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L'arbre éclaté

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Français
120 pages

Description

Ici, la nature est présence mais aussi divinité.
Païenne. Absolue.
L'homme et la femme qui l'habitent et s'y rencontrent, savent-ils qu'ils lui appartiennent ?
Le culte qu'ils portent à la nuit leur impose des rites dont la pratique obscurcit leur identité qu'ils ne recouvrent que par éclair.
Source d'une inquiétude où se noue l'indomptable volonté d'un châtiment exemplaire.
Pour le pardon de la terre.

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Date de parution 01 juin 2018
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EAN13 9782072180507
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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BRUNO GAY-LUSSAC
L'arbre éclaté
GALLIMARD
I
Il a ouvert la porte comme un tombeau. L'oiseau roi frappe la branche enneigée. Au creux du col, l'astre enflamme la tour sarrasine. Lamentations de la scierie. Son regard trace un cercle dont le centre est ici. Et qui le fixe comme un pieu. Il est le maître.
Ici l'herbe. Et, près du puisard, un abri pour le chanvre, le licou de l'âne mort et la faux rouillée du trèfle de l'été. Là-haut, l'usine jouxte la forêt cérémonieuse. Briques noircies. Mur pour fusillés. Contre les fils de barbelés, vélos étincelants enchevêtrés. L'ouvrier descend le pré, freinant au mors d'écume la mule chargée de fagots. L'œil du maître ne le quitte qu'à l'angle du taillis d'épines.
Vigilance. Par les sentes rousses et les profonds verts. Egale surveillance au pont d'archers qui livre le village ; à la brisure du roc sur le plateau inculte ; vers les combes fertiles. Il parcourt l'enceinte et la cerne. Sauf aux arbres d'orient où trois cèdres forment créneau d'ombre sur mille arpents de lavande.
Amidi, il sort le pain, le salé, le vin. Contre le mur blanc, la pendule noire frappe au timbre, sans message. Chaque repas est mesure comme brique scellée, chaque jour, à l'épaulement du temps qui reste, et hisse la suivante et la supporte pour tracer la vie sans fissure.
L'ouvrier panse la mule. Soigne la vigne. Charge le bois, rince les fûts, livre du vin ou le blé de l'été. Seul à la grange, il taille, affûte l'outil, tresse la paille, recoud le harnais et cire l'œillère. Il partage le repas du maître.
Le maître écoute. Au matin, le clou du sabot sur la route glacée. En forêt, la hache du bourreau. A la vigne, le cri du ciseau. Mais quand c'est nuit, l'ouvrier s'en va. Il n'entend plus que la longe à l'anneau de la crèche. Alors il pose le corps d'armure et baisse la visière.