Je pleurais, vous n

Je pleurais, vous n'écoutiez pas

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Je pleurais, vous n’écoutiez pas

USA : un enfant en prison
Dwight Abbott
Dwight « Sonny » Abbott est un garçon plein de vie né dans le cadre rassurant d’une famille américaine de la classe moyenne. À l’âge de 9 ans, un drame familial l’a séparé des siens et il a été placé dans un institut, la « California Youth Authority ».

Il s’est alors retrouvé dans l’horreur du système carcéral américain dans lequel il a été maltraité et victime d’abus sexuels. Là, les viols et les violences sur les enfants génèrent un comportement criminel qui n’a d’issues que la prison ou la mort.

Cette autobiographie est la chronique glaçante d’une vie derrière les barreaux où la brutalité est gage de survie.

Dwight Abbott est en prison depuis son enfance et purge des peines multiples de prison à vie dans la Salinas State Prison à Soledad en Californie.

Sur la couverture, Dwight se trouve à droite.
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Date de parution 03 janvier 2016
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EAN13 9791029401183
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Je pleurais, vous n’écoutiez pas USA : Un enfant en prison Dwight Abbott Uwight (Sonny) Abbott (auteur), Karren Kilian (correctrice pour la version anglaise) et Uanielle Tremblay (traductrice) Ceci est la traduction deI Cried, You Didn’t Listen. © 2012 ISBN: 978-1-62112-693-5
Préface par Books not Bars Je pleurais, vous n’écoutiez pasest une histoire puissante. C’est choquant, obsédant et brutal. Bien que ce soit un document rare et précieux, ce qui est exceptionnel n’est pas l’expérience vécue par Dwight Abbott, mais la clarté et le courage qu’il a démontrés en la partageant. Dwight raconte l’histoire troublante d’un très jeune enfant, d’abord remis entre les mains de l’État à cause d’un drame familial et de la malchance. Une fois en institution, il doit apprendre à vivre dans la cruelle dynamique d’un système qui garantit le pouvoir par la violence et laisse les enfants à la merci de prédateurs adultes. Il est sans cesse confronté à la nécessité de choisir entre deux options déshumanisantes : être le prédateur ou devenir la proie. Même dans la description de violences raciales par Dwight, nous voyons l’effet que le système social a eu sur lui, cimentant les stéréotypes et les préjugés qui deviennent une prophétie autoréalisatrice. Le récit de Dwight est terrifiant. Après sa lecture, nous devons reconnaître que, devant la cruelle nécessité de choisir entre la victimisation de l’autre ou de soi-même, la morale et les valeurs qui prévalent en liberté s’effondrent. Perpétrer la violence apparaît comme la meilleure option pour sa propre préservation. C’est la dynamique fondamentale à l’œuvre dans la vie institutionnelle de Dwight.Je pleurais, vous n’écoutiez pasque, à l’intérieur des montre institutions carcérales, la violence sous toutes ses formes (assauts sexuels, cliques, équipes, gangs, abus émotionnels) est essentiellement une question de pouvoir et de contrôle à la fois sur soi-même et au-delà. Dwight montre clairement qu’à l’intérieur des prisons pour jeunes, il n’y a pas d’ordre autre que celui basé sur la violence. L’une des terribles ironies de la vie de Dwight et de si nombreux autres jeunes qui ont passé leurs années de formation dans de violentes institutions « correctionnelles » est que les aptitudes et la socialisation qui y sont nécessaires pour survivre sont inacceptables, et même criminelles, en dehors des murs de la prison. L’histoire de Dwight démontre puissamment qu’une jeune et innocente personne forcée de s’adapter à une culture basée sur la violence va rapidement se voir voler son innocence et son empathie, et elle développera un ensemble de présomptions et de réflexes qui, s’ils sont nécessaires à la survie à l’intérieur de ces institutions, la rendent totalement incapable de mener une vie normale à l’extérieur. Ceci met à mal l’idée que de punir les jeunes en difficulté a du sens. En fait, les prisons punitives pour les jeunes ne font qu’institutionnaliser les abus et ajouter des traumatismes à la vie de jeunes déjà perturbés. Non seulement est-ce moralement offensif, mais comme politique visant à réduire la criminalité et à accroître la sécurité, c’est contre-productif. Aucune personne saine d’esprit ne voudrait vivre dans la culture que Dwight dépeint de manière si vivante et personne ne voudrait non plus croiser le chemin de quelqu’un socialisé dans un tel milieu. Pourtant, pendant au moins deux décennies, les politiciens ont fièrement soutenu et étendu les institutions qui comptent sur la violence comme moyens de contrôle et d’ordre. Les politiciens ont envoyé