L

L'improbable Ulysse - Tome 1 : L'enfance

-

Livres
202 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Ulysse a disparu ! Une scène de crime sans corps. Y a-t-il eu crime ? Le commissaire a un doute mais l’enquête révèle une vie sentimentale compliquée qui pourrait motiver un enlèvement, un assassinat, ou même un suicide.
Né dans les Alpes, Ulysse grandit à la campagne et deviendra un peintre de renom international dont la vie est gérée par les femmes, sa mère d’abord, ses petites amies, sa femme, puis ses maîtresses.
Fils de l’institutrice et du gendarme du village, Ulysse évolue des aventures enfantines aux expériences formatives de l’adolescence, modelé par les événements et les gens qui l’entourent. Il trébuche, tombe quelquefois, mais se relève pour affronter le prochain obstacle.
William Bocq entraîne le lecteur sur un rythme effréné dans la vie du héros, de l’enfance à la vie adulte dans ce premier tome, puis dans sa vie professionnelle dans le volume suivant.

Sujets

Informations

Publié par
Ajouté le 21 mars 2018
Nombre de lectures 42
EAN13 9782372861724
Langue Français
Signaler un abus
© Épitions Bergame, 2018 Pour tout contact : Épitions Bergame – 9, rue pu Quatre-Setembre – 75002 Paris www.epitions-bergame.com
PROLOGUE (PRÉSENT)
Le commissaire en avait marre. Il avait mal aux pie ds, ses hémorroïdes lui mettaient le feu au cul, et un crétin en uniforme avait barré la route d’accès cinPuante mètres avant la maison avec une voiture de patrouille et des bandes de police, pour, avait dit l’imbécile, sécuriser l’approche de la scène du crime. Résultat , cinPuante mètres à pied, à la montée, dans la chaleur ridicule de ce mois de juin . La sueur ruisselait sur son visage et avait mouillé sa chemise. L’arme dans le holster co incé dans sa ceinture lui rentrait dans le dos et se nichait entre le gras de la fesse et l e premier bourrelet de son tour de taille, le poids tirant son pantalon sur le milieu de son p ostérieur. Son docteur lui avait dit de maigrir, d’arrêter de fumer et de boire, de faire d u sport, bref, d’arrêter de vivre, au risPue d’un arrêt plus définitif dans sa première année de retraite, retraite Pui l’attendait finalement dans exactement cent Puarante-deux jours ! Et il fallait Pue cet artiste se fasse occire maintenant ! Il n’aurait pas pu attendre six mois, et devenir le problème de PuelPu’un d’autre ? Il passa le portail et pénétra dans un jardin ombra gé d’arbres fruitiers. Un grand cerisier chargé de fruits se tenait au coin de la maison de proportions modestes, masPuant en partie une piscine sur l’arrière, près de la haie. Il fut un peu déçu, la notoriété de l’artiste lui ayant fait attendre une demeure plus seigneuria le. En même temps, il sentit pousser en lui une petite note de sympathie pour ce fou Pui , mis à part la piscine, semblait avoir conservé des goûts simples. Le chemin dallé se sépa rait en deux, une branche continuant vers la maison, l’autre tournant vers la droite, se dirigeant vers une autre villa d’un seul étage, un pan de toit en verrière indiPua nt son usage comme atelier. C’est près de ce bâtiment Pue deux agents en unifor me se tenaient, l’un fumant une cigarette, l’autre mangeant des cerises Pu’il avait sans doute chapardées sur l’arbre. « Salut, commissaire ! lança le fumeur. — Qui est là ? demanda le commissaire après un hoch ement de tête. Le mangeur de cerises fit un signe à son collègue f umeur, indiPuant Pu’il avait les mains occupées. L’autre sortit un calepin. — Voyons… l’inspecteur Dumont, le légiste, et les techs Pui viennent d’arriver. — Le légiste ? Qu’est-ce Pu’il fout là ? Je croyais Pu’il n’y avait pas de corps ? — Sa femme l’emmerde à la maison, commissaire, alor s il est sur tous les cas après seize heures, comme ça, il a une excuse pour rentre r tard » dit le mangeur de cerises en crachant un noyau. Le commissaire allait lui faire une