L'invention de Philippe Muray

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Mars 2010, patatras. Fabrice Luchini lit Philippe Muray. L’événement confidentiel tourne presque aussitôt à l’événement médiatique, Muray s’affiche désormais en couverture des magazines, s’entend à la télévision, se cite dans les dîners… Mais qui est Philippe Muray ? Sa récente célébrité a renforcé une image qui depuis plusieurs années se dessinait déjà, chez ses adversaires mais aussi chez beaucoup de ses admirateurs : celle du bougon de service, d’un intarissable pourfendeur de bobos, d’un pilier de bar gouailleur qui aurait par hasard lu Hegel. Cette explosion a été si soudaine, si rapide, qu’elle en est venue à masquer la complexité et la richesse d’une œuvre qui, dès qu’on y regarde de près, ne se limite pas à quelques « billets d’humeur » de circonstance, puisque cette expression revient à la mode. Il nous avait prévenus : « Pour les commentateurs, qui ont besoin d’idées simples, les pamphlétaires sont des gens qui ont toujours été des pamphlétaires. C’est faux : Bloy ne l’a été que quelques années dans sa vie ; Céline aussi. » C’est l’ambition de cet essai que de dévoiler, sans l’amoindrir, espérons-le, le secret de Philippe Muray. D’aller débusquer, à même l’œuvre, les origines de l’œuvre. De dévoiler, derrière le rire de Philippe Muray, une vision grinçante mais libératrice, de l’Homme et de la modernité. De comprendre comment Muray, avant de révéler l’époque à elle-même comme jamais celle-ci n’aurait cru pouvoir être décrite, s’est inventé comme écrivain.

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Date de parution 15 septembre 2011
Nombre de lectures 70
EAN13 9782355360527
Langue Français

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L’invention de Philippe Muray
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Alexandre de VITRY
Linvention
de Philippe Muray
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© Carnets Nord, 2011 12, villa CœurdeVey, 75014 Paris www.carnetsnord.fr ISBN : 978-2-35536-103-6
Après tout, l’objet ne subsiste que par ses limites, c’est-à-dire par une sorte d’acte d’hostilité envers son entourage ; sans le pape, il n’y eût pas eu Luther, et sans les païens point de pape ; c’est pourquoi on ne peut nier que l’homme n’affirme jamais aussi résolument son semblable qu’en le refusant. Robert MUSIL, L’Homme sans qualités, tome 1
Nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l’enfer. Antonin ARTAUD, Van Gogh ou le suicidé de la société
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Introduction
Repartons du bon pied
Repartons, oui, car le pas est claudicant. Un malen-tendu persistant plane autour du fantôme de Philippe Muray. Lui qui goûtait fort à ridiculiser ses contra-dicteurs quand ceux-ci s’aventuraient à s’en prendre à son œuvre, n’a plus l’occasion de répondre à qui que ce soit, maintenant que le tout-venant se dispute à grand bruit son héritage. Mort en 2006 d’un cancer du poumon, ce grand ami des volutes tabagiques laisse une œuvre dont le caractère nocif ne risque pas de s’estomper de sitôt ; raison de plus pour réajuster tout de suite une image édul-corée, allégée, « sans tabac », pour le dire ainsi, qui circule un peu partout depuis sa disparition. Non que le moins du monde Muray soit tronqué, censuré ou victime de quelque ostracisme réel, mais on a fait de lui une sorte de personnage politique, « à idées », à des années-lumière de l’individu qu’il s’était efforcé de construire à travers son œuvre. Si la notoriété de Muray n’a cessé de prendre de l’ampleur depuis 2006, c’est surtout en 2010 qu’elle a explosé, lorsque Fabrice Luchini a lu quelques-uns de ses textes au Théâtre de l’Atelier, jusqu’au début de 2011. Du
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LINVENTION DE PHILIPPE MURAY
même coup, les petites déformations que subissait déjà l’œuvre de Muray au cours des années précédentes ont pris des proportions nettement plus embarrassantes. Efforçonsnous donc de les dissiper une fois pour toutes. Pour commencer, Muray nest pas un penseur. Il ne se prétend ni philosophe ni idéologue, maisécrivain. Muray ne cherche pasàfaireécole. Son objectif, lhorizon qui détermine toute sonécriture, est celui de la littérature. Si le temps présent, que nous désignons désormais par le doux nom d’«actualité », occupe tant de place dans ses ouvrages, ce nest nullement parce que Muray chercheà intervenir dans le débat démocratique ou médiatique, nullement même pour polémiquer, pour faire entendre une voix un peu discordante, mais parce que ce temps présent constitue lamatièreexclusive de sonœuvre. Bien que cette mise en garde aitétéformuléeàlenvi par Muray luimême, dans tous ses livres, ses adversaires ne se sont guère formalisés de tels avertissements, tout comme une bonne part de ses admirateurs, qui ont vu en lui un réactionnaire décapant, le critique acerbe et nécessaire de la sociétécontemporaine, sans envisager une seule seconde la logique littéraire qui anime sonœuvre. On le voit cité à toute occasion sur les forums Internet ou sur les plateaux de télédvision ; ès quunénième chroniqueur se sent monter quelque relent antimoderne, la référence tombe. Comme disait Philippe MurayComme disait le grand phi losophe Philippe MurayDiraiton : le«grand philosophe Balzac»? Et C? Ou Baudelaire éline ? Bien sûr que non, mais Muray n; la pas cette chance inévitable récupéra tion politique, ou pseudophilosophique, masque encore, du moins dans le monde médiatique, uneœuvre stricte ment littéraire et profondémentnouvellele comble pour un auteur estampillécomme«réactionnaire». L’œuvre de Muray est prise dans les filets de son propre succès.
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