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L'honneur de Sartine : N°9

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450 pages

Description

1780, la France en guerre aux côtés des Insurgents américains peine à financer les opérations maritimes contre l’Angleterre. Alors qu’il affronte la colère du peuple au cimetière des Innocents où les cadavres croulent dans les maisons, Nicolas Le Floch est appelé pour enquêter sur la mort suspecte d’un ancien contrôleur général de la marine. 
Que dissimule cet apparent accident domestique ? Quels secrets divisent la famille de Ravillois ? Qu’a-t-on dérobé dans la chambre du défunt où se rencontrent tant d’étranges indices ? Pourquoi de précieux vases chinois disparaissent-ils? Que redoutent le roi, Sartine et Necker pour s’intéresser autant à l’affaire ? Dans cet imbroglio, quels rôles jouent financiers, traitants et l’ennemi anglais ?
 De Versailles aux Porcherons, de la basse-geôle aux hôtels particuliers du nouveau Paris, le commissaire des Lumières et ses amis, anciens et nouveaux, se mettront en chasse, affrontant les embûches d’un dangereux adversaire aux multiples apparences avant un dénouement surprenant. Face aux périls, aux cabales et aux menaces de défaveur, cette neuvième enquête sera aussi l’occasion pour Nicolas Le Floch, acteur et témoin du siècle, d’un poignant retour sur lui-même.

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Date de parution 13 octobre 2010
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EAN13 9782709636032
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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À Pascale Arizmendi et Miquèl Ruquet
Liste des personnages
NICOLASLEFLOCH: commissaire de police au Châtelet LOUISDERANREUIL: son fils, page de la Grande Écurie AIMÉDENOBLECOURT: ancien procureur
MARION: sa cuisinière
POITEVIN: son valet
CATHERINEGAUSS: sa cuisinière
PIERREBOURDEAU: inspecteur de police
PÈREMARIE: huissier au Châtelet
TIREPOT: mouche
RABOUINE: mouche
GUILLAUMESEMACGUS: chirurgien de marine
AWA: sa cuisinière
CHARLESHENRISANSON: bourreau de Paris
NAGANDA: chef micmac
LAPAULET: tenancière de maison galante et devineresse
SARTINE: secrétaire d’État, ministre de la Marine
LENOIR: lieutenant général de police
AMIRALD’ARRANET: lieutenant général des armées navales
AIMÉED’ARRANET: sa fille
TRIBORD: leur majordome
LABORDE: fermier général, ancien premier valet de chambre du roi
THIERRYDEVILLED’AVRAY: son successeur
NECKER: directeur général des finances
SAINTE-JAMES: trésorier général des colonies
JACQUESBOUGARDDERAVILLOIS: fermier général
SOPHIEBOUGARD: sa mère veuve CHARLOTTEDERAVILLOIS: sa femme ARMANDBOUGARDDERAVILLOIS: son fils aîné
CHARLESBOUGARDDERAVILLOIS: son fils cadet
RICHARDMELOT: son commis M. EDMEDECHAMBERLIN: ancien contrôleur général de la Marine, oncle de Charlotte TIBURCEMAURAS: son valet de chambre
LALOFAQUE: fille galante, protégée de ce dernier
JACQUESMEULIÈRE: garçon tabletier, son amant
MAÎTREGONDRILLARD: notaire
ANDRÉPATAY: commis à la Trésorerie générale de la Marine
COMTEDEBESENVAL: colonel des gardes suisses
MADAMELOUISE: fille de Louis XV, mère Thérèse de Saint-Augustin, prieure du carmel de Saint-Denis
SÉBASTIENMERCIER: écrivain
BAPTISTEGREMILLON: sergent à la compagnie du guet
M.DEGÉVIGLAND: médecin
M. RODOLLET: écrivain public
Paris, lundi 5 juin 1780
Prologue
« Quel mortel reste juste s’il ne redoute rien ? »
Aschyle
La sourde rumeur du souper montait jusqu’à lui. Parfois, malgré sa mauvaise oreille et ses ourdonnements, il percevait le tintement des cristaux et les éclats de rire. Il soupira. Encore une de ces soirées dispendieuses qu’affectionnait son neveu. Il réprouvait ces réunions de sociétés mêlées. Avant que sa santé ne se détériore, il y avait pris part davantage par curiosité que par goût. Il en avait été puni par le scandale ressenti. La vie se chargerait-elle de mettre du plom dans cette tête légère ? Ce n’était pas faute d’avoir sermonné, d’avoir répété à satiété que l’opulence d’une famille ne s’édifiait pas en un jour. Volonté, rigueur, prudence et modestie avaient longtemps présidé à l’irrésistile montée de la leur. Enfin… La leur ? C’était de la sienne qu’il parlait. Ce neveu ne l’était que par alliance, le fâcheux résultat d’un marché qu’alors il avait condamné.