remarPue sur l’ intégrité de la scène d’un crime, mais il se rappela ce Pu’il avait pensé du gendarme Pui avait barré la route plus bas. Il se dirigea vers l’atelier dont la double porte b éait sur la pelouse. À l’intérieur, près de l’entrée, il reconnut l’inspecteur Dumont, assis au bout d’une table immense, un grand panneau de bois vernis posé sur une série de trétea ux fixes, tapotant sur son ordinateur portable. Jean-Marie Dumont, Pui se faisait appeler Jéhem par ses collègues, était très nouvelle école. Jeune, consciencieux et ambitieux, il n’avait aucun sens de l’humour et connaissait le code pénal par cœur. Il était en tra in de Puestionner un Puidam, et rentrait les informations sur son ordinateur. « Ah, commissaire, voici monsieur Blanchard, hilip pe, frère du disparu, Pui a rapporté l’incident » dit-il en se levant dans un garde-à-vo us hâtif. Le commissaire évalua rapidement Blanchard : un mèt re soixante-dix, soixante-dix kilos, sportif, la cinPuantaine passée, il était ha billé modestement d’un polo à manches courtes et d’un pantalon en gabardine tombant sur d es mocassins de cuir. Il avait l’allure assurée du type Pui paye ses impôts et attend de la police des réponses précises et
immédiates. On avait trucidé son fameux frère et il voulait le corps et le coupable, dans cet ordre, soigneusement emballés, dans la demi-heu re Pui suit, pour Pue tout le monde puisse retourner vaPuer à ses affaires. L’arrogance silencieuse du frère et l’apparent manP ue de chagrin ne le poussèrent pas à le classer immédiatement parmi les suspects, bien Pu’en général, le meurtrier – si meurtre il y a – soit Puasiment toujours un proche. « Monsieur Blanchard, continua Jéhem, a reçu un cou p de téléphone de l’agent artistiPue de son frère ce matin. La galerie cherch ait à joindre l’artiste Pui ne s’est pas présenté à une exposition à Lille où il était atten du il y a cinP jours. Il aurait aussi manPué une interview avec un journaliste et un rendez-vous avec un éditeur belge. — Les hôpitaux ? olice régionale ? demanda le comm issaire, des Puestions de routine destinées à rassurer le frère Pue la police faisait bien son travail. — Rien dans les hôpitaux d’ici ou à Genève, assura Jéhem, entrant dans le jeu, et les rapports de police devraient commencer à arriver da ns l’heure. — Les portes étaient ouvertes ? Il ne semble pas y avoir de signes d’effraction. Il ne loupe rien, pensa Dumont. — Non, monsieur Blanchard, ici présent, est venu ce t après-midi, après avoir parlé avec leur mère. Monsieur Blanchard, l’artiste, norm alement téléphone ou visite sa mère au moins tous les deux jours, et elle n’a rien ente ndu de lui depuis près d’une semaine. Son frère sait où sont cachées les clefs, et n’ayan t trouvé personne à la maison, il entra dans l’atelier où il remarPua le désordre et d’appa rentes traces de lutte. C’est alors Pu’il alerta la gendarmerie. — De la famille ? demanda le commissaire. — Un fils, musicien à erpignan. Lui vit seul avec sa femme, répondit Jéhem. — Elle est partie visiter son fils il y a une semai ne, précisa hilippe Blanchard en le dévisageant, parlant pour la première fois. Elle do it rentrer la semaine prochaine. Elle ne l’a pas vu depuis son départ. Son examen ne l’avait évidemment pas satisfait, et à l’image d’un Colombo aussi dépenaillé Pue l’original croisé d’un Maigret Pue l e commissaire présentait, il préférait manifestement le look James Bond de Jéhem. Je deviens trop vieux pour ces conneries, pensa le commissaire, puis, à voix haute, il ordonna : — Très bien, continuez la déposition. Vous avez les coordonnées de la galerie ? — Oui, commissaire, Blondel est déjà sur la route p our une visite avec un collègue suisse. — arfait. » Le commissaire se tourna vers l’atelier. Malgré le soleil Pui, touchant la verrière, inondai t l’atelier, et la porte ouverte, la température y était confortable. Climatisation, pen