L'homme Falsifié

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128 pages
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Description

Trois jeunes vivent les derniers moments de leur adolescence, avant d'entamer des parcours différents. Les thèmes de l'examen qu'ils viennent de passer alimentent la conversation sur leurs perspectives d'avenir. " Vivre intensément sa brève éternité ", pour elle, construire son " bonheur au sein de la cité ", pour lui, la violence présente autant dans l'Histoire que dans le monde actuel pourra-t-elle disparaître un jour, pour le narrateur ?

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Publié par
Date de parution 01 janvier 1998
Nombre de lectures 33
EAN13 9782296368446
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0062€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Collection ECRITURES
dirigée par Maguy Albet L'Homme Falsifié
Chronique pour un refus © L'Harmattan, 1998
5-7, rue de l'École-Polytechnique
75005 Paris — France
L'Harmattan, Inc.
55, rue Saint-Jacques, Montréal (Qc)
Canada H2Y 1 K9
L'Harmattan, Italia s.r.l.
Via Bava 37
10124 Torino
ISBN : 2-7384-6868-3 Azeddine DAHMOUNE
L'Homme Falsifié
Chronique pour un refus
L'Harmattan Du même auteur
L'homme seul - Fragments L'Harmattan - 1997
Illustration de couverture : Catherine Olivier - Avril 1998 Là où vous voyez des choses idéales,
moi je vois... des choses humaines,
hélas ! trop humaines.
Nietzsche - Humain, trop humain Chapitre 1
Un "bac" et déjà presque rien Il est quatre heures de l'après midi et rien n'indique que le
soleil est en pleine phase de déclin. Comme à l'ordinaire, il règne
et sa splendide lumière est amplement magnifiée par l'absence
de la moindre esquisse de nuage. Sans peiner le moins du monde,
ses rayons traversent de part en part les feuilles du chêne. On
aurait dit qu'il voulait davantage signifier à l'arbre aux branches
longues et amples, pourtant majestueux de grandeur, la vanité
qu'il y aurait à résister. Manifestement, le soleil est aujourd'hui
dans des dispositions arrogantes. Comme toujours en pareil cas,
tout semble lui appartenir, la terre entière. A titre de vénération,
même le ciel a revêtu son bleu-léger, celui qui confine à la
dévotion totale. En coulant des murs dont elles s'éloignent si peu, les
ombres juste visibles paraissent transparentes. Une luminosité
sans faille imprègne le moindre repli du sol, sur lequel vient
lentement atterrir un oiseau semblable à un corbeau qui s'est vite
dirigé vers la chute du mur du bâtiment, comme pour s'y abriter, à
la recherche de fraîcheur, même sous la forme d'une illusion. Et
partout le même sentiment de lenteur écrase le décor, enveloppé
de silence, noyé par la chaleur qui se déverse des cieux en une
lourde et interminable coulée. Dans la partie ultime de
l'aprèsmidi, la venue du soir paraît compromise, tant son approche
semble hésiter, à guetter la faille pour s'y engouffrer, comme craintive
et fortement intimidée.
Avant de pénétrer dans le bar distant de quelques pas de
l'arrêt du bus, j'ai effectué un demi-tour pour observer, de l'autre
1 1 côté de l'avenue, les façades de la boulangerie et de l'épicerie.
Impavides avec leur pourtour plaqué au mur du bâtiment, les
fermetures métalliques des deux commerces supportent
stoïquement leurs blessures. Dimanche dernier, elles ont été fortement
ébranlées. Alors que nous étions réunis en petite bande à
proximité, une grenade lancée d'une voiture avait explosé, au moment
où personne ne s'y attendait. Notre frayeur fin telle que nous
nous étions précipités, en une fuite éperdue, vers l'entrée du
lycée, le refuge. Dans le sens opposé, deux femmes, suivies de
quelques enfants, avaient couru en hurlant vers des maisons à
peine éloignées, situées sur chaque versant d'un étroit sentier. En
une fraction de seconde, la place s'était vidée, laissant toute
latitude au soleil pour s'accaparer encore plus les lieux et l'instant.
La marée de lumière inondait avec violence les fermetures
métalliques qui exposent ostensiblement les traces de l'explosion.
Des égratignures longilignes et des trous irréguliers, dont deux
particulièrement profonds, derrière lesquels se tient, tapie, une
mystérieuse pénombre. La couleur sombre des deux trous
immenses ressort nettement sur le gris sale de l'acier tordu par
endroits par la forte déflagration. Au dessus, le bout d'un néon,
coupé en deux, se balance, de la gauche vers la droite ou
inversement, pareil au pendule d'une horloge qui rythme la fuite
inexorable du temps. Des lettres ont explosé, réduites en fines miettes
de verre, et l'inscription "Boulangerie" est devenue, comme d'une
façon prémonitoire, "Bou.... erie"
Le spectacle évoque une fracture, à l'image de celle qui,
lentement mais inéluctablement, a fini par séparer de façon nette
les communautés de l'Algérie. Deux communautés qui s'alignaient
en vérité, mitoyennes, plutôt côte-à-côte, juxtaposées comme
les lettres du néon qu'aucun courant ne relie, absentes l'une à
l'autre, blessées. Loin de les mener vers un quelconque avenir
commun, les rêves et les espoirs de l'une et de l'autre,
fondamentalement divergents, les dirigent, au contraire, vers des
destinées différentes, déjà tracées sur les sentiers étroits de l'ab-
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