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L'Oiseau tyran...

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Français
236 pages

Description

Cet ouvrage réunit huit enquêtes surréalistes, poétiques et même loufoques. Ce sont aussi des contes psychologiques. « Les contes du soleil », « les contes de la lune » et « les contes rebelles »... Masculin et féminin se séparent, se réunissent, se complètent... Au-delà des déceptions. Ils se séparent sans doute en raison du mode de vie réifiant les personnes... Celui des échanges. Touche masculine, touche féminine, touche rebelle pour des détectives qui décidément aimeraient vivre une autre vie. Mais est-ce possible ? Oui. Si on y croit très fort. Mais surtout, parce que quelque part, tout est déjà écrit...


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Date de parution 24 juillet 2018
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EAN13 9782414255108
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Cet ouvrage a été composé par Edilivre 175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 Mail : client@edilivre.com www.edilivre.com
Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-414-25511-5
© Edilivre, 2018
À Touzik
Les lettres de mon phare
Quelque part, sur la côte maritime d’un pays européen imaginaire, peut-être dans les années soixante-dix… en tout cas, bien avant la généralisation d’Internet et l’invention du téléphone mobile.
Un mystérieux courrier
Décidément, l’inspiration me faisait défaut. Alors, je chiffonnai le beau papier lisse sur lequel ma plume avait glissé laissant derrière elle le début d’une histoire dont je percevais le filet d’un grand cru. À l’encre noire. Mais la chose sembla brusquement m’échapper. Insaisissable. Narquois, je grimaçai. Critiquant mon talent d’écrivain. En réalité, la pointe dorée de mon stylo avait surtout eu la grâce d’une charrue forçant, sautant sur un champ au sol pierreux. C’était ici l’expression de mon impasse du moment. Les écritures sacrées ne disent-elles pas que l’on ne peut rien recevoir si cela n’a été donné d’en haut ? Alors, plutôt que de chercher l’inspiration en regardant par la fenêtre le paysage monotone qui m’entourait ou me faisait face, je choisis de grimper sur l’échelle de bois foncé et aux barreaux onduleux. Près de la lampe éteinte, je trouverais sûrement la flamme créatrice… Peut-être. Ma lampe intérieure était agonisante. Ces derniers mois, j’avais trop écrit. Quand je redescendis, je saisis le papier froissé et le jetai dans la corbeille d’osier pleine à ras bord… Puis, je me décidai à ouvrir l’enveloppe de la mystérieuse lettre que j’avais reçue, la veille au matin. C’était un mardi 13 avril… Qui pouvait bien m’écrire de la sorte ? Le graphisme me rappelait quelque chose. Mon esprit espérait quelqu’un. Mais aucun nom ni signature n’apportaient une réponse à mon intrigue ou à mon attente… Les seules choses que je pouvais dire, c’était que le facteur M. Roger avait déposé ce courrier dans la boîte aux lettres un peu branlante. Soit l’unique objet que je n’avais pas encore songé à retaper en emménageant dans cette demeure… Il y a six mois déjà. Peu de gens en réalité connaissaient ma nouvelle adresse. Mon éditeur, mon ancienne collaboratrice — Katy B. —, ma tante Léa et puis les services administratifs. C’est tout. C’était suffisant et même presque trop. Je dépliai la feuille dont j’avais souhaité l’émanation d’un parfum de lilas ou même plus exotique. Il était inscrit : « Dans les ateliers d’écriture, les professeurs disent aux élèves : “Tout a déjà été écrit. Mais pas par vous…” Cependant, n’avez-vous pas oublié de raconter une choseparticulière et dérangeante ? » La forme des caractères me rappelait quelqu’un. Mais pas tellement par son style grammatical, surtout l’auteur de ces simples lignes me vouvoyait… Je décidai de renverser la phrase dans l’esprit. Qu’est-ce que je n’avais pas encore écrit jusqu’à présent ? J’avais raconté, je pense, en changeant bien sûr les noms de lieux et de personnes, toutes mes aventures policières. L’affaire Charles Édouard, celle du voleur de rêves, le mystère du pavillon bleu, le secret du cerf-volant, celui du toboggan, la disparition de Kristin Hague… Enfin, toutes les enquêtes réussies. Je regardai à nouveau l’adresse au dos du courrier. C’était une boîte postale. Alors, je décidai deux choses : D’abord, d’écrire les enquêtes que je n’avais pas encore couchées sur papier, toutefois sous forme de lettres pas trop longues que j’enverrais à mon tour à ce curieux auteur. Ensuite, de mener une investigation pour le retrouver. Ou la revoir, car le tracé arrondi sur le courrier était celui d’une femme. Je songeai à une concurrente dans le métier. Sans le dire à personne, je la redoutais. Au moins, à l’époque… puisque là, je l’espérais.
