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L'écho du temps

De
336 pages

C’est l’histoire d’un adolescent qui se retrouve prisonnier d’horribles cauchemars pendant plusieurs semaines. Ces derniers le conduiront vers des régions à la fois étranges et magnifiques. Il va y faire deux rencontres qui modifieront son destin à jamais. C'est l'histoire de quelqu'un qui aurait pu sombrer dans la déprime, mais qui au contraire, grâce à ce qu’il va découvrir, trouvera la force de remonter la pente, de découvrir sa famille, et de ressortir plus fort et plus riche professionnellement.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-67954-3

 

© Edilivre, 2014

L’écho du temps

 

 

Si toutes les semaines commençaient comme ça……. !!!!

Lundi :

Il est 6h00, Bastien est couché, il lui reste 1h30 avant que son réveil ne se mette à sonner pour commencer une semaine de cours dans son lycée. Toute la petite maison est calme et endormie. Sa sœur Déborat ou – Débie pour Bastien – dort dans la chambre juste à côté de son frère. Marc et Jeanne, les parents de Bastien sont eux aussi encore couchés, mais leur réveil vient de sonner. Al caponne, le chien, surnommé ainsi car il n'y a pas plus grand voleur dans le quartier est au salon affalé, les oreilles dressées car il a entendu la sonnerie du premier étage, attend que le premier qui se lève lui prépare sa gamelle.

Tout le quartier s'éveille lentement, il fait nuit noire et la neige recouvre une partie des toits des maisons. Il fait froid et les réverbères sont encore allumés, donnant des formes bizarres au peu de personnes qui passent à proximité de leur lueur. Il est joli ce petit coin du village où le lotissement a vu le jour il y a 3ans maintenant. Construit sur l'emplacement de l'ancienne caserne des pompiers de Dompierre, commune de la Vendée.

La maison des parents de Bastien est jolie aussi. Petit pavillon de ces années 1980 où tout le confort est prévu, du garage pour 2 voitures à la parabole dernier modèle qui permet de recevoir toutes les chaînes du monde entier, reste juste à finir les clôtures du jardin qui délimitent la maison de Marc et Jeanne avec celle de Jean et Danielle, parents eux aussi de deux jeunes filles, dont Emma n'est pas indifférente à Bastien, et vice versa.

De l'autre côté de la maison de Bastien se trouve Toine, diminutif d'Antoine, le grand copain de Bastien et aussi son confident sur ses petites amours avec Emma. Toine lui, est un solide gaillard de 1m 92 qui est sûrement plus porté sur les sports de combat que les cours de Mme Faret en mathématiques.

Revenons sur le petit pavillon familial de Marc et Jeanne. Marc vient de se lever, et est descendu de sa chambre pour préparer son café ainsi que celui de son épouse, depuis maintenant 19 ans. Il essaye de ne pas faire trop de bruit malgré Al Capone qui ne le décroche pas d'une semelle, espérant toujours voir sa gamelle se remplir, ou par miracle une tranche de pain qui déraperait par terre, pouvant permettre au chien de se montrer dans ses plus beaux exploits de récupération aussi rapide qu'une rafale de mitraillette.

Bastien lui, est endormi, ni le réveil de son père, ni le chien qui montre quelques signes d'impatience dans la cuisine n'ont pu le réveiller, et pourtant, d'un coup d'un seul, un bruit assourdissant, mais intérieur à Bastien va le faire redresser d'un bond, ne comprenant rien à ce qui vient de se passer. Assis sur son lit, pétrifié telle une statue, hébété comme Al caponne devant une bêtise qu'il vient de faire, frigorifié comme s'il venait de sortir d'une nuit passée dans le congélateur, ne pouvant ni parler, ni se lever, ni même bouger un doigt, Bastien est là apeuré comme un enfant devant un coup de tonnerre, et l'effroyable bruit qui le suit.

Pendant 1mn il n'a pas bougé, puis d'un bond il est descendu de son lit, a couru jusqu'à la chambre de sa sœur, la secouée comme un mirabellier, puis d'un coup a senti comme un assourdissement sur le côté droit de sa figure, c'était la claque que venait de lui affliger Debie, qui, dans un même temps accompagnait son geste d'un

– « ça va pas non ! »

– « Debie, Debie est-ce que tu as entendu ?

– « entendu quoi ? » répond Debie en se frottant les yeux complètement bouleversée par ce réveil brutal et incompréhensible de son frère.

– « cette drôle de voix » dit Bastien en ayant la voix tremblante comme si un mort vivant venait de lui parler.