À l’époque, par une de ces clairvoyances particulières qui sont quelquefois départies par le destin, il avait déchiffré dans cet événement une sorte de mésalliance, un alliage de métaux disparates. Oh ! Certes sa nièce ne possédait rien qui pût aimalement attirer, sinon sa onté et sa douceur, qualités qui pesaient peu dans le siècle. Il la tenait en affection, elle demeurait dans le tendre d’un cœur que la vie avait desséché. Il la considérait comme sa fille. À y ien réfléchir, elle avait été vendue, ou plutôt offerte en gage d’un traité dans lequel seuls les intérêts des parties en présence importaient. Comment en était-on arrivé là ! La faillite, puis la suppression, de la Compagnie des Indes avaient contraint Gaspard de Ravillois, son eau-frère, le père de Charlotte, à de cruels ajustements. Sans réussir à sauver sa fortune, il avait pourtant tenu à honneur de remourser tous ceux qui lui avaient confié des fonds. Charlotte avait été sacrifiée sur le temple de la vertu. Sans dot, elle avait apporté le nom d’une famille ancienne que l’événement n’avait pas fait démériter, ien au contraire. En y songeant, il en éprouvait encore une sorte de fureur. Il y décelait un acte honteux, une trahison.
De cette union deux fils étaient nés qui assuraient la pérennité mâle des Bougard, désormais Bougard de Ravillois. Qu’il fût porté par un fermier général n’anolissait pas pour autant un patronyme qui sentait sa roture d’une lieue. Sa rancune l’égarait, il ouliait l’origine lointaine des Chamerlin, sa propre ranche. Il en était ainsi de nomre de familles de roe et de finance. C’était l’honneur, la manière de se comporter et la modestie d’un rang qui insensilement faisaient coïncider la nolesse des charges et des offices, cessavonnettes à vilain, avec la qualité des cœurs et des talents. Il eut un sourire amer ; il y fallait eaucoup de volonté… et d’honnêteté.
Avait-il, lui-même, toujours oservé ces règles qu’il eût aimé voir révérer par son neveu ? Nul n’était parfait et à l’âge auquel il était parvenu et dans son état, rien ne servait de se leurrer. Quelques somres épisodes déparaient une vie en apparence lisse aux yeux du monde. Longtemps il avait tenté de les oulier ou de les justifier de onnes raisons, en vain. Un craquement le fit sursauter. Encore ces parquets qui travaillaient sans cesse, comme aussi les oiseries. Pourtant cela semlait ien proche… Toujours cette mauvaise oreille ! L’hôtel de Bougard sentait encore le neuf, comme son maître parvenu ! On œuvrait trop vite aujourd’hui dans ces fauourgs nouveaux sans laisser aux artisans le temps de peaufiner les choses. Toute la maison semlait soucieuse de prendre ses aises en étirant ses articulations. Il eût
aimé en faire autant.
