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L'Ecouteur de misères

De
217 pages
Petit Robert / écouteur : Personne qui écoute avec curiosité, avec indiscrétion. On pourra maintenant rajouter : Personne qui écoute pour gagner de l'argent. Ce roman, fabuleuse galerie de personnages touchants ou farfelus vous fera visiter les tripes de l'humain, qui malheureusement ne sont pas toujours bien propres. Pourquoi ce livre et pour qui ? Pour tous les lecteurs qui eurent un jour des difficultés à vider leur sac de misères dans une oreille attentive et compatissante. Situation catastrophique, lorsque le besoin de s'épancher ne trouve que l'indifférence des autres.
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Jean Bernard Ortelli
L’Écouteur de misères
Roman
5 Éditions Le Manuscrit
© Éditions Le Manuscrit, 2007 www.manuscrit.com ISBN : 978-2-304-00350-5 (livre imprimé) ISBN 13 : 9782304003505 (livre imprimé) ISBN : 978-2-304-00351-2 (livre numérique) ISBN 13 : 9782304003512 (livre numérique)
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Ce matin, jour nouveau de nouvelle vie, j’entends les gargouillements irréguliers de la cafetière électrique qui m’appellent pour ma rentrée des classes. J’ai pourtant 40 ans et je ne suis pas enseignant. La bonne odeur de moka atteint ma chambre. C’est un parfum puissant qui me fait penser à chaque fois au torréfacteur de la vieille ville, aux sacs de grains entassés dans un local minuscule, et qui baigne dans ces effluves exotiques de cuisson du café, faisant frémir dans tout le quartier les narines des amateurs, au grand bonheur du boulanger voisin qui vend deux fois plus de croissants. La cafetière m’invite maintenant par son silence à soulever ma couette, et à ouvrir les persiennes de mon appartement. En posant les pieds sur la descente de lit, je m’efforce de chanter le plus fort que je peux, d’une part pour réveiller Baptiste, d’autre part pour faire fuir la peur au-dessus de laquelle je surnage depuis ma prise de décision. « Si le chat noir n’est pas dans la cour, ce sera un bon présage, et si la jolie voisine est à sa fenêtre, alors là ce sera parfait ". J’ouvre la première Persienne en bois, je me penche, et je
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L’Écouteur de misères
regarde : pas de chat en bas, mais pas de belle brune, ce qui me donne un bilan mitigé. La raison de cette déferlante superstitieuse, c’est qu’après des mois de gestation je vais accoucher de mon projet un peu fou en croisant les phalanges pour qu’il naisse viable, avec tous ses membres, et ses vingt doigts. Pour la énième fois, pour me rassurer sur mon état mental, je pense que la majorité des gens ont eu un jour l’envie de changer de métier. Le maçon s’imaginant gynécologue et pratiquant des frottis à la truelle, le charcutier devenant pilote de ligne, croulant sous les galons dorés de son uniforme et les bises ventouses d’hôtesses de l’air amoureuses, ou le maître de conférence échangeant sa chaire contre une brouette de manœuvre lui permettant de siffloter au pied du mur. Seulement à la différence de tous ces velléitaires, de ces doux rêveurs, qui ne bougent pas une oreille pour changer quoi que ce soit à leur long fleuve tranquille, je vais troquer mon er chèque du 1 de chaque mois, contre la noble incertitude du travailleur indépendant, avec en prime le doute de la réussite et l’exaltation de la nouveauté. Pendant que je gratte mon cuir chevelu, je vois passer mon fils dans le couloir qui se dirige au radar vers ses corn-flakes. Au passage, il me lance d’une voix encore endormie : – Salut pa’.
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