L’âme perdue

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386 pages
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Après Chronique d’une Destinée, publié en 2006, Badiadji Horrétowdo livre dans L’Âme perdue la deuxième partie de son récit initiatique. Il dresse un tableau sans complaisance du Cameroun qu’il regagna au terme de ses études supérieures en France, relate ses luttes et peines, l’arbitraire socioprofessionnel et bien des péripéties endurées dans deux entreprises – dont l’un des plus emblématiques établissements bancaires –, et condamne sans appel les dérives qui gangrènent son pays. L’Âme perdue est le second volet du témoignage intime et passionné d’un écrivain engagé contre les injustices sociales.

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Date de parution 01 janvier 2013
Nombre de visites sur la page 30
EAN13 9789956429813
Langue Français

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Badiadji Horrétowdo
L’Âme perdue
Editions Proximité Yaoundé, 2018.
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Du même auteur :
Chronique d’une Destinée,Société des Écrivains, Paris, 2006 Le Prince de Djenkana, Société des Écrivains, Paris, 2010 Échos du bercail,Ifrikiya, Yaoundé, 2013
© Éditions Proximité avril 2018 2018 BP 30332 Yaoundé, République du Cameroun. Tél 237 99859594/6 72 72 19 03 Couriel :editionsproximite@yahoo.fr Site : www.editionsproximite.cm ISBN 978-9956-429-81-3
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à Maïrama, Zoubeyda et Mansour. Avec tout mon amour.
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La tragédie dans la vie d’une personne n’est pas la mort, c’est plutôt ce qui meurt en elle pendant qu’elle est encore en vie. Sagesse populaire
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Chapitre premier
Au petit matin, À travers une immense toile grise et cotonneuse que transperçait allègrement le géant albatros, j’aperçus Douala encore gée dans sa torpeur. Dans quelques instants je foulerai terre-patrie ! Une soudaine et indescriptible angoisse m’envahit. Et avec elle, une avalanche de questions qui semblaient obstruer mes vaisseaux cérébraux : Que serait mon nouveau quotidien ? Réussirais-je À me réintégrer dans ma société ? Comment avait-elle évolué ? Me serait-elle accueillante ? M’accepterait-elle ? Serait-elle disposée À me comprendre ? Pourrais-je la comprendre ?... Un doute oppressif s’installa dans mon esprit ! à présent j’étais un autre personnage ; ni le même d’il y a cinq ans, ni même celui-lÀ qui, six heures plus tôt, quittait Roissy Charles-de-Gaulle. LÀ, le nouvel état d’esprit qui m’animait me plongeait irrémédiablement dans un état nouveau fait d’excitation et de nervosité, de perplexité et de circonspection dont seule la conviction qui m’engagea sur la voie de retour régulait encore l’équilibre avec ma rythmicité psychologique. Pendant toute la durée du vol je n’avais que somnolé par intermittence. Les sens constamment en étau entre cet adieu mouvementé À Sikenzi et Ursula, et l’appréhension que je nourrissais À l’endroit de l’inconnu bercail vers lequel, haut dans le rmament, au milieu de nulle part et comme en stationnaire, je fonçais À vive allure. J’avais échangé quelques souvenirs avec Danatoré, quand elle ne dormait pas. Nous avions revisité ces moments particuliers de notre épopée messine, évoqué bien de divers qui émaillèrent notre quotidien après cette épopée vivace À jamais.
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J’appris que Danatoré avait eu recours À la Justice. Elle avait porté plainte contre une entreprise pour racisme et discrimination À l’embauche ! Mais cette dernière n’avait nalement pas été condamnée faute de preuve, au nom de la sacro-sainte présomption d’innocence. Le responsable de recrutement lui avait pourtant coné que l’embauche d’un nègre vaudrait à l’entreprise une régression aux années néolithiques ! Danatoré était certaine d’avoir été victime de racisme et discrimination À l’embauche. Elle était convaincue du caractère fondé de ses accusations, mais elle n’avait pas la moindre preuve À apporter. Elle n’avait pour témoin que Dieu ! Mais Danatoré savait qu’implorer l’intervention de Dieu dans une tragi-comédie comporte toujours un risque redouté, pas judicieux À prendre quand l’on est souvent en prise avec des épreuves plutôt dramatiques. Elle le sait, À se servir d’un marteau pour tuer une mouche, l’on nit par se retrouver avec un doigt broyé !