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Je ne garde pas les poules

De
80 pages

L'amour est un sentiment si aléatoire.
Il peut être la source de joies immenses comme de peines incommensurables. Un véritable paradoxe.
Malgré « les risques » que nous encourrons tous, nous recherchons presque avec désespoir de rencontrer cet amour.
Il nous est indispensable. Nous avons besoin d'aimer et d'être aimer en retour. C'est le propre de l'Homme.
Il nous pousse dans nos retranchements les plus profonds, nous fait agir de manière ignoble, il peut nous faire perdre pied, nous rendre fou.
Lorsque tous ces sentiments extrêmes, viennent se mettre entre une mère et sa fille, qui peut dire si elles en sortiront indemnes.


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Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-61323-3

 

© Edilivre, 2013

Dédicace

 

 

À mes filles, parce que je vous aime tellement,

À mon homme, mon point d’arrimage de chaque instant,

À ma mère, tu as fait de ton mieux.

Citation

 

 

« Toutes les mères sont impossibles, qu’elles aiment trop ou qu’elles n’aiment pas assez.

Il n’y a pas en la matière de juste mesure. »

Christian Bobin

Je ne garde pas les poules

 

 

Le 20 avril 2013

Il est 6 h 15 du matin. Nous sommes samedi et je ne dors plus depuis quelques heures déjà.

Cela fait des années que je ne sais plus ce que bien dormir signifie. Mais cela, c’est le lot de tellement de gens.

Non, aujourd’hui, c’est différent. Je le sens.

Ces deux dernières heures, quelque chose d’autre m’a tiré de mon sommeil. Un besoin, qui me taraude l’esprit depuis longtemps.

Il faut que j’écrive.

Je suis assise à la table de la cuisine, il règne un calme salutaire. Seul le mistral souffle à tout rompre, et le clapotis de l’eau de l’aquarium parvient jusqu’à mes oreilles.

Mes enfants et mon mari dorment. Je crois que je suis bien.

Là, devant mon bloc-notes, un café au lait tiède adoucissant ma gorge sèche, j’ai besoin de coucher sur papier toutes les « choses » qui me rongent depuis tant d’années.

Ce n’est pas une histoire inventée ou une forme d’autoanalyse, non. C’est tout simplement, moi.

Serait-ce un exutoire, un mea-culpa, un appel au secours ? La réponse viendra au fil des mots.

Je l’espère…

Je bois une gorgée de mon café au lait tout en réfléchissant à la façon de commencer.

Tellement de mots me viennent à l’esprit !

Comme si chacun d’eux se bousculait pour passer en premier par le trou trop étroit d’un entonnoir.

Je ne sais pas écrire, je ne suis douée pour rien en particulier d’ailleurs. Je suis une simple femme, une mère et une épouse.

En ce moment même, je me trouve insignifiante.

Avant toute chose, il faut que vous compreniez que ce récit n’est ni une accusation, ni un procès à l’encontre de qui que ce soit. Je ne cherche qu’à comprendre, à me comprendre et peut-être, avec un peu de chance, à me libérer de ces sentiments de « nullitude » et de culpabilité qui m’assaillent chaque jour un peu plus.

Je ne sais pas si je parviendrai à aller au bout de ce récit (je l’espère pourtant profondément), mais à cet instant précis, je me dis qu’au moins, je coucherai sur papier une partie de mes démons, et ce sera toujours ça d’arracher à mon esprit et à mon cœur.

J’ai besoin de paix intérieure…

Allez, je me lance.

Je suis née en 1972, seconde d’une fratrie comprenant une sœur aînée et un frère cadet.

Je suis née malade. Et mine de rien à l’époque, si je peux m’exprimer ainsi (je prends un coup de vieux là !), la médecine a eu du mal à comprendre ce dont je souffrais.

Mes parents étaient très jeunes (une vingtaine d’années), sans le sou, et le mot est faible. Sans famille.

Mon paternel. Élevé en campagne, orphelin de père, envoyé à l’orphelinat catholique, ce qui développa chez lui une aversion particulière (pour ne pas dire autre chose, pardonnez-moi mon Dieu) pour le clergé. La beauté de son visage était un contraste presque choquant avec la dureté de son cœur. Ses yeux d’un bleu lagon lui mangeaient le visage, la finesse de ses traits lui donnait une ressemblance (ironie du sort) avec, pardonnez-moi du peu, Jésus (je n’exagère pas !). Grand et trop mince, son apparence fluette cachait une force de travail incroyable.

Ma mère. Élevée dans la pauvreté des « mauvais quartiers » d’une grande ville, jamais scolarisée, atteinte d’une quasi-infirmité suite à un banal accident. Son esprit vif et sa curiosité lui avaient permis, en autodidacte, d’apprendre à lire. Ses cheveux de jais, son teint mat et ses yeux de braise lui conféraient une beauté hispanique irrésistible. Elle était rebelle et ne se soumettait jamais.

Ils étaient le yin et le yang. Le noir et le blanc. Ils se complétaient, je crois. Ils s’aimaient, alors.

Je vous passe (c’est ce qu’on m’a raconté) les nuits aux urgences, laissant seule à la maison ma sœur aînée, âgée alors d’à peine trois ans, les convulsions, les analyses diverses et variées, la peur qu’ils ressentaient pour moi, et leur impuissance face à mon état de santé, leurs soucis financiers venant s’ajouter à leur vie déjà si difficile.

Mon père m’a raconté, une fois, qu’il avait dû gager sa montre afin que je puisse avoir une piqûre indispensable. Je n’en sais pas plus, mais cette confidence m’avait profondément attristée. Que de sacrifices avaient-ils dû faire ! Je ne crois pas être en mesure de le mesurer vraiment.

