L’enlèvement

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Dans les Highlands d’Écosse, l’honneur et la loyauté sont plus précieux que la vie elle-même. Mais quand une femme bouleversée fera la rencontre d’un guerrier lésé, l’amour sera plus puissant que tout ce qu’ils avaient connu.
Isabail Grant a dû se montrer forte toute sa vie. Au fil des années, elle a perdu tous ses proches, et maintenant, elle cherche à obtenir justice pour le meurtre de son frère. Mais en route pour Édimbourg dans le but de déposer une requête auprès du roi, elle est enlevée par un féroce guerrier — et troublée de se sentir irrésistiblement attirée par son ravisseur.
Aiden McCurran est un hors-la-loi. Chef d’un petit clan, il a été faussement accusé d’avoir assassiné le courrier du roi et volé un bien de la Couronne — et la clé qui lui permettrait de laver sa réputation et de sauvegarder l’honneur de son clan réside dans les souvenirs d’Isabail. Mais Aiden et Isabail doivent d’abord survivre à la duplicité et à la traîtrise avant de pouvoir découvrir la vérité et revendiquer l’amour qui s’épanouit entre eux…

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Date de parution 25 avril 2018
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EAN13 9782897862848
Langue Français

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Copyright © 2014 Rowan Keats Titre original anglais : Claimeq by a Highlanqer -When a lairq takes a laqy. Copyright © 2017 Éqitions AqA Inc. pour la traquction française Cette publication est publiée avec l'accorq qe Penguin Ranqom House. Tous qroits réservés. Aucune partie qe ce livre ne peut être reproquite sous QuelQue forme Que ce soit sans la permission écrite qe l’éqiteur, sauf qans le cas q’une critiQue littéraire. Éqiteur : François Doucet Traquction : Guy Rivest Révision linguistiQue : Féminin pluriel Correction q’épreuves : Nancy Coulombe et Féminin pluriel Montage qe la couverture : Catherine Bélisle Photo qe la couverture : © Getty images Mise en pages : Kina Baril-Bergeron ISBN papier 978-2-89786-282-4 ISBN PDF numériQue 978-2-89786-283-1 ISBN ePub 978-2-89786-284-8 Première impression : 2017 Dépôt légal : 2017 BibliothèQue et Archives nationales qu uébec BibliothèQue et Archives nationales qu Canaqa Éditions AdA Inc. 1385, boul. Lionel-Boulet Varennes (uébec) J3X 1P7 Canaqa Téléphone : 450 929-0296 Télécopieur : 450 929-0220 www.ada-inc.com info@ada-inc.com Diffusion Canaqa : Éqitions AqA Inc. France : D.G. Diffusion Z.I. qes Bogues 31750 EscalQuensFrance Téléphone : 05.61.00.09.99 Suisse : Transat23.42.77.40 BelgiQue : D.G. Diffusion05.61.00.09.99 Imprimé au Canada
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Keats, Rowan
[When a lairq takes a laqy. Français]
L'enlèvement
(ConQuise par un Highlanqer ; tome 2) Traquction qe : When a lairq takes a laqy.
