Blanc, Chazel, Lhermitte… Beaucoup, mais alors beaucoup de dialogues d’Audiard. — Quart champagne Monsieur le Baron ? — Non. Un verre. (Le Baron de l’écluse)
Dont ses films à lui. — Symbole des forces mystérieuses, le volcan, jadis maléfique, a été domestiqué pour devenir l’ami de l’homme, le bienfaiteur de l’organisme. (Comment réussir dans la vie quand on est con et pleurnichard) Les Dabadie. Peut-être le plus grand styliste de tous. Élu à l’Académie française au fauteuil de Chateaubriand. Les Bertrand Blier. — Mais t’as tellement de merde sous la queue qu’il faudrait un bulldozer pour la décoller. (Les Valseuses) Des films en anglais. Pour travailler l’anglais. D’Annie HallàTaxi Driveren passant par48 hours. Now back to Gene Krupa’s syncopated style. Shortly. J’écoute ces films pendant des heures. Dans les trains, les avions, les bateaux, les laveries. En faisant la vaisselle ou au resto U. Quand je dis des heures, c’est des heures. Je découvre deux phénomènes. Le premier, c’est le concept de la bulle. La mémoire – la mienne, on va dire – associe le son du film à la période à laquelle j’ai vu le film au cinéma ou à la télévision. Le son génère une bulle spatio-temporelle qui m’extirpe du temps présent et me replonge dans l’époque et le lieu. C’est l’onde sonore qui provoque l’effet. Et dans cette bulle, je me sens en sécurité. Cela devient totalement addictif. Comme les rats d’Olds et Milner appuyant comme des malades (sic) sur leur pompe à dopamine pour s’en envoyer dans le cerveau, moi je rentre dans la bulle à film. Certains films, je les ai écoutés plusieurs centaines de fois. Le deuxième phénomène, c’est que mon cerveau agrège des gigas de dialogues de films. À l’époque de cet acmé, j’aurais pu réciterLe Père Noël est une ordureouFlic ou Voyoude A à Z. — Alors je me suis dit : c’est l’endroit qu’est pas bon ! Dans la vraie vie, si quelqu’un démarre une phrase qui se termine par un dialogue de film, je ne peux pas m’empêcher de terminer la réplique. Un peu comme le personnage deDream On. Mais moi, avec les mots. Parfois dans des contextes inadéquats. Par exemple, si un type me dit qu’il a acheté une maison au Vésinet, je lui réponds direct : — Le Vésinet, ça vaut pas Enghien. Enghien, c’est unique au monde. Le soir, on se croirait en Autriche. (Comment réussir dans la vie quand on est con et pleurnichard) Ou si je m’arrête en métro à la station Louise Michel, je me dis, in petto : — Luis Miguel attire toujours la foule. (Un singe en hiver) Souvent, j’ai une sorte d’écholalie, de leitmotiv, un petit bout de son qui flotte dans mon cerveau pendant des jours. Et qui colle. Comme le scotch du Capitaine Haddock dansL’Affaire Tournesol. — Ah mais je vais te l’arranger, moi, l’athlète ! (Le Magnifique) Et je cherche. Jusqu’à ce que je trouve. Cela peut me prendre des semaines. Barbara adorait que je lui fasse l’échange entre Rambo et le shériff Teasle au début deFirst Bloodquand ce dernier découvre le couteau modèleForces Spécialesde John J. — Pourquoi vous portez un couteau comme ça ? — Pour chasser. — Ne me dites-pas de conneries. Qu’est-ce que vous pouvez chasser avec ça ? — Le cerf.