Mon phare
J’avais donc emménagé dans cet endroit idéal pour une retraite paisible. Une retraite anticipée à seulement trente-neuf ans et des poussières. Justement, il y en avait des poussières dans mon phare chéri. Mais pas uniquement. Il y avait un nid d’oiseau abandonné, des toiles d’araignée, d’une variété particulièrement repoussante, je ne sais pas laquelle, mais j’avais estimé qu’elle était sûrement la plus vilaine de toutes les espèces européennes. Si tant est qu’elle le fût… européenne. N’était-elle pas venue par bateau d’une contrée lointaine, amazonienne, exprès pour me décourager à m’installer dans cette tour aux portes et fenêtres grinçantes ? Poussée par une main obscure ou un vent divin défavorable ? J’avoue que l’idée m’avait traversé l’esprit. Mais je n’en avais eu aucun frisson. Seule une grimace discrète marqua mon profond dégoût. Il s’ensuivit de nombreux coups de bâton — de baguette en réalité — pour chasser le mal en ruinant les toiles si joliment brodées. La vilaine et ses sœurs maîtrisaient une technique de tissage longuement éprouvée… Je l’anéantis donc en quelques minutes. Comme il était aisé de détruire ! Comme il fut cependant facile de retaper cette nouvelle habitation. Ce ne fut pas un dur labeur. Je ne travaillais pas à l’usine ou dans un bureau pour un patron caractériel, pour un commerce m’imposant une cadence infernale à vendre un produit inutile ou dégueulasse… C’était comme lorsqu’on construit sa maison de campagne. Ici, c’était plutôt la maison de la mer. Enfin, plutôt du bord de l’océan atlantique. Étant bricoleur, j’y avais pris plaisir. Quand ce fut terminé, cinq mois plus tard, je me fis la remarque que cette tour était la plus belle habitation qu’il me fut permis d’occuper. Quelques images me revinrent en mémoire. La maison d’enfance, l’appartement dansla Capitale, les nuits passées sur le canapé au bureau ou encore la cellule de moine au mont Aramis. Inutile d’insister sur la liste. En ce lieu, je me sentais enfin chez moi. Tout blanc, mon phare avait une forme de jupe un peu comme un plomb de type diabolo pour carabine à air comprimé. En plus gai, cependant. Il comportait quatre parties. Le rez-de-chaussée, là où je cuisinais depuis une cuisinière à charbon — si tant est que le verbe « cuisiner » convienne aux plats que j’avalais goulûment — le premier étage comme salle de séjour — sans télé ni radio. Des instruments du démon que je rejetais en bloc. Pour connaître les prévisions météo, je faisais confiance à mon intuition et surtout au baromètre cerclé de cuivre brillant et de bois d’acajou. Plus tard, j’essaierais de synchroniser appareil de mesure et précognition de limier. Ou d’homme de lettres. Puisque j’avais porté les deux casquettes. J’écrivais toujours, mais à mon rythme. Encore que là, je fusse en panne d’inspiration. Mais je ne menais plus d’enquêtes, hormis dans les histoires que je composais depuis quelque temps de façon assez technique… trop même. La troisième pièce habitable, la plus petite, contenait mon lit — un matelas confortable que je laissais à même le sol, comme ça, sans sommier — et une modeste table pour écrire. Mon bureau ! Il portait un large sous-main en carton agréable au toucher, vert clair avec un cadre bordeaux imitant le cuir. Une lampe aussi. Indispensable. Elle était en cuivre doré comme les longues-vues de marine du temps jadis. Le socle lourd épais et stable était comme un disque couché. Il soutenait un bras assez fin et léger en forme de point d’interrogation, qui s’interrompait avant son extrémité pour porter comme un abat-jour de verre blanc