plus de gens dans ces institutions pour des périodes de temps plus longues, vendant ces politiques comme étant « dures contre le crime » et bonnes pour la sécurité du public. De manière plus évidente et viscérale que toutes critiques politiques ou toutes études « d’experts »,Je pleurais, vous n’écoutiez pasmontre à quel point notre système de justice juvénile et criminel est inhumain, abusif et contre-productif. Ce serait rassurant siJe pleurais, vous n’écoutiez pas n’était rien de plus qu’un artefact historique alarmant ; si nous pouvions le lire de la même manière que nous lisons les récits de sorcières brûlant sur des bûchers et les autres pratiques sadiques et irrationnelles d’une époque moins civilisée. Tragiquement, la violence écologie de la culture carcérale s’est répandue de façon spectaculaire depuis que Dwight a été capturé pour la première fois.Je pleurais, vous n’écoutiez pastoujours d'actualité, car les horreurs que Dwight décrit est continuent aujourd’hui comme une réalité de tous les jours pour des milliers de jeunes en Californie et pour des dizaines de milliers à travers le pays.
Nous, à Books not Bars, avons autour de trois cents familles membres qui ont des jeunes incarcérés dans le California Department of Corrections et Rehabilitation’s Division of Juvenile Justice. Bien que ce titre soit nouveau, les institutions sont les mêmes que celles que Dwight a décrites et qui faisaient partie de la California Youth Authority. Le gouverneur Schwarzenegger a fait un geste pour la réforme en ajoutant le mot « Réhabilitation » au titre de l’agence de correction de l’État, donnant à la CYA un nouveau nom, et en arrangeant sa chaîne de commandement. Dans son fonctionnement quotidien cependant, la CYA deI cried… est clairement reconnaissable dans les institutions d’aujourd’hui. Présentement, environ trois mille deux cents jeunes sont incarcérés dans la CYA, distribués parmi les huit prisons juvéniles. L’État dépense plus de quatre cents millions de dollars chaque année pour gérer la CYA, ce qui signifie que les coûts annuels pour les préados sont autour de cent vingt mille dollars. Quels résultats produit la Californie en dépensant l’équivalent de quatre ans de formation à Stanford pour chaque jeune prisonnier chaque année ? Selon une évaluation conservatrice, la CYA a un taux d’échec de soixante-quinze pour cent, car les trois quarts des jeunes libérés retourneront en prison avant trois ans. Pire encore, au cours des deux dernières années, cinq jeunes hommes ont trouvé la mort pendant qu’ils étaient sous la garde de la CYA. La plupart de ces décès ont laissé des questions insistantes et, apparemment, ils ont été précédés de manquements alarmants aux propres politiques de la CYA. Que plusieurs de ces morts aient paru être des suicides ne fait que remettre davantage en question la CYA. Des politiques comme l’infâme stratégie « vingt-trois pour un », où les jeunes sont gardés seuls en cellule pour vingt-trois heures par jour, privés de tout vêtement à l’exception de leurs sous-vêtements depuis tôt le matin jusque tard le soir, aggrave des problèmes mentaux préexistants et en provoquent de nouveaux. Contredisant les meilleures pratiques acceptées par la nation, la CYA a gardé des jeunes en isolement extrême pendant des semaines et même des mois, sans interruption. Le 30 août 2005, Joseph Maldonado s’est pendu lui-même dans sa cellule après avoir passé huit semaines en isolement cellulaire et avoir demandé à quatre reprises une assistance psychologique, qui ne lui a jamais été procurée. L’univers de violence, de négligence et d’abus que Dwight dépeint si vivement persiste encore à la CYA. Au moment où j’écris ceci, une réforme significative est en cours. Une convergence des forces (le règlement du procès intenté contre l’État par l’organisme Prison Law Office, l’attention médiatique entourant la mort de plusieurs prisonniers et une vidéo dans le style Rodney King d’un passage à tabac d’un prisonnier enchaîné par le personnel carcéral) ont procuré une rare occasion de vraiment transformer le système de justice juvénile de l’État.Je pleurais, vous n’écoutiez pasclairement qu’une réforme superficielle ne suffira pas. montre Les racines des scandales récurrents et de l’échec lamentable de la CYA sont un ordre social basé sur la violence. Quand des jeunes sont entreposés par centaines dans des institutions qui ont tout des prisons et que le personnel les considère comme la force ennemie à dominer ou à contenir, il n’y a aucune possibilité de traitement ni de réhabilitation. De réformes politiques mineures ne suffiront pas. Pendant les deux dernières années, Books not Bars a réclamé l’élimination progressive totale des prisons de style « entrepôt » dans le système de justice