– « T'as vu l'heure, va faire tes cauchemars ailleurs et laisse-moi dormir lui répond-elle, avec son regard sympathique d'ado, qui est dans ses bons jours, lui tournant le dos en reprenant sa couette pour se rendormir.

Bastien retourne dans sa chambre d'un pas, qui n'a rien de militaire, poussant la porte devant lui afin de bien voir l'ensemble de sa chambre, et surtout pour s'assurer que personne n'est assis dans son fauteuil, à l'attendre avec une tête de monstre.

Pourtant, Bastien n'a pas l'air d'un garçon apeuré d'habitude. Pas très grand de taille, les cheveux bruns un peu hirsutes, sportif mais sans trop de fatigue, de corpulence normale pour un jeune de son âge (16 ans), il a le regard vif et passionné de la vie qui se déroule devant lui. Toujours le bon mot pour faire rire la classe sans pour cela la perturber, comme disent ses professeurs « il a de l'humour et une bonne répartie ». Mais à ce moment-là, il est pétrifié à l'idée de retourner se coucher dans son lit, persuadé que la voix qu'il a entendue va se remettre à lui parler.

Il s'allonge tout doucement dans son lit, croise les bras et attend la lumière allumée, pour se rassurer, seulement voilà, à cet âge-là pas besoin d'attendre longtemps pour que le sommeil vous rattrape et vous transporte dans les bras de Morphée. Et le phénomène se reproduit, une voix qui vient de loin, de très loin, qui lui dit :

– « aide moi, aide moi, je m'appelle Jes……… puis plus rien. Le silence. Un silence de glace, où la respiration est courte et où l'on a l'impression que de la fumée s'échappe du nez, Bastien n'ose pas bouger.

Il est sûr que cette voix n'est pas un rêve. Jamais il n'a vu ce phénomène se produire sur lui, il finit par se lever et descend à la cuisine rejoindre son père, mais n'ose pas en parler. A cet âge on ne veut pas que son papa le prenne dans ses bras pour le rassurer. Son père lui pose cependant la question :

– « Que fais-tu ici à cette heure-ci, t'es bien matinal, tu es malade ? »

– « Non » répond Bastien, l'air un peu gêné.

– « on dirait que tu as vu un fantôme »

– « non, non pas de fantôme »

Son père n'insiste pas, voyant son fils dans une attitude inhabituelle, sans réponses, se disant que l'humour ne serait pas de la partie aujourd'hui.

– « manges ça te réveillera » rétorque son père pour couper la discussion.

Bastien est perplexe, il ne sait s'il doit en parler à son père, ou s'il doit garder ça pour lui en attendant que ça passe. Il ne veut pas paraître ridicule, et essaye d'adopter son air réjoui et pétillant de tous les jours. Pour rien au monde il ne veut remonter dans sa chambre, et invente une histoire à son père pour justifier sa venue si matinale dans la cuisine familiale.

– « je dois aller chercher Toine ce matin de bonne heure pour faire un peu de sport, avant d'aller au lycée » dit-il à son père d'un air très dégagé.

Son père est quand même bien surpris de cette initiative, pour le moins inhabituelle de son fils.

– « tu vas faire du sport avant d'aller au lycée ? » rétorque son père, en manquant de s'étrangler avec sa tartine. Tu as vu le temps qu'il fait dehors, toi qui préfère la présence de la cheminée à celle d'ouvrir une fenêtre pour aérer. Bastien fait mine de ne pas entendre et prépare son déjeuner, en jouant le rôle du sportif qui commence son échauffement, ouvrant et fermant les bras, sautillant comme s'il voulait exhorter les minutes de cauchemar qu'il vient de vivre.

Seulement voilà, c'était sans compter sur sa sœur Débie, qui arrive à son tour dans la cuisine, faisant d'un coup, d'un seul sursauter son père, qui ne peut s'empêcher de s'exclamer,

– « mais que se passe-t-il aujourd'hui, il y a une compétition dans l'air, les jeux olympiques commencent dans le quartier ? »

Débie rétorque aussitôt :

– « si l'autre débile n'était pas venu me réveiller comme une furie pour son cauchemar grotesque, je serais en train de dormir profondément »

D'un coup, d'un seul le visage de Bastien s'est assombri, se disant dans le même temps qu'il fallait qu'il trouve vite une solution à ce problème, avant que les questions ne commencent à fuser.

– « elle ne comprend rien à la plaisanterie, je voulais voir son visage pris en sursaut, et je n'ai pas été surpris. Aussi aimable qu'en pleine journée, sauf que je me suis pris une baffe en prime » répond de suite Bastien, espérant ainsi échapper à toute une série de questions.

