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126 pages
Français

L'Ennemi que je connais

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Description

L'Ennemi que je connais raconte la vie d'un groupe de jeunes dans une petite ville coupée en deux par une rivière. Ils ont 18-19 ans. Pour passer le temps, ils écoutent du U2, du Pink Floyd. Ils fument. Ils boivent. Certains d'entre eux sont en vacances de l'université ou du collège. D'autres se demandent quoi faire de leur vie. Y a-t-il seulement un avenir dans cette petite ville? En ce mois d'août asséché, ils travaillent au moulin à bois, comme leurs pères. Mais voilà que l'entreprise est secouée par une grève. Comme le moulin est au coeur de la vie de cette ville, tous les habitants sont frappés. La violence s'installe. L'amour est trouble. Cette petite ville ne sera plus jamais la même.

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Date de parution 05 juin 2017
Nombre de lectures 5
EAN13 9782896911967
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

DUMÊMEAUTEUR
Poésie : La Morsure du désir, Éditions d’Acadie, Moncton, 1993. À s’en mordre les dents, Éditions PerceNeige, Moncton, 1982.
Conte pour enfants : Pommette et le vent, Editions d’Acadie, Moncton, 1995.
À paraître : L’Infinitif présent, poésie.
Martin Pître
L’Ennemi que je connais Roman
LES ÉDITIONS PERCENEIGE
Tous droits réservés pour tous pays. © 1995, LES ÉDITIONS PERCENEIGE. 22140, rue Botsford Moncton, Acadie (N.B.) E1C 4X4 CANADA
Conception graphique: Pierre S. Blanchard d’après l’affiche du filmFull Blast.Conception graphique de l’affiche originale: Andrew Harris Mise en page : Paul J. Bourque. Photo de l’auteur : Bettie Arseneault. Adaptation numérique :Studio C1C4
Données de catalogage avant publication (Canada) Pître, Martin, 1963–
L’ennemi que je connais
(Collection Prose)
ISBN papier 2920221566.ISBN ePub978-2-89691-196-7 ISBN ePDF978-2-89691-195-0
I. Titre. II. Collection. ~ PS8581.I85E66 1995 C843 .54 PQ3919.2.P47E66 1995
C95950303X
Dépôt légal quatrième trimestre 1995, BNC et BNQ.
Distribution en librairie : Diffusion Prologue 1650, boul. LionelBertrand Boisbriand (Québec) J7E 4H4 Tél. : (514) 4340306/18003632864 Téléc. : (514) 4342627/18003618088
La production des Éditions PerceNeige est rendue possible grâce à la contribution financière du Conseil des Arts du Canada et de la Direction des arts du NouveauBrunswick.
à B.V.N.
PREMIÈRE PARTIE
Chapitre premier
J’HABITE UNE VILLE TELLEMENT PETITE AU PIED D’UNE montagne, qu’on dirait la miniature d’un trou. On doit en compter des dizaines d’autres, pareilles à celleci, toutes cou chées à plat de chaque côté de la route. Tout le monde en tra verse, des trous semblables. La plus grave erreur qu’on puisse faire, c’est de s’y arrêter. Moi, je n’ai pas eu de chance : je date d’ici. Du haut de la montagne plumée comme un poulet qui la sur plombe, le ciel a l’air de se foutre complètement de ce qui se passe ici. J’habite dans la vallée effondrée, ouverte en son centre par une rivière qui charrie des billes jusqu’au moulin à bois. Ça s’ajoute au fouillis dans la tête du monde, comme une brassée d’épines dans la chair. Quand on s’arrête pour respirer, étourdi par le vide, il faut s’accrocher aux arbres. Sinon, on s’affale, on reste comme des pendus dans le temps. En bas des caps, que des remous, de l’eau jaunâtre, tourmentée. Le bruit gronde en se calant dans la pierre. D’une certaine manière, cette histoire est plutôt banale. Chico, Crevette, Piston, Charles et moi, on n’avait pas encore vingt ans. Vieillir figurait pas dans nos projets. C’était beaucoup trop du long terme. On a vécu cette histoire comme si on y avait été mêlé de loin. Aujourd’hui, je me dis que si je l’avais inventée, ç’aurait
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Martin Pître été différent. Ç’aurait sans doute commencé par «ditesmoi pas ce que je dois aimer», ou encore par un énoncé de principe du style «correct, on va faire du coco, mais en autant qu’on en jou isse». Non, cette histoire, on l’a pas choisie. C’est ce qui explique qu’il y ait encore des zones floues. Je me suis peutêtre jeté en bas de la falaise. On nous a peutêtre vus ensemble, moi et le cochon…
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L’Ennemi que je connais
Chapitre deuxième
Au poste de police, l’air est frais. Dehors, on cuit. –Assiedstoi, dit sèchement le policier en ouvrant un paquet de cigarettes américaines. Je sors un briquet blanc de ma poche et le lui tends. Je l’observe pendant qu’il tire sur sa cigarette. Il veut que je parle, mais moi, je suis dans ma tête. Je pense à mes mains. Sont tellement sèches, qu’en tombant dessus, l’eau forme des petites gouttes comme des pierres de sel. On dirait des mains de vieux, toutes plissées, aussi vieilles que l’eau qui coule des glaciers. Mes doigts engourdis, recroquevillés sur mon vis age. La forme exacte pour s’arrondir devant la bouche, pour hurler quelque chose. «Laissezmoi sortir d’ici.» Le policier se cale dans son fauteuil en cuir, sous le ventilateur qui pagaie. L’air humide parfumé à la cigarette, la sueur, le pot de café brûlé… –Estce qu’on peut prendre ta commande? il dit, l’air agacé. À le voir, on croirait que j’ai gâché sa journée. Ça l’écœure, je le sens, qu’un jeune lui cache la vue de son calendrier Madame m’astuvue écartelée sur le mur jauni. Il va peutêtre frapper, sortir un bottin de téléphone, s’il sent l’appel de sa virilité. Mieux vaut filer doux avec lui, et faire comme tout le monde. Faire comme au gym où je suis inscrit. J’endurcis mon corps
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Martin Pître pour habiter quelque chose de sûr. Je sais faire comme si, tenir le coup, dans le froid comme sous le feu. Même avec une braise de bois d’érable entre les doigts, il faut tenir le plus longtemps possible. Les choses durent très longtemps par ici. Le temps passe pas.
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