Il sentait monter cette oppression, cette douleur insistante, qui se répétait trop souvent. Allons, il ferait mieux de cesser de réfléchir. Il avait noté cette tendance à la rumination des pensées, marque sans doute de sa décrépitude. Les craquements se multipliaient. Ah ! Ce ois trop jeune. Et dire qu’il avait eu la failesse d’apporter des fonds à cette folie sous le fallacieux prétexte qu’il serait accueilli en famille ! Il avait cédé à sa nièce et loué sa maison sur l’île de la Cité. Comien il la regrettait ; ce changement l’avait achevé ! Folie était ien le mot. Un instant il s’amusa du doule sens du mot. Dans son esprit il s’agissait de démesure, de celle dont les dieux affligeaient les humains qu’ils voulaient perdre. Amer, il ricana. Il n’aurait plus manqué que son neveu en vînt à s’enticher de ces constructions fastueuses dont le comte d’Artois avait offert l’exemple à Bagatelle, où son voisin Sainte-James âtissait à son tour, à grands frais, demeure, jardins et fariques et même un gigantesque rocher. Pour le coup Bougard s’était limité à un hôtel particulier, encore ien trop opulent… De nouveau il respirait avec peine. En as on paraissait s’amuser ferme.
Il songea soudain à ses petits-neveux. Armand, l’aîné, suivait les traces de son père. Fiancé à une fille de onne nolesse, il continuait à mener une vie de roué. Se reprendrait-il en main ? N’était-ce que gourme jetée au vent ? C’était douteux, l’animal était vicieux. Enfin, il allait le serrer comme une proie… Et plutôt deux fois qu’une. Charles, le cadet à peine sorti de la prime enfance, tenait de sa mère et surprenait déjà par son sérieux. On était en droit de faire fond sur ses qualités. Son cœur saignait en pensant à cet enfant charmant, adoré en secret par sa mère, mais souffre-douleur du reste de la famille, et cela pour des raisons qu’il n’avait jamais réussi à démêler. Bien sûr une hanche déformée qui le faisait oiter lui était portée à tort, mais enfin était-ce une raison ?… Son père demeurait indifférent, mais ne lui passait rien… Son frère le méprisait ouvertement. En utte à la vindicte quotidienne de sa grand-mère, souvent il se réfugiait chez lui, son parrain, où personne ne se serait hasardé à le quérir. De longues heures il lisait, assis sur un carreau contre le grand fauteuil du vieillard, le fixant parfois de ses grands yeux noirs empreints de mélancolie. Il soupira ; il ne verrait pas l’avenir. Il allait mourir, et ientôt. Il le savait en dépit des paroles rassurantes de M. de Gévigland, son médecin. Ses accès d’étouffement se multipliaient. Il songea derechef au mariage de sa nièce. Des fonds contre un nom ! Une infamie que son frère, pris au piège, n’avait su ni pu éviter. Lui, on ne l’avait pas même consulté, connaissant à l’avance les arguments qu’il opposerait au traité. Maintenant il se reprochait de n’avoir point tout entrepris pour sauver de la déâcle un frère chéri. Il en avait pourtant les moyens. Ses remords ne répareraient rien. Sur le moment, il avait estimé ne pas devoir se mêler d’un mariage arrangé, comme il y en avait tant, qui finirait par construire tant ien que mal une union acceptale. Plus tard son frère et sa elle-sœur avaient péri des fièvres de retour des Indes, après avoir reconstitué leur fortune au service d’un radjah.
Certes, au déut de cette union, Jacques Bougard de Ravillois l’avait séduit par l’apparent respect porté à sa femme et par la déférence qu’il manifestait à son propre égard. Mais les échos parvenus jusqu’à lui des frasques du personnage et les demandes de plus en plus pressantes d’aide financière, qui avaient suivi, l’avaient rapidement désausé. Au déut il avait cédé. La vieille Bougard, cette gaupe, pressait son fils dans le sens d’une avide rapacité. Non contente de cette conduite indigne, elle exerçait sur sa ru une cruelle sujétion et se plaisait sans relâche à martyriser son petit-fils.