et mat. En forme de cuvette retournée. Cette sorte d’entonnoir renversé protégeait une ampoule assez pointue et torsadée. Tout un symbole ! Nous avions donc comme un disque inébranlable qui répétait la même chose à l’infini, un point d’interrogation qui exprimait mes doutes et qui rythmait les enquêtes romancées de ma vie. Un entonnoir retourné comme le chapeau d’un fou, à défaut de chapeau de Sherlock Holmes. Un personnage lui-même un peu secoué… Et une ampoule cachée, tortueuse… mais qui, à l’ordre de l’interrupteur — objet symbolisant peut-être mon éditeur ? — éclairait ma feuille de route, mon carnet de bord. Au pied de cette table, l’inévitable corbeille en osier. Pleine à craquer. De mes essais manqués. À cette époque, j’écrivais encore à la main rejetant la machine à écrire que je laissais volontiers aux services concernés de la maison d’édition. Enfin, le dernier étage. Le phare en lui-même. Avec une lampe fixe, toujours éteinte. Il
était comme une petite tour de verre parfait, encerclée d’un balcon de bois que j’avais restauré, poncé et vernis. L’ensemble du merveilleux habitat se trouvait posé sur un sol de sable roux à la pointe du joli village du Piémont. Ni trop près du centre de la bourgade, ni trop à l’écart. Ni trop à terre, ni trop avancé vers l’océan. Courageux, mais pas téméraire. C’était MON phare. Depuis ce lieu chéri, j’écrivis ma première lettre…
Ma première lettre
Ça tombait bien ! Si on pouvait le dire. En effet, ce jour-là, il pleuvait des cordes. Alors, ça tombait ! J’étais revenu trempé du bureau de poste. Là, on m’avait expliqué que la boîte postale sur le mystérieux courrier que j’avais reçu et qui m’encourageait de nouveau à écrire était une boîte dela Capitale. — Regardez, les deux premiers numéros correspondent au département. Les suivants au bureau-distributeur. Et puis le cachet sur le timbre en témoigne aussi ! Après consultation d’un registre, l’employée, au décolleté charmant et au sourire qui l’était tout autant, ajouta : — La boîte se situe à proximité de la Gare de l’Ouest. Ça vous dit quelque chose ? Cette curieuse question me troubla assez. Justement pour son indiscrétion. Puisque cette gare ne me rappelait rien de particulier. Les transports en commun n’étaient pas ma tasse de thé. J’étais arrivé au village en voiture. En Thunderbolt Turbo 416 ! Sportive rétro, bleu métallisé. Son moteur émettait un fameux bruit. Depuis ma venue, je l’évitais du regard et je la laissais garée près de mon phare et faisais tout à pied, excepté pour le transport de choses lourdes ou encombrantes. L’employée de poste zélée était une rousse aux yeux bleus. Les plus dangereuses, selon les critères « objectifs » que j’avais établis faisant suite à quelques filatures de détective pour constat d’adultères. Alors d’emblée, je me méfiai. Mais ce décolleté jaune et ce sourire aux dents blanches vivifièrent mon corps depuis le pas du bureau de poste jusqu’à celui de mon phare adoré. J’ouvris la porte de bois noir. La cuisinière à charbon prendrait le relais de la guichetière aguicheuse pour me réchauffer et même sécher mon vêtement de marin d’eau douce. J’aurais dû endosser un ciré jaune et consulter le baromètre plutôt que de faire confiance à mon intuition encore rouillée par l’inactivité ou épuisée par la saturation. C’est à peu près ce que j’écrivis à ma mystérieuse correspondante en lui promettant des surprises dans les prochaines lettres. Je signai, je refermai l’enveloppe, puis je la mis de côté pour la poster le lendemain à la première heure. Concernant la suite de mon enquête, comme je n’avais pas le