ISBN 978-2-89786-282-4
I. Rivest, Guy. II. Titre. III. Titre : When a lairq takes a laqy. Français.
PS8621.E234W4314 2017 C813'.6 C2017-941983-8 PS9621.E234W4314 2017
Conversion au format ePub par:
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Chapitre 1
Les Highlands orientaux au-dessus du château de Loc hurkie Janvier 1286
Perchée sur un énorme cheval de bataille noir et bl anc, Isabail avait une vue dégagée sur le désastre. Six de ses gardes, y compris le va illant sir Robert, gisaient sans vie sur la piste éclairée par le clair de lune. Les autres avaient été forcés à se mettre à genoux, et on les avait attachés solidement comme du bétail . Deux coffres, remplis de ses possessions, avaient été fouillés et le contenu, ép arpillé. Les hommes qui avaient attaqué son groupe n’avaient rassemblé que quelques articles, surtout de simples chemises et des souliers pratiques. Les objets les plus dispendieux — ceux dont elle entendait se servir pendant son séjour à la cour du roi — se trouvaient par terre négligemment empilés et souillés de neige et de bou e. Toutefois Isabail n’éprouvait aucune tristesse pour ses beaux vêtements. La peur lui avait tellement serré la poitrine qu’il n’y avait d e place pour quoi que ce soit d’autre. Étonnamment, les attaquants n’étaient que trois. El le avait peine à imaginer comment un si petit groupe avait réussi à vaincre l a douzaine de gardes qui accompagnaient sa voiture, mais c’était un fait qu’ ils les avaient vaincus. Ce qui leur manquait en nombre était compensé par leur stature — les Highlanders vêtus de fourrures qui les avaient attaqués formaient une ma sse indistincte de hautes tailles, de larges épaules et de membres puissants. Leur chef, le guerrier qui avait exigé sa reddition , affichait un air si sévère que son estomac se retournait chaque fois qu’elle le regard ait du coin de l’œil. Ce qui se produisait souvent parce qu’à son grand désarroi, s on visage bien rasé et ses cheveux soigneusement coupés attiraient sans cesse son rega rd. Les attaquants travaillaient rapidement, leurs mouv ements peu nombreux et délibérés. Ils avaient ouvert tous les paquets et tous les coffres. Ils termi-nèrent leur pillage en un rien de temps et furent b ientôt en selle et prêts à partir. Sauf le chef. Il ramassa en une pile plusieurs vêtements colorés, prit un morceau de silex dans la poche à sa ceinture et s’accroupit, dos au vent. Av ec une aisance née de l’expérience, il enflamma vite la pile. Isabail serra les doigts sur la crinière rugueuse de son cheval quand une grande quantité de ses robes de laine fin e, de ses chemises de lin blanc et de ses pantoufles serties de perles disparurent dan s un grand bûcher. Si elle avait été seule, elle aurait éclaté en sang lots, mais le visage gras et pâle de sa servante était tourné vers elle, les yeux de la vieille femme l’implorant silencieusement de lui donner espoir et conseils. I sabail ne pouvait céder aux vagues de désespoir qui lui traversaient le corps. Pas mai ntenant. Pas alors que Muirne avait besoin qu’elle soit forte. Le chef regarda le panache de fumée grise monter ve rs le ciel, puis saisit les rênes du cheval d’Isabail et, d’un mouvement fluide, il s auta derrière elle. Ses bras solides glissèrent autour de sa taille et l’attirèrent cont re lui. Un petit cri s’échappa de ses lèvres avant qu’elle pût le retenir. Son instinct l ’exhortait à se battre pour se libérer et s’enfuir, mais sa peur la tenait immobile. L’homme était énorme. Il pourrait la tuer d’un seul coup avec un de ces poings massifs.
