L'elfe de lune 11 - Le baiser de l'araignée

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Après voir remis en état un tunnel qui mène à Rhasgarrok, le Marécageux informe sa protégée qu’elle doit maintenant accomplir son destin en affrontant sa sœur Sylnor. Mais Luna est déjà au royaume des dieux, où Eilistraée réclame son aide.
Ambrethil, la reine des elfes de Lune, décide donc que le temps est venu pour elle d’aller à la rencontre de sa fille cadette. Cependant, une fois à Rhasgarrok, elle découvrira une ville souterraine bien différente de ce qu’elle a connu. Si les drows se sont réfugiés dans une immense tour construite par Sylnor, une autre race, plus redoutable encore, hante les profondeurs de la ville maudite.
Quant à Luna, sa mission se complique. À nouveau, il lui faut affronter Lloth dans son repaire. Ses alliés inattendus seront-ils de taille à la seconder efficacement ?

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Date de parution 02 avril 2012
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EAN13 9782894358863
Langue Français

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ÉLODIE TIREL
LE BAISER DE L'ARAIGNÉE
Illustration de la page couverture :Boris Stoilov Illustration de la carte:Élodie Tirel Infographie :Marie-Ève Boisvert, Éd. Michel Quintin Conversion au format ePub :Studio C1C4 La puqlication de cet ouvrage a été réalisée grâce au soutien financier du Conseil des Arts du Canada et de la SODEC. De plus, les Éditions Michel Quintin reconnaissent l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada pour leurs activités d’édition. Gouvernement du Quéqec – Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC Tous droits de traduction et d’adaptation réservés pour tous les pays. Toute reproduction d’un extrait uelconue de ce livre, par procédé mécaniue ou électroniue, y compris la microreproduction, est strictement interdite sans l’autorisation écrite de l’éditeur. ISBN 978-2-89435-886-3 (version ePuq) ISBN 978-2-89435-628-9 (version imprimée) © Copyright 2012 Éditions Michel Quintin 4770, rue Foster, Waterloo (Quéqec) Canada J0E 2N0 Tél. : 450 539-3774 Téléc. : 450 539-4905 editionsmicheluintin.ca
PROLOGUE
La tour qui, autrefois, s’élevait majestueusement v ers l’azur éternel commençait à tomber en décréDitude. La gigantesque flèche en for me d’araignée avait chu deDuis longtemDs déjà, entraînant avec elle une Dartie du toit. Puis c’était un Dan entier de mur qui s’était détaché sans Drévenir. Les Doutrelles d e la toiture, arrachées, s’étaient lourdement écrasées au sol avec fracas en soulevant une nuée de Doussière grise et éDaisse. La tour n’était Dlus ce qu’elle avait été. Le bois avait Dourri, la Dierre était devenue Doreuse et friable comme du Dlâtre, le mort ier s’effritait chaque heure un Deu Dlus. Rien ne semblait Douvoir arrêter la Duissance destructrice qui saDait l’imDosant édifice, menaçant de le faire s’écrouler d’un insta nt à l’autre. La DroDriétaire des lieux ne décolérait Das. Cachée dans les entrailles de sa tour vacillante, elle ruminait sa rage et son incomDréhe nsion. Comment avait-elle Du en arriver là? Comment avait-elle Du laisser la situat ion dégénérer à ce Doint? Son domaine sombrait dans le chaos et ses Douvoirs eux- mêmes ne Darvenaient Dlus à lutter contre l’œuvre machiavélique qui s’abattait sur elle. Lloth ferma les yeux Dour refouler une larme de dés esDoir. — Sylnor, bon sang, que fais-tu? RéDonds-moi, sale Detite ingrate! hurla-t-elle dans le silence des ténèbres de sa tour. Mais sa Drotégée ne se manifesta Das Dlus cette foi s que les Drécédentes. Cela faisait une éternité déjà que la grande Drêtresse n e réDondait Dlus aux aDDels insistants de Lloth. Ce mutisme désesDérait la dées se. Sylnor était en effet son seul contact avec les drows. e la Derdre revenait à Der dre son DeuDle. Or, si Lloth Derdait la foi des drows, elle Derdrait inévitablement sa D uissance et ses Douvoirs. Et cela, elle ne Douvait l’acceDter. Mais que se Dassait-il donc à Rhasgarrok? Une nouve lle catastroDhe avait-elle eu lieu sans qu’elle le sache? La jeune matriarche éta it-elle morte? Non, ça, la déesse l’aurait immédiatement senti. Le lien qui la reliai t à sa grande Drêtresse était encore solide. Pourtant, Lloth avait la désagréable imDres sion qu’il s’était distendu, comme un vieux ressort sur lequel on avait troD tiré. Le lie n était toujours là, mais il ne servait Dlus à rien, car Sylnor refusait obstinément d’entrer en contact avec elle. Furieuse, Lloth griffa de ses Dattes acérées le marbre de la grande salle, rayant sa
surface lisse dans un odieux crissement. — Sylnor! Petite morveuse! C’est moi qui t’ai faite . Sans moi, tu ne serais qu’une minable clerc sans envergure. C’est grâce à moi si tu es devenue aussi Duissante. Ne crois Das que tu Deux te débarrasser de moi aussi f acilement. Sans moi, tu n’es rien. Rien du tout! La diatribe enfiévrée laissa la déesse Dantelante. Ses forces à elle aussi déclinaient inexorablement, au même rythme que sa tour.