Leur père reste interloqué et balance son bras, en leur faisant comprendre qu'ils étaient tous les deux ridicules, prenant son plateau pour le monter à Jeanne, avant que celle-ci attirée par le bruit ne descende.

– « Ne fais pas de bruit, et courage, pour la compétition sportive » déclare Marc en regardant ses enfants d'un air abattu, puis s'en va avec son plateau.

Bastien souffle intérieurement, et regarde sa sœur avec dépit, il est content de lui, il a esquivé avec brio le fait de se ridiculiser, mais reste toujours perplexe face à ce qu'il a vécu quelques temps auparavant. Tout en prenant son petit déjeuner, il pense à Toine, il faut qu'il lui parle de ce qui s'est passé, mais il ne veut pas être pris pour un peureux, devant son fidèle copain. Comment s'y prendre, comment amener le sujet, sans que celui-ci ne se moque de lui, et fasse courir le bruit au lycée. Noyé dans ses pensées, il s'imagine un scénario, qui le fera passer pour un sauveur auprès de son copain.

Il est 8 heures, et toute la maisonnée est maintenant bien réveillée. Bastien avait dû sortir, pour faire croire à ses parents, de son envie soudaine de courir dans le vent glacial du matin. Il avait fait le tour de son lotissement, en répétant son scénario, et était passé voir son copain, pour que celui-ci ne fasse pas une gaffe devant ses parents, se rappelant de sa mésaventure avec sa sœur. Prêt pour partir au lycée, Bastien entend son père, qui d'un coup lui déclare,

– « je passe près du lycée aujourd'hui, je vais te déposer avec Toine ». Pris subitement d'une sueur froide, Bastien fait volteface, et s'écrie sans réfléchir « tu rigoles Toine est déjà parti, et je cours le rattraper, une prochaine fois peut-être »

Jean est surpris, et s'esclaffe « ben décidément, la course est de rigueur dans cette maison »

Bastien est sorti en courant, attrapant au vol Toine, et ils ont couru sans s'arrêter jusqu'au lycée. Arrivés sur place Toine regarde Bastien d'un drôle d'air avant de lui lancer :

– « qu'est-ce qui te prend, t'as piqué quelque chose, à tes parents ? Tu veux me faire mourir ? », mais Bastien une nouvelle fois rétorque :

– « non, j'avais juste envie de courir » tout en pensant qu'il fallait absolument qu'il reprenne le cours normal de sa journée, sinon il allait attirer l'attention sur lui et ne pourrait plus rien maîtriser.

Toute la matinée, Bastien l'a passée la tête dans les nuages, pas attentif, ce qui ne manque pas d'attirer l'attention de Toine et d'Emma. A la coupure de midi, Emma la première, demande à Bastien ce qui lui arrive,

– « qu'est ce qui t'arrive, tu es malade, même le prof de français t'a regardé bizarrement, attendant une de tes fameuses répliques, en vain, c'est moi qui te fait cet effet-là ? », mais Bastien n'ose pas répondre, car quand Emma est à ses côtés, il perd tous ses moyens, balbutie, il lui répond que non, mais quelque chose le perturbe et que ce n'est pas grave. Toine les rejoints et à son tour, pose la même question qu'Emma, sans plus de réponse d'ailleurs.

Bastien en fait, attend qu'Emma s'éloigne, pour poser une question à Toine.

– « As-tu déjà fait des cauchemars ? » demande Bastien.

– « oh ! Oui ça m'arrive de penser à toi – ah ah !!! » S'exclame Toine.

Mais Bastien reprend sa question sérieusement, et Toine comprend qu'il n'a pas envie de rire,

– « Pourquoi cette question ? Tout le monde fait de mauvais rêve, ce n'est pas pour ça qu'il ne faut pas rire, raconte !! »

Bastien raconte son histoire, mais dans le scénario qu'il s'était répété le matin même, ce n'est pas lui qui a fait le cauchemar, mais sa sœur, et il lui raconte qu'il la trouve perturbée depuis.

Toine ne peut s'empêcher de dire à Bastien, qu'il n'y a pas que sa sœur qui est perturbée.

Et que pour un rêve, il en fait un peu trop. Bastien se dit finalement que oui, c'est idiot, et que sa sœur est assez grande pour réagir, laissant croire à Toine que tout va rentrer dans l'ordre très rapidement.