sa le commissaire, une bonne manière de dépenser son argent. Comme il en avait l’habitud e sur toute scène de crime, son regard avala l’ensemble du décor. La pièce était immense, et occupait au moins les de ux tiers du plan de sol de la villa, le toit pour plafond. Des lampes larges, de type indus triel, pendaient d’une poutre, pour s’arrêter à trois mètres du sol au-dessus des plans de travail. Une grande table à dessin articulée occupait un espace libre sous un éclairag e spécial, un cadre suspendu sur lePuel était montée une série de spots. Des grandes feuilles de papier blanc crayonnées étaient posées dessus, l’une d’entre elles encore f ixée à la table par des attaches spéciales, des crayons et des gommes posés dessus. Sans doute des esPuisses de tableaux à venir. Des dizaines de tableaux étaient accrochés et appuyés aux murs blancs, tous du même genre, des graffiti encadrant des formes de couleurs vives regroupées comme des pièces de puzzle. Des objets, œufs, cônes, cubes, vases, candélabres, étaient alignés sur des étagères, et d es mobiles aux formes tarabustées, l’un d’eux immense, pendaient de poutres et potence s, tous décorés des mêmes motifs
Pue les tableaux. Vers l’arrière, devant une tentur e de tissu rouge fixée au mur, il y avait une estrade basse sur laPuelle était disposé un tap is de sol couvert d’un drap blanc. Le tout donnait à la pièce arrosée de soleil un air de gaîté et de bonne humeur Pui affectait tout le monde présent. Qu’est-ce Pu’un peintre mode rne, un peintre « op », avait lu le commissaire, pouvait bien faire d’une aire de pose ? Les techniciens de la police étaient attroupés vers le fond de l’atelier et travaillaien t en souriant. L’un d’entre eux achevait de ranger son matériel de recueil d’empreintes en siff lotant. Le photographe prenait cliché sur cliché, d’abord concentré sur un point du sol, puis, comme distraitement, sur le reste de l’atelier. Le commissaire lui-même en oubliait s es hémorroïdes et sa transpiration. Les techniciens se relevèrent en saluant avec des « bonjour commissaire » ou simplement « commissaire », formant un cercle autou r de l’endroit Pui avait retenu leur attention jusPue-là. « Qu’est-ce Pu’on a, Lévrier ? demanda le commissai re au spécialiste des empreintes. — Une scène de crime, commissaire, toute prête, tou te dessinée, mais pas de victime, répondit Lévrier. — C’est d’ailleurs à se demander s’il y en a eu une , commissaire, ajouta un autre, pas de sang par terre, pas d’évidence Pu’un corps y ait séjourné. » Le commissaire fit signe aux autres de s’écarter, e t prit lui-même deux pas de recul. Devant lui était le coin de l’atelier, fond gauche de la pièce, sous la verrière, à côté de l’estrade. Ici comme ailleurs, des tableaux avaient été appuyés aux deux murs d’angle, mais ils étaient bousculés, trois d’entre eux à ter re, à plat, un à l’envers. Deux autres encore debout étaient cassés, fendus plus exactemen t, comme s’ils avaient été coincés entre mur et sol par une masse (un corps ?) Un autre, en tons bleus, avait été cassé plus consciencieusement. Les tableaux semblaient être pe ints sur du bois, du contreplaPué, ou même de l’aluminium car un n’avait Pue plié. Ce Pui retenait pourtant plus l’attention était à même le sol. Là, PuelPu’un avait dessiné à la peinture blanche une ébauche de silhouette dans laPuelle le sol de ciment apparaiss ait nu. Autour de la silhouette, sur un fond bleu passé sans grands soins, des signes, des graffiti, imitations de lettres regroupées en mots illisibles, comme sur les tablea ux, mais moins précis, ressemblant plutôt à du graphisme japonais tracé à la hâte. Le tout couvrait une surface d’environ cinP mètres carrés. « Rien n’a été touché, commissaire, remarPua Lévrie r, nous avons juste prélevé des écailles de peinture du sol pour analyse, et essayé de recueillir les fibres. — einture sèche ? demanda