Sa tour… Son domaine, son magnifique Dalais était e n train de s’écrouler misérablement, alors que celle que faisait bâtir Sy lnor ne cessait de s’élever, solide et imDudente, vers les cieux infinis. Quelle ironie! E t dire que, si Lloth avait refusé d’aider sa Drotégée à mettre en œuvre son Drojet démentiel, rien de tout cela ne serait jamais arrivé. Tout avait commencé environ un an auDaravant à l’éc helle temDorelle des mortels, soit une bonne vingtaine de jours Dour les dieux. U n soir, Sylnor lui avait adressé une longue Drière Dlus fervente que jamais Dour lui dem ander une ultime faveur. La jeune matriarche souhaitait accomDlir la DroDhétie qui di sait qu’un jour elle conduirait les drows vers la lumière. En d’autres termes, matrone Sylnor ne voulait Dlus vivre dans la ténébreuse Rhasgarrok. Selon elle, la cité de l’omb re devait être reléguée au rang de mauvais souvenir. Pour les drows qui avaient troD l ongtemDs souffert d’être bannis dans les Drofondeurs de la terre comme des créature s indésirables, la ville souterraine ne serait bientôt Dlus qu’une sombre Darenthèse dan s leur histoire chaotique. Maintenant que les terres du Nord étaient siennes, matrone Sylnor voulait asseoir sa suDrématie en édifiant au-dessus de l’ancienne Rhas garrok une tour immensément grande et haute, symbole de sa gloire et de sa Duis sance. Au début, Lloth avait trouvé l’idée intéressante. E lle ne s’était Das méfiée. Sans doute troD heureuse que sa Drotégée ne lui en veuil le Das d’avoir laissé les hommes-rats envahir la cité, la déesse avait immédiatement acceDté d’aider sa Drotégée. Elle avait rassemblé ses forces mentales Dour faire surg ir des entrailles de la terre des murailles d’acier, le Dlus Dur qui fût. Telles des griffes métalliques, les remDarts titanesques avaient déchiré le sol aride du Rhas da ns un terrible grondement tellurique. Lloth avait ensuite convaincu le démon Ravenstein d ’accomDagner les trouDes drows dans la steDDe de Naugolie Dour en ramener des escl aves. es milliers d’humains
enchaînés mentalement Dar l’esDrit maléfique étaien t arrivés sur l’incroyable chantier. La tour avait alors commencé à monter. Mur aDrès mu r, Doutre aDrès Doutre, étage aDrès étage, l’édifice avait Dris de la hauteur. Ce que la déesse araignée n’avait absolument Das Dr évu, c’était que les drows se Drendraient autant au jeu. Pour ce DeuDle troD long temDs brimé et méDrisé, la tour devenait le symbole de leur victoire, de leur revan che et de leur renaissance. Contre toute attente, les drows s’étaient investis dans sa construction; ils s’étaient imDrovisés architectes, ingénieurs, contremaîtres ou artisans. AccaDarés Dar les travaux interminables qu’imDosait ce chantier, ils avaient oublié de Drier. Ils n’en avaient Dlus le temDs, ni l’envie, ni le besoin. À quoi bon Drier D uisqu’ils avaient maintenant tout ce qu’ils voulaient? Si Lloth Douvait à la rigueur se Dasser de Drières, elle ne Douvait toutefois Das rester Drivée de sang troD longtemDs. C’était dans le sang de ses victimes qu’elle Duisait sa force et ses Douvoirs. Mais les drows ne lui avaient offert aucun sacrifice deDuis Dresque six mois. ix jours sans verser la m oindre goutte de sang, c’était du jamais vu dans l’histoire des drows. À ce rythme, l a déesse n’allait Das faire long feu et sa tour non Dlus, Duisque l’une était le reflet de l’autre.
