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Jusqu'à ce que l'amour nous sépare

De
459 pages
Dénouement sur un passé dévastateur L’ultime tome d’une saga haletante John, Raphaël, Sophie, Alyssa et Vincent rejoignent Paradis, en Floride. Mais John est toujours hanté par son passé, et tous les secrets ne sont pas encore révélés. L’amour triomphera t-il ?… Plus que jamais, le destin se délecte des détours que prennent les membres de cette famille étrange : le passé refera encore un petit tour et une ultime surprise attendra nos héros... la mort rôde encore à Paradis. Claude J.Bobin nous livre dans ce dernier tome le dénouement tant attendu de cette saga pas comme les autres. Entre solitude vaincue, culpabilité anéantie, désespoir oublié et détermination redoublée, les héros devront se débattre afin de dénouer les fils qu’ils les étreignent.
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2 Titre
Jusqu’à ce que l’amour
nous sépare

3DU MÊME AUTEUR AUX EDITIONS DU
MANUSCRIT
La Légende de Rouma et Len’rété Titre
Claude J. Bobin
Jusqu’à ce que l’amour
nous sépare
tome 3
Contes et Nouvelles
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit, 2006
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00938-5 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304009385 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00939-2 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304009392 (livre numérique)

6 Jusqu’à ce que l’amour nous sépare
.
.






A ma famille de cœur, tout ces gens que j’ai
croisé, un jour, une heure, une seconde, et qui
ont marqué ma vie à jamais.






Et le soir où je m’en irai,
Finalement je le ferai, à ma manière,
J’aimerais au tout dernier rappel,
Faire mes adieux au soleil,
A ma manière.
Dalida – A ma manière
7 Episode 20 – Presque une famille

EPISODE 20 – PRESQUE UNE FAMILLE
Raphaël faisait les cents pas dans la petite
pièce aux murs gris ou, depuis plus d’une demi
heure, il attendait John. Déjà deux jours qu’il ne
l’avait pas vu. Une éternité. D’autant qu’il ne
savait pas ce qui avait poussé la C.I.A. , une
autorité Fédérale , à mettre John en prison.
Soudain, un verrou tourna bruyamment et la
porte s’ouvrit sur John. Il portait les mêmes
vêtements que lorsqu’il avait quitté Paradis
encadré par les deux agents, après avoir
embrassé son fils. Raphaël se jeta à son cou. Il
faisait tout pour cacher son émotion, sa
tristesse. Il savait que John en faisait autant.
– Comment vas tu ?… s’inquiéta bientôt
Raphaël après que la lourde porte se soit
refermée
– Mieux depuis que tu es là !… répondit
John avant de le serrer de nouveau dans ses
bras
Puis, après quelques baisers, ils s’installèrent
face à face, sur les deux chaises de la pièce, les
mains jointes au dessus de la table.
9 Jusqu’à ce que l’amour nous sépare
– Tu sais, je n’ai toujours pas compris ce
qu’on te reproche !… avoua Raphaël. On ne
m’a rien dit…
– On me reproche d’avoir financé un coup
d’état contre une dictature du Moyen-Orient !
– Quoi ? !… s’exclama Raphaël. Mais c’est
absurde, ça ne tient pas debout !…
John baissa les yeux et après une brève
hésitation :
– Hélas, si !… J’ai réellement fait ça !…
– Mais pourquoi ?…
– Je ne sais même pas ! En souvenir du
passé. Sur un coup de folie, comme ça…
– Il doit bien y avoir une raison tout de
même !…
– Oui, bien sur… Tu te souviens quand je
t’ai parlé de ma famille, des enfants de mon
cousin Mattew ?…
– Euh, oui, Michaël et Audrey, c’est ça ?…
– Oui, eh bien il se trouve que Michaël avait
un frère jumeau, dont il ignora très longtemps
l’existence. Ce frère, Ada, à été élevé dans un
Emirat au Moyen-Orient jusqu’à ce que son
père adoptif soit tué dans une révolution… Ada
aurait dut succéder à l’Emir à la tête du pays, il
n’a pas eut l’occasion de tenter de reprendre sa
place. C’est en sa mémoire que j’ai donné un
peu d’argent à ses anciens partisans…
– Tu ne t’es pas aperçu que tu risquais gros ?
10 Episode 20 – Presque une famille

– Je ne sais pas… Je ne me suis même pas
posé de questions…
– Et qu’est-ce que tu vas devenir ?… Tu ne
vas pas rester en prison jusqu’au procès ?…
John hésita un instant, puis il affirma avec
assurance :
– Il n’y aura pas de procès…
– Pas de procès ?…
– Non… Je ne suis pas arrêté par la police
mais par la C.I.A. Comme j’ai déjà eu à faire à
eux, j’ai plus d’un atout dans ma manche…
– Tu as l’air bien sur de toi !…
– A peu prêt certain, oui !… Mais ne parlons
plus de ça !… Dis moi comment va
Vincent ?…
– Oh, il va bien… Il passe son temps à
chercher son chat, je ne crois pas qu’il envisage
de l’avoir perdu…
– Je lui en offrirai un autre en sortant d’ici…
– En tout cas je crois que cette expérience l’a
fait grandir…
– Pourquoi tu dis ça ?…
– Il a changé… Il est devenu un homme, il
ne veut plus qu’on l’aide à se laver ou à
s’habiller… Et puis il est beaucoup plus calme
qu’avant…
– Tu l’as conduit au médecin ?…
– Oui, ce matin…
– Et alors ?… s’inquiéta John
11 Jusqu’à ce que l’amour nous sépare
– Et alors quoi ?… Tout va bien. Le médecin
l’a examiné, tout ce qu’il a vu c’est un
hématome dans le bas du dos… Mais Vincent a
put se le faire lui-même…
– Tu sous entend qu’il aurait put être
maltraité ?… s’étonna John. Non, non, je ne
pense pas. Il me l’aurait dit, j’en suis sûr…
– Oui, moi aussi !… assura Raphaël. Et si on
parlait d’autre chose ?…
– Et de quoi donc ?…
Raphaël regarda tout autour de lui, les murs
gris et tachés sans la moindre ouverture, le néon
qui crachait sa lumière cruelle comme une arme,
et cette lourde porte derrière laquelle un gardien
attendait.
– Je sais que ce n’est pas l’endroit idéal pour
faire la fête, mais aujourd’hui n’est pas un jour
comme les autres et je voulais absolument être
avec toi…
John cherchait dans le regard de Raphaël à
comprendre de quoi il parlait.
– Tu as sans doute oublié ce bar enfumé ou
nous nous sommes vue pour la première fois !
– Non, je m’en souviens !…
– Eh bien ça fait exactement un an
aujourd’hui…
– Un an ! ?… s’exclama John. Déjà…
– Eh oui… sourit Raphaël. J’attends avec
impatience que tu sortes pour te préparer un
dîner dont tu me diras des nouvelles…
12 Episode 20 – Presque une famille

– Eh bien je peux t’assurer que je serai de
retour chez nous avant la fin de la semaine…