Mieux valait attendre des secours. Elle ravala la boule dans sa gorge. Ils avaient sûr ement l’intention d’exiger une rançon pour elle, de la revendre à son cousin pour une petite fortune. Si elle subissait pendant un moment le contact inconvenant de cette b rute, son cousin Archibald paierait la rançon, et elle serait libérée. Elle n’avait pas besoin de risquer sa vie pour s’enfuir. Son ravisseur éperonna le cheval, conduisant son pe tit groupe vers l’étroite ouverture au bout du ravin. Isabail jeta un coup d’ œil sur les corps terrassés et les silhouettes attachées de ses hommes, et elle ne put s’empêcher de dire : — Vous n’avez pas l’intention de les laisser ainsi. — Oui. Elle sentit contre son dos la réponse froide du che f à travers sa poitrine. — Mais il y a de grandes meutes de loups qui rôdent dans ces collines. Il ne dit rien et se contenta d’éperonner son cheva l pour accélérer le pas. Le sentier sinueux sur le flanc de la montagne étai t étroit, mais ils le traversèrent à toute allure. Ils grim-pèrent de plus en plus haut, le cheval se frayant u n chemin autour des rochers et des épais buissons de bruyère. Tandis qu’ils passaient le long d’une crête abrupte, elle put voir clairement le village éclairé par la lune et l e château voilé par la brume qui représentait son foyer. Nul doute que les gens dans la forteresse en contre bas s’adonnaient à leurs tâches habituelles, ignorant la tragédie qui les avait fra ppés, elle et son entourage. Combien de temps allait s’écouler avant qu’on trouve les ga rdes survivants ? Impuissants comme ils l’étaient, n’allaient-ils pas mourir de f aim ou se faire dévorer par les animaux sauvages ? Isabail se mordit la lèvre. Elle aperçut un des hors-la-loi barbus qui chevauch ait près d’elle. — Vous vous effrayez pour rien, dit-il. Les gens du château vont remarquer la fumée. À moins que les soldats du comte dorment à leurs po stes, vos gardes seront de retour au matin. Son ravisseur laissa échapper un petit rire moqueur. Isabail poussa un soupir de soulagement, mais ne se détendit pas. Elle luttait pour garder sa dignité. Compte tenu de la montée qu’ils effectuaient, il lui était extrêmement difficile de rester écartée du guerrier derrière el le. Elle fit de son mieux pour conserver une posture raide, distinguée, mais chaque fois que l’énorme cheval de bataille bondissait pour grimper une pente abrupte, elle se heurtait à la solide poitrine de son ravisseur. C’était déjà assez inconvenant que leurs hanches so ient si intimement liées. Elle refusait d’abandonner davantage de sa dignité qu’il n’était nécessaire. Mais à mesure que l’air se raréfiait et se refroidissait, la chal eur régulière qu’il exsudait avait de plus en plus d’attrait. Déterminée à résister, elle serra s on manteau de castor autour de ses épaules et enfouit ses mains dans la douce fourrure . Malgré cela, les heures passées en selle dans l’air glacial commencèrent à faire le ur effet. Elle glissait de plus en plus dans la selle. Plusieurs fois, elle se raidit vivem ent quand elle réalisait que son corps s’était effondré de lassitude contre le mur de chai r masculine derrière elle. Heureusement, son ravisseur ne semblait pas remarqu er ses écarts. Il se concentrait pour se frayer un chemin à travers la triste nature sauvage qu’étaient les Highlands en
janvier. Peut-être parce qu’il craignait d’être pou rsuivi, il avançait aussi vite que pouvait le permettre le terrain. Isabail commençait seulement à se demander jusqu’où il entendait l’entraîner loin de son foyer quand il arrêta l’énorme destrier et aboy a un ordre à ses hommes. — Dressez le camp ici. Pendant qu’il sautait de cheval, faisant tourbillon ner autour d’elle un air glacial à cause de son absence, elle jeta un coup d’œil au ca mpement qu’il avait choisi. Elle considérait qu’elle était le fruit d’une lignée bea ucoup plus endurcie que ses cousines anglaises, mais même à ses yeux habitués d’Écossais e, l’endroit semblait horriblement inhospitalier. Que des pierres nues sous une mince couche de glace et de neige. Il n’y avait qu’un énorme rocher pour les protéger du vent du nord et, au loin, un grand menhir érigé par les anciens Pictes. Mais le manque évident de confort ne dérangeait auc unement ses hommes. Ils aidèrent Isabail et Muirne à descendre de cheval, p uis se mirent immédiatement à faire un feu. Quand les briques de tourbe