pour mineurs de l’État. À la place, nous avons fait campagne pour que l’on implante des centres de réhabilitation d’une dimension radicalement différente, soit trente à quarante lits dans des établissements ressemblant à des foyers et assez près des familles des prisonniers pour permettre aux proches de participer au programme. Un modèle semblable réussit à obtenir d’excellents résultats au Missouri. Le Missouri dépense environ la moitié de ce que la Californie paie par jeune et a un taux de récidive autour de quinze pour cent. Avec trois mille deux cents jeunes incarcérés, la population carcérale californienne est inutilement gonflée. Environ la moitié de cette population est incarcérée pour des violations techniques à la libération conditionnelle, des problèmes de santé mentale ou de dépendance à
des drogues qui seraient mieux traités en dehors du système correctionnel. Au Missouri, les centres de réhabilitation sont gérés par des conseillers sans armes et les jeunes peuvent porter leurs propres vêtements. Les établissements du Missouri sont confortablement meublés, avec des animaux en peluche sur les lits et des rideaux pour plus d’intimité dans les douches… En raison de la petite taille des centres, il y a possibilité de développer de réelles relations interpersonnelles ; et le programme est construit sur la base de relations responsables et humaines. Les jeunes sont intégrés dans de plus petits groupes avec un détenu plus âgé chargé d’aider les plus jeunes en s’efforçant de satisfaire leurs attentes. La Califormie doit bâtir à partir de zéro afin d'éradiquer un système social basé sur la violence et doit intentionnellement créer des conditions et des programmes qui vont favoriser une culture de respect, d’humanité et de responsabilité. « Je pleurais, vous n’écoutiez pas » documente de manière dévastatrice les conséquences si on permet à l’actuel système de continuer d’exister. Compte tenu du succès évident obtenu par des états comme le Missouri après avoir construit un système plus humain, des dépenses incroyables et de l’inefficacité du système californien, sans mentionner les considérations morales, il est raisonnable de se demander pourquoi un tel système persiste. Dans « Je pleurais, mais vous n’écoutiez pas », Dwight donne un aperçu de cette question en montrant que ses camarades d’institutions juvéniles sont majoritairement ceux qui sont marginalisés ou négligés. Mais, comme toujours, les politiciens et les décideurs calculent qu’il y a peu à gagner en soutenant les besoins et les droits de ces derniers. Au contraire, il y a un univers entier de forces qui bénéficient des politiques « sévères envers le crime ». Durant les dernières vingt années, la California Correctionnal Peace Officers Association (en d’autres mots, le lobby des gardiens de prison) a édifié avec succès une machine politique puissante. Non seulement maintiennent-ils un fonds spécial (dont la principale utilité est de servir les intérêts des politiciens de Californie), mais ils dominent le discours politique. Ils ont défini les politiques « sévères contre le crime » qui ont mené à un taux extrêmement élevé de récidives et ont défini la pratique d’exiger la vengeance la plus punitive comme étant le « droit des victimes ». Le fait que ces définitions sont objectivement fausses est important, mais apparemment insuffisant pour changer les pratiques abusives de la Californie. Books not Bars sait que la réhabilitation et la rédemption sont possible. Notre vision est que la construction d'un système de justice juvénile qui croit en la possibilité de rédemption sera le premier pas vers une discussion plus large concernant le système de justice dans son ensemble. Toutefois, obtenir que le système juvénile remplisse son mandat de procurer la réhabilitation est une tâche ardue. La première étape doit être l’éducation, et la lecture deJe pleurais, vous n’écoutiez pasest un moyen efficace d’obtenir une meilleure compréhension de la folie du présent système et de ce que continuer dans la même direction coûtera. S’il vous plaît, partagez ce livre et dites à tous où ils peuvent en obtenir un exemplaire. Nous avons besoin de faire comprendre aux politiciens que d’agir comme les laquais du système carcéral est mauvais, moralement et politiquement. Appelez les représentants de l’État et le gouverneur, dites-leur que vous vous souciez de la crise de la CYA et que vous souhaitez que la Californie sorte de l’entreprise d’entreposage des jeunes dans des prisons pour mineurs. Nos jeunes méritent mieux. Notre État mérite mieux. Nous devons demander mieux de notre gouvernement. Finalement, veuillez utiliser notre site web (www.booksnotbars.org) comme une ressource et un outil pour suivre les développements dans le domaine du système de justice juvénile. Books not Bars est déterminé à favoriser la construction d’un contrepoids aux forces qui ont conduit la Californie à devenir l’un des leaders mondiaux de l’incarcération, et nous voulons votre aide. Dwight Abbott a perdu la plus grande partie de sa vie dans un système cruel, brutal, inhumain et indéfendable. De sa souffrance et de son traumatisme, il a produit un puissant réquisitoire contre un système corrompu, vicieux et hypocrite. Le seul moyen d’honorer sa vie et les milliers d’autres vies et âmes perdues dans les prisons pour mineurs est