Peu après, le gardien signifia à Raphaël que la
visite était terminée. Ils s’embrassèrent avec
passion, et même si leur cœur se déchirait d’être
à nouveau séparé, chacun repartait avec l’espoir
de se retrouver très vite. Tout deux savaient
bien maintenant que leur tendresse, leurs
attentions l’un pour l’autre, la confiance
instaurée entre eux, étaient réelles, sincères et
profondes. Et en un an, ce qui c’était crée entre
eux était réellement… de l’amour.
Cette certitude les confortait dans cette
sensation irraisonnée de toute puissance face au
hasard, au destin. Désormais uni par un lien
plus fort que tout autre, ils savaient, chacun de
leur côté, que rien ni personne, vivant ou mort,
ne pourrait jamais les séparer.
Raphaël quitta la maison d’arrêt et fila sur la
route dans sa Lamborghini rapide comme le
vent. Son cœur ne s’était pas trompé, il avait
bien fait de persévérer, de se battre contre tout
les fantômes d’un passé qu’il n’avait pas vécu,
car il avait finalement remporté la victoire, il
emportait le trophée le plus merveilleux : le
cœur de John.

Pendant ce temps, John obtint enfin ce qu’il
demandait en vain depuis son incarcération,
13 Jusqu’à ce que l’amour nous sépare
c’est-à-dire une entrevue avec un responsable
dépêché par la CIA. Ce fut dans sa cellule, hors
de tout regard et oreilles indiscrets, qu’il reçu la
visite d’un des supérieurs des agents l’ayant
arrêté. Chef de district, l’homme était grand,
mince, et portait une barbe courte qui cachait
son visage et empêchait de définir son âge. De
ce visage ténébreux et apparemment jeune se
dégageait une joie de vivre rayonnante qui
filtrait de son regard émeraude.
– Bonjour monsieur Delorme !… Je
m’appelle Gordon Schneider !… Je crois que
vous vouliez me rencontrer !…
– C’est exact oui !… Etes vous habilité à
vous référer directement au secrétaire d’état si
vous en aviez besoin !…
– Vous plaisantez ?… s’exclama Gordon. On
ne dérange pas un proche de la maison blanche
pour des…
– Pour des quoi ?… L’affaire dont j’ai
l’intention de vous entretenir est d’une
importance telle que c’est au président lui-
même qu’il vous faudra en rendre compte…
– En finançant un coup d’état contre un
gouvernement avec lequel notre pays a des
accords, vous êtes aller à l’encontre de l’intérêt
national et vous serez jugé pour haute
trahison…
John s’esclaffa, puis, reprenant son sérieux,
se leva et déclara :
14 Episode 20 – Presque une famille

– Si je dois tomber, l’Amérique toute entière
tombera avec moi aux yeux du reste du
monde… Asseyez vous, monsieur Schneider, et
laissez moi vous raconter une histoire…
L’envoyé des services secrets s’exécuta. John
demanda :
– Est-ce que le nom de Peter Salnovitch
vous dit quelque chose monsieur Schneider ?…
– J’avoue que non !…
– Peter Salnovitch possédait autrefois l’un
des tout premier groupe agroalimentaire de la
côte ouest !… Il s’est suicidé voici un peu plus
de six ans. La presse en a beaucoup parlé à
l’époque. Maintenant, reprit John, savez vous ce
qu’on appelle la persuasion coercitive ?…
Devant le mutisme de l’agent de la Compagnie,
John continua :
– On utilise pour cela diverse technique qui
vont des drogues à l’hypnose en passant par la
torture mentale. Couramment, on appelle cela
le lavage de cerveau, et je peux vous assurer que
certains de vos collègues sont passé maître en
domaine… Ce procédé, très au point d’ailleurs,
m’a forcé à ruiner monsieur Salnovitch…
Lancé dans une histoire qu’il n’avait jamais
encore racontée, John poursuivait :
– Il se trouve que monsieur Salnovitch avait
une autre activité qui a failli coûter la vie à une
personne que j’aimais plus que tout… Peter
15 Jusqu’à ce que l’amour nous sépare
Salnovitch fabriquait et installait des centrales
nucléaires dans des pays d’Afrique…
– Mais c’est illégal !… s’exclama Schneider
– C’est surtout très dangereux puisque suite à
une explosion, un de mes amis qui se trouvait
en visite au moment de l’accident à été irradié et
fut frappé d’une forme particulièrement
virulente de cancer…
L’agent de la CIA restait impassible ; alors
que John avait les larmes au bord des yeux en
songeant au calvaire qu’avait enduré Yannick
les deux dernières années de sa vie.
Etrangement, il songea que pour la première
fois, il envisageait que la mort ait put être pour
Yannick une délivrance.
Une colère intense se déchaînait au fond de
lui, mais il ferait tout ce qui était en son pouvoir
afin de la maîtriser. Ses mots n’en auraient que
plus de poids. Mais sa voix trahissait l’émotion
qui montait en lui.
– Le plus abominable dans cette affaire,
monsieur Schneider, c’est que Salnovitch
disposait pour son odieux trafic des appuis les
plus importants dans ce pays. Et là, je vous
parle de la Maison Blanche…
John s’arrêta. Il se sentait un peu honteux du
marchandage auquel il se livrait, mais surtout il
se sentait fatigué et avait envie d’être seul. Seul a
jamais, pour ne plus voir les visages hypocrites
aux sourires figés de ses congénères et ne plus
16 Episode 20 – Presque une famille

souffrir toutes les ignominies commises par
ceux que la religion disaient pourvu d’une âme.
– Savez vous que ces accusations pourraient
vous mener à la chaise électrique ?…
– Toute les preuves de ce que j’affirme sont
dans un coffre… Je suis prêt à les échanger
contre mon immunité…