eurent généré u n peu de chaleur, ils attachèrent les chevaux et se passèrent de maigres portions de pain et de fromage. Il était trop tard pour le souper et trop tôt pour le déjeuner, mais ç a n’en était pas moins délicieux pour autant. Isabail et Muirne restèrent seules pendant que les hommes s’activaient. Le sol glacial sous leurs bottes les incitait à demeurer i mmobiles, alors elles restèrent simplement debout et mangèrent. Les pensées de Muir ne ne s’étaient pas apaisées pendant la longue chevauchée. Ses yeux étaient humi des de sanglots retenus. — Ils ont l’intention de nous violer et de nous tue r, murmura-t-elle. — Comment peux-tu savoir ça ? demanda Isabail. Ils n’ont fait aucune menace en ce sens. — Vous n’avez qu’à regarder le visage sombre de cel ui-là, fit-elle en pointant un doigt vers la taille impressionnante du chef pendan t qu’il dessellait les chevaux, pour savoir que nous sommes condamnées. Isabail sentit son estomac se nouer. L’évaluation d e Muirne avait un certain mérite. Tout chez cet homme était terrifiant, de la largeur intimidante de ses épaules à la forme sévère de sa mâchoire carrée. Et sa servante avait raison : sa mine renfrognée n’augurait rien de bon, mais si elle avouait ses pe nsées à Muirne, elle ne ferait qu’augmenter ses peurs. — La seule raison logique pour qu’ils enlèvent une noble, c’est d’exiger une rançon pour elle, fit-elle d’une voix ferme. Ils ne nous f eront pas de mal par crainte de perdre leur récompense. — Ça peut vous protéger, milady, mais ça ne me prot égera pas, marmonna Muirne. Je ne reverrai plus mon Fearghus. Je peux le sentir au plus profond de moi-même. — Tu vois un blaireau où il n’y a qu’un putois, la réprimanda Isabail. Il est encore possible qu’on nous sauve. Nous sommes encore sur l a terre des Grant. Muirne fronça les sourcils. — Comment pouvez-vous en être certaine ? Nous avons voyagé plusieurs heures après avoir perdu de vue le château. Isabail inclina la tête vers le menhir au loin. Il faisait trop noir pour voir les symboles pictes sculptés à sa surface, mais la forme lui éta it très familière. — Je reconnais cette pierre. Nous sommes tout près de la chaumière dont mon frère
se servait pour se reposer pendant les plus longues chasses. Le visage de sa servante s’illumina. — Oh ! Nous sommes sauvées. Nous pouvons nous enfui r là et attendre les hommes du comte. — Non, fit Isabail d’un ton dur. Je ne vais pas ris quer d’attirer la colère de ces hommes en tentant une évasion. Nous ferions mieux d e simplement attendre. Ils vont nous rançonner très bientôt. Son ton sévère attira l’attention d’un des brigands — l’homme à la forte carrure portant une barbe rêche. Il cessa d’étriller les ch evaux pendant un moment et leur jeta un regard sévère. Ni l’une ni l’autre n’osa prononc er une autre parole jusqu’à ce qu’il ait repris son travail. — Tu vois ? siffla Isabail. Ils nous observent de t rop près. C’est impossible de nous évader. Muirne inclina la tête et demeura silencieuse penda nt un moment tandis qu’elle mâchait son pain et son fro-mage. Même si l’aube al lait sûrement venir dans une heure ou deux, les brigands étendirent leurs tapis de cou chage auprès du feu et en offrirent deux aux femmes. Isabail s’empressa de prendre sa p lace. Passer une nuit sous les étoiles sans une tente était déjà assez perturbant, mais en présence de trois hommes dangereux… impossible, compte tenu surtout du fait que leur chef la fixait des yeux de l’autre côté du feu. La lumière vacillante ajoutait des ombres farouches à une attitude déjà glaciale. La fermeté de son visage lui donna c lairement l’impression qu’il lui en voulait, même si elle n’eut vraiment pu dire pourqu oi. Elle l’avait vu pour la première fois, seulement deux jours auparavant, dans le verg er. À ce moment-là, ne sachant pas que c’était un bandit et un mufle, elle avait silen cieusement admiré son physique. Peu d’hommes de sa connaissance arboraient un corps si évidemment musclé, et il avait un visage plutôt beau pour une brute païenne — le genr e de traits carrément masculins qu’une femme n’oublie pas facilement. Il se leva soudain, et Isabail retint son souffle. Dieu du ciel qu’il était énorme. Sombre et puissant, une véritable force de la nature. Il é carta un pan de son manteau de fourrure, révélant une longue épée acérée pendue à son côté. Sous le manteau, elle aperçut un