La journée de classe se poursuit dans la bonne humeur, et Bastien a repris le cours normal de sa journée, faisant abstraction de ses pensées du matin. En fin de journée à la sortie de classe, la mère de Bastien est devant le lycée, qui l'attend pour rentrer à la maison, Bastien et Toine montent dans la voiture et roulent en direction de chez eux quand tout un coup !

– « Alors, Toine la course du matin, pas trop brutal ? Bastien à des idées parfois un peu saugrenues » Bastien est dans ses petits souliers, et veut réagir avant que Toine ne réponde, mais la tête de son copain laisse entrevoir qu'il va falloir donner des explications rapidement.

– « ah oui ça pour être saugrenu, c'est tout lui, je pense qu'il a besoin de repos, il devrait écouter un peu moins sa sœur ! »

Bastien qui n'est déjà pas très grand devient à peine perceptible dans la voiture, que faire ?, que dire ?, mieux vaut laisser passer ce mauvais moment, où tout devient absurde.

Sa mère reprend de plus belle :

– « ah ! Oui la claque de ce matin, il te l'a dit, pourtant il ne doit pas en être fier »

– « on est copain on se dit tout, mais je pense que vous avez tous besoin de repos »

Heureusement la voiture est arrivée et Toine descend assez perplexe, regardant Bastien avec un visage plein d'interrogation. Bastien essaye de rattraper le coup, en lui disant qu'il passera dans la soirée, pour parler un moment, Jeanne rentre dans la maison, et Bastien a l'impression d'avoir vu sa vie défiler devant lui, le mensonge du matin n'a peut-être pas fini de courir après lui.

Après avoir passé un après-midi assez calme, Bastien appréhende la soirée qui approche, le retour en voiture lui a remis en tête ses pensées du matin, sans compter les questions qu'il va devoir résoudre avec Toine. Pour l'heure il monte dans sa chambre, et se trouve aussi rassuré qu'une souris face à un chat. Comment préparer la nuit qui arrive, il va falloir ruser pour se coucher le plus tard possible et être sûr de dormir immédiatement. Une idée lui vient qui tombe à pic, il redescend en quatrième vitesse de sa chambre, pour dire à Jeanne qu'il a un devoir de sciences demain, et que Toine a gardé toutes les consignes, il faut absolument qu'il aille chez lui pour travailler sur le devoir. Jeanne y prête peu d'attention, et lui dit seulement de revenir à 20 heures pour le repas. Le voilà donc parti chez son copain, celui-ci à peine surpris de le revoir, s'empresse de lui demander ce qui s'est passé dans la voiture, car il n'a rien compris.

– « Je te dois la vérité, dit Bastien, et il se met à lui raconter la fin de nuit qu'il a passée, et le cauchemar quasi réel qu'il a vécu. Toine l'écoute avec attention, mais ne peut s'empêcher de rigoler, sur la fameuse voix que Bastien a entendue.

– « c'est du délire ton histoire, qui veux-tu qui te parle en pleine nuit, t'a rêvé tout éveillé, et tu t'es fait peur tout seul » lui dit Toine. Bastien veut qu'il appelle sa mère pour lui dire que la préparation du devoir de science n'est pas finie, et qu'il faut que Bastien reste plus longtemps pour réviser. Toine s'exécute ravi que son copain reste plus longtemps, et délire autant sur pas grand-chose. Bastien va donc rester jusqu'à 21 h30 chez Toine, et évite le repas en famille, ou certaines questions auraient pu revenir. La soirée avançant, Bastien oublie sa mésaventure, et passe un bon moment chez son copain, l'heure est arrivée de rentrer chez lui, Toine toujours prêt à rire lui dit en le quittant :

– « donne le bonjour à Casper de ma part » mais Bastien ne rigole pas. De retour chez lui ses parents sont au salon pour regarder un film, Bastien essayant toujours de retarder au maximum le moment tant redouté de regagner sa chambre, feint de s'intéresser au film, mais ses parents lui font vite comprendre qu'il y école le lendemain, et donc il est temps de dormir. Dormir, le mot redouté, et pourtant il ne peut y échapper. Il monte dans sa chambre, il éclaire toutes les lampes en sa possession, et s'assoit sur le bord de son lit pour réfléchir, se convaincre que la nuit dernière n'était qu'un mauvais rêve, et que ça ne pourrait pas se reproduire deux fois de suite. D'un coup il pense à Al Caponne, le chien, il pourrait le faire monter dans sa chambre, et si un bruit se produisait le chien saurait le protéger, pour cela il faut attendre que ses parents se couchent, car le chien n'a pas le droit de monter à l'étage de la maison. Alors commence l'attente, à demi allongé sur le lit, Bastien attend le bon moment, mais la fatigue de la journée, l'épreuve de la dernière nuit, ont eu raison de lui, et sans se rendre compte, le sommeil le rattrape, et il s'endort, toutes lumières allumées.