de se lever aujourd’hui pour nos enfants en difficulté et de demander le changement. Merci d’être témoin de la jeunesse de Dwight. Puissions-nous un jour la regarder comme de l’histoire tragique plutôt que la dénonciation vivante que c’est maintenant. Books not Bars Oakland, Californie
Introduction Comment j’en suis venu à écrire ce livre par Dwight Abbott n moment que nous savions tous sur le point d’arriver se produisit ; les administrateurs du California Department of Corrections venaient de décider d’enfermer dans l’Administrative Segregation de San Quentin tous les membres connus ou suspectés de gangs tels que la Fraternité aryenne, la Mafia mexicaine et la Nuestra Familia. Pris par surprise, jetés au sol, poignets menottés, nous avons été conduits à la file indienne à la section B. J’étais parmi les prisonniers blancs les plus racistes qui seraient plus tard menés à des avions les attendant pour les conduire en secret hors de la Californie afin d’être séquestrés dans des prisons fédérales et d’État à travers tous les États-Unis. Chacun de nous, à son arrivée, serait enfermé dans des cages connues pour tenir à l’écart du monde extérieur tous ceux qui y entraient. Avec deux autres prisonniers, à l’intérieur d’une fourgonnette, nous avons pénétré par la porte arrière de l’Oregon State Penitentiary. Laissant derrière moi les deux autres, j’ai été conduit dans un édifice isolé de ceux de la population carcérale générale. À l’intérieur, l’éclairage du corridor et des cellules était diffus, l’air chargé d’humidité, comme s’il était « sale ». Les fenêtres en face de la cellule où j’allais être claquemuré étaient obscurcies par de couvertures de laine. Là, au premier étage, derrière une deuxième barrière à l’extrémité arrière, se trouvaient quatre ou cinq cellules isolées le plus souvent utilisées pour les plus perturbateurs, les plus violents. Une fois les portes fermées, les volets bruyamment fermés et verrouillés, toute lumière devenait inexistante. Aveugle, en tâtant le sol et les murs, le prisonnier découvrait un trou devant servir à soulager ses besoins. Une couverture de toile soigneusement pliée était posée par terre, près du trou. Le prisonnier constatait qu’il n’y avait pas l’eau courante, pas de lavabo, pas de couchette ou de matelas où s’étendre. Tous les sons extérieurs étaient étouffés : la privation sensorielle commençait. Je pourrais entraîner les lecteurs à travers les semaines et les mois, qui deviendraient des années, pendant lesquels mes gardiens m’ont battu et torturé pour me forcer à me soumettre. Je pourrais partager les injures haineuses que je leur adressais alors que j’étais suspendu nu, menotté aux barreaux de ma cellule, écoutant leurs rires et leurs blagues alors qu’ils m’arrosaient à l’aide d’un boyau d’incendie, pour ensuite déverser sur ma tête et mon dos mon petit-déjeuner tiède. Il y eut aussi les jours où j’étais attaché pieds et poings liés dans mon dos, ventre sur le sol de béton glacé, un sac de toile sur ma tête et mollement attaché autour de mon cou, sans nourriture ni eau. La noirceur : comment la décrire ? Et le silence dans lequel je pouvais entendre des bruits qui m’effrayaient, de ceux que faisaient les monstres de mon enfance lorsqu’ils sortaient de sous mon lit ? Devrais-je maintenant tenter de dépeindre les conditions difficiles dans lesquelles j’ai écrit « Je pleurais, vous n’écoutiez pas » sur des feuilles de papier hygiénique ? Non. Pas ici. Pas maintenant. Si vous le souhaitez, vous pourrez le lire dans « Conséquence : les séquelles ». Au cours de la troisième année, enfin je crois que c’était la troisième, je m’étais convaincu de ne plus exister « sur papier », comme on me l’avait depuis longtemps promis, un son sinistre m’a sorti du sommeil que je devais constamment chasser. Je me suis assis, écoutant intensément au cas où le bruit se reproduirait. Lentement, l’un des volets métalliques s’est entrouvert. Levant ma mince couverture et la posant sur ma tête, je me suis rapidement traîné sur les fesses vers l’arrière de ma cellule, me préparant au jet d’eau glacé. Ma souris décampa au fond de son trou. — Abbott ? Es-tu réveillé ? Je n’ai rien répondu.