pourpoint de cuir par-dessus unelèinenoire et des bottes de cuir grossières qui serraient ses mollets. Ses vêtements étaient as sez courants, mais il y avait quelque chose de décidément inhabituel chez cet homme. Peut -être était-ce l’intensité de son regard bleu glacial — aucun des deux autres ne sout enait son regard pendant plus d’un instant. Ou peut-être la façon dont il se tenait, l es épaules relâchées mais fermes, comme s’il était un descendant direct de Kenneth Ma cAlpin lui-même. L’homme régnait en maître incontesté. Il la foudroya du regard et tira son épée. Muirne cria, et le cœur d’Isabail bondit dans sa po itrine. Mais la brute n’avança pas. Fixant toujours Isabail , il retourna s’asseoir devant le feu et commença à polir son arme. Il fallut un long moment pour que le cœur d’Isabail reprenne sa cadence régulière. Ils n’avaient échangé aucune parole, mais elle avait se nti le poids de son reproche aussi sûrement que s’il s’était lancé dans une furieuse d iatribe. Dans son esprit, semble-t-il, elle était la cause de ses problèmes. Peut-être Muirne avait-elle raison. Peut-être n’ava it-il aucunement l’intention d’exiger
une rançon. Peut-être serait-il plus sage de s’évad er, après tout. Elle se glissa sous les couvertures que lui avaient fournies ses hommes et s’étendit sur le côté, dos au feu. Le tapis de couchage était peu confortable — le sol gelé lui causait des douleurs à la hanche et aux épaules, et le feu ne réchauffait qu’un seul côté de son corps. Son nez et ses doigts étaient fr oids, mais il n’était pas question de se retourner. Elle sentait déjà sur sa nuque le reg ard froid de son ravisseur. Elle ne pourrait supporter de lui faire face. — Les femmes nous ralentissent, grogna un des homme s. À ce rythme, il nous faudra une autre journée entière pour atteindre Dun storas. Isabail figea.Dunstoras? — En supposant que les hommes du comte ne nous auro nt pas rattrapés avant, répliqua un autre. — Tu t’inquiètes pour rien, fit brusquement leur ch ef. Les hommes du comte se trouvent à une lieue derrière nous. Ils pensent que nous nous dirigeons vers le sud. Nous allons les perdre quand nous tourne-rons vers l’ouest et descendrons dans Strath Nethy.
Isabail sentit la nausée monter en elle. Dunstoras était le fief des MacCurran — le clan dont le chef avait cambriolé le roi et assassi né son propre frère. Le même chef qui s’était échappé du cachot de Lochurkie et s’était e nfui nul ne savait où. Si l’homme assis de l’autre côté du feu était Aiden MacCurran, elle se trouvait dans une situation beaucoup plus dangereuse qu’elle ne l’avait cru. Un meurtrier qui avait trahi la Couronne n’allait pas suivre les règles implicites de la prise d’otage. Elle resta allongée, raide et silencieuse, incapabl e de trouver le sommeil. MacCurran méritait de payer pour ses crimes. John a vait été un excellent homme et un bon comte — beaucoup plus noble et méritant que son père ne l’avait été. Si seulement elle pouvait s’échapper, elle pourrait s’ assurer que MacCurran est poursuivi devant la justice. À partir du menhir, elle pourrai t facile-ment trouver son chemin jusqu’à la hutte de chasse — elle et John s’y étaient arrêtés une dizaine de fois au cours des années. Le défi consistait à se libérer de MacCurran et de ses hommes. Il serait peut-être possible pour une des femmes de s’évader, mais deux ? Peu probable. Pourtant, elle pouvait difficilement abandonner Muirne. Non, si l’ évasion devait se produire, elles s’enfuiraient toutes les deux. Mâchouillant sa lèvre inférieure, Isabail passa ses choix en revue en écartant la plupart de ses idées comme étant téméraires. Elle f init par s’arrêter sur une. Elle attendit jusqu’à ce que MacCurran et l’autre garde se soient couchés pour la nuit et que des ronflements irréguliers se lèvent dans le ciel sombre. Puis elle administra un coup de coude à Muirne. — J’ai besoin d’aller au petit coin, murmura-t-elle . Ce n’est qu’après avoir haussé les sourcils et avoi r battu exagérément des paupières pour chasser son air ensommeillé qu’elle dit : — Oui, bien sûr. Allons-y, alors. Elles enfilèrent leurs bottes et leurs manteaux, pu is traversèrent le camp jusqu’à l’endroit où le plus âgé des brigands montait la ga rde. C’était un vieux guerrier avec des tresses grises à chaque tempe. Isabail indiqua du d oigt le menhir qui n’était qu’une forme vague dans l’obscurité.