Raphaël attendait avec impatience le retour
de John, qui devait arriver vers 13 heures et
avait déjà près de trente minutes de retard. C’est
pour cela qu’il était nerveux. Si jamais John
s’était trompé, si la CIA décidait de le laisser en
prison. Dieu, quelle horreur ! Non, ce n’était pas
pensable, leur amour si jeune ne pouvait mourir
d’un simple mur de prison.
Et puis soudain, comme par magie, John
entra sur la terrasse. Raphaël le vit, son cœur fit
un bond dans sa poitrine et il se pendit aux
épaules de John pour l’embrasser. Ce fut
comme un premier baiser. C’était un de ces
moments ou le ciel était à portée de main. Un
véritable feu d’artifice, la sensation que le
monde était à eux !
– Tu vas bien ?… demanda doucement
Raphaël enserrant tendrement John contre lui
– Merveilleusement bien… Je sais
maintenant que rien ne nous séparera jamais…
Raphaël avait comme prévu préparé un repas
formidable que John et Vincent trouvèrent
17 Jusqu’à ce que l’amour nous sépare
délicieux. Puis ils passèrent le reste de la journée
autour de la piscine et sur la pelouse de la
propriété, jouant ou discutant de choses sans
importances. Le temps passait vite et la chaleur
était encore écrasante malgré la petite brise
parfumée qui soufflait de l’océan.
Vincent, souvent songeur, semblait parfois
ne pas apprécier les jeux et les rires de John et
Raphaël. Il était un peu renfermé, sans doute
parce que la solitude de son emprisonnement
l’avait marqué. Personne n’osait lui dire qu’Isis
ne reviendrait pas, qu’il ne fallait plus l’attendre.
Il aurait eu trop de peine.
Lentement, le soleil descendit, et le ciel
s’obscurcit peu à peu. Epuisés, ils rentrèrent
tout les trois et dînèrent devant la télévision qui
diffusait un vieux film en noir et blanc, l’histoire
d’un homme dont la famille avait été massacrée
par les indiens et qui décidait de se faire justice
lui-même en poursuivant les sauvages Peaux-
Rouges jusque dans leur réserve.
Vincent se mit au lit tôt, il était fatigué et
n’arrêtait pas de bailler. John et Raphaël se
retrouvèrent sur la terrasse à contempler les
étoiles, myriades d’astres mystérieux et
protecteurs.
– Qu’est ce que tu vas faire maintenant ?…
demanda soudain Raphaël
– Il y a tant de problèmes à régler que je ne
sais même pas par quoi commencer !… avoua
18 Episode 20 – Presque une famille

John. Il y a d’abord Alyssa et Sophie. Je n’ai pas
très envie d’aller en justice, mais j’ai la quasi
certitude qu’elle n’est pas ma fille…
– Et pour le livre ?…
– Là, j’avoue que je ne sais pas !… Si
j’attaque cette scribouillarde de pacotille en
justice, j’ai bien peur que ce ne soit pour elle la
plus efficace des publicités…
– Si tu la laisse faire ça sera peut-être pire !…
– J’aviserai en temps utile !… Si nous allions
au lit maintenant ?… suggéra John en enlaçant
tendrement la taille de Raphaël
– Laisse moi juste te poser une question !…
fit-il, visiblement inquiet. Cette histoire avec la
CIA, tu es sûr que c’est fini ? …
– Absolument, oui !… J’avais des preuves
impliquant un ancien gouvernement dans une
sale affaire. Tu te rappelles je t’avais parlé d’un
agent de la CIA que j’avais fait emprisonner
pour me venger… J’ai simplement rendu ces
preuves à la CIA pour en être débarrassé…
Pour de bon…

Alors ils montèrent dans leur chambre. Ils
étaient heureux, amoureux, pleins de joie et de
désir. Tout, ou presque, était rentré dans
l’ordre, et ils étaient réunis. Rien ne les
séparerait jamais plus. Pleins d’ardeur, ils firent
l’amour comme jamais auparavant. Avec
passion, avec tendresse, avec fougue.
19 Jusqu’à ce que l’amour nous sépare
Finalement, épuisés, ils s’endormirent dans les
bras l’un de l’autre.

Raphaël, après avoir fait quelques courses à
Miami, notamment dans un magasin de disques,
gara sa Harley devant un petit immeuble d’un
quartier modeste ou Alyssa et Sophie venaient
d’emménager. Comme il l’avait espéré, Alyssa
était seule dans l’appartement encore
embarrassé de cartons. Elle le reçu avec
courtoisie mais sans amabilité ni confiance.
– Que puis-je pour vous ?… demanda t-elle
– Pour moi, rien !… avoua t-il. Par contre, je
pense que nous pouvons faire quelque chose
pour John…
– Si vous venez me demander de renoncer à
cette action en justice, n’y comptez pas !… Je
n’avais pas l’intention d’aller jusque là, c’est
vous qui m’y avez forcé… Enfin, c’est John…
– Oui, je sais… Mais il est plutôt perturbé
ces temps-ci, et je suis persuadé que la meilleure
solution, pour vous comme pour lui, et aussi
pour votre fille, c’est de faire la paix…
– La paix… C’est facile à dire, mais est-ce
que lui veut la même chose ?…
– Je pense que oui…
– Mais dites moi, questionna Alyssa,
pourquoi faites vous cela, quel est votre
intérêt ?…
20 Episode 20 – Presque une famille

– Mon intérêt, le seul, c’est de voir John
heureux… Et je pense que votre présence et
celle de votre fille à Paradis peuvent apporter à
John et Vincent un équilibre qu’ils n’ont pas…
Alyssa sembla réfléchir un instant. Puis elle le
regarda avec un sourire confiant.
– Alors que proposez vous ?…
– Je vous propose une trêve… Si John et
vous arriviez à parler, tranquillement, en y
mettant de la bonne volonté chacun de votre
côté, je crois qu’il y a un réel espoir…

Pendant ce temps, alors que Vincent
cherchait toujours son chat autour de Paradis,
John revint vers le livre de Mylène. Il était fou
de rage contre elle, il ne pouvait que trouver ce
livre exécrable, à la fois mal écrit et mal pensé ;
malgré tout une curiosité maladive le forçait à
revenir à ces malsaines lectures. Il reprit un
nouveau chapitre, toujours dans la première
partie du livre.
Lorsqu’il entra à l’université, John, plutôt que de
rester en Floride, choisit un campus plus petit, dans le
Vermont, là ou, se disait-il, personne ne savait qui il
était.
John était devenu un jeune homme très séduisant et
athlétique. Il mesurait ses 1 mètre 83 et pesait 77 kilos,
, et il avait le teint halé des beach-boys de Floride. Ses
cheveux étaient noirs, de ses yeux noisettes se reflétait la
pureté, et l’école lui plus dés l’instant ou il la vit.
21 Jusqu’à ce que l’amour nous sépare
Pourtant l’école et la petite maison que ses parents lui
avaient louée à proximité du campus lui réservaient un
terrible sort.
L’amitié, mais aussi la mort, l’accompagnèrent
durant presque deux ans, alors qu’il faisait la
connaissance du doute, de la déception, et d’une solitude
protectrice.
Il en sortit donc deux ans plus tard, plus beau encore,
mais à jamais marqué par le destin. Il était devenu un
homme, et les épreuves déjà subies lui apprirent une
chose au moins : jamais plus il ne devrait nier ni avoir
honte de ce qu’il était…
John poursuivit un peu plus loin ses études, jusqu’au
Master’s Degree qu’il obtint à 23 ans après avoir passé
un trimestre à Yale et trois trimestres à U.C.L. A. ou,
sous le soleil de Californie il connut une grande histoire
d’amour avec un avocat de San Francisco, ainsi que
quelques mois à l’université d’Austin au Texas, séduit
par les moyens colossaux de celle que l’on surnomme la
plus grande des universités blanches et la plus blanche
des grandes universités.
Lorsqu’il obtint son diplôme, John, plutôt que de
partir visiter l’Europe comme le lui offrait sa famille,
choisit de partir retrouver Ron, l’avocat qu’il avait
connu quelques mois plus tôt à San Francisco.
Ron Samuelson était un homme svelte et musclé, et
seuls quelques traits blancs sur ses tempes indiquaient
qu’il avait effectivement 43 ans. Elégant, distingué,
raffiné et intelligent, il avait tout pour plaire, avec en
supplément un zeste d’expérience. Il attendait dans le
22 Episode 20 – Presque une famille

