L’autre versant

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367 pages
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Description

L’instant de la révolte passé, Jean-Yves vient à penser qu’il n’a rien à craindre. Il rencontrera le Juge d’instruction. Il tâchera de garder son calme et prendra son temps pour expliquer sa version des faits. Il est persuadé qu’à la lumière des détails qu’il fournira, l’autorité judiciaire se rendra à l’évidence qu’il n’est pas responsable de la mort de cet homme. Il n’a jamais eu l’intention d’attenter à la vie de son prochain. La malchance a voulu que ce f…, cet homme surgisse sur sa route à la tombée de la nuit, en plein virage. Cela aurait pu arriver à n’importe quel automobiliste qui passait par-là, ce jour-là. Tiens, l’automobiliste qui l’a accompagné à la brigade de gendarmerie, par exemple. Le destin a voulu que ce soit lui, Jean-Yves...

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Date de parution 01 juillet 2016
Nombre de visites sur la page 69
EAN13 9782369970279
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0381 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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L’autre versant
Couverture :ARE / SILUÉ I. Kassem Maquette :KOUASSI K. Marc mise en page :OUATTARA Awa / KOUASSI K. Marc Suivi éditorial :OZÉ G. Roger
e © Africa Reflets Éditions, 3 trimestre 2016 ISBN : 978-2-36997-027-9
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous les pays.
CAMARA Nangala
L’autre versant
e 2 édition
Africa Reflets Éditions 01 BP 3648 Abidjan 01 E-mail : areflets.editions@yahoo.
Du même auteur
Romans La ronde des hyènes Tourbillon L’autre versant La Nouvelle Conscience Dévoilement
Recueils de nouvelles Révélation Histoire de fous Symphonies de l’enfer
Recueils de poésie Mélancolie Monotonie Chants incantatoires Amarres rompues
À Fitinie,
La mer en transe danse.
Au point d’orgue
De lavagueen goguette,
Un creux.
Un cri,
Lamento orphelin
De balafonaphone
Au paroxysmede tonsilence.
À LASME Marie Noëlle,
Ce samedi matin du mois d’août 2001, j’ai renversé le contenu de ma poubelle dans le grand bac de la société de ramassage des ordures ménagères de la ville d’Abidjan. Quelques minutes plus tard, j’ai entendu des éclats de voix dans la rue. J’ai pensé d’emblée à une rixe comme cela arrive si souvent dans nos quartiers populaires. La clameur prenant de l’ampleur, je me suis aventuré au bal-con. Un attroupement à proximité du grand bac a attiré mon attention. Une voisine m’a informé de ce que des ado-lescents, en quête de bouteilles usagées, avaient découvert le cadavre d’un nouveau-né dans un emballage en ma-tière plastique de couleur bleue. On se bousculait pour voir de près le visage de l’infortuné bébé. En début d’après-midi de ce même jour, une jeune fille, vêtue d’un pantalon jean de couleur bleue et d’un tee-shirt jaune, se fraie un passage jusqu’au milieu du cercle. Elle parlemente avec quelques femmes puis s’empare du paquet. Elle s’éloigne sous les regards ébahis et intrigués de la foule. L’emballage porte l’effigie de Nelson MANDELA. Cette rencontre inattendue déclenche en moi une furia de vents contraires qui accouche du projet d’écrire le présent roman, pour saluer la mémoire de ce bébé anonyme. Joins ta voix à la mienne.
Ce n’est pas dans je ne sais quelle retraite que nous nous découvrirons : c’est sur la route, dans la ville, au milieu de la foule, chose parmi les choses, homme parmi les hommes.
Jean-Paul SARTRE
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Chapitre 1
les graCndes vacances scolaires. Aux oubliettes les grasses est la rentrée des classes. Finies les vacances, matinées, qui n’en finissaient plus de se prolonger, grasses matinées au cours desquelles on roulait avec délectation d’un bout à l’autre du lit. Révolu le temps où on paressait des journées entières, l’esprit en villégiature. Ô nostalgique passé encore tout récent tissé de longues heures pendant lesquelles le maître-mot était distraction, encore distraction et toujours distraction ! Longues heures de rêverie et de flânerie. Finis aussi les nombreux moments passés, totalement conquis, devant le petit écran à zapper. Finies enfin les heures délicieuses passées à danser ainsi que des dieux ivres. Place à présent aux journées studieuses, l’esprit en éveil, l’intelligence en alerte. Vive la rentrée ! Reprenons en chœur et à pleine voix : vive la rentrée des classes ! Le Groupe Scolaire Platon affiche complet. La cour est noire d’élèves. Ici, pas de soucis d’effectifs comme cela arrive si souvent dans les établissements scolaires de la périphérie, les établissements privés de seconde zone. Ici, la rentrée des classes a lieu effectivement le jour dit, à la date fixée par le Ministère de l’Éducation Nationale. Pas un jour de retard. Là-bas, dans les quartiers populaires, quartiers déshérités et autres quartiers périphériques, en revanche, la rentrée des classes est élastique, très élastique. Elle traîne en longueur. Elle prend son temps. Pour sûr, elle prend
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vraiment tout son temps. Elle s’étire indéfiniment. Elle attend que parents et enfants désargentés – ils tirent le diable par la queue au point de la lui arracher – se décident enfin.
* * * Le Groupe Scolaire Platon a ouvert ses portes, pour la première fois, voici cinq ans. De sources bien introduites et bien informées, le plan directeur de la ville prévoyait à son emplacement l’aménagement d’un espace vert. Vous avez assurément bien lu. À cet endroit, était prévu l’aménagement d’un jardin public. Sans que l’on sache pourquoi ni comment, un beau matin, un homme a débarqué de nulle part, étroite-ment encadré par des civils en armes. D’impressionnants engins de travaux publics ont suivi en milieu de matinée. La grande batterie en somme. Et le chantier a démarré sur les chapeaux de roues ! Il est devenu, en l’espace de quelques heures, une véritable fourmilière. Des bâtiments à l’architecture futuriste ont surgi de terre, comme par en-chantement. Les splendides infrastructures ont vu le jour en quelques mois, au grand étonnement des riverains. Rafler, sans coup férir, un terrain destiné à l’aménagement d’un jar-din public, qui plus est dans le périmètre résidentiel le plus huppé de la capitale, relève de la gageure ! Les habitants du quartier ont dû se rendre à l’évidence de ce que l’homme, qui avait réussi un tel baroud d’honneur, devait compter de solides attaches et bénéficier de sacrés appuis dans les sphères les plus secrètes du pouvoir. Depuis, le Fondateur du Groupe Scolaire Platon roule carrosse. Il brasse des affaires juteuses, fort juteuses. Au demeurant, le mot ne semble pas assez évocateur pour décrire la vitesse avec laquelle il s’est enrichi. À en croire la rumeur, son chiffre d’affaires connaît une croissance exponentielle des plus étonnantes. Comme de juste, l’homme a déjà changé trois fois de voiture. Sa dernière acquisition, un bolide tout terrain au design ingénieux, ne passe guère inaperçue pour les connaisseurs en matière d’automobiles. Est-il besoin d’ajouter qu’il habite, depuis peu, une luxueuse résidence qui défraie la chronique dans
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