— Je dois répondre aux besoins de la nature. Ma ser vante va m’accompagner au petit coin. Le regard du guerrier suivit son doigt, et il hauss a les sourcils. — Non, c’est trop loin. Faites votre affaire derriè re ce rocher. Je ne vais pas regarder. Isabail redressa les épaules et lui adressa son reg ard le plus impérieux. — Ça n’ira pas du tout. Les femmes ne sont pas des hommes. Nous n’ouvrons pas simplement une braguette pour pisser dans le vent. La discrétion est une exi-gence absolue pour une dame. Il plissa les lèvres d’un air agacé. — D’accord. Isabail se força à réprimer un sourire de satisfaction. Elle avait gagné. — Nous allons revenir très bientôt. — Je n’en doute pas. Il traversa le camp à grands pas et poussa du pied un des autres hommes. — Réveille-toi, Graeme, murmura-t-il. Les dames doivent aller au petit coin. — Quoi ? — Contente-toi de te lever. Isabail se sentit découragée quand Graeme sortit de sa paillasse et se leva à contrecœur. Tant pis pour leur grande évasion. Même avec ses yeux ensommeillés, l’énorme guerrier ne manquerait pas de les voir fil er à travers la bruyère. Son plan échouait avant même d’avoir été mis en œuvre. Elle émit un profond soupir. Elle et Muirne s’empressèrent de faire ce qu’elles avaient à faire et retournèrent à la chaleur du feu. Graeme remplaça le vieux guerrier d e garde, laissant son compagnon partir se glisser sous les couvertures et fermer le s yeux. Comme Isabail devrait le faire. Mais l’idée attrayante de s’évader refusait de mour ir. MacCurran était un fou. Il l’assassinerait tout aussi sûrement qu’il avait ass assiné son frère — sans aucun doute en raison d’une idée farfelue de justice. Mais la d estruction de son clan était de sa propre faute, et non de celle d’Isabail ou de son f rère. Il avait osé convoiter le collier de rubis que le roi Alexandre avait commandé pour sa p ropre épouse et il avait tué une douzaine de personnes pour s’en emparer. Il était f ou de reprocher son emprisonnement aux Grant. Elle frissonna. Malheureusement, le fait d’être dan s son droit ne la sauverait pas. Elle était à la merci de MacCurran. Il pouvait exercer s ur elle n’importe quelle vengeance. Et avec ses énormes poings, il pourrait le faire aisém ent. Elle devait faire une autre tentative. L’aube arriv erait bientôt, et ce pourrait être sa dernière chance de se mettre en sécurité. — Muirne, murmura-t-elle. — Oui ? — Prépare du thé pour ce garçon. Sa servante lui jeta un regard interrogateur. — Vous voulez que je sois gentille avec lui après c e qu’ils ont fait ? — Il a sûrement froid. Bavarde avec lui pendant un moment ; occupe-le. Muirne lui lança un coup d’œil rebelle, mais se lev a et déposa un petit chaudron sur le feu. Les hommes avaient augmenté leur approvisio nnement grâce à leur raid contre Isabail et son entourage, et le chaudron de cuivre était un des siens.