hall du Mark Hopkins Intercontinental, le palace qui,
depuis 1926, dominait Nob Hill.
John s’y trouvait depuis deux jours et il fut ravi de
revoir enfin Ron. Celui-ci lui fit visiter rapidement l’est
de la ville, depuis Nob Hill jusqu’au coin de Bacon et
Somerset Street ou il avait son bureau, puis il se
rendirent à pied jusqu’au John MacLaren Park ou ils
passèrent l’après-midi.
Quelques jours plus tard, John emménageait dans un
petit meublé sur Noe Street, en plein cœur de Castro, le
quartier Gay. John appréciait de pouvoir enfin vivre son
homosexualité au grand jour et de se balader sur Castro
Street avec sa main dans celle de Ron pour admirer les
vieilles maisons victoriennes restaurées et peintes de
couleurs pastelles. Tout lui semblait merveilleux. La vie
lui souriait enfin.
Et puis un jour, se rendant par hasard au bureau
Samuelson & C° lawyer sans y être attendu, il
découvrit pourquoi son amant refusait de vivre avec lui.
Sa femme, car il était marié depuis 15 ans, allait lui
donner un second fils.
Désespéré, John écrivit une longue lettre à Ron, fit sa
valise et partit en auto-stop, sans savoir où il allait… Il
traversa Hollywood, Beverly Hills, et, sans rien avoir
vu, il atterrit à Los Angeles ou il erra quelques
semaines. Puis, se réveillant un matin sur une plage
après une nuit d’ivresse, sans argent ni papier parce qu’il
s’était fait dévalisé, il décida d’appeler Miami, de se
faire envoyer un peu d’argent et de rentrer chez lui.
23 Jusqu’à ce que l’amour nous sépare
Il fut surpris, à son retour, de voir combien ses
parents avaient changé de point de vue à son propos.
Tout deux semblaient avoir accepté que leur fils unique
ne soit pas vraiment comme les autres, et il fut ravi de
voir que sa mère ne lui en voulait plus.
John se réinstalla à Paradis et retrouva avec joie sa
sœur Stéphanie et ses cousins. Il se sentait à nouveau fort
et prêt à affronter la vie. Mais lorsqu’il amenait un
homme dans l’appartement qu’il louait en secret à
Miami, c’était toujours pour une aventure sans
lendemain, quelques nuits endiablées et une déception.
Puis un jour, peu après son 24ème anniversaire, son
père Vincent le nomma directeur de la Delorme Oil et
lui offrit une majorité d’actions. John, occupé à ses
nouvelles responsabilités, oublia un moment sa solitude
et parvint à signer d’importants contrats, se taillant peu
à peu une belle place sur la scène des affaires du pays. Il
devint un homme d’affaire honnête et apprécié de ses
partenaires, au plus grand déplaisir de son cousin
Mattew, alors à la tête de la Delorme Land
Corporation.
Et puis un jour on lui présenta Luke Fulman, le
nouveau comptable de la société. C’était un jeune homme
soigné et très séduisant, avec un visage d’ange et des
allures d’aventurier absolument irrésistibles, et qui
n’attendit pas une semaine avant de faire des avances à
son patron.
John, bien que sensible au charme désinvolte du jeune
homme, le prit tout d’abord pour un petit arriviste sans
scrupule. Peu à peu cependant, Luke sut convaincre
24 Episode 20 – Presque une famille

John de sa sincérité et de la profondeur de ses sentiments.
Ils commencèrent à sortir ensemble, apprirent à se
découvrir et à s’apprécier, et après leur première nuit
ensemble, John, le cœur léger et des rêves plein les yeux,
proposa à son amant de vivre avec lui. Il l’aimait comme
un fou. Luke accepta sans hésiter…

John avait les larmes aux yeux. Il avait
presque oublié tout ça, Ron, Luke… Que de
souvenirs, pas toujours bon bien sur, mais cela
n’avait pas d’importance. Sans vouloir se
l’avouer, il dut bien reconnaître que ce livre
avait au moins le mérite de lui prouver qu’il
avait eu une vie en dehors de Yannick. Il avait
eu tendance à l’oublier, à le nier même…

Peu après, Raphaël rentra à Paradis. John,
sans lui laisser le temps de respirer, lui sauta au
cou et l’embrassa.
– Que me vaut un tel accueil ?…
– Rien de spécial !… assura John. Je n’ai pas
besoin de raison particulière pour t’embrasser ?
– Non, au contraire, tu peux recommencer
quand tu veux !…
– Eh bien je n’y manquerai pas, mais pour
l’instant je dois partir… Je vais au bureau…
– Oh… fit Raphaël, déçu. Regarde ce que j’ai
acheté…
Il sortit de sa poche un cofret de trois
disques lasers que John prit et ausculta.
25 Jusqu’à ce que l’amour nous sépare
– Carmen ?… s’étonna t’il
– Oui, Carmen… C’est l’enregistrement de la
représentation que nous avons vu à San
Francisco !… Si l’on m’avais dit qu’un jour
j’aimerais ce genre de truc au point d’acheter le
C.D.je ne l’aurais jamais crut…
– Ca me fait plaisir, tu sais… Je t’aurai au
moins fait découvrir quelque chose…
– Et bien d’autres encore !… assura Raphaël.
Tu en as pour longtemps au bureau ?…
– Je ne sais pas !… Je vais faire aussi vite que
possible…
– Très bien, je vais t’attendre en écoutant
Carmen et Don José… Ne soit pas trop long…
– C’est promis… répondit John avant de
l’embrasser à nouveau, tendrement…

John arriva au bureau sans y être attendu. Il
voulait surprendre Lance Morris, parler avec lui
en toute franchise et régler une fois pour toute
cette affaire d’argent volé. Il fit signe à la
secrétaire de ne pas bouger, il frappa à la porte
du bureau de Lance et entra aussitôt. En le
voyant, Lance pâlit.
– Monsieur Delorme ?… Que faites vous
ici ?… Enfin, je veux dire, je ne vous attendait
pas !…
– Bonjour Lance !… dit tranquillement John.
Ne vous inquiétez pas, je passais par hasard
alors je me suis dit que j’allais venir vous voir…
26 Episode 20 – Presque une famille