Mardi :

3 heures du matin, d'un seul coup, un vent glacial parcourt la chambre de Bastien, il se réveille en sursaut, ne comprend pas ce qui se passe, toutes ses lampes sont allumées, lui, à travers sur le lit, ses chaussures au pied, deux secondes lui suffisent pour se remettre sur les rails, ah !oui se dit-il, le chien, il entrouvre la porte de sa chambre et l'appelle le plus discrètement possible « al caponne, al caponne, viens mon chien » mais pas de bruit, rien ne se passe, puis tout d'un coup, des bruits de pattes dans l'escalier, le chien à moitié groggy apparait, la tête basse, complètement à côté de ses pattes, le chien entre dans la chambre de Bastien, et s'allonge sans discrétion sur le tapis à côté du lit. Voilà Bastien rassuré, il se dépêche d'enfiler son pyjama et se couche à son tour, éteint toutes les lampes, remonte la couette jusque sur le nez et se rendors aussitôt.

Mais le temps écoulé sera bref, à nouveau la voix entendue la veille se manifeste : « Bastien aides-moi ». La couette remontée jusqu'au-dessus de la tête, le souffle court et des sueurs froides, Bastien n'ose plus respirer, et ce chien qui n'entend rien, qui ne réagit pas, trop bien nourri se pense-t-il, plus aucun instinct de chasseur ! Que faire ? Hurler ? Pas possible de perdre la face une nouvelle fois, il faut agir en homme, pas possible non plus, je ne suis qu'un ado se dit-il, répondre à la voix et parler tout seul dans sa chambre à 3h30 du matin, là c'est sûr on va le prendre pour un fou. Alors tout doucement, il baisse la garde, descend la couette, ho ! pas trop, juste pour voir d'un œil, mais la chambre est toute noire, aucune lumière ne filtre, essayer d'atteindre la lampe de chevet se révèle devenir une véritable expédition, le bras se tend au maximum on y arrive, mais la voix reprend « Bastien je n'ai que très peu de temps » le bras est revenu brutalement sur le lit, entrainant le fil électrique, faisant lui-même tomber la lampe, réveillant du même coup le chien, qui prend peur, et se met à aboyer en sautant sur le lit, et là, la lumière s'allume brusquement, avec une voix familière qui retentit assez violemment.

– « que se passe-t-il dans cette chambre » s'exclame Marc,

– « que fait le chien sur le lit ? » « Je veux une explication claire Bastien ». La tête de Bastien apparaît de dessous la couette, les cheveux totalement en pétard, la bouche sèche, cherchant ses mots. Il craque, se met à pleurer tout en essayant de parler un charabia incompréhensible.

Son père s'assoit à côté de lui et essaye de le calmer pour l'aider à trouver ses mots, 3 à 4 minutes seront nécessaires à Bastien pour retrouver son calme. Il tremble, et commence son explication depuis la nuit dernière, les voix qu'il entend, cette réalité que lui seul perçoit. Pourquoi demande-t-il à son père. Mais aucune réponse ne vient pour le soulager. Va boire un verre d'eau, lui dit son père, et reviens te coucher, nous discuterons de tout cela demain matin, et le chien retourne à sa place.

L'eau absorbée, recouché, et presque soulagé d'avoir pu le dire à son père, Bastien se replonge dans les rêves assez rapidement.

Mais c'était sans compter sur les voix qui allaient revenir. 5heures du matin « Bastien, n'aie pas peur, j'ai besoin de toi……………………………………. » puis grand silence, Bastien est droit sur son lit, lumière allumée, et personne dans la chambre, il se tente dans une réponse nasillarde,

– « Qu'est ce que vous me voulez », dit-il se prenant lui-même pour un fou, seul dans sa chambre en train de parler aux murs. Il pense à Toine dans le même temps, car il le prendrait vraiment pour un aliéné, mais pour l'heure il n'a pas envie de rire. « Qui parle » tente de nouveau Bastien, mais pas de réponse, il se recouche, et espère ce coup-ci dormir sans interruption.

Le reste de la nuit sera calme, et Bastien en profitera un maximum, puisque même le réveil ne le fera pas bouger. Son père entre dans la chambre à 7h30, et demande tout doucement à Bastien de se lever.

Une fois debout, il repense à cette nuit agitée qu'il vient de passer. Pourquoi il n'a pas de réponse, et surtout qui veut lui parler absolument, il est sûr maintenant que ce n'est pas un rêve, mais bien la réalité.