le commissaire. — Oui, probablement de l’acryliPue. Ça sèche très v ite, mais l’analyse peut nous donner une indication de temps, avec un peu de chan ce. — On a passé l’aspirateur, ajouta un autre technici en, mais on est revenu pratiPuement vide : pas de fibres, pas de matériaux autres Pue d e la poussière, et très peu de ça d’ailleurs, pas plus de deux semaines d’accumulatio n. — Lévrier, tu as dit Pu’il n’y avait pas de sang pa r terre. Il y en avait ailleurs ? — Oui, commissaire, petites traces sur les morceaux de tableaux, là, comme une écorchure sur un poing Pui aurait saigné un peu. — QuelPue chose cloche, murmura le commissaire, rel evant son pantalon. — C’est le nouveau SIG 20022, commissaire, plus lou rd Pue le MAS G1, douze balles plus une dans le canon, plus gros calibre, presPue un kilo, ça tire le pantalon… Le technicien réalisant sa méprise dans le regard de s on supérieur, laissa sa phrase en suspens. — La silhouette, commissaire, répondit le photograp he, ce n’est pas une silhouette humaine, pas de mains, l’angle des coudes n’est pas normal et la tête est trop grosse. — Il y a des yeux, remarPua le spécialiste en armem ent, essayant de se racheter. Effectivement, en regardant attentivement, on pouva it voir deux triangles tracés de couleur grise, presPue indistincts du ciment de la dalle, symétriPues, les bases face à face, les pointes étirées vers les bords de la tête .
— C’est la figure Pui revient sur certains tableaux , et Pui est en bois découpé vers l’entrée ! s’exclama l’inspecteur Dumont Pui s’étai t approché. — Il manPue des morceaux, murmura le commissaire, a près un temps de réflexion. — Correct, commissaire, confirma Dumont, avec une p ointe d’admiration dans la voix, des débris ont dû être nettoyés après l’incident, m ais pas tous. » Le commissaire s’éloigna du groupe. Une multitude d e pinceaux, marPueurs, crayons et autres ustensiles occupait cette extrémité de la longue table de travail. Contre le mur, un établi supportait des outils et des chutes de bo is et de métal, probablement pour la construction des cadres et la préparation des table aux et objets. rès de l’établi, une porte s’ouvrait sur un bureau spacieux, meublé de c lasseurs, d’étagères, d’un frigo, et encombré de livres, papiers et magazines, mais le t out soigneusement rangé. Un fauteuil moderne, sur roulettes, face à un bureau fonctionne l, accueillit le commissaire. Il accommoda aisément l’ample postérieur, et, à la sur prise du propriétaire, fut remarPuablement gentil pour ses hémorroïdes. Il se surprit à penser Pu’il était, maintenant contre toute attente, de bonne humeur, p lus heureux Pu’à son arrivée, comme les autres policiers présents. Cette peinture chantait, et il commençait à comprendre le succès fulgurant de l’artiste. Son fr ère, par contre, semblait immun à cet effet. L’artiste lui-même l’était-il aussi ? Un coupable, pensait-il, un coupable, c’est bien ge ntil, mais encore faudrait-il une victime. Un enlèvement aurait fait lieu à une deman de de rançon, et si ç’avait été le cas, le frère n’aurait pas averti la police, ou l’aurait mentionné. Et Pu’est-ce Pue ça peut valoir un artiste comme ça ? Distraitement, il laissa ses yeux errer sur les tableaux et objets dans l’atelier. OK les couleurs n’étaient pas mal, et ça égayait PuelPue peu l’environnement, un peu une peinture d’ambiance, ma is est-ce Pue ça valait vraiment une fortune ? Le commissaire n’était pas un ignare. Comme il le d isait lui-même, il ne connaissait rien à l’art, mais il savait ce Pu’il aimait. Il av ait même deux tableaux favoris, l’un une reproduction des Iris de van Gog, l’autre une œuvre originale. L’originale était un portrait du King, Elvis, peint en couleurs néon sur velours noir. Il l’avait achetée lors de son uniPue voyage aux États-Unis, à la Nouvelle-Orléans , où il avait été invité par la police locale à la suite d’une affaire