… La défense, quant À elle, s’était agrippée sur deux solides alibis. Tout d’abord et évidemment, Danatoré n’avait aucune preuve sur ses allégations « hystériques ». Et puis surtout, l’entreprise comptait dans son effectif deux 1 Noirs, deux Français dont un des DOM et un autre d’origine sénégalaise, tous chargés du non moins important Service d’entretien ménager. Preuves À l’appui, ils étaient bel et bien eux aussi membres 2 du personnel, des CDI en bonne et due forme. Et cela aux yeux du juge, discréditait à sufsance les accusations de la plaignante Danatoré.
1.Départements d’Outre-Mer. 2. Contrat À durée indéterminée.
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Au demeurant, Danatoré n’avait pour preuve que cette intime conviction qui l’habitait. Mais la Justice de « sa République » ne condamnait qu’en des cas exceptionnels sur la foi de la simple conviction des plaignants. Et pour cela elle avait prononcé un verdict clair et net : le non-lieu. « Mademoiselle Danatoré, vous constatez par vous-mêmes que les vôtres sont également présents au sein de Lanterex. Vous comprenez qu’en l’absence de la moindre preuve susceptible d’étayer vos accusations, de les revêtir d’un minimum de crédibilité, nous n’avons aucune raison de nous interroger davantage sur la personne de monsieur Poumeyrol et sur la politique sociale de l’entreprise dont il a charge la gestion du personnel. » Inutile de faire appel aux yeux de Danatoré. Le dossier est donc clos ! Sa déposition pleine de conviction n’aurait pas pu déer plume de tourterelle sur le Roberval. Un non-lieu dont Danatoré la Française se disait encore indignée. Elle attendait la Justice. La Justice est passée, mais l’a laissée sans coupable ! Autant dire que ce verdict rimait À ses yeux avec inculpation ; une inculpation prononcée non pas À l’encontre de monsieur Poumeyrol, acquitté, mais plutôt À l’endroit de la plaignante, elle Danatoré qui se savait intimement innocente. N’avait-elle pas menti ? Cette épreuve valait ultime coup de boutoir, duquel Danatoré hérita la difcile résolution de retourner vivre dans son pays natal. Non pas que son pays d’origine répondrait À ses aspirations, loin s’en fallait. Danatoré savait bien À quoi rimait le quotidien de son bercail À elle, mais elle voulait simplement se sentir un peu plus elle-même, Danatoré ! Et ce voyage qu’elle effectuait À présent constituait le premier jalon qu’elle
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entendait poser dans son engagement aux allures de procession de foi ! Et cependant, quoique disposée aux compromis nécessaires que cela impliquait déjÀ, elle entendait l’assumer sans compromission. — Ailleurs ou lÀ-bas, je n’exige que ce que je dois À ma raison d’être sur Terre, assura-t-elle. Après un bref instant de silence, elle ajouta : — Je comprends que l’humain ne soit pas végétarien. Je demande simplement qu’il exprime un minimum de compassion À l’endroit des animaux. Mais l’amertume qui avait desserré étreinte revint À la charge, comme résolue À faire fusion avec une hôte qui ne la désirait pas cependant. Le regard dans le vague À travers hublot, elle semblait en quête d’un écho sidéral que dissimulerait l’obscurité noire de la nuit. à mesure que le vol basculait vers son terme, j’étais graduellement assiégé par ces méditations diffuses qui m’éloignaient irrémédiablement de Danatoré. D’autres images prenaient forme dans mon esprit ; ces images qui, après échauffourée et violent combat contre mes souvenirs hexagonaux, nirent par 3 prendre le contrôle de mes neurones. Mayo-Darlé et le Cameroun tels que je les avais À l’esprit À mon départ pour l’Occident, Mayo-Darlé et le Cameroun tels que je les imaginais À travers temps, cinq années après. * * * De Douala je ne connaissais que – vaguement – l’aéroport, mais l’état de décrépitude de l’enceinte en disait déjÀ sur celui de la ville qui, des airs, rimait
3. Village natal du narrateur dans le Septentrion camerounais.
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