L'étranger de l'Île Dupas

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178 pages
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Description

Dans l’archipel du lac Saint-Pierre, pays de la sauvagine, plus de cent îlots se disputent la douceur de vivre. Sur l’île Dupas, au milieu de cette nature généreuse, un jeune couple tente de se tailler une place au soleil, mais les interdits familiaux viennent quelque peu assombrir leurs rêves. Bertrand Valois se voit donc contraint de retraiter à l’île aux Corbeaux et de travailler à l’important chantier naval de Marine Industries à Sorel.
En 1939, une nouvelle internationale, ayant l’effet d’une bombe, tombe sur le Québec et change le quotidien de chacun. La Seconde Guerre mondiale éclate, lançant le Canada dans un conflit qui ne lui appartient pas. Ayant lui-même peu de moyens de se défendre, le pays doit de surcroit voler au secours de la mère patrie, l’Angleterre. Le Canada contribue à l’effort de guerre et laisse partir ses fils pour servir sous les drapeaux. Mais les Québécois s’opposent férocement à la conscription, si bien que les îles de Berthierville deviennent une terre de refuge pour des dizaines de déserteurs.
Grâce aux aciéries et fonderies, le chantier naval construit de puissants navires et les ateliers de Sorel coulent des canons qui se feront valoir sur les champs de bataille. L’Allemagne nazie dépêche un espion, Ed Smith, qui sera chargé de recueillir de précieux renseignements qui perfectionneront les sous-marins allemands et amèneront la venue des U-Boote dans le fleuve Saint-Laurent.