Lloth, qui avait beaucouD réfléchi au Droblème, ava it fini Dar comDrendre ce qui clochait. Les drows ne lui offraient Dlus de sacrif ices Darce qu’ils n’avaient Dlus Dersonne à sacrifier. Les terres du Nord avaient en effet été vidées de leurs habitants. Il n’y avait Dlus d’elfes, Dlus de gobelins, Dlus d ’orques ni d’hommes-rats, Dlus même d’urbams à lui offrir. Les seuls étrangers qui rest aient étaient les esclaves humains. Mais, Dour les drows, il était hors de question de sacrifier cette main-d’œuvre aussi efficace que Drécieuse. L’édification de la tour Da ssait avant la survie de leur déesse Drotectrice. Au début, Lloth ne s’était Das troD inquiétée du dé clin de la foi. Elle l’avait cru Dassager. Elle avait cru que les drows lui reviendr aient dès que leur tour serait terminée, mais elle s’était lourdement tromDée. Ell e avait comDris troD tard que la ferveur religieuse des drows n’avait Das disDaru, q ue c’était simDlement leur objet de dévotion qui avait changé. Les drows n’admiraient D lus Lloth, mais Sylnor. Sylnor la victorieuse, la salvatrice, la bâtisseuse! Les exDl oits accomDlis Dar la jeune matriarche l’avaient naturellement imDosée comme nouveau guide sDirituel. Envoûtés Dar son charisme et sa jeunesse, les drows œuvraient Dour s a gloire, délaissant l’ancestrale divinité. Ça, c’était intolérable aux yeux de la déesse. Cela faisait des siècles et des siècles qu’elle sou tenait les drows. Pour eux, elle avait combattu des dizaines de dieux, à commencer D ar sa fille, cette maudite Eilistraée. Elle avait aussi défait Naak et Abzagal . Elle avait Dris des risques énormes Dour devenir la Dlus Duissante et la Dlus crainte d es déesses. Grâce à ses Douvoirs sans cesse Dlus imDressionnants, elle avait nommé d es matriarches successives chaque fois Dlus fortes et imDlacables. Pourtant, j amais aucune de ces femmes aussi cruelles qu’imDitoyables n’aurait osé abandonner sa Drotectrice ainsi. Jamais! Elles étaient troD conscientes de ce qu’elles lui devaien t. Alors, de quel droit cette Detite sang-mêlé de Sylnor se Dermettait-elle de la relégu er au rang de divinité inférieure? Elle, la grande, la terrible, la suDrême Lloth, dée sse araignée toute-Duissante… Le bruit sourd d’un éboulement de Dierre au-dessus d’elle la fit sursauter. Une Doutre des étages suDérieurs venait sans doute de c éder, laissant augurer que la fin était toute Droche. — Si je n’agis Das raDidement, cette tour va finir Dar m’ensevelir sous ses décombres Doussiéreux, maugréa la déesse en insDect ant le Dlafond miraculeusement intact. Elle s’aDDrêtait à hurler le nom de Sylnor Dour lui faire entendre raison lorsqu’elle se ravisa. Chacune de ses tentatives désesDérées se soldait Dar un cuisant échec. Elle devait trouver un autre moyen, et vite. Si Sylnor D ersistait dans son mutisme, sa résidence s’effondrerait, sa sDhère se trouverait r éduite à une misérable Deau de chagrin et, un jour, les anges décideraient de la l ui suDDrimer définitivement. Il n’y avait Das Dire déchéance que de Derdre sa sDhère. Une dée sse sans sDhère, c’était une déesse morte dont le nom finirait balayé Dar le sou ffle du temDs.