téléphone pour raisons techniques et de tranquillité, je décidai de rappeler mon éditeur depuis le bureau de poste. Cet après-midi, je n’y avais pas pensé. Troublé par mademoiselle l’employée, la curieuse aux cheveux plaqués roux. Roux comme le sable de ma plage. Je me promis de faire comprendre ou même d’expliquer à cette demoiselle étonnante de la jouer plus discrète à l’avenir. Était-ce un vœu pieux ? La suite de mes aventures me le dirait. La pluie était devenue plus tranquille, mais elle arrosait toujours mon phare et son village. L’averse s’était changée en berceuse, alors je m’endormis et dormis comme un loir.
Il était une fée
Il faisait beau. Le week-end pascal était passé. Ayant opté pour une existence en solitaire, er je me permis de bouder la fête. J’en ferais autant le 1 mai. Le baromètre indiquait un temps variable. Tout au haut de mon phare, j’observai un navire sur un océan rugissant. C’était vraisemblablement un petit chalutier qui revenait de pêche. Peut-être avait-elle été miraculeuse ? C’est ce que je souhaitais à son équipage, que j’imaginais fatigué, mais heureux. Content pour quoi et pour qui ? Sans doute pour leurs familles, femmes et enfants, qu’ils pourraient nourrir. Toutefois, pêchaient-ils pour leurs besoins réels et directs ? Ou bien par la force des choses, faisaient-ils des bénéfices dont ils ne profitaient que peu ? Pour faire tourner le commerce, comme on le disait, et faire circuler la marchandise… Était-ce cela être
vivant ? N’était-ce pas plutôt courir après la chose, et en devenir une ? Je compris que je posais cette question en raison de ma relative oisiveté. À l’époque de ma pleine activité de détective, je n’avais pas l’occasion de réfléchir comme cela. Je courais ou galopais après l’argent pour payer mon appartement, la location de mon bureau, les divers frais, mes cartouches au club de tir, les verres avec les copains, pour l’acquisition d’une voiture rapide et dans l’espoir d’engager une secrétaire coquine, mais surtout efficace. La paperasse me rendait fou. Mais voilà qu’une affaire allait me rendre relativement célèbre. La petite Astrid, âgée de six ans, avait disparu. Sa photo décrivait une gamine au front légèrement bombé, une tête coiffée d’une jolie chevelure, châtain d’après sa mère. Des mains aux doigts de fée. Un air presque effronté, mais pas méchant. On me dit qu’elle comprenait vite. Qu’elle était vive d’esprit et qu’elle savait ce qu’elle voulait ! La police était dans l’impasse. Sa mère dans la détresse. Son père absent. Pour cause d’instance de divorce. Mais aussi d’un emploi du temps surchargé. Ceci expliquant peut-être cela. On présuma même qu’il l’avait enlevée… Personnellement, je n’y croyais guère. C’était ridicule. Sauf, si ce militaire de haut rang et devenu fou avait organisé la chose à l’aide de complices. Je pensais encore être le seul sur l’affaire… Mais, une concurrente entra dans ma vie pour la première fois. Elle me proposa son aide. Nous prîmes rendez-vous dans un endroit neutre. Un petit café dela CapitaleMaintenant, cela me revient ! Il était situé Gare de l’Ouest ! Je ne me souviens pas exactement du décor. Simplement de l’ambiance feutrée et que nous étions à l’étroit. La détective portait une robe grise descendant jusqu’au niveau des chevilles, des bottines à talon, un gilet rose et un chapeau d’une mode passée. Ses cheveux, ses yeux étaient noirs. Et ses cils courbes et longs. Ses mains devaient être comme ceux de la petite, que je… enfin, que NOUS recherchions. Cette femme aussi me paraissait un rien effrontée. Mais c’était sans doute, une forme