L’affection du vieil homme s’était reportée sur Charlotte, sa seule parente, désormais riche à millions. Hélas ! En un éclair, le goujat, arguant rutalement de sa mise en fonds initiale, avait fondu sur sa proie. Au pharaon, aux courses cette nouvelle mode insensée, avec les filles ou en achats somptuaires, le mari avait dilapidé ce pactole dont ne susistaient que quelques
pierres précieuses. Un soir, il avait, quasiment de force, arraché ces joyaux à l’épouse éplorée. Longtemps après, il les avait secrètement confiés à son petit-neveu qui avait écouté ses instructions, son conseil de les dissimuler au mitan de ses jouets, avec ses illes par exemple. En outre, il lui avait remis un papier dont lui-même souhaitait ignorer l’endroit où Charles le dissimulerait. Mille recommandations avaient suivi sur son importance, et de n’en user que dans un péril extrême. Il s’en remettait à sa sagesse et à son on sens pour déterminer à qui il pourrait faire confiance. Encore faudrait-il que le destin s’en mêle… Il éprouva une ultime jouissance du on tour qu’il faisait. À ien y réfléchir cette incertitude lui plaisait. L’enfant, les yeux dans ceux de son parrain, avait juré.
Le samedi, après avoir pris sa résolution, il avait dépêché Tiurce, son vieux valet, dûment prévenu de l’importance de sa mission, porter un pli convoquant mardi, à trois heures de relevée, maître Gondrillard, son notaire. Il avait décidé, c’était devenu une idée fixe, de modifier ses dernières volontés et de refaire son premier testament étali au énéfice de sa nièce. Le texte manuscrit en était prêt et même signé. Il jugeait désormais Charlotte sous influence, aveuglée par une onté qui tournait à la êtise, ignorant être trompée et s’en 1 remettant à son mari pour toutes choses. Elle ne saurait défendre son hoirie . Il ne s’en était ouvert à quiconque ; Tiurce devait s’en douter, mais c’était un autre lui-même. La totalité de son ien, plus imposant que ses proches ne le supposaient, irait à son petit-neveu Charles. Toutefois l’enfant étant encore trop jeune pour gérer une telle fortune, il entendait confirmer un exécuteur testamentaire qui écarterait les convoitises prévisiles autant que de esoin. Jadis, son choix avait été longuement médité et il n’y avait aucune raison de le modifier. Certes, personne ne régnait sur l’avenir, mais… Il chassa une pensée importune. Avec peine il se leva et gagna la grande tale de chêne pour écrire un court message avec un nom dont il fit un doule qu’il dissimula dans le tiroir secret de l’un des deux cainets d’Augsourg qui lui venaient de son isaïeul. Il posa l’original sur la talette de la cheminée à côté du nouveau testament. Il étouffa les chandelles d’un flameau, puis épuisé par l’effort, le souffle court mais satisfait de toutes ces précautions, il regagna sa couche. Au out d’un moment, il se sentit mieux et décida de demander sa tisane. Il n’était pas assuré qu’elle lui ouvrirait les portes du sommeil, mais s’il ne la prenait pas il était sûr du contraire. Dans l’oscurité à peine dissipée par la lueur d’une veilleuse, il chercha le cordon de la sonnette. Il avait tenu, en dépit des vives protestations de la vieille Bougard, à conserver ce lit à aldaquin dans lequel il était né. On ne pouvait passer outre à sa volonté. Sans son aide, son neveu le savait ien, l’hôtel en serait resté aux fondations. Il tâtonna, n’y voyant presque plus. Il parvint à saisir le cordon le long des courtines. Les forces lui manquaient. Il s’y cramponna. Il lui semlait qu’un ostacle s’opposait à ses efforts. Il se retourna sur lui-même pour tirer avec la force de tout son corps affaili. Diale ! pensait-il, le cordon est el et ien coincé. Parfois la femme de chamre qui assurait le ménage de ses appartements accrochait le lien à l’une des colonnes tourneoulées du lit. Essoufflé, il redoula ses tentatives. Une sorte de poudre toma sur son visage, il éternua en s’étranglant. Dans un dernier craquement, le ciel de lit chut, les courtines entraînées par le lourd châssis se plaquèrent sur son visage sans qu’il parvienne à les soulever. Son cœur lui faisait mal, il étouffait. Enfin, après quelques souresauts, sa main crispée se détendit alors qu’en as la fête attait son plein.
