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L'Île Bleue

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Français
185 pages

Description

Ne cherchez pas l'Île Bleue sur la carte d'Indre-et-Loire. Ni même la stèle dédiée à Bertrand Carré... J'y suis retourné juste avant cette réédition. Rien. Il n'en restait rien.
Nous avions quatorze, quinze ans. Notre royaume, c'était l'Île Bleue, mystique univers et secret terrain de jeu où l'imagination nous emportait hors de nous-mêmes. Jusqu'à ce matin lumineux de juin 40 où en un instant, nous sommes entrés dans l'adolescence en basculant dans une vraie guerre, tels que nous étions, jouant pour de bon.
Trois panzers, surgis du bois, de l'autre côté de la rivière, venaient de stopper en avant du pont. Bertrand jubilait. Maïté irradiait. Debout hors de sa tourelle, tranquille, presque souriant, comme en vacances, un lieutenant allemand qui n'avait pas vingt ans nous observait à la jumelle...
Et le vent des fantasmes s'est levé ! L'amour, l'honneur, l'orgueil... Le clan, le royaume, le territoire... Le mystère de la vie, de la mort... L'insolence de l'âme et du coeur, le théâtre des grands sentiments, la dévotion charnelle, la beauté... Et la peur, le désespoir, les rêves en miettes, la réalité, le destin...
Ainsi voulions-nous être, les adolescents de ce temps, ou tout au moins l'avons-nous cru.
Jean Raspail.
5 juillet 2016





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Informations

Publié par
Date de parution 25 août 2016
Nombre de lectures 2
EAN13 9782221158821
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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« Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre, est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la Propriété Intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales. »
© Éditions Robert Laffont, S.A., Paris, 1988, 2016
EAN 978-2-221-15882-1
Ce document numérique a été réalisé parNord Compo.
Suivez toute l’actualité des Éditions Robert Laffont sur www.laffont.fr
À Maïté
n mois de lit, puis de convalescence pendant laquelle j’avais à peine la force de me déplacer entre les quatre murs de ma chambre, et le curieux bonheur d’un détachement total… Les voix de mes visiteurs me parvenaient comme filtrées par des épaisseurs de brouillard et ce qu’elles me disaient n’éveillait en moi aucun intérêt. Les livres, les journaux, s’amoncelaient en piles sur ma table après m’être tombés des mains au premier effort de lecture. Le transistor restait muet. Aussi n’ai-je point à me demander si certains événements tenant au mouvement des êtres et des idées ont eu quelque influence sur la rédaction de ce récit quarante-sept ans après les faits et sur ma décision de l’entreprendre sitôt ma maîtrise de soi retrouvée. Ils n’en ont eu aucune. Ce récit, au demeurant, m’apparaît intemporel. Il n’y a pas d’autre façon de recevoir l’étrange lumière qui tombe, comme d’une étoile morte, de l’étincelant affrontement de Bertrand Carré et de Frantz. Il semble que j’avais été très malade. Une fièvre de cheval, inexplicable, m’avait tenu assommé pendant quinze jours au fond de mon lit. J’en garde un souvenir émerveillé. Des voix d’abord, claires et nettes, parlant français ou allemand, disaient des choses qui avaient été dites et d’autres qui ne l’avaient peut-être pas été mais s’enchaînaient naturellement dans l’étonnante résurgence des faits, la voix hautaine de Bertrand Carré, celles du lieutenant von Pikkendorff, Frantz, et de ses tankistes vêtus de noir, la voix voluptueusement bête de Suzanne, celle, aristocratique, de Maïté, celles de Pierrot, de Zigomar, et la mienne, ma voix de treize ans, toutes voix d’enfants, d’adolescents, à l’exception des voix allemandes qui étaient des voix de vingt ans, et d’autres en fond de paysage qui provenaient d’un pays en décomposition. Je crois que j’entendais tout avec beaucoup plus d’acuité que quarante-sept ans auparavant, le grincement des chenilles de chars d’assaut sur la route de terre, avant le pont sur la Mulsanne, le chant de l’eau au petit barrage un peu en amont de l’Île Bleue, toute la palette de sons et de voix, de piétinements de chevaux, de crissements de roues de charrette, de klaxons et de moteurs, d’insultes et de protestations aussi de tout un peuple en transhumance sur la route départementale de Loches à La Roche-Posay, mais surtout l’extraordinaire perfection du silence qui avait précédé l’apparition des trois chars du peloton von Pikkendorff, comme si l’ordonnateur de nos destins avait tout gommé alentour pour concentrer son attention sur nous. Prostré, brûlant, immobile, les yeux clos, la tête emplie de visions, inconscient et conscient à la fois, je revivais chaque épisode dans ses moindres détails, pas une fois mais cent fois, un film qui repassait sans cesse, avec des intervalles en surface pour boire le verre d’eau qu’on me tendait, répondre vaguement au médecin, à ma femme, et replonger passionnément dans le tourbillon des souvenirs. À certains moments, c’était une illumination de l’âme quand surgissait, comme d’un révélateur, l’éblouissante beauté de Bertrand Carré, chef-d’œuvre de grâce adolescente, de distinction naturelle, d’autorité