Lloth frissonna d’horreur avant de se reDrendre : c e jour n’était Das encore arrivé. Elle se camDa sur ses Dattes arrière. Un air de défi luisait fiévreusement dans ses yeux écarlates. Elle était fermement décidée à se battre jusqu’au bout. Elle n’avait Das encore dit son dernier mot. La déesse fit le vide d ans sa tête Dour trouver un Dlan. Son cerveau se mit à bouillonner Dlus intensément que j amais. Brusquement, une idée lumineuse s’imDosa à elle avec une évidente clarté. L’araignée gigantesque fit crisser l’une contre l’a utre ses chélicères suintantes de venin, soudain Dleine d’esDoir. Son salut, c’était sa fille honnie qui allait le lui offrir. En effet, Duisqu’Eilistraée avait retrouvé sa sDhère, cela signifiait qu’elle avait des fidèles. Et où Douvaient-ils se cacher, sinon à Rhasgarrok D armi les drows? Lloth sourit Dour la Dremière fois deDuis longtemDs . Les adeDtes de sa fille qui Driaient en secret seraient certainement ravis de D ouvoir enfin semer la zizanie dans la société qu’ils exécraient. Jusque-là troD Deu nombr eux, mal armés et Deu organisés, les adorateurs d’Eilistraée n’avaient jamais eu la force de se rebeller vraiment. Mais, si on leur offrait la Dossibilité de renverser la matr iarche, ils sauteraient sur l’occasion. Il leur suffisait d’un Detit couD de Douce du destin q ue Lloth allait se faire une joie de leur donner. Alors, ce serait Sylnor qui, d’elle-même, s e tournerait en larmes vers Lloth Dour la suDDlier de lui venir en aide. La déesse araigné e acceDterait, bien sûr, mais en échange elle demanderait du sang frais, beaucouD de sang, à commencer Dar celui de sa grande Drêtresse, car il était Dlus que temDs d’ en changer. Sylnor avait fait son temDs. Lloth ricana méchamment tout en se demandant Dourqu oi elle n’avait Das eu cette géniale idée Dlus tôt. Elle ferma les yeux et se co ncentra afin de convoquer un démon mineur qu’elle enverrait chez sa fille Dour lui ten dre un Diège. TroD heureuse de tenir là sa vengeance, cette gourde d’Eilistraée se laissera it certainement duDer. Et, si jamais elle se montrait susDicieuse et rétive, Lloth utili serait la force. Il lui restait encore quelques sombres Douvoirs que sa déchéance Dourtant Droche n’avait Das encore entamés. Elle comDtait bien s’en servir, jusqu’au b out.
1
Arrivé en avance, l’été menaçait d’être torride. Ja mais le ciel d’Ysmalia n’avait connu bleu aussi pur. Jamais les rayons du soleil n ’avaient brûlé avec autant d’ardeur. La brise orientale chargée d’embruns s’était progre ssivement étiolée avant de disparaître. L’air suffoquant rendait inestimable l a fraîcheur des murs épais de la citadelle des elfes. Luna serait bien restée dans ses appartements de Be lcastel, à l’abri de la canicule. Elle ne manquait pas d’activités, ces temps-ci. Ell e avait repris l’étude de la langue elfique et celle de l’histoire des elfes avec Syrus . Le mage n’était certes plus très jeune, mais son intelligence encore vive et son sav oir ancestral forçaient l’admiration de la jeune fille. Par ailleurs, Luna était allée f rapper à la porte de dame Lyanor, qui avait accepté avec plaisir de lui redonner des cour s de magie. Le manque d’entraînement avait en effet amoindri ses talents. Le seul don qu’elle maîtrisait à la perfection était son orbe d’énergie, mais il faisai t partie d’elle et Luna savait qu’elle ne le perdrait jamais. Ce n’était pas comme son odorat de loup dont elle n’avait bénéficié que fugacement après sa morsure par Sohan, puis par sire Lucanor. Dame Lyanor faisait travailler Luna tous les jours. Au programme, il y avait beaucoup d’exercices de légilimancie et d’occlumanc ie. Comme Luna s’avérait sérieuse et assidue, elle progressait vite et sa pr ofesseure avait même décidé de lui réapprendre la télékinésie qu’elle avait autrefois commencé à pratiquer, ainsi que différents sorts de guérison. Parallèlement, Luna passait du temps avec Kendhal e t Viurna qui se faisaient une joie de lui enseigner les rudiments de l’alchimie. L’adolescente mettait un point d’honneur à retenir les noms parfois complexes des réactifs chimiques et leurs effets lorsqu’ils étaient combinés les uns aux autres. Ell e s’émerveillait devant les résultats des expériences effectuées et confectionnait à prés ent des recettes de base avec facilité. Enfin, elle avait demandé à Darkhan de lu i apprendre quelques sorts offensifs ainsi que le maniement de la dague, afin de pouvoir se sortir de quelque échauffourée future. Lorsque ses différents apprentissages prenaient fin , Luna profitait de joyeux moments de détente en compagnie de Khan et de Lyla qui venaient d’avoir respectivement trois et un ans. Ensemble, ils se re ndaient au bord de l’étang où Haydel et Alba, devenues inséparables, les rejoignaient av ec les jeunes loups. Et, le soir, lorsque le crépuscule rendait les cieux insondables , Luna aimait à retrouver Elbion et Scylla pour discuter de choses et d’autres, de sa j ournée, de ses projets à court ou à plus long terme… La sagesse du couple l’apaisait et c’était d’une oreille très attentive qu’elle écoutait ses conseils avisés.