de fierté. Elle contenait là la satisfaction de ses contentements. J’hésitais à la complimenter. Y compris par pur intérêt. Si je l’avais fait, cela aurait été uniquement pour ces raisons, je dois l’avouer. Je désirais que l’issue de cette enquête que je souhaitais heureuse soit à ma gloire seule. Alors, au lieu de faire le beau, je fis l’idiot. Ainsi, j’évitais de trahir ce que je flairais. En même temps, mettre cette femme-fée sur une mauvaise piste me paraissait exagéré. Il fallait simplement que j’arrive avant elle… C’est tout. Astrid savait ce qu’elle voulait : attirer l’attention de son père. Un général plutôt très connu. Ce n’était pas un cas unique. Hélas ! J’étais persuadé que ce n’était pas un enlèvement. Ni d’un parent et encore moins d’un inconnu. L’emploi du temps me le garantissait de façon sûre et presque certaine. Le premier jour de mes investigations, j’avais appris que rien ne manquait dans la chambre de la fillette. Sauf son lapin préféré. Une peluche blanche aux oreilles et aux yeux roses. Ainsi qu’une robe à fleurs vertes et aux pétales ronds offerte par son père au début du mois. C’était en février. La fille devait se trouver quelque part dans la demeure… J’imaginais que la nuit, elle sortait de sa cachette avec son lapin pour faucher quelque chose dans un placard ou dans le réfrigérateur ou sur la table, mais comme l’aurait accompli un rongeur ; sans en prendre trop. Justement, quitte à faire accuser les souris ou le chat de la maison… son autre compagnon. Elle devait bien sûr se risquer à aller aux toilettes. Son père n’était pas là. La domestique dormait comme une masse et maman angoissée avalait des cachets pour essayer de trouver le sommeil… Mais qu’avait donc cette maison de si particulier pour cacher enfants, fées et souris imaginaires ? Devais-je engager un maître-chien et son compagnon pour flairer la cachette ? Ou faire confiance au chat ? Mais, peut-on se fier à un chat ? Normalement non. Car un félidé fera bien souvent le contraire de ce qu’on attend de lui. Pratiquant ainsi la loi de la vexation maximale. Celui de la maison était roux et très haut sur pattes. Soit, les pires de tous. En conséquence, je convenais avec les parents pour me dissimuler une nuit dans la maison. À attendre que la fugueuse sorte de sa cachette. J’avais poussé le jeu jusqu’à me déguiser en
lapin géant. J’étais ridicule. Pas tant en me regardant dans le miroir, mais parce que je fis rire sa mère. Jusqu’aux larmes. La nuit suivante, j’occupai la chambre de la disparue lorsque la porte s’ouvrit… Jamais personne ne sut où la petite se cachait, sauf peut-être le chat. Ou encore les souris. Elle ne fut même pas saisie en me voyant. Je la conduisis par la main jusqu’à la cuisine où l’attendait un beau et bon gâteau. Elle n’en avait pas goûté, probablement voulait-elle le partager avec moi ? C’est ainsi que je devins célèbre dans le métier. Lorsque tout fut terminé, je découvris ma tête du bonnet aux oreilles de lapin. Puis je me regardai dans le miroir du corridor principal. La maison du général était immense. Détail que je réservais pour la fin et qui expliquait la possibilité de se cacher sans risques d’être attrapé. J’étais fier et pour la première fois de ma vie je me trouvais beau. Malgré mon nez busqué et mon teint basané. Mais quelque chose me dérangeait. La trahison envers ma concurrente ? Non. Pire. J’appris par les parents d’Astrid que cette détective avait eu la même idée que moi. Avant moi. Mais que, fair-play, elle m’avait laissé la victoire… Le ciel changeait, devenant plus sombre. La lumière de mon phare