John s’approcha du bureau, Lance se leva :
– Que s’est-il passé ici depuis mon départ ?
– C’est plutôt calme en fait… avoua Lance.
Après l’autorisation de la justice de reprendre
nos affaires, il à fallut renouer des contacts, et
puis l’évaluation des nouveaux avoirs fonciers
de la compagnie est assez délicate !…
– Rien de grave j’espère ?… demanda John
– Non, des tracasseries administratives, rien
de plus !… Le National Fortune vous place dans
le peloton de tête des hommes les plus riches
du monde, et je pense qu’il n’est pas si loin de la
vérité en vous plaçant à la tête de trois cents
milliards…
– Ca fait beaucoup !… Je ne m’étais pas
rendu compte… affirma John
– En effet !… Et nous sommes sur le point
de conclure un important contrat avec un
partenaire français de longue date, les De
Carnot…
– Méfiez vous d’eux… Ce n’est pas
l’honnêteté qui les caractérise… Mais si nous
parlions plutôt de la comptabilité !… lâcha
soudain John alors même que Lance
commençait à retrouver son calme.
– La comptabilité, monsieur ?…
– Oui… Avant que je ne parte en voyage,
nous avions discuté vous et moi de certaines
erreurs qui cachaient en réalité un
détournement de fond…
27 Jusqu’à ce que l’amour nous sépare
Lance détourna le regard et vint près du bar
pour préparer deux verres.
– C’est vrai, oui, mais…
– Steve et moi-même avons fait une enquête
et je ne crois pas que le coupable nous échappe
cette fois-ci… Ce n’est qu’une question de jours
pour que nous ayons de quoi alerter un juge…
– Un juge ?…
– Oui, bien sûr, je ne peux pas laisser faire ça
sans intervenir… Le coupable sera licencié et
remis à la justice. C’est normal… Je ne fais pas
ça de bon gré, croyez moi… Mais c’est la seule
solution à ce genre de problème…
– Mais peut-être… objecta Lance
– Mais, poursuivit John sans s’interrompre, il
se peut que le coupable ait des circonstances
atténuantes et dans ce cas je saurai en tenir
compte… Mais pour cela il faudrait que je sois
au courant le premier, avant que Steve ne le
sache et qu’il n’en réfère aux autorités…
– Il se peut… commença Lance
– Est-ce que je peux vous faire confiance,
Lance ?… coupa John. Oui, bien sur je le
peux… Pouvez-vous faire circuler ça un peu
partout ?… Je vais passer la journée à mon
bureau, et j’aimerais vraiment que l’on vienne se
confier à moi…
Sans attendre, et alors que Lance posait un
verre vide sur la glace rutilante du bar et
s’emparait d’un autre verre, John se dirigea à
28 Episode 20 – Presque une famille

grand pas vers la porte. Au moment ou il posait
la main sur la poignée, Lance l’interpella d’une
voix mal assurée :
– Monsieur Delorme ?…
– Oui, Lance ?… fit-il en se retournant vers
lui, arborant un sourire engageant.
Lance baissa la tête et n’osa plus parler. Une
boule dans sa gorge empochait tout son d’en
sortir, et c’est dans un murmure qu’il déclara :
– C’est moi qui ai détourné cet argent…
John tira une chaise devant le bureau et fit
asseoir Lance, puis s’assit en face de lui, tout
près. D’une voix douce, encourageante, sans
colère ni reproche, il demanda :
– Dites moi tout, Lance !…
– Il avait un dossier, tout, il savait tout… Les
lettres de délation que mon père avait écrite en
1952 et 1953 ont conduit à l’arrestation de sept
personnes dont mon oncle Sam… Si ma mère
avait découvert qu’il avait agit ainsi pendant le
maccarthysme, elle en serait morte… Je ne
pouvais rien faire…
Lance était secoué de spasmes nerveux, des
sanglots sans la moindre larme.
– Du calme Lance, du calme !… fit John en
lui posant une main sur l’épaule. Il vous faisait
chanter, c’est ça ?…
Incapable de parler, Lance, dont la mâchoire
tremblait, acquiesça. Il inspira profondément, et
29 Jusqu’à ce que l’amour nous sépare
comme il ne ressentait ni colère ni haine de la
part de John, il parvint doucement à se calmer.
– Donc il vous forçait à détourner de
l’argent… Vous pensez être en mesure de
récupérer la somme ?… Je veux dire sans qu’il
le sache, bien sûr…
– S’il n’a pas effectué de transferts… du
compte auquel j’ai accès, oui, je pense…
– Très bien, assura John. Alors… Non, pas
ce soir… Disons jeudi… Jeudi matin… Vous
récupérez tout l’argent et ensuite vous me
laissez faire !…
Lance, sans relever la tête, déclara alors :
– Je vous remettrai ma lettre de démission
dans la journée de jeudi…
– Je la refuserai, quoi qu’il arrive, alors
épargnez vous cette peine… Prévoyez plutôt
d’aller passer un long week-end auprès de votre
mère… ou de quelqu’un d’autre !…


Vincent se promenait sur la propriété, pas
très loin de Paradis, tout seul parmi les arbres
majestueux et les fleurs multicolores et
odorantes. Le ciel était bleu pâle, quelques
nuages cotonneux le traversaient doucement.
Les oiseaux chantaient, une mouette criait
parfois au loin, mêlant sa voix stridente au
ressac assourdit de l’océan voisin.
30 Episode 20 – Presque une famille

Vincent marchait ainsi sur l’herbe verte sans
savoir vraiment ou il allait, il marchait au
hasard, guidé par les craquements, les bruits de
la nature, par un bruissement d’aile ou le chant
d’une cigale.
Soudain, dans un endroit ou le soleil filtrait
au travers des arbres, apparut à ses yeux comme
envoyé du ciel la silhouette fine du petit chat
Isis. La bête était d’une maigreur épouvantable,
mais ses yeux inondés de soleil étaient pleins de
vie. Aucun doute possible, il s’agissait d’Isis.
Vincent l’appela. En miaulant, le petit chat
dont il ne semblait rester que les yeux,
s’approcha de lui et se frotta contre ses jambes.
Il était maigre, sans doute affamé. Vincent le
prit dans ses bras et le tint contre lui, serré
comme s’il était un trésor fabuleux. Et sans
pouvoir se retenir, il se mit à pleurer, sans bruit,
debout dans cette clairière. Les larmes noyaient
ses grands yeux, roulaient sur ses joues comme
l’eau des cascades, et venaient se perdre dans la
douceur du pelage de son chat.
Il ne savait même pas pourquoi il pleurait. Il
n’était pas malheureux, mais il se sentait sale,
mauvais, comme emplit d’une force maléfique
contre laquelle il ne pouvait pas lutter. Alors,
comme si cela pouvait le laver, il pleurait. Il
pleurait, ses yeux devinrent fontaine et il se
coucha sur l’herbe, serrant contre sa joue
comme ultime bouclier le corps osseux du petit
31 Jusqu’à ce que l’amour nous sépare
animal, prêt à se soumettre une nouvelle fois à
l’esprit diabolique qui le venait hanter jusque
dans sa chair…