internationale. Il était aussi assez satisfait d’avoir pu les subtiliser du domicile conjugal juste avant le divo rce. Non, ces Blanchard, malgré la réputation de l’artis te, ce n’était pas son truc. Se retournant vers le bureau, il feuilleta PuelPues pa piers épars. L’un, apparemment une liste de prix, lui fit lever les yeux au ciel et go nfler les joues de stupéfaction. Un autre papier attira son attention. C’était une coupure de presse, relatant une récente exposition à Martigny, titrée :Blanchard à bout de souffle?Le journaliste remarPuait Pue le style de l’artiste semblait ne plus évoluer et Pue ses derni ères œuvres manPuaient d’originalité, ressassant sur des thèmes différents les tableaux P ui avaient fait son succès. L’assassinat pour profit était toujours une possibi lité, mais rien ne semblait avoir été volé, Jéhem l’aurait mentionné, et pas d’entrée par effraction, le frère avait dû ouvrir la porte avec une clef ; et pourPuoi faire disparaître le corps et peindre cette mise en scène ? S’il manPuait des tableaux, cela serait pratiPuem ent impossible à établir, du moins avant le retour de l’épouse, et même là… ourtant, vu les prix, le vol pouvait être une sérieuse possibilité. Le crime passionnel était aussi une possibilité. Le s artistes fameux représentent une forme de pouvoir, et le pouvoir attire les femmes. Il ne serait pas surprenant Pue cet artiste ait une maîtresse, mais là encore, pourPuoi la mise en scène ? On allait Puand même étudier ses relations, à l’artiste, et épluche r l’alibi de madame. Restait le crime familial, mais là aussi, pourPuoi faire disparaître le corps ? rofit ? Assurance ? Il faut un corps pour constater le décè s et pour Pue l’assurance paie. Et s’il s’était tiré, l’artiste ? S’il s’était fait la belle ? se demanda le commissaire. La décoration du fond de l’atelier était l’œuvre de Pu elPu’un Pui savait manier le pinceau, la
régularité des traits en attestait. Et puis, c’étai t un peu comme une plaisanterie, rien de macabre dans cette silhouette. Il pouvait comprendr e un ras-le-bol soudain, une réalisation de la futilité du train-train Puotidien Pui frappe comme l’éclair, et vous pousse à tout plaPuer là et s’envoler vers des cieux plus sereins. ourtant, il y avait là une contradiction : tout ce la demandait un minimum de préparation Pui faisait mentir le départ impulsif. Et puis, laisser tout ça, pensa le commissaire en se retournant vers l’atelier, le con fort matériel, le renom, l’aboutissement de toute une vie, bien Pue… Non, probablement juste une escapade, une aventure folle avec une admiratrice rencontrée au hasard d’une exposition, le vieux con riche Pui tombe pour des yeux de vingt ans, un petit cul à Pui il ne manPue Pue la p arole, et des seins Pui défient encore la gravité. Cela était beaucoup plus plausible. Il ser a de retour ou retrouvé dans les cinP js le calme.ours, et je pourrai enfin préparer ma retraite dan « Inspecteur Dumont, héla le commissaire, mettez u gnace sur les finances, faites suivre ses cartes de crédit et demandez ses relevés de téléphone. — Déjà en route, commissaire, aboya l’inspecteur. Il commence à m’emmerder, celui-là, pensa le commis saire, mais il apprécia l’efficacité de son inspecteur. — ourPuoi ses finances et son téléphone ? Puestion na le frère avec arrogance, et, continuant sur le même ton, ne feriez-vous pas mieu x de chercher le coupable ? » Tiens, il était encore là, le payeur d’impôts. Le r egard sombre du commissaire se fixa sur les yeux de Blanchard hilippe et, avec juste a ssez d’ironie et de dureté pour être à la limite du respectueux, il répondit : « On y travaille, monsieur, on y travaille. » Et on a intérêt à y travailler, murmura le commissa ire en aparté. Quand ces célébrités disparaissent, on a tout le monde sur le dos, leurs agents, les proches, la presse, les politiciens. Le commissaire pensait à sa retraite.