restait éteinte. Bientôt, je la ferais réparer. Je descendis l’échelle pour coucher sur papier cette histoire que je titraiIl était une fée.souhaitais que ma mystérieuse correspondante comprenne que je parlais Je d’elle. Que j’avais deviné qui elle était ! Voilà ! J’avais écrit ma seconde lettre en l’espace de deux semaines. Demain, à la première heure, je posterai cette seconde histoire. Quelques minutes après avoir refermé l’enveloppe et indiqué les adresses — la mienne et le numéro de la boîte postale — la vision d’une ombre chinoise inquiétante troubla ma tranquillité de corps et d’esprit. La silhouette monstrueuse grimpait le long d’un fil. C’était une araignée. Je la chassai. En prenant garde de lui laisser la vie sauve. J’éteignis les lumières. Certaines parties de l’histoire que j’avais racontée me paraissaient ridicules. Mais le destinataire du courrier à qui je croyais l’envoyer était au courant de cette aventure. Troublé par la vision de l’araignée, comme étant un signe peu favorable, je pensai alors : « Pourvu que ma mystérieuse correspondante ne soit pas aussi mon éditrice ! » Je chassai cette idée embarrassante. Puis je comptai les lapins blancs et les chats roux pour tomber dans les bras de Morphée.
Léa
Le baromètre indiquait : « beau fixe ». Une météo clémente est-elle à mettre en relation avec l’arrivée de bonnes nouvelles ? Pas forcément. On peut très bien imaginer une déclaration de guerre, le premier jour du printemps ou bien par une journée d’été magnifique. Cette journée s’annonçait favorable, concernant la météo. J’avais posté mon courrier. La guichetière, dont je connaissais désormais le prénom — Célia —, m’avait souri, son décolleté aussi. Mais pas trop, pour ce dernier. Elle m’avait posé une question à laquelle je n’avais pas répondu. Trop préoccupé par le contenu de ma lettre. N’avais-je pas tort d’envoyer une histoire pareille ? Je retournai chez moi après quelques courses. Je n’avais plus grand-chose dans mes placards et mon frigo. Je n’avais aussi plus rien sur mon compte postal. Je n’avais plus tellement dans mon portefeuille. J’attendais mon chèque. Peut-être devrais-je bientôt vendre ma voiture ? Lorsque j’arrivai à la « maison », le facteur M. Roger me remit deux lettres en main propre. Aujourd’hui, il était en retard. Pourtant, comme il faisait beau, il avait pris son vélo. Un destrier de fer aux couleurs de sa tenue. Je trouvais qu’il ressemblait à un gendarme des années passées. L’homme me dit qu’il avait été victime d’une crevaison. Des gamins, selon lui, avaient jeté quelques punaises sur la chaussée. Nous étions mercredi. Le jour des bêtises. M. Roger me salua. Il lissa sa moustache aux formes d’autrefois, il enfourcha son vélo puis partit. La roue avant semblait voilée…
Le courrier de ce jour était composé de trois lettres. La note d’électricité tant redoutée ; heureusement que la grande lampe de mon phare ne fonctionnait pas… Un pli de mon éditeur, service de comptabilité : mon chèque tant attendu ! Et enfin, un courrier de tante Léa. Pas de lettre de ma mystérieuse correspondante, dont j’espérais encore un petit mot d’encouragement considéré comme une étant une flamme d’énergie créatrice. Je montai dans ma chambre pour lire le courrier. Le style des caractères ou du graphisme de Léa n’était pas sans rappeler celui de ma destinatrice — et destinataire — secrète. Cela me déstabilisa un petit peu. Mais voici en quelques mots ce que me dit le courrier. Léa avait eu un petit problème. Mais que tout allait mieux à présent. La preuve, elle m’écrivait. Elle m’expliquerait tout ça, lorsqu’elle