Bref, en 1977, un professeur de l’hôpital SN comprit ce qui me rendait si malade.

Je fus donc opérée en urgence, ce qui évita de peu le pire pour ma santé future. Cela faisait près de cinq ans que mon petit corps subissait les assauts de ces infections. Il était à la limite de ce qu’il pouvait endurer.

Cette intervention est aujourd’hui considérée comme routinière mais à l’époque, les modalités de cette dernière semblaient être à leurs « balbutiements ». Ceci dit, ce fut une totale réussite et contrairement, à beaucoup de jeunes patients dans le même cas que moi, je n’eus pas besoin d’une autre intervention.

Écrit comme cela, en quelques mots, cela semble être un happy end, mais si on y repense… (Et tout parent comprendra ce que j’essaie de dire.) Imaginez la situation de mes deux jeunes parents, dans le désarroi total. Ils ont tout donné, afin que je recouvre la santé, sacrifiant même parfois un morceau d’enfance de leur fille aînée, qui n’était alors qu’un « grand bébé ».

Au fait, je m’appelle Pamela. (Ce pseudonyme ne manquera pas de faire sourire mon mari.)

Ma mère.

Ma mère a passé une grande partie de son temps et de son énergie à me couver, me protéger, me soigner, me rassurer, et aujourd’hui…

Quelques bribes de mon opération me reviennent à l’esprit. Des couloirs, le froid de la salle d’opération, la peur, et le regard du professeur M…

Il avait une barbe bien taillée, assez courte, dont les poils commençaient à grisonner. Ses yeux, très bleus, portaient les rides permanentes de ce sourire qui se voulait rassurant et humain avant tout.

Dans mon souvenir, il était grand (mais c’est le souvenir d’une enfant de cinq ans) et je le sentais, gentil.

Oui, c’est ça, gentil, c’est exactement ce qu’il dégageait.

Tout en posant sur mon visage le masque pour m’anesthésier, il me parlait calmement, m’interrogeant sur le métier que je souhaiterais exercer plus grande. Je lui répondais que je voulais être vétérinaire et je m’endormais.

Vétérinaire… J’étais littéralement passionnée par les animaux et plus particulièrement par les grands félins. Du haut de mes cinq ans, je m’imaginais traversant la savane africaine pour soigner et observer ces merveilles de la nature.

Je ne me souviens que très peu de mon réveil. La seule chose dont je sois sûre, c’est que j’avais très mal à la nuque ! Une douleur intense.

Ma mère était là, toujours là.

Avant d’entrer en salle d’opération, mes parents m’avaient promis un joli cadeau pour m’encourager. (Comme s’ils en avaient les moyens !) Et je leur demandai alors, un chien qui marche, aboie et bouge la queue. Je crois que c’étaient mes mots exacts…

La belle affaire ! Je m’en rends compte aujourd’hui. De nos jours les peluches interactives plus vraies que nature se bousculent sur les rayons, mais en 1977… je crois que c’était plus rare.

Ils ont exaucé mon souhait malgré tout, à quel prix… je n’en avais pas conscience alors. Je me rappelle bien ce petit chien beige aux taches marron, téléguidé, qui remuait sa queue tout en aboyant. Je l’adorais !

Je ne saurais dire combien de jours se sont écoulés, mais je me revois, accompagnée par le professeur, dans un couloir, marchant vers ma mère, qui pleurait et riait en même temps.

Je me rappelle de ma confusion. Pourquoi pleurait-elle ? Je sais pourquoi aujourd’hui.

Les suites de l’opération n’ont pas toujours été faciles, mais le fait est que j’allais mieux. Fini les convulsions, les urgences, mais malgré cela ma mère gardait ce regard mélancolique.

Je me souviens d’une photo d’elle et moi. Elle me tenait par la main et son regard posé sur moi était imprégné de tristesse et de fatigue. Cette image m’a longtemps obsédée.

Elle partit en maison de repos, c’est sa jeune sœur, ma marraine, qui vint s’occuper de nous, il me semble.

Ma mère était épuisée, le relâchement, comme on dit.

Elle avait tenu le coup, tant que j’avais le plus besoin d’elle, puis, elle était « tombée ».

Passons sur ma peur, lorsque je la voyais alitée, comme paralysée, seules, quelques larmes coulant de ses yeux qui se voulaient rassurants.

Elle faisait des crises de spasmophilie, m’a-t-on expliqué plus tard.

En écrivant ces mots, je ressens encore cette inquiétude pour ma mère, inquiétude et impuissance que je ne parvenais pas à lui faire comprendre.

Je ne pleurais pas, je ne disais rien, sans doute pour ne pas ajouter de soucis à mes parents, je leur en avais déjà tellement causés !

Je prends conscience que dans tout cela, je ne vois que très peu mon père.

Il était pourtant bien là, à gérer au mieux certainement. Mais je crois que je n’avais d’yeux que pour ma mère. Elle avait été si forte et soudain elle était si fragile ! J’avais peur, je crois.

Je ne me souviens pas beaucoup de ma sœur également. Elle était déjà « grande », par la force des choses, par ma faute. C’était une petite mère, avec cette autorité et cette autonomie qui la caractérisaient si bien ! Je l’admirais déjà.

Dans cette profusion de sentiments, je me sentais alors tellement inutile, si fragile. Si ma mère était souffrante, c’était certainement de ma faute.

Je ne compris que bien plus tard que ce poids dans ma poitrine portait un nom : la culpabilité.

Elle ne me quitta plus jamais.

À cette époque, nous habitions en ville. Je revois notre salle à manger, avec ses meubles en bois presque noir,...