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125 pages
Français

L'homme qui mit fin à ses jours pendant "Chantons sous la pluie"

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Description

Le monde de Jean Larriaga massacre le sérieux de l'existence et défie la pesanteur à laquelle nous sommes soumis. "Chantons sous la pluie" est la poutre porteuse de la première des douze nouvelles ici éditées, qui associe la formidable gaieté de ce classique de l'écran à un suicide.

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Date de parution 19 décembre 2019
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EAN13 9782140138324
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Dessin de couverture : © J.J. Sempé
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Jean Larriaga
L’HOMME QUI MIT FIN À SES JOURS PENDANT CHANTONS SOUS LA PLUIE Et autres cocasseries
Préface de Gilles Costaz
Remerciements à J.-J. Sempé, Martine Gossieux et Gilles Costaz pour leur aide précieuse. © L’Harmattan, 2019 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-18559-0 EAN : 9782343185590
Jean Larriaga
L’homme qui mit fin à ses jours pendantChantons sous la pluie
Et autres cocasseries
Préface de Gilles Costaz
Du même auteur À l’avant scène L’Extra Rue de la paix encore sous le choc Editions des Quatres-vents Les héros sont récurrents Editions Crater Yul Limite Editions Arte et Comédie 5 sketches à jouer à deux Voisinage Nouveaux voisinage Craquements de couples Un grain de passage Editions Alna Bobby s’eloigne A.B.S. Editions Fin de Manif Courtes pieces Editions L’œil du Prince En suivant le guide (Festival d’auteurs) L’Harmattan La nacelle ou « Une bouffée d’hydrogène » Morceaux choisis Il était une voix. « Quand un imitateur est possédé par Fernandel… » Ceux du périmètre FIP et moi. « Chroniques d’un écouteur » Ils inventèrent l’été Mockeddem Le Fils de la maison Editions Librairie Théâtrale Un vertige
Vivre est une grande histoire à écrire Chaque jour épreuves, joies, souffrances, bonheurs, notre difficulté à toutes et tous est de garder l’équilibre. Peut-être que la sagesse, si l’on y parvient est une récompense Essayons jusqu’au bout.
Jean Larriaga
PRÉFACE
Au-delà de l’humour Un cinéaste peut cacher un écrivain. Pour beaucoup, Jean Larrriaga est d’abord un réalisateur qui a compté dans l’histoire du septième art français et de la télévision au temps des Buttes-Chaumont. Il est aussi un auteur de théâtre dont plusieurs pièces ont été jouées avec succès et beaucoup de textes dramatiques ont été diffusés à la radio et publiées. Mais l’écrivain, au senslittéraire le plus fort, est sans doute resté dans l’ombre, bien que les frontières entre les genres soient artificielles et qu’il y ait par exemple, une forte patte d’auteur romanesque dans la dernière pièce jouée,Un vertige,qu’avaient mise en scène Robert Poudérou et Victor Haïm. Cependant, après la mort de Larriaga, disparu en 2016, à l’âge de 72 ans, des inédits apparaissent, grâce à sa veuve, Laura Minnelli. Et les voici: douze nouvelles réunies sous le titre deChantonsL’Homme qui mit fin à ses jours pendant « sous la pluie ».Quelles grandes joies que ces textes qui jouent avec la réalité pour la décaler, la mettre en cause, l’embellir, la
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briser, la déformer et la transfigurer, et nous font penser à la formule de « la traversée du miroir » de Lewis Carroll ! Avec Larriaga on n’est pourtant pas dans un au-delà fantastique d’une folie enfantine, mais on franchit souvent les barrières de la logique. La vie se dérègle pour emprunter d’autres voies que ce qui est normal et les personnages sont saisis, malgré eux ou au fond d’eux-mêmes, par un vertige (le titre de cette très belle pièce,Le Vertige, nous revient et ce n’est pas un hasard qu’une sensation de gouffre, de suspension au bord de l’inconnu intervienne souvent dans ces récits ; c’est l’un des thèmes de cet écrivain). Le vertige mène tantôt à la chute, tantôt au rétablissement heureux. Traversé d’angoisses profondes, Larriaga n’en est pas moins un auteur qui aime rire, goûte le burlesque, prend plaisir à s’amuser en amusant. Il a écrit de nombreuses comédies ; son monde personnel est plein de références cinématographiques où l’on massacre le sérieux de l’existence et l’on danse pour défier la pesanteur à laquelle nous sommes soumis – à commencer par Chantons sous la pluieStanley Donen et Gene Kelly, de qui est la poutre porteuse du premier texte de ce volume. Mais cette première nouvelle associe la formidable gaieté de ce classique de l’écran à un suicide. Toute la dualité de l’auteur Jean Larriaga est là : humour d’une ébouriffante malice, noirceur d’un artiste qui nous rappelle que l’échec, la solitude, le malheur ou la mort sont souvent là, tapis, au premier tournant. Larriaga est un auteur de l’au-delà de l’humour. Dans la nouvelle intitulée « Vanne »,un homme assassine systématiquement les amuseurs à la sortie des music-halls (ce qui est du bon humour aux dépens du mauvais humour ; Larriaga se moque de la marée deone
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man shows peu ou prou comiques qui ont envahi nos scènes). Dans « Foyers variables », le texte le plus « fantastique » du recueil, de vieilles lunettes permettent à celui qui les utilise d’aller au-delà de la vision normale et de « voir plus loin que les yeux ». Dans « La vente forcée »,une femme obligée de se séparer de ses bijoux rencontre un étrange acheteur qui la sortira de la misère. Dans « Cézanne, ouvre-toi », les tableaux d’une exposition de Cézanne parlent et décrivent les visiteurs, sans aménité... On ne résumera pas tous les textes mais ces exemples révèlent combien la fantaisie de Larriaga passe d’un pôle à l’autre, le joyeux et le tragique, et que son rire – celui qui s’empare de nous quand on le lit – est une manière de jouer avec une forte mélancolie et un regard, satirique, déçu, tendre quand même, porté sur l’humanité. Larriaga nous semble de la famille des Marcel Aymé, Dino Buzzati, Robert Benchley, de ces écrivains qui changent les données de la vie pour la rendre plus vraie dans sa beauté comme dans ses ridicules. Pour eux, il n’y a d’enchantement qu’en passant par le désenchantement. Dans les films au comique acide et dans la pulsion du jazz et de certaines musiques modernes, Larriaga a trouvé également un univers qui a nourri l’inspiration qu’il avait en lui. Les écrits de Jean Larriaga sont aussi un retour, un hommage à la puissance de la fiction. Au détour de l’un de ses textes, Larriaga raille « l’autofiction éhontée, ce cancer du manque d’imagination généralisé ». L’attaque est franche, et réjouissante. La littérature ne consiste pas à rédiger son journal de bord et à conter platement les avatars de sa vie intime. Écrire, c’est, bien évidemment, passer à l’étage au-dessus de la photocopie des banalités. Chez Larriaga, son monde professionnel – le cinéma,
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l’édition, le théâtre – apparaît en toile de fond ou en petits éclats. Mais l’invention est sans cesse à l’œuvre. Dans chacune de ces histoires, la conclusion est une bascule mise au point par un grand imaginatif. Gilles Costaz
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