148 pages
Français

L'écart sensible

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Description

Naviguant entre le « je » et le « nous », ce livre dispose quelques histoires imbriquées. Un gardien de musée s'inquiète pour de vieilles choses, des jeunesses militantes courent les rues et les usines, des vieilles dames d'autrefois ne disent pas tout, oncles et tantes ne sont pas en reste. Et puis, père et fils sont en pourparlers. Car il y a surtout, au cœur du roman, l'écart sensible où s'éprouve le lien entre deux générations : celle de la Résistance et celle de 1968.

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Date de parution 02 juin 2016
Nombre de lectures 3
EAN13 9782140011405
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Michel Clément
L’écart sensible Roman
Autre ouvrage de l’auteur aux éditions de L’Harmattan : Paysans et politique en France, Nation, Classes, République, 1870 – 1984
L’écart sensible
Ont collaboré à la mise en page de l’ouvrage : Bwéni Soalma, Yam Pukri, Ouagadougou, Burkina Faso.© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-09318-5 EAN : 9782343093185
Michel Clément L’écart sensible Roman
I
La fonte de la Bastille
A l’instant est entré avec sa clef un rond-de-cuir boudiné d’importance et me dit, comme une chose convenue de longue date, qu’ils viendront un de ces jours, à plusieurs, pour déménager le métier, les rouets, la caneteuse, le bureau, la bibliothèque, entamer les travaux et, sans même me laisser le temps de lui signifier que le musée, bien que tour, n’est pas moulin, s’en retourne et me laisse sur les bras l’abracadabrante nouvelle que les Funèbres Pompes Municipales vont s’installer au rez-de-chaussée et je l’imagine déjà, outrageusement déçue, levant les bras au ciel, s’exclamant que vraiment, non vraiment, si maintenant les Funèbres Pompes s’en mêlent, ce pauvre musée sera mort avant d’avoir vécu ! Alors, pour bien marquer ma désapprobation, j’ai laissé en plan mes fers à repasser et j’ai entrepris de réfléchir. Comment le lui faire savoir ? Elle qui a la charge spirituelle de cette bâtisse (je n’en ai que la charge matérielle, l’ordinaire quotidien, le tout-venant, le gardiennage en somme), il serait impensable qu’elle n’ait pas vent de la chose, de façon ou d’autre.
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C’est qu’après le rez-de-chaussée, on nous grignotera, je les connais, le premier étage sous de futiles prétextes administratifs, puis le second à l’aide d’une variante des précédents et mon échauguette du troisième n’en réchappera pas. Notre tour n’est pas indéfiniment extensible et, déjà, le pétrin déborde de sabots. (Pour la cave, elle est pleine de rats, on ne peut rien y mettre d’autre.) Les Funèbres Pompes au musée ! Quelle idée ! Tout cela pour installer, si j’ai bien compris ce que m’a susurré, impérieux, ce rond-de-cuir, derrière les murs qui abritent aujourd’hui les Funèbres Pompes, une Salle du Conseil dotée de lutrins fluorescents pour cinq cent personnes. A l’occasion, on l’embellirait un peu, me disait-il avec un geste vague de la main. Bien sûr, tout change et l’état civil n’y échappe pas, mais quelle curieuse logique ! Il faut certainement être très convaincu pour faire de semblables choses et elle qui prend tout à cœur et à trac ne s’en remettra pas, comme d’habitude. Un jour, me présentant une herminette, ou bien une doloire peut-être, elle me dit : — Mais en somme, comment voyez-vous l’avenir, vous ? C’est ainsi qu’elle considère le monde et ajoute aussitôt que pour elle, bien sûr, à son âge, il en va différemment, encore qu’elle ait son opinion sur bien des sujets, comme, tiens, justement, le futur musée. Oui : notre tour, orientée nord-sud par un côté, est-ouest par un autre et différemment pour les deux derniers (encore qu’on ait peine, souvent, à lui dénicher un côté : elle forme un
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ovale parfait, sans la moindre aspérité à l’exception de mon échauguette qui donne plein sud, sur le jardin public où babillent les grand-mères, tricotent les bambins des gambettes) notre tour, donc, n’est musée que pour nous deux, elle et moi. Pour le commun des promeneurs, c’est une bâtisse fermée à longueur d’année qu’on longe en l’ignorant. A ses pieds, sans penser à mal, maint toutou fait pipi. Pauvre Diogène ! Lui non plus n’aimera pas ça du tout, les Funèbres Pompes au rez-de-chaussée. Lui qui était quasiment tiré d’affaire, cette fâcheuse dépression qui tout l’hiver l’avait tenu reclus dans sa baratte s’achevait et voilà qu’on retire à ses escapades de convalescent tout un étage ! Il va rechuter, c’est couru. Ce chamboulement, décidément, est de considérable portée. On n’entasse pas comme ça, à la va-vite, un métier à tisser presque neuf (il est à peine du dix-huitième) et prêt à fonctionner, des rouets plein d’âge, une caneteuse qui a travaillé toute sa vie, sans compter ce qu’on va découvrir à la dernière minute sous un gravas d’avant-guerre. Ce soir, j’arpenterai les étages, par principe. Je les connais par cœur et sais déjà où je vais loger tout ce monde. Mais on éprouve parfois le besoin de vérifier l’acuité de sa conscience et quatre étages y suffisent tout juste.
Des monceaux de bimbeloteries éparses, tout un fatras de lourds cartons qu’on devine pleins d’on ne sait quoi, des tableaux quasiment indéchiffrables sous leur croûte de sédiment, une photographie en plâtre du buste d’un roi
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