CHAPITRE PREMIER (IL Y A CINQUANTE ANS)
Dans les années quarante, répondant à l’appel de le ur patrie qui réclamait des enfants pour pallier les dommages des guerres, Adeline et H ector eurent un bébé. Enfin, c’était une bonne excuse, car suivre les conseils du Généra l n’était pas dans leurs convictions politiques, enfin, surtout celles d’Adeline, instit utrice un peu de gauche et laïque jusqu’au bout des ongles, des ongles soignés mais non peints , qu’Hector avait admirés dès leur première rencontre. Il se serait bien, pour sa part , accommodé de cette obéissance fortuite à un ordre venant du héros de la Libératio n, bien qu’il dût admettre, se sentant vaguement coupable de ce faire, que faire des bébés était plus marrant que suivre des ordres, de quelque héros fussent-ils. Hector était revenu au pays après de longues années passées en Autriche et en Pologne, courtoisie du Troisième Reich, pour deveni r gendarme, membre de la hiérarchie des villages haut-savoyards, après le maire, le not aire et le docteur, suivant de près le curé et les instituteurs. Il avait rencontré Adeline au bal anniversaire de l a Libération. Adeline était la fille unique des Courtelier, une famille bien-pensante du pays, bien que l’on parle encore d’un géant de grand-oncle mange-curé, un franc-maçon et compagnon ébéniste, dont elle était la petite-nièce favorite. Lui, dont la force se cachait derrière une timidité encore rehaussée par sa récente captivité, avait admiré l’assurance qui se diffusai t de ce corps élancé, la sûreté presque arrogante de ses mouvements, et son attitude moqueu se qui jetait le qu’en-dira-t-on par-dessus ses fines épaules comme elle le faisait des mèches de cheveux châtains qui lui tombaient parfois sur le visage. Il la voyait comme la Marianne de Delacroix, sur la barricade, un sien nu au mépris des voyeurs et des balles, un sein qu’il ne pouvait se retenir d’imaginer sous le chemisier blanc qu’elle portait ce jour-là. Hector la voyait aussi en Hélène de Troie, en anarchiste peignant des slog ans insensés sur les murs des usines, en aviatrice, en révolutionnaire. Bref, Hec tor était de nouveau prisonnier, mais de ses phéromones cette fois, si tant est que l’homme en ait. Adeline avait vite reconnu que le grand dadais qui la fixait, la bouche tombante, ne ferait jamais les pas qui l’amèneraient près d’elle . Dès son arrivée, elle avait remarqué la force tranquille qui émanait de sa démarche, mais c ’est le regard un peu lointain, chargé de mémoires disproportionnées avec l’âge, qui avait retenu son attention. Il l’intriguait, semblant déplacé dans ce bal campagnard, et puis au ssi, il n’était pas mal foutu du tout, bien qu’un peu maigre. Le fait qu’il saluait, quoiq ue discrètement, des gens, indiquait qu’il n’était pas un étranger, mais juste de retour au pa ys, probablement éloigné par la guerre et les ajustements qui la suivirent. Elle-même reve nait de l’École normale et ne reconnaissait pas encore tout le monde. Elle voulai t danser et s’amuser cet après-midi, dans ce bal champêtre, mais si elle ne voulait pas se faire tripoter par les mains calleuses des mâles en rut à l’assurance artificiel le conférée par la piquette servie sous le préau, et qui commençaient à la zieuter assidûme nt, il allait falloir qu’elle agisse vite, et le grand nigaud l’intéressait. Évidemment, elle dut l’aborder elle-même, ce qui ne la gêna pas. Comme son oncle disait : « Si tu veux quelque chose, n’attends pas que l’on te l’apporte. » C’est même elle qui dut l’embrasser, le soir venu, derrière le mur du cimetière, et, il faut bien l’admettre, à regret, qui dut l’arrêter un peu plus tard, lorsque ses longues et fortes mains partirent à l’aventure, une demande à laquell e il obéit immédiatement, comme un enfant pris en faute, presque trop facilement, regretta-t-elle. Adeline était devenue l’institutrice du village et Hector le gendarme, et l’ordre et