— Veux-tu fumer ? « Quoi ? Je dois rêver », ai-je pensé. — Je vais laisser ça ici. Je fermerai le rabat plus tard, a-t-il encore chuchoté. Quand je n’ai plus pu entendre le bruit de ses pas, j’ai jeté un coup d’œil de sous ma couverture moisie. La lumière extérieure fixée au plafond face à ma cellule brillait si intensément qu’elle m’éblouissait. Pour la première fois en presque trois ans, j’étais capable de voir les barreaux, le mur au-delà, de même que la porte métallique et la fenêtre qui, peu de temps avant, avaient été invisibles. Lentement, j’ai roulé le tabac en deux cigarettes, puis j’ai coupé au milieu les deux allumettes en carton, pour en faire quatre, comme j’avais appris à le faire alors que j’étais incarcéré à la California’s Youth Authority (CYA) deux cents ans auparavant. Alors que j’allumais ma première cigarette depuis des années, la flamme de l’allumette éclaira mes mains, qui étaient noires de la crasse qui s’y était incrustée ; ma cellule n’ayant pas été nettoyée depuis la mort de « Warden ». Je soufflais, puis inhalais profondément la fumée, et m’étouffais. Je me suis adossé au mur pour me stabiliser pendant que l’arôme du tabac recouvrait temporairement l’odeur d’urine, de fèces et de moisissure que j’avais depuis longtemps cessé de remarquer. Plusieurs heures se sont écoulées avant que j’entende le bruit distinctif des clés en laiton s’entrechoquant. J’ai reculé au fond de ma cellule, m’y tenant debout dans l’ombre, alerte, dans l’attente. Le bruit des pas m’indiquait qu’il n’y avait qu’un seul maton. Il est apparu à ma fenêtre, la lumière derrière lui me déniant toute possibilité de voir son visage. — Tu te fais attraper avec ça, je pourrais avoir un tas d’ennuis. Les gars en avant t’envoient leur respect. Silencieusement, il a refermé le volet, me scellant à nouveau dans l’obscurité. Ainsi venait de commencer une relation assez inhabituelle entre ce gardien de prison et moi qui a duré près d’un an. Son quart de travail, je le savais, commençait à dix heures du soir et se terminant à six heures du matin. Cinq nuits, chaque semaine, il viendrait ouvrir le volet, me demandant ce que je faisais, si j’avais besoin de quelque chose. Ne recevant aucune réponse, il laisserait tomber un sac en papier blanc contenant du tabac sur le plancher de ma cellule et s’éloignerait, comprenant apparemment que je ne lui répondrais pas. Plus que n’importe quoi d’autre, j’aurais voulu me laver : une douche, un rasage. Mais je savais que je ne pouvais pas me permettre de faire reconnaître ses limites au maton. Après tout, de quoi cela aurait l’air si, ouvrant le volet, mes bourreaux du jour me découvraient brillant de propreté après toutes ces années d’existence dans la crasse ? Par ailleurs, je ne savais pas du tout si je pouvais encore parler, n’ayant pas dit un mot à qui que ce fût, pas même à moi-même, pendant au moins dix-huit mois. Une nuit est arrivée où le gardien m’a de nouveau demandé si j’avais besoin de quelque chose, et, à notre surprise commune, d’une voix profonde, rocailleuse, j’ai parlé. — Que diriez-vous d’un crayon ? Il y a eu un long moment de silence pendant lequel lui et moi sommes restés stupéfaits. — Pourquoi voudrais-tu ça ? m’a-t-il demandé. — Pour écrire sur les murs. — Je peux te le donner, mais tu devras me le rendre quand je reviendrai fermer le volet. Feras-tu ça ? — Oui.