Il rejoint son père à la cuisine qui l'attend, mais pas comme d'habitude, l'air inquiet et pas reposé du tout « que se passe-t-il » demande Bastien, de son air dégagé, et enjoué.

Son père essaye d'engager la discussion, mais reste sur ses réserves, et demande à Bastien ce qu'il a exactement entendu cette nuit, avec les voix qui lui ont parlées.

Bastien sans réfléchir lance « il demande mon aide et il ne faut pas que j'ai peur » voilà dit-il. Et d'un ton très léger de rajouter « tu le connais ? », mais son père ne s'engage pas plus loin dans la discussion, et fait mine de ne pas comprendre ce qui se passe.

Bastien commence sa nouvelle journée, plus décontracté que la veille, la voix de cette nuit, et surtout le fait d'avoir pu en parler à son père l'on décontracté, presque libéré du poids qu'il portait hier sur ses épaules. Sa sœur par contre toujours aussi gracieuse et aimable, jette un regard tendre et aimant sur son frère en lui disant :

– « Tu comptes réveiller la maison toutes les nuits ? On peut te bercer avant de dormir si tu veux », mais Bastien n'a pas le temps de répondre, que son père lance, « laisses-le tranquille », ce qui inquiète plus Bastien que ça ne le rassure.

Et pour combler le tout, Jeanne arrive dans la cuisine, en annonçant à Bastien qu'elle a pris rendez-vous chez le médecin l'après-midi même, et qu'elle viendra le chercher au lycée. De ce fait, la décontraction matinale de Bastien commence à l'inquiéter de nouveau. Comme tous les Mardi, Emma passe chez Bastien, pour qu'ils aillent au lycée ensemble. Donc Emma se présente devant la porte, et attend Bastien qui finit de se préparer.

– « eh ! lui dit-elle, tu as l'air plus en forme qu'hier » et Bastien de répondre :

– « j'avais juste mal dormi, et je suis resté fatigué toute la journée », mais Bastien a quand même envie de lui parler de son cauchemar de la veille.

– « tu as déjà fait des cauchemars » dit-il d'un ton rieur pour ne pas l'effrayer,

– « oui, j'ai la sensation de tomber dans le vide, et ça me réveille brusquement, je ne sais plus où je suis »

Bastien voudrait savoir s'il lui arrive d'entendre des voix, mais la réponse donnée par Emma est négative, mais elle rajoute immédiatement :

– « mais j'ai entendu dire que certaines personnes ont un don pour entendre les voix d'outre-tombe, c'est effrayant », Emma ne sait pas à quel point ce peut-être effrayant, pense Bastien en la prenant par la main, ils arrivent au lycée et Toine saute sur Bastien, pour savoir comment la nuit de son copain s'est passée.

– « alors, le fantôme à la voix rauque c'est manifesté cette nuit »

– « oui, mais je le maîtrise ». Bastien veut passer pour un héros auprès de son copain, et celui-ci lui donne une idée qu'il a lu dans un magazine quelque temps auparavant.

– « tu prends un appareil photo avec toi, et dès que tu entends la voix tu mitrailles toute ta chambre avec l'appareil, ensuite tu fais développer tes photos, et tu verras ton fantôme apparaître sur le négatif. Ce n'est pas génial çà, s'exclame Toine en imitant le photographe fou », Bastien se dit que ce pourrait être une idée, mais la vérité c'est qu'il a encore trop la trouille pour pouvoir seulement dire un mot, alors de là à prendre une photo, il y a une énorme marche à gravir. Il annonce à Toine qu'il sera absent cette après-midi, car sa mère veut l'emmener chez le médecin, à cause de ses cauchemars, et Toine comme à son habitude ne peut s'empêcher de rétorquer,

– « il va te donner des médoques pour dormir, et c'est toi qui va jouer le rôle du zombie la journée ah !! », ça fait rire Bastien qui imite le zombie au milieu de la cours.

La matinée se passe tranquillement, et Bastien commence à oublier ses ennuis de la nuit, il redevient naturel, et enjoué comme à son habitude, il y va à nouveau de ces petites blagues en classe, qui réjouissent Emma, qui le regarde amoureusement.