1Hoirie: héritage.
Mardi 6 juin 1780
I DANSE MACABRE
« C’étaient trois morts de vers mangés Laids et défigurés de corps. »
Baudouin de Condé
Qu’on vînt d’aussi bon matin le chercher en tout hâte de la part du lieutenant général de police marquait la gravité de l’affaire qui justifiait ce traitement. Et de surcroît le carrosse de M. Le Noir ! Peste ! Voilà qui changeait de la routine et de la monotonie des semaines précédentes. Sûreté de la famille royale, traque habituelle et vaine des libelles dont le nombre ne faisait que croître, surveillance des étrangers et poursuites contre les menées des espions anglais, avaient également partagé son temps. Il est vrai qu’il sortait d’une enquête qui avait défrayé la longue séquelle des services ordinaires.
Depuis 1778, un étranger, jeune encore qu’on ignorât son âge réel, alimentait les conjectures. À la ville et à la cour, il était l’objet de toutes les conversations. Pour les uns, c’était un intrigant, laissant volontairement planer le doute sur ses origines illustres, pour les autres un bâtard d’un comte de Paradès, grand d’Espagne mort au service de la France. Il avait surgi à Versailles et, on ne savait par quel entregent, était entré dans la confiance de Sartine. Chargé de recueillir des informations concernant les mouvements des ports, il s’était rendu à plusieurs reprises en Angleterre et en Irlande. Depuis il bataillait dans les conseils de guerre, soutenant l’idée d’une descente sur Plymouth présenté comme le port le plus vulnérable à une attaque française.
Pour confiant qu’il fût dans la rectitude du personnage à qui il avait confié des sommes considérables au détriment du budget de son département, le ministre, méfiant par nature, avait, malgré cet enthousiasme, chargé Nicolas d’enquêter secrètement sur le héros du jour. Par les voies détournées, en fait des navires de commerce hollandais, Nicolas maintenait ses 1 contacts avec Antoinette dont la mission essentielle était de renseigner Sartine sur les mouvements de la croisière anglaise. Ce qui transpira de son enquête ne laissa pas d’inquiéter le roi à qui ces informations navales étaient portées chaque semaine par son premier valet de chambre et homme de confiance. Une conférence dans son cabinet réunit Sartine, Nicolas et Thierry de Ville d’Avray.
À leur grande surprise et bientôt inquiétude, il apparut que les renseignements fournis par le comte de Paradès ne correspondaient d’aucune manière à ceux procurés par la vaillante Antoinette. Elle en fut dûment informée et, bien placée auprès de lord Aschbury, chef des services anglais, finit par découvrir que l’intéressé jouait double jeu dans l’unique sens des intérêts ennemis dont il était l’instrument docile chargé d’engager les Français dans des voies erronées et périlleuses pour leurs armées.
La révélation fut amère et malaisée à avaler. Non seulement l’homme bénéficiait de l’appui de Sartine, mais il venait d’être nommé colonel, avait été présenté au roi et montait dans les voitures de la cour. Il avait captivé à tel point le comte d’Aranda, ambassadeur d’Espagne, que celui-ci ne jurait que par lui et envisageait de le pousser à la grandesse. S’entretenant avec le prince de Croÿ, connu au chevet de Louis XV à l’agonie, Nicolas avait été édifié de son enthousiasme pour l’intrigant. Paradès, disait-il, avait du charme, s’exprimait avec modestie et netteté. Un panégyrique en règle avait suivi surun homme extraordinaire qui excitait la plus