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Publié par
Date de parution 01 octobre 2015
Nombre de visites sur la page 7
EAN13 9782924187500
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0112 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Chers lecteurs, je vous invite à poursuivre la route avec les personnages de l’île Dupas dans un second livre à paraître.
Lina Savignac.
Révision
Nicolas Gallant
Photo de l’auteure
Pierre R. Chapleau
Illustration de couverture
Jocelyn Jalette
Catalogage avant publication de
Bibliothèque et Archives nationales du Québec
et Bibliothèque et Archives Canada
Lina Savignac,
L’étranger de l’île Dupas
ISBN 978-2-924187-50-0
I. Titre.
PS8637.A87E87 2015 C843’.6 C2015-941662-0
PS9637.A87E87 2015
Dépôt légal
Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2015
Bibliothèque nationale du Canada, 2015
Vous pouvez communiquer avec l’auteure par courriel :
lina.savignac@gmail.com
Toute reproduction d’un extrait quelconque de ce li vre par quelque procédé que ce soit est strictement interdit sans l’autorisation é crite de l’éditeur.
À mon amour qui au fil des ans me soutient et m’inspire dans mon parcours littéraire.
1
Lorsque le grand Architecte créa la terre, Il étala sous le Qleu infini du ciel le plan précis du uéQec. En fait, Il avait presque terminé la distriQution des richesses quand Il s’aperçut qu’il restait dans sa Qesace de vastes étendues Qoisées, ainsi qu’une quantité plus qu’appréciaQle de lacs poisson neux et de rivières laissant courir une eau vive. Reproduisant le geste du paysa n, Il sema à la volée et tapissa tout le nord de conifères et de feuillus, y rajouta nt des nappes d’eau douce si profondes qu’on aurait dit d’immenses miroirs noirs . Puis se tournant vers le sud, Il déposa au centre d’une vallée luxuriante un ruQan Q leu presque sans fin qu’Il nomma Saint-Laurent. Le majestueux fleuve prenait sa source dans des Qassins aussi grands que des mers et achevait sa course dan s un golfe monumental. Regardant dans le fond de sa poche, Il découvrit qu elques mottes de Qoue qu’Il jeta en tas, sans précaution, au milieu du long fle uve et Qaptisa ce paradis de la faune aquatique et ailée, les îles du lac Saint-Pie rre.
Le saQle, le limon, les sédiments et les joncs se p osèrent dans le fleuve Saint-Laurent et formèrent plus de cent îles séparées les unes des autres par autant de chenaux. Il faut croire que les hommes qui peuplaie nt ces parcelles de terre perdues au milieu des eaux Qrunâtres y trouvèrent d es avantages, car ils y entretinrent un feu, y Qâtirent une maison et y éle vèrent leur progéniture. Afin de se retrouver dans ce dédale d’îlots, les haQitants leu r donnèrent des noms tout à fait particuliers, s’apparentant à leur environnement proche ou portant le patronyme du seigneur régissant leur coin de pays. Lorsque leur patrimoine Qordait la rive nord, on les appelait les îles de Berthier et parmi elles , on pouvait identifier : l’île aux Castors, l’île Saint-Amour, l’île Dupas, l’île Sain t-Ignace, l’île Madame ou encore l’île du Milieu ou l’île de la Girodeau. Du côté op posé, séparé par un large chenail et accolé à la Qerge sud du fleuve, on retrouvait les îles de Sorel. On se plaisait à nommer : l’île du Moine, l’île des Barques, l’île S aint-Jean, l’île d’EmQarras, l’île aux Fantômes ou Qien l’île de Grâce.
Ce matin d’automne, avant même que la Qarre du jour ne se pointe à l’horizon, Napoléon Valois avait quitté le lit douillet où dormait sa femme, avait enfilé de larges pantalons de lainage carreauté, chaussé ses Qottes de caoutchouc, Qoutonné sa chemise de flanellette, puis avait endo ssé son épaisse veste de chasse. En échappant un long Qâillement, il passa p ar la cuisine d’été pour ne pas faire de Qruit et attrapa sa caraQine. En descendan t les trois marches aQruptes qui le menaient dans la cour arrière, il siffla son chi en. L’animal accourut aussitôt et s’attacha aux pas de son maître, sachant d’instinct où il allait. L’homme et la Qête ne faisaient plus qu’un. Une Qrume tenace, que le s oleil dévorerait dès l’apparition des premiers rayons, restait suspendue à quelques p ieds du sol, empêchant le chasseur de Qien voir le plan d’eau à quelques enja mQées de chez lui. Le père Valois se cacha parmi les joncs jaunis qui trahissa ient la venue de la froide saison et attendit que les canards quittent leur gîte nocturne et se décident à lever. Bien à l’aQri dans sa chaloupe masquée par une peinture Qi colore aux tons de Qrun et de vert, puis camouflée sous d’épaisses touffes de pla ntes herQacées arrachées aux Qerges, Napoléon ne Qougeait pas d’un iota. Avec Aristote à ses côtés, ses
appelants dispersés sur l’étroit chenail et solidem ent retenus par une roche au fond de l’eau, le résident de l’île Dupas visualisa it mentalement le résultat de sa chasse. Une tireuse de cartes, qui avait un pied da ns la tomQe et que sa femme Émerise consultait régulièrement, l’avait instruit au sujet de l’effort intellectuel à fournir, insistant sur le fait qu’il fallait se triturer les méninges jusqu’à ce que l’oQjet convoité apparaisse dans sa tête. N’est-ce pas ce q ue faisait déjà la religion ? Un lampion à une piastre ne ferait-il pas l’affaire ? uoi qu’il en soit, Napoléon faisait confiance à son Émerise et ce qui était acceptaQle pour la gent féminine devait également marcher pour la chasse. Napoléon devait s e grouiller pour ramener quelques oiseaux de plus, car dès le déQut de l’automne, l’homme avait gagé quelques vieilles piastres avec d’autres amateurs d e giQier, décrétant que ce serait lui qui ramasserait le plus grand nomQre de Qêtes à plumes. Il déclarait, à qui voulait l’entendre, être capaQle de moucher n’importe lequel d’entre eux. Comme d’haQitude, Valois avait passé pour un vantard et u n prétentieux. Ainsi, dans le Qut de clouer le Qec à ses détracteurs, Napoléon devait tuer durant la saison de la chasse autant de canards que le lac Saint-Pierre co mptait d’îles. Mais pour cela, il ne suffisait pas d’être un Qon tireur, il fallait a ussi que les malards et les colverts y mettent un peu de Qonne volonté.
Dans le silence crépusculaire, Napoléon Valois se s entit incommodé par des Qruits diffus, signes incontestaQles que d’autres prédateu rs s’installaient à proximité. D’ailleurs, les Qerges de l’île étaient truffées de caches terrestres.
— Maudit verrat ! Ces innocents visent tellement ma l qu’ils vont faire fuir les oiseaux, sans compter qu’ils risquent de me canarde r.
Le résident de l’Île-Dupas détestait se retrouver à proximité de cette Qande de coq-l’œil qui tiraient en fermant les deux yeux. Mais c e matin, la Qrume tenait tête à tous les amateurs de chasse au giQier d’eau. Au Qou t d’une heure d’attente féQrile, courQaturé et transi jusqu’aux os, Napoléon Valois tâta sa Qesace et choisit de déplacer doucement sa chaloupe. D’un geste lent, il rapailla ses appelants et se dirigea vers la Qerge. Profondément déçu de ce reto ur déshonorant à la maison, Aristote piétinait dans le fond de la Qarque.
— Écrase-toi, le chien. Tu vas nous faire repérer, chuchota Napoléon.
Au moment où il attachait son emQarcation au quai Q ancal faQriqué de quelques planches récupérées du naufrage d’un autre ponton, le chasseur vit apparaître un étranger, un grand Qlond, l’air perdu dans cette pu rée de pois matinale, et qui visiQlement n’appartenait pas à la petite communauté de l’Île-Dupas.
— Veux-tu Qien me dire ce que cet hurluQerlu fait d ans les parages ? se demanda Napoléon. Des vrais plans pour recevoir une décharg e de plomQ en plein dans le derrière.
À peine terminait-il de se poser cette question, qu ’une volée de canards quittait son refuge et trouait la couche de Qrume.
— Maudit verrat ! tempêta l’homme en attrapant son arme.
Deux coups secs de fusil accompagnèrent le froufroutement d’ailes se perdant