Il rejoint donc sa mère, tout en se posant des questions, pourquoi voir un médecin pour un simple mauvais rêve, que va-t-il pouvoir y faire, pourquoi son père avait l'air si inquiet ce matin ? y a-t-il une raison à tout se remue – ménage, que signifie cette voix mystérieuse qui surgit la nuit, pourquoi pas le jour, pourquoi il n'y a que lui qui peut entendre ce mystère, alors que ses parents s'en inquiètent aussi rapidement, il a déjà fait des cauchemars, on n'est jamais allé chez le médecin pour ça. L'arrivée chez le praticien le laisse perplexe, mais il ne veut pas se laisser envahir par la peur, ni l'abattement, restons zen, et rieur se dit-il en pénétrant dans la salle d'attente.

L'attente ne sera pas longue, ce qui n'aura pas permis à Bastien de trop réfléchir, et évitera qu'il se pose trop de questions.

– « longtemps que je ne t'avais pas vu » dit le médecin à Bastien.

Bastien répond par une boutade, comme à son habitude,

– « Normal, vous avez vu l'athlète, jamais malade, même pas un rhume, sportif et amoureux, le cocktail idéal ». Il regarde sa mère au même moment, qui se force à contenir un sourire, pas du tout naturel. Que pense-t-elle se dit il intérieurement, il va falloir que je lui pose la question en sortant, car vraiment on me cache quelque chose de grave, qui a un rapport avec ses voix.

Le médecin ausculte Bastien sans rien dire de particulier, lui fait faire quelques exercices physiques, qui lui paraissent d'une simplicité déconcertante. Qu'est-ce-que je suis venu faire ici pense-t-il.

– « Bastien – dit le médecin – tu es en pleine forme »

– « ça, je n'avais pas besoin de venir vous voir pour le savoir, dit-il en riant »

– « Mais, je vais t'envoyer à l'hôpital, pour quelques examens supplémentaires, dont un scanner cérébral, rien de grave je te rassure tout de suite ».

– « si c'est mon QI que vous cherchez il est au plus haut » rétorque en riant Bastien, qui blêmi à vue d'œil. On me cache quelque chose, et il faut que je trouve rapidement, pense-t-il, en retournant s'asseoir auprès de sa mère.

– « Je vous fais une ordonnance pour l'hôpital, dit le médecin à Jeanne, et ne vous inquiétez pas Bastien est un gaillard robuste, qui va nous surprendre ».

En sortant, Bastien n'a pas fait attention tout de suite que Jeanne ne l'avait pas suivi, et qu'elle était restée en retrait, pour discuter avec le médecin. Que peut-elle bien demander, et pourquoi semble-t-elle si inquiète sous son faux sourire de communiante. Le retour en voiture se fait dans un silence à couper au couteau, Bastien reste persuadé qu'on lui cache quelque chose, et il est bien décidé à en découdre pour connaître le fin mot de l'histoire.

A peine arrivé chez lui, il court chez son copain Toine, pour trouver un peu de réconfort et un vrai sourire.

– « alors Bat (surnom que Toine donne à Bastien), tu nous fais un remake de ghost »

– « je ne comprends pas ce qui se passe » dit Bastien « je suis sûr que l'on me cache quelque chose, on m'envoie à l'hôpital pour observer mon cerveau »

– « rassure toi, lui répond Toine, vu ce qui doit y avoir dedans, ils auront vite fait le tour »

– « ma mère est restée en retrait après, pour parler au médecin, ce n'est pas normal, il faut que je mène mon enquête »

– « bah, tu sais bien que les parents sont inquiets pour un rien, rassure – toi, pour un bobo à la jambe que je me suis fait, on a couru aux urgences, à peine si on ne faisait pas débarquer l'armée, pour mettre un pansement ». Toine fait tout son possible pour remonter le moral de Bastien, mais celui-ci reste méfiant quant aux pensées de ses parents.

– « va voir Emma, ça te changera les idées, et demain, tu penseras même plus à tout ça. Il n'a pas tort, se dit Bastien, dans les bras d'Emma il oublie tout. Mais il faut d'abord qu'il repasse chez lui pour prévenir ses parents.

En rentrant dans la maison, plane comme un air de veillée funèbre,

– « que se passe-t-il dit Bastien en riant, quelqu'un est mort ? », je vais chez Emma, elle a dû prendre mes cours de cette après-midi. Je rentre pour souper. Et le voilà ressorti, sans chercher d'avantage à s'expliquer l'humeur qui règne chez lui. Emma toute heureuse et souriante de retrouver Bastien, se jette à son coup pour l'embrasser.

– « Alors, raconte, que t'a dit le médecin, rien de grave j'espère » tellement heureuse de le retrouver, qu'elle se faisait les questions et les réponses toute seule, sans laisser le temps à Bastien de réagir, mais il était heureux, à mille lieues de ce qu'il venait de vivre, le temps venait de s'arrêter, comme à chaque fois que Emma est à ses côté. Seulement voilà le temps passe vite, et déjà l'heure de rentrer s'impose à lui.