viendrait… En effet, elle s’invitait dans MON phare pour trois ou quatre jours. Elle concluait sa lettre en annonçant quelque chose comme : « Ne viens pas me chercher à la gare ! J’arriverai par le bus. Un peu à l’improviste. » Je me dis qu’elle était un peu gonflée. Mais je ne fus pas vraiment surpris de la chose. C’était son caractère. Elle était la petite sœur de ma mère. Nous avions seulement dix ans d’écart. Pour moi, Léa était en fait plus comme une grande sœur… Elle habitaitla Capitale. En venant ici, il lui faudrait se faire à l’idée comme à l’usage d’un confort restreint. Des échelles à la place d’escaliers. Un seul lieu pour les « petits coins », mais équipé d’une chasse d’eau. Pas de douche. Mais pour se laver, des lavabos sans eau chaude. Sinon celle qu’elle pourrait verser dans une grande bassine de métal émaillé blanc au rebord bleu. Le seul luxe — avec la chasse d’eau — que mon phare pourrait lui offrir. Quant à moi, je devais me faire à l’idée de nettoyer et de mettre un peu d’ordre dans mon havre de paix et de laisser-aller de garçon célibataire… mais heureux de l’être ? Mon baromètre m’avait annoncé un temps au beau fixe. J’aurais aimé qu’il me prévienne en indiquant une météo variable. En effet, j’étais content de la revoir. Et en même temps, je pensais que cela perturberait la dynamique de mes courriers secrets. Au moins, je découvrirais si Léa avait quelque chose de commun avec cet écrivain masqué. Elle arriva le vendredi suivant en début d’après-midi, chargée d’une petite valise. J’étais en haut de mon phare à regarder l’océan, la plage vide de tout humain. Une main toucha mon épaule. Léa était entrée, avait déposé sa valise et était montée jusqu’à moi. Je l’embrassai tendrement. Elle parut ravie. Son visage pareil à celui de ma mère en plus jeune s’illumina… Je lui cédai ma chambre et son futon confortable pour loger dans la salle de séjour à l’étage intermédiaire. Je dormis assez mal, le lit de camp pliable et rudimentaire ne valait pas mon matelas. Mais le principal fut qu’elle se sentît bien et que là-haut, elle ne prît pas froid. L’air vivifiant de l’océan lui fit grand bien. Nous nous promenions sur la grève. Le soir, nous allions dîner à la seule auberge du village pour déguster des fruits de mer. Enfin, surtout la concernant. Car je ne les digérais pas bien. Je choisis, à la place, du jambon des montagnes. Entre nos repas chaleureux, nos ballades et nos observations en haut du phare, elle essaya de me convaincre de reparler à mes parents ; je les boudais depuis qu’ils avaient divorcé. Je répondis à Léa non pour m’esquiver, mais avec sincérité : — Je dois y réfléchir. J’ai une enquête à résoudre. Après on verra. Durant son court séjour, elle me raconta qu’elle s’était cassé le bras gauche. Celui avec lequel elle écrivait. Que cela lui fut difficile avec quelques complications. Mais à présent, tout allait pour le mieux. Donc, le mystérieux courrier que j’avais reçu n’était pas de sa main. De son cerveau peut-être, mais pas de sa plume… Elle repartit le lundi matin. Cette semaine-là, Célia ne me sourit point. Je ne sus pourquoi. Cela me dérangea beaucoup. En fait, je m’étais rendu à la poste pour téléphoner à mon éditrice. Elle était en réunion. Je commençais à croire qu’elle ne voulait pas me parler… Bizarre. Je lui laissai un message. En plus de la réparation de la lampe du phare, je songeais à faire réinstaller la ligne téléphonique… La frustration du sourire envolé de Célia me gêna beaucoup plus que le jeu de cache-cache avec ma maison d’édition. C’est vrai que Françoise Becker — mon éditrice —