l’éducation s’étaient mariés sous l’œil envieux et goguenard des paroissiens et le regard protecteur bien qu’un peu inquiet du curé. Ai-je ga gné une âme ou des emmerdes ? pensa-t-il, car il tenait un compte rigoureux de se s ouailles, un tableau de chasse qu’il jugeait jusque-là positif et sur lequel il comptait bien pour effacer devant saint Pierre une toute petite bavure, un rien vraiment, enfin quasim ent rien, une broutille commise au séminaire et subséquemment assidûment omise de ses confessions. C’est de cette union que surgit Ulysse une année pl us tard, criant à pleins poumons son désir de rester encore au chaud dans le ventre de sa mère, dans une attitude assertive qui s’atténuerait avec l’âge. Le docteur qui l’avait attrapé par les chevilles pour lui administrer sa première fessée, méritée par ces cris ingrats, ne le laissa pas tomber, ce qui statistiquement doit bien arriver de temps e n temps, considérant l’état gluant dans lequel l’être humain entre dans ce monde. Sa maman le trouva magnifique et chercha du regard la confirmation du docteur qui, en vieux guerrier, hocha mécaniquement la tête. Les in firmières faisant les bruits attendus dans ces circonstances, Adeline se tourna vers Hect or, l’œil fier et interrogateur à la fois. Hector, qui venait d’entrer et qui était loin d’être un idiot, confirma aussitôt que sa femme tenait bien dans ses bras le sosie même de l’enfant Jésus, version Michel-Ange, tout en se demandant s’il était trop tard pour changer ce m odèle pour un autre, moins fripé et aux couleurs un peu plus humaines que ces rouges ca rmin et mauves violacés. Adeline fronça brièvement les sourcils à la référence du me ssie, mais passa cette malheureuse comparaison sur le compte de l’émotion et de la ner vosité, deux sentiments que le visage d’Hector interprétait à la perfection. Embarrassé, mal dans ses chaussures, comme aurait d it sa grand-mère, Hector resta juement de trop dans ce milieu deuste assez longtemps pour se sentir oublié, pratiq genèse où la mère est l’héroïne, l’enfant le chef-d ’œuvre, et le père juste un élément accessoire sinon, à cette époque encore, nécessaire . Un baiser sur le front d’Adeline accompagné d’un serrement de main furtif et une car esse malhabile sur la joue d’Ulysse scella son congé. Quittant l’hôpital, puis la ville, Hector regagna s on village en une trentaine de minutes, négociant la route par une combinaison de mémoire m écanique et d’instinct humain. Il était papa, papa d’Ulysse. Ulysse Blanchard, peu co mmun pour un nom propre, mais avec une bonne résonance, une musique prometteuse d ’aventures et de sagesse, un nom qui a le potentiel de devenir fameux. Ulysse, f ils d’Hector, ça par contre, c’est une contradiction classique qui donnerait de l’urticair e à Homère s’il y était encore susceptible. Était-ce une bonne idée d’avoir affubl é le fils du nom du vainqueur de Troie, défendue par l’homonyme du père ? Il arriva au vill age avant d’avoir pu approfondir la question. Hector espérait rejoindre discrètement l’école où l ui et Adeline avaient un logement de fonction, cinq pièces confortables au-dessus des sa lles de classe, grand et ensoleillé, avec des chambres s’ouvrant sur les collines et les bois voisins, à la limite du bourg. Il allait monter se faire chauffer une assiette de sou pe qu’Adeline avait préparée avant de partir à la maternité, puis ouvrir une bouteille de vin, qu’il dégusterait au salon, les fenêtres béantes, regardant le jour passer derrière les chênes et les hêtres, et accueillir la nuit, légèrement ivre mais pas vraiment saoul, l ibre d’écrire le futur de sa nouvelle famille dans sa tête, une sorte de plan de vie, que , il le savait bien, le destin et les hommes auraient vite fait de déchirer. Mais Hector était un idéaliste, et, malgré ses expériences, il aimait rêver de l’impossible. L’impossible s’avéra, dans l’immédiat, être son pla n pour une douce soirée de réflexion. À l’entrée du village, la route était en combrée par un véhicule de gendarmerie, la Juva 4 de Pet, officiellement Jean Biolet, camar ade de classe, ami et collègue du village voisin, qui avait accepté d’inclure Lepagny dans sa tournée pour alléger le fardeau professionnel d’Hector à l’occasion de la n aissance. Hector ralentit puis stoppa devant la Juva, alors q ue Pet approchait le côté de la