Dans la maison pendant ce temps Raphaël
écoutait Carmen à tue-tête. La belle Carmen et
deux de ses amies tiraient les cartes pour
connaître leur avenir, et de celui de Carmen
n’apparaissait que la mort… Raphaël, lui, était
monté au grenier pour y chercher de vieux
objets, , ce genre d’objet chargé d’histoire qu’il
aimait à observer afin d’en percer les secrets.
Mais il ne trouva rien d’intéressant sinon ce
gigantesque tableau représentant toute la famille
de John.
Il décida de remettre à une place plus
judicieuse le grand tableau, qu’il eut
énormément de mal à déplacer, non qu’il fût
particulièrement lourd mais surtout qu’il était
très encombrant. Il parvint cependant après
bien des efforts à l’accrocher dans l’escalier, là
ou il serait visible à la fois du hall et de l’étage
sans l’être pour autant des pièces dans lesquelles
ils vivaient.
Raphaël pensait avoir fait assez pour que
John soit en paix avec ce que représentait ce
tableau pour que sa présence ne les gène ni l’un
ni l’autre. C’est à ce moment que John rentra à
la maison. La musique et la voix magique de
Carmen emplissaient tout l’espace. Raphaël se
32 Episode 20 – Presque une famille

retourna et vit John, les yeux fixé sur le tableau,
et titubant comme un homme ivre.
Il se précipita, persuadé que John allait
tomber. Mais John retrouva son équilibre.
– Ca va ?… s’inquiéta Raphaël
– Oui… Oui, ça va. Pourquoi as tu fait ça ?
– Je pensais que tu aimerais revoir ce
portrait, il s’agit de ta famille !…
– Oui, c’est vrai… C’est gentil !… reconnu
John
– C’est vrai, tu trouves que j’ai bien fait ?…
– Absolument… Je vais mettre un moment
pour m’habituer, mais c’est bien… Et c’est
grâce à toi si j’ai la force de le regarder
aujourd’hui…
– Et cet étourdissement tout à l’heure ?…
– Ce n’est rien… En un instant j’ai revu tout
ce qui était arrivé devant ce tableau… Tu sais,
cette maison, expliqua t-il en écartant les bras, à
vue en quelques années autant d’événements
qu’il peut y en avoir dans…
– Dans un feuilleton comme Un jour à
l’autre !
– Exactement… acquiesça John, sans
pouvoir détacher le regard des visages peints de
son père, sa mère, sa sœur, ses cousins, et tout
les autres…
– Mais pourquoi dis tu en quelques
années ?… s’étonna Raphaël
33 Jusqu’à ce que l’amour nous sépare
– J’ai dit ça ?… Oui, bien sûr… En fait, c’est
étrange, durant quelques années les événements
se sont succédés à une allure vertigineuse… Je
ne suis pas superstitieux mais si c’était le cas je
dirais que, voici huit ou neuf ans, une
malédiction s’est abattue sur la famille…
– Tu ne crois pas réellement à une…
malédiction ?…
– Non… Mais c’est troublant tout de même.
Je ne sais pas pourquoi, mais quand je pense à
tout ce qui s’est passé depuis… Depuis la mort
de James Marshall en fait… Eh bien tout
semble s’être enchaîné avec une implacable
logique.
– James Marshall ?…
– Oui, c’était le deuxième mari de ma tante
Jacqueline, et il était aussi le père de Yannick,
même s’il ne l’a jamais connu…
– Et tu penses que ce James Marshall… ?
– Non, je ne voit pas ce qu’il aurait put
faire… Il n’avait rien d’un jeteur de sort…
John souri. Raphaël aussi. Pour eux, le passé
n’était pas qu’une collection de souvenirs, il
était une plaie fraîchement refermée et encore
douloureuse…
Raphaël, lui, s’efforçait tant bien que mal de
ne pas penser aux siens, à ce passé qu’il ne
voulait qu’oublier et qui, pourtant, faisait partie
intégrante de lui. Alors pour penser à autre
chose et occuper son esprit, il pensait à John.
34 Episode 20 – Presque une famille

A ce moment précis il songeait que John
avait besoin d’un équilibre, d’un entourage,
d’une famille. Et alors il se dit qu’Alyssa était
peut-être tout cela. Un léger doute vint
obscurcir ses projets, car il craignait un peu que
la reconnaissance de Sophie ne réveille chez
John certains sentiments vis-à-vis d’Alyssa.
Mais bien vite il se rendit compte que c’était
impossible.
Trois coups frappés à la porte les firent
sursauter. John s’arracha à la contemplation du
tableau de famille, et Raphaël vint ouvrir. Ils se
trouvèrent face à un homme jeune, au visage
poupin, portant ses cheveux blonds tirés en
arrière. Il souriait mais son visage était grave. Il
portait un pantalon noir, une chemise noire, et
il paraissait un peu embarrassé, comme surpris
de voir John avec Raphaël.
– Bonjour ! ?… fit Raphaël
– Bonjour messieurs !… Excusez moi,
j’aurais voulu parlé à monsieur Delorme !…
– Oui !… répondit John. C’est moi !…
L’inconnu, qui paraissait vraiment intimidé,
se balançait d’un pied sur l’autre, tenant ses
deux mains jointes sur son ventre, et expliqua :
– Je m’excuse de vous déranger, je suis le
père Daniel, j’aide le père Bob et…
– Le père Bob n’est pas malade ?…
s’inquiéta John
35 Jusqu’à ce que l’amour nous sépare
– Non, mais il est vieux, il ne sort presque
plus du presbytère… C’est pour cela qu’il m’a
chargé de venir vous voir…
– Entrez… invita John. Venez au salon, c’est
encore l’endroit le plus frais…
– Je vous offre quelque chose ?… demanda
Raphaël. Un café, un thé glacé ?…
– Je préférerais une bière, si vous en avez !…
– Très bien !… dit Raphaël avant de
s’éclipser
– Suivez moi !… ajouta John en se dirigeant
vers le salon. Dites moi ce qui vous amène mon
père… Je peux vous appeler mon père, n’est-ce
pas ?
– Vous pouvez m’appeler Daniel !… En fait
je ne suis pas encore ordonné et je suis au
séminaire pour quelques mois encore…
– Très bien, alors je vous appelle Daniel !…
Ils s’assirent.
– Alors Daniel, que me vaut votre visite ?…
– Eh bien en fait, commença le séminariste,
c’est un vent bien malheureux qui m’a conduit
ici… Le vent de la rumeur…
– La rumeur ?…
– Oui, une rumeur circule parmi la
population, en particulier au sud d’ici, dans ces
zones qui sont peuplées d’hispaniques en
particulier… Ces gens qui font partie de la
paroisse du père Bob ajoutent à leu foi
36 Episode 20 – Presque une famille