Au retour, Bastien est remonté comme une horloge, sourire aux lèvres, aucune pensée néfaste le tourmente, en un mot en pleine contemplation. Tout le monde l'attendait à la maison pour commencer le souper. L'ambiance est loin d'être à son apogée, mais le sourire est de rigueur, même celui de Débie, crispé mais présent. Bastien meurt d'envie de poser la question à sa mère (qu'à tu demander au médecin ?) mais l'ambiance n'étant pas trop mauvaise, il préfère garder sa question pour plus tard, le souper se termine et une nouvelle soirée se prépare.

Il y a un bon film ce soir dit Marc,

– « Bastien tu veux regarder le film, tu as eu une journée éprouvante avec le médecin ». Alors là, c'en est trop pour Bastien. Jamais de la semaine on ne lui autorise la télé le soir, et là d'un coup, d'un seul, il a eu une journée éprouvante, même Débie sort une grimace comme jamais il l'en aurait cru capable de se déformer le visage pareillement.

– « je veux une explication lance Bastien l'air énervé, que se passe-t-il ici, je pense, que je suis assez grand, pour comprendre le problème »

– « calmes – toi, lui dit son père, on se fait juste du souci parce que tu es en pleine adolescence, et que des cauchemars comme ceux que tu fais peuvent causer des effets secondaires sur ton comportement plus tard, c'est tout »

– « pourquoi maman est restée discuter avec le médecin, après que je sois parti, demande Bastien »

– « juste pour vérifier que tu n'as pas perdu ton cerveau en route rétorque Débie »

Jeanne un peu gênée répond :

– « je voulais juste savoir, si les cauchemars pouvaient venir de nous, et de l'éducation que l'on t'apporte »

– « oui et ben tout ça me fout la trouille »

– « ah, pas besoin de tout ça pour te foutre la pétoche réplique Débie »

Bastien est en colère et monte dans sa chambre, en claquant la porte. Il se jette sur son lit et essaye de se calmer en pensant à Emma. Son père l'a suivi quasiment aussitôt, frappe à la porte de sa chambre, mais aucune réponse ne se fait entendre, « Bastien dit-il laisses-moi entrer, il faut que l'on parle calmement », mais rien ni fait, la colère de son fils ne retombe pas, il ne pense qu'à une chose, sortir, prendre l'air, ne plus voir personne. Marc redescend espérant que la colère passera, aussi vite qu'elle est arrivée.

Une fois dans le salon se retrouvant seul avec Jeanne, Marc dit à sa femme ;

– « On aurait peut-être dû lui dire la vérité tout de suite, vu sa réaction, je crains que ce soit encore plus dur quand on n'aura plus le choix ». Débie qui n'était pas encore dans sa chambre, a entendu cette phrase échappée par son père, et elle aussi est frappée d'interrogation. Du coup ayant un moment de bonté qui s'est abattu sur elle, elle frappe à son tour à la porte de son frère.

– « Bastien, ouvre c'est Débie, on peut parler si tu veux ».

La porte s'entrouvre et Bastien les yeux plein de larmes, dit immédiatement à sa sœur,

– « si c'est pour me servir une de tes amabilités, je passe mon tour ». Mais elle est au contraire très attentionnée, et prend son frère par le cou, lui glissant dans le creux de l'oreille ;

– « si ton cauchemar revient, hésite pas à venir dans ma chambre, on le combattra à deux, ce sera plus cool ». Bastien n'a jamais vu sa sœur aussi aimable depuis bien des années, sa colère est retombée, et il se prend même à lui dire :

– « merci grande sœur, ça fait du bien d'avoir un soutien ».

Débie retourne dans sa chambre, mais elle sait que Bastien ne sait pas tout, que ses parents lui ont menti, que faire, que dire, elle ne sait pas, et espère que la solution ne tardera pas à arriver.

Reste pour Bastien que la nuit commence juste, et que l'angoisse commence à monter tout doucement. Faut-il attendre pour se coucher, ou au contraire, affronter le plus vite possible cette voix, pour avoir plus d'explication. Marc dans l'intervalle remonte à la porte de son fils, et lui redemande d'ouvrir, Bastien ouvre sa porte, la colère n'est pas loin, mais le contrôle reprend le dessus.

– « si tu veux, dit Marc, je reste avec toi cette nuit sur un lit de camp, pour te soutenir…. »

N'ayant même pas eu le temps de finir sa phrase, Bastien enchaine avec la...