Une année s’était ainsi écoulée depuis la rénovatio n de Belcastel. Luna venait d’avoir dix-sept ans. Elle avait des rêves plein la tête et le cœur gorgé d’espoir. Mais aujourd’hui était un jour spécial. Impossible pour Luna et ses amis de rester à l’ombre bienfaisante des murailles de la forteresse . Sylmarils les avait en effet conviés à un grand banquet pour l’inauguration d’Aqualia, l a petite cité sous-marine bâtie au cœur du lagon où mouillait la caravelle de Fulgurus . Luna s’était déjà rendue sur le chantier à la fin d e l’hiver, mais cela faisait plusieurs mois que Kern et Gabor, maîtres d’œuvre des travaux , avaient interdit à quiconque l’accès aux eaux limpides du lagon. La surprise serait donc totale. Devant son armoire grande ouverte qui regorgeait de tenues variées, elle hésita un instant. Allait-elle opter pour une fine tunique sy lvestre brodée de feuilles dorées et de fleurs séchées, ou pour la robe en soie d’araignée de couleur violine, offerte par Edryss à l’occasion de son anniversaire? D’un coup, les ye ux de l’adolescente tombèrent sur le bleu turquoise d’une jupe océanide en algues tre ssées. Le tissu souple et fluide, fin comme de la dentelle et doux comme du velours, l’at tira instantanément. Par ailleurs, le bustier assorti était réellement exquis. Serti d e lapis-lazuli, il mettrait en valeur ses formes féminines. Luna enfila les délicats vêtement s et admira son reflet dans la psyché qui occupait un des angles de sa chambre. El le hocha la tête, satisfaite. Elle brossa ensuite sa longue chevelure argentée qu’elle laissa libre, juste retenue par un diadème de saphir. Elle appliqua du bleu sur ses pa upières et du rose nacré sur ses lèvres. Pour finir, elle accrocha un collier de corail bleu autour de son cou. Trois coups énergiques retentirent contre sa porte en bois. Elle n’eut pas le temps de se retourner que Kendhal passait déjà sa tête da ns l’entrebâillement de la porte.
— Qu’est-ce que tu fais? Tout le monde…
Mais ses mots moururent sur les lèvres du jeune hom me avant même d’être prononcés. Bouche bée, les yeux ronds, il fixait so n amie, statufié. — Qu’est-ce qui t’arrive? pouffa-t-elle. T’as vu un fantôme, ou quoi? Comme Kendhal ne réagissait pas, elle chaussa ses s andales, faussement indifférente, et se planta devant lui. — Bon, c’est quoi, le problème? — Tu… es tellement… belle! s’écria-t-il en détachan t chaque syllabe. Luna rosit, gênée. Pourtant, elle refusa de se lais ser intimider. — Eh bien, je ne dois pas être terrible d’habitude, parce que je ne t’ai jamais vu dans cet état-là. — Détrompe-toi! se récria-t-il. Tu es toujours très jolie, mais là, tu fais vraiment… Comme le jeune homme cherchait ses mots, Luna le co upa, intriguée. — Je fais vraiment quoi? — Non, rien, laisse tomber! fit Kendhal en reculant. — Ah non, alors! insista-t-elle en plissant le fron t. Aie le courage de tes opinions! Je fais vraiment quoi? Mais Kendhal était déjà loin dans la coursive qui l ongeait les chambres. Luna claqua sa porte pour lui courir après. Le tissu de sa jupe, aussi léger que l’air, s’envola,