chrétienne une superstition irraisonnée qui fait
d’eux la proie de toutes les âmes égarées…
Raphaël apporta une bière, un verre, et les
posa sur la table basse devant le jeune prêtre
qui, sans faire de manière, but directement au
goulot. Pendant ce temps, John demandait :
– Je ne vois pas très bien ou vous voulez en
venir !…
Le jeune homme reposa sa bouteille, croisa le
regard un peu surpris de Raphaël et lui souri. Il
versa la fin de sa bière dans le verre et reprit :
– En fait, quelqu’un fait peur au gens des
environs en se servant de cette vieille ruine
située à quelques centaines de mètres d’ici, là
ou… Enfin, vous voyez, ce dramatique
événement excite les imaginations et si
quelqu’un s’amuse à le faire sciemment, je
redoute…
– Oui, vous redoutez quoi ?…
– Il y a longtemps déjà, presque trois ans
pour être exact, des gens prétendent avoir vue
là-bas des formes fantomatiques… Or la
légende s’est très vite installée, et si quelqu’un
s’avisait de l‘utiliser comme je le crains, je ne
sais pas ce qui pourrait arriver…
– Exprimez votre pensée !… demanda John,
légèrement irrité. De quoi parlez vous ?…
D’expéditions punitives, de chasses aux
sorcières ?… Nous ne sommes pas à Salem, et
nous ne sommes plus au 17ème siècle…
37 Jusqu’à ce que l’amour nous sépare
Lassé d’entendre toujours parler avec plus ou
moins de sens du désastreux passé de John,
Raphaël s’éloigna un peu. Il vint sur la terrasse
respirer l’air frais et parfumé de l’océan. Le ciel,
l’eau, tout était bleu et merveilleux dans cet
endroit. Alors il s’installa à l’ombre du grand
parasol, dans une chaise longue, et son regard
tomba sur le livre de Mylène, que John avait dut
parcourir et laisser là.
Il l’ouvrit par la fin, et tomba sur la page qui
introduisait les quinze dernières. Un titre en
caractère gras qui annonçait la quatrième et
dernière partie du livre.
La déchirure.
Je ne suis pas de celles qui pensent que
l’homosexualité est une maladie ou une anomalie, mais
selon certains psychanalystes, elle pourrait être due à un
traumatisme remontant à l’enfance, la présence
castratrice d’une mère trop possessive par exemple. Or,
s’il fallait trouver chez John un événement qui ait put,
très tôt, le traumatiser, il faudrait sans doute remonter à
cette époque ou il était dans un collège du Vermont…
Pour pouvoir vous conter cette histoire que John lui-
même ne connaît pas pour en avoir oublier jusqu’à
l’existence, j’ai dû faire une enquête de plusieurs mois,
consulter des dossiers scolaires et policiers et interroger
d’anciens professeurs et d’anciens élèves de l’époque…
John vint donc dans ce collège privé du Vermont, tout
près de Montpellier, pour une durée de deux ans. Il
avait obtenu de ses parents d’échapper au pensionnat, et
38 Episode 20 – Presque une famille

c’est dans une petite maison à proximité du campus
qu’il vivait. Il s’occupait lui-même de se faire la cuisine,
de faire le ménage et tout ce que nécessite l’entretien
d’une maison.
Sans avoir besoin de beaucoup travailler, John
obtenait d’excellents résultats, et il se fit rapidement
quelques amis avec lesquels il sortait le week-end. Parmi
eux, Joshua Davenport seul est rester en contact avec
John. Avec lui et quelques autres de leur âge, John allait
le samedi soir au cinéma, dans un bar tout proche, ou
encore dans une boite à la mode qui n’existe plus
aujourd’hui.
Provoquant l’étonnement de ses nouveaux camarades,
John restait toujours solitaire et ne semblait pas
s’intéresser aux filles. Cependant, il laissa supposer,
sans rien affirmer, que son cœur était en Floride, et ce
mensonge lui permit d’être tranquille et de susciter même
une certaine admiration pour sa fidélité.
Bientôt un nouvel élève débarqua à l’école. Il était
originaire de la côte ouest, mais s’était réfugié dans le
Vermont pour échapper à des parents qui n’en
finissaient plus de divorcer. Il était grand et maigre,
d’allure gracile et presque maladif. Ses cheveux étaient
roux, d’un roux profond, et ses yeux noirs étaient
comme deux perles de nuits au milieu de son visage pâle.
Il se nommait Tim Perry. En le voyant pour la
première fois, John songea à un oiseau tombé de son nid.
Il était beau, et paraissait si fragile… Une fragilité tant
physique qu’émotionnelle qui n’échappa d’ailleurs pas
aux autres élèves. En quelques semaines, Tim devint le
39 Jusqu’à ce que l’amour nous sépare
souffre douleur des autres pensionnaires dont il dut subir
les jeux cruels.
C’est en prenant sa défense contre les élèves qui
jouaient au football avec son sac que John fit la
connaissance de Tim. Lassé de le voir ainsi s’abaisser
devant d’autres garçons, John décida de faire de Tim un
membre du petit groupe avec lequel il sortait. Mais Tim
demeurait renfermé et taciturne, préférant le calme et la
lecture à une sortie avec ses nouveaux amis. En fait, le
seul à qui il parlait avec confiance était John.
Tim demeurait pourtant très secret, et à cette époque,
il se fit prescrire par son médecin des calmants parce
qu’il se sentait nerveux, soi-disant parce qu’il était loin
de chez lui. John, qui n’en à jamais rien sut, reprochait
parfois à Tim de ne pas faire assez d’effort pour
s’intégrer et se faire des amis.
Un soir, le premier soir de courtes vacances, alors
qu’il faisait particulièrement froid dans les montagnes du
Vermont, John avait décidé avec ses amis de fêter
dignement les vacances avant de rentrer chez eux pour
deux semaines. Ils avaient prévu de voir un film
d’horreur au cinéma, puis de finir la nuit en boite de
nuit.
Cependant, bien qu’ayant été invité, Tim, ce soir là,
annonça à John qu’il n’avait pas envie d’y aller, qu’il
était un peu déprimé, et qu’il préférait rester à la
maison. Un peu malgré lui, John s’emporta, reprochant
à Tim sa couardise, son manque de courage et de
volonté, et cela avec une violence qui ne lui ressemblait
guère et qu’il n’avait sans doute pas voulue.
40 Episode 20 – Presque une famille