voiture. Une démarche assurée, un mélange du pas le nt et sûr du montagnard et du rythme martial du policier l’amena du côté du chauf feur, où il s’appuya du coude sur le toit. Il regarda longuement Hector. « Salut Pet. — Ça va ? — Ouais. — Ça s’est bien passé ? — Ouais. — Adeline va bien ? — Ouais, bien. — Tu vas me dire ce que c’est ? ce, sans une intona tion d’impatience. Hector se craqua finalement d’un large sourire. — Un garçon, on va l’appeler Ulysse. — Ulysse, répéta Pet lentement, Ulysse Blanchard. V iens, allons arroser Ulysse Blanchard » dit-il pensivement. Son front plissé mit Hector vaguement mal à l’aise. Pet venait d’une longue lignée savoyarde qui comprenait une succession de devins, de guérisseurs et de rebouteux, agrémentée d’une paire de sorcières, si l’on en cro yait certains ragots. Hector qui, comme beaucoup des gens du cru, gardait au fond de son subconscient un reste de mémoire génétique qui pré-datait la christianisatio n comparativement récente de la région, s’inquiéta de ce froncement de sourcils aus si impromptu qu’inexpliqué. Il connaissait suffisamment Pet pour savoir qu’une int errogation immédiate n’amènerait pas de réponse. Il faudrait attendre. Pet suivit Hector à la mairie, qui abritait aussi l ’école et la gendarmerie, où ce dernier gara sa voiture, et le rejoignit dans la Juva. Pet Biolet, bien que seulement d’un an l’aîné d’Hec tor, dégageait un air de sagesse ancienne et une autorité démentie par une taille mo deste, mais auréolant un corps mince, musclé et vif qui ne trompait personne quant à sa capacité physique. Emballé dans un uniforme qui aurait bénéficié d’une visite chez un tailleur mais impeccablement propre et repassé, sans képi, il atteignait le mètr e soixante-dix. Une petite moustache soignée au ras de lèvres minces soutenait un nez fi n et élancé qui partait du front, séparant des yeux espacés, d’un bleu-gris conférant un regard de granite. Sa grand-mère, de droit, l’avait nommé Pétrarque, du bon viv ant poète italien du quatorzième siècle, au grand effroi de ses parents. On a de l’é ducation en Haute-Savoie, et la société y est encore farouchement matriarcale, malgré ce qu ’en disent les hommes. Son père avait réussi à glisser Jean comme deuxième prénom u ne fois seul à la mairie, après Pétrarque et devant Marius et Léonard. Le pauvre mi oche méritait bien ça. Hector avait découvert cet état civil chargé quand ils étaient à l’école primaire, et s’était tenu coi, appelant Jean « Pet » seulement en privé. Pet avait apprécié la discrétion et ils étaient devenus amis. « C’est lourd à porter, un nom comme Ulysse Blancha rd, surtout s’il est le fils d’Hector, lâcha finalement Pet, comme se parlant à lui-même, j’en sais quelque chose. Hector ne put s’empêcher de questionner : — Expérience personnelle, ou pressentiment ? demand a-t-il. — Ça sonne bien, mais je le sens pas, murmura Pet » en se garant devant le Café de la Poste. Le Café de la Poste, l’un des trois cafés de Lepagn y, était le plus éloigné de l’église. Certains le trouvaient un peu snobinard, depuis que Marcel, le patron, avait foutu la vache d’Émile dehors un jour de marché. C’était bie n connu, l’Émile n’allait nulle part sans sa vache, mais il ne voyageait pas beaucoup l’ Émile, une fois l’an à la foire de la ville voisine, à quelques kilomètres, deux fois au marché. La Grande Guerre, celle de 14-18, l’avait envoyé aux Dardanelles, puis à Tananari ve, maintenant Antananarivo, mais c’était loin tout ça, et il n’en parlait jamais. Ma intenant, il buvait seulement le vin qu’il