Chapitre un Né le 4 octobre 1942 dans un hôpital d’Alhambra, Californie, notre résidence à l’époque était aux abords de Durfee Road à El Monte. Le surnom que mon père me donnait était « Sonny ». Mon enfance a été pas mal ordinaire, tout au moins jusqu’à ce mes neufs ans dans ce monde. Avant cela, quand j’avais cinq ou six ans, il y a eu une autre expérience « traumatique » dont je suis capable de me rappeler. Mon frère Danny, « Skippy », et moi jouions dehors autour de notre maison pendant que Maman et Papa étaient partis en vacances bien méritées, « sans les enfants ». Nous avions été laissés aux bons soins de « Roberta », notre tante, la sœur de Maman, qui était ivre et l’est restée pendant tout le temps où elle a été seule avec nous. À l’arrière de la maison se trouvait un lave-linge avec l’un de ces tordeurs contrôlés électroniquement. Comme la lumière du porche pour un papillon de nuit, ce damné appareil m’appelait chaque fois que je courais autour de son coin. Je grimpais, m’assoyais dans sa cuve tourbillonnante et regardais l’eau monter et clapoter sur ma poitrine nue. Comme je l’avais fait toutes les fois précédentes, j’ai retiré mon pantalon et l’ai inséré entre les rouleaux du tordeur qui tournaient. J’avais du bon vieux plaisir quand soudainement le majeur de ma main droite s’est coincé dans le dernier bouton de mon Levi’s, après quoi j’ai vu mon bras disparaître lentement dans le tordeur et senti l’un de mes os, pas encore complètement développés, se casser. En entendant mes cris, une voisine très enceinte a sauté par-dessus la clôture en chaîne séparant nos propriétés, pour pousser le bouton de sécurité dont je ne savais rien. Apparemment sortis de nulle part, Maman et Papa sont apparus et m’ont rapidement conduit à l’hôpital à plusieurs kilomètres de là. De ce jour, j'ai gardé le souvenir de la douleur qui ne voulait pas me quitter. Puis il y a eu le masque imbibé d’éther que j’ai regardé descendre sur mon visage et être tenu fermement pendant que je sombrais dans un sommeil bienvenu. Je me suis réveillé quelque temps ensuite, me sentant très malade, un effet secondaire de l’éther. C’est seulement alors que j’ai remarqué le gros plâtre qui recouvrait ma main et mon bras. Effrayé par tout ça, je me suis remis à pleurer. J’étais une telle mauviette. Nous étions cinq dans notre fratrie : quatre garçons et Carolyn, qui était, avec David et Reid, les enfants de maman d’un précédent mariage. Je suis né approximativement un an après le mariage de Maman et Papa en 1941, et Skippy est venu au monde quatorze mois plus tard. J’étais plus beau. Roberta était une alcoolique, ce que mes parents ignoraient, qui s’arrangeait pour être disponible chaque fois que nous en avions besoin comme baby-sitter. Il y a eu une période d’environ trois mois où nous avons eu besoin d’elle chaque jour pendant que nos parents étaient au loin pour bâtir le rêve familial, une entreprise de « finissage des métaux » ; une qui deviendrait vite une réussite. Nous aimions beaucoup Roberta. Elle avait bon cœur et nous encourageait à ne pas la moucharder. Nous nous fichions pas mal qu’elle nous ignore, ainsi que les sottises que nous accumulions. Papa était un joueur, certains diraient « compulsif », mais jamais, pas une seule fois, il n’a manqué de subvenir aux besoins de toute sa famille. Nous avions toujours tout ce dont nous avions besoin et recevions la plupart des choses que nous demandions en plus. « Gâtés » nous définissait bien. Dès que l’entreprise a été bien établie, Papa et Maman se sont rendus chaque week-end en auto à Las Vegas, nous laissant aux bons soins de Roberta. Ces jours-là, pendant que Roberta siphonnait sa boisson, nous courions alentours sales et parfois affamés. Cela ne nous affectait pas tellement qu’il y eût des jours où tout ce que nous pouvions atteindre et ouvrir était ce qui nous sustentait. Ce fut au cours d’une crise familiale