Puis il retrouva ses camarades en ville, s’amusa
beaucoup, bu un peu, oublia Tim et passa une excellente
nuit, au cinéma puis dans un club privé. Comme la fin
de l’année scolaire n’était qu’à quelques mois, ils
prévirent d’aller ensemble faire du camping durant l’été
avant de partir chacun de leur côté dans toutes les
universités du pays.
Finalement John rentra chez lui à travers la nuit
glacée, sous une lune en croissant devant laquelle
passaient de lourds nuages. Il était quatre heure du
matin. Tout était calme, à l’extérieur comme dans la
maison. En entrant, il se souvint de sa dispute avec Tim
et ne cessa dés lors de s’en vouloir, si bien qu’une fois au
lit il ne parvint pas à s’endormir. De plus, une odeur
étrange excitait sa curiosité. N’y tenant plus, il décida,
sur le coup des cinq heures, de réveiller Tim afin de
s’excuser.
John frappa tout doucement à la porte de la chambre
de Tim, puis comme rien ne bougeait il cogna un peu
plus fort puis l’appela à mi-voix.Rien.John résolu de
retourner au lit et d’attendre le jour. Pourtant cette odeur
étrange, discrète mais âcre et obsédante, ainsi qu’une
curiosité un peu malsaine, le poussèrent à entrer dans la
chambre de Tim.
Il poussa légèrement la porte. Tout était sombre. Un
trait de lumière du dehors, sans doute un lampadaire
filtrant entre les volets, tombait sur le visage de Tim.
Son visage blanc, ses yeux noirs, ses cheveux roux
ébouriffés. John tressaillit. Il y avait dans cette beauté
calme du visage de Tim quelque chose de froid, de glacé
41 Jusqu’à ce que l’amour nous sépare
comme le vent. Tim avait les yeux grands ouverts et sa
tête ne reposait pas sur l’oreiller mais pendait mollement
au bord du lit.
John poussa la porte qui vint claquer contre le bureau
sur lequel Tim avait l’habitude de travailler. L’odeur
étrange persistait jusqu’ici. John regardait ce que la
lumière du couloir lui permettait de voir : sur le lit, le
corps dénudé et malingre de Tim était allongé, la tête et
les pieds pendant de chaque côtés du lit, les bras écartés.
Ce corps, ce visage étaient d’une pâleur cadavérique.
John sursauta. Il avait des fourmis dans les jambes.
Ses chaussettes blanches peu à peu viraient au rouge
vermeille. Le plancher près du lit luisait sous la lumière
du couloir. Une plaie béait entre le bras et la main de
Tim. Une gouttelette tomba sur le sol en un
épouvantable clapotement. Il faisait froid. John
frissonna.
Maladroitement il recouvrit le corps dont la nudité
l’effrayait soudain d’un drap que le sang n’avait pas
taché. Puis il tourna la têt et croisa sans le vouloir ces
deux yeux noirs grands ouverts. Alors il se mit à courir,
entra dans sa chambre et s’y enferma. L’horreur le
poursuivait. Ou qu’il regarda, c’était encore et toujours
le regard mortel de Tim qu’il croisait.
John parvint à prévenir la police, qui ne put que
constater le décès de Tim Perry. Bien qu’aucune lettre
n’ait été découverte, le suicide ne faisait aucun doute.
John déclara à la police qu’il s’était disputé avec Tim,
qu’il lui avait dit des choses blessantes, et que tout était
sa faute. Quelques jours plus tard, accompagné de ses
42 Episode 20 – Presque une famille

parents, John assista aux obsèques de Tim. Il fut
incapable de prononcer, comme il le souhaitait, quelques
mots à sa mémoire.
Personne, de la police ou des parents du jeune
homme, n’a jamais sut ce qui avait poussé Tim, alors
âgé de 18 ans, à commettre l’irréparable. Un geste aussi
dramatique soulève d’innombrables questions, jusqu’à
aujourd’hui restée sans réponse.
Au retour des vacances, deux semaines après le
drame, John revint au collège. Il n’y passa pas le premier
jour et tint à revenir, seul, dans la maison ou
l’événement s’était produit. Il avait peur, une angoisse
morbide lui étreignait la gorge. Mais malgré cela, il entra
dans la maison, gravit les quinze marches de l’escalier,
et se retrouva devant la porte de la chambre de Tim.
Il poussa la porte.
Le soleil froid de l’hiver entrait par la grande fenêtre.
Le lit était débarrassé de tous les draps, le matelas
n’était même pas taché. Le sol non plus d’ailleurs.
C’était un peu comme s’il ne s’était rien passé. John
entra. Une des portes de l’armoire restée ouverte
indiquait que tout avait été débarrassé. Un peu comme
s’il n’avait jamais vécu ici.
Et puis John songea que personne n’avait sans doute
put ouvrir le placard. Il tira le tiroir du bureau, vidé lui
aussi, et l’ôta entièrement. Dans l’espace restant, il
passa sa main et trouva la clef. C’était celle du placard
ou Tim rangeait ce qui, disait-il, avait de la valeur.
John ouvrit le placard .
43 Jusqu’à ce que l’amour nous sépare
Son cœur déborda et il se mit à pleurer, en silence.
Dans un carton, il y avait le caméscope que ses parents
avaient offert à Tim le jour de son anniversaire quelques
semaines avant sa mort. Il y avait aussi des magazines
de cinéma ; toute une collection. Dans un sac en
plastique transparent dormait un vieil ours en peluche
qui devait avoir l’âge de Tim. John le regarda et les
deux perles noires servant de regard à l’animal le firent
frissonner.
John se mit à pleure de plus belle. Il avait une
migraine insoutenable. Pourtant, il continua l’inventaire
du placard. Pas vraiment par curiosité, pas plus que par
intérêt, mais plutôt parce qu’inconsciemment il avait
l’impression de se rapprocher de Tim comme il ne l’avait
jamais fait. Ou peut-être était-ce tout simplement par
goût du morbide.
Il ouvrit une pochette cartonnée fermée par un
élastique et y trouva à sa plus grande surprise le genre de
magazine que lui-même achetait parfois lorsque la
solitude lui pesait trop. Pleine page sur le papier glacé,
des hommes beaux et virils s’offraient, nus, aux regards
impudiques de garçons esseulés. John referma vite la
pochette. La nudité l’effrayait. Il revit le corps sans vie
de Tim.
Pourtant un coin du voile se soulevait doucement. Et
John se sentait soudain encore plus proche de Tim, et
donc encore plus coupable. Mais c’est en vain qu’il
tentait de mettre en place les pièces d’un puzzle funeste
dont il manquait la pièce centrale. John finit par trouver
cette pièce. Il s’agissait d’une cassette vidéo qui se
44 Episode 20 – Presque une famille

trouvait encore dans le caméscope de Tim. Sans doute la
seule qu’il ait jamais eu le temps de faire.
John hésita. Entrer ainsi dans l’intimité de Tim,
c’était un peu comme violer sa mémoire. Mais le geste de
Tim ne pouvait pas s’expliquer par le simple fait que
révélait la présence d’un magazine destiné aux
homosexuels. Il y avait forcément davantage. Quelque
chose qui puisse vraiment expliquer un tel acte de
désespoir.
Après bien des hésitations, John introduisit la vidéo
dans le lecteur et s’installa devant l’écran. Il se vit
d’abord, lui, filmé dans la cour et dans la rue devant la
maison, visiblement depuis la fenêtre de la chambre de
Tim. Pendant de longues minutes qui semblèrent des
siècles, John se regarda, marcher, rire, courir, discuter
avec Joshua. On ne voyait que lui sur tout l’écran, en
gros plan, sous tous les angles. Même la nuit lorsqu’il
dormait…
Et puis l’image cessa, et après quelques secondes, c’est
Tim qui apparu sur l’écran. Il portait la chemise que
John lui avait offerte pour son anniversaire. Il était
beau. Pale, mais très beau. Ses yeux noirs étaient le
reflet des ténèbres. Il regardait John.
– Je sais qu’un jour tu trouveras cette cassette John.
Je n’ai pas l’espoir que tu me comprennes, j’espère
seulement que tu sauras me pardonner pour tout. Je
voulais juste que tu saches une chose. Ca te paraîtra
sans doute bête, mais… Voilà, il faut que tu saches que
je t’aime, que je n’ai jamais aimé auparavant, et que la
45