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L'orgueil des humbles

De
245 pages
Roman autobiographique écrit à la troisième personne - prise de distance nécessaire à l’auteur pour mettre en scène Armand, son double, à la manière d’un naturaliste observant le comportement d’un animal social. Redécouverte de l’itinéraire de l’adolescent où la religion a tenu une place de premier plan. Récit qui dénonce le cynisme de ceux dont l’outil de prédilection est la manipulation mentale, prédateurs menant leurs entreprises d’inspiration totalitaire par la rhétorique d’intimidation, exploitant la crédulité et la souffrance morale. Dans l’attente de la révélation du seul mystère qui vaille, celui de l’éternel féminin, Armand parviendra-t-il à exorciser le fantôme qui le hante, modèle et caution des mystificateurs de tous bords ?
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L'orgueil des humbles
Albert Hamou
l'orgueil des humbles
ROMAN
Le Manuscr it w w w . m anuscr it . com
© Éditions Le Manuscrit, 2004. 20 rue des Petits Champs 75002 Paris Téléphone : 01 48 07 50 00 Télécopie : 01 48 07 50 10 www.manuscrit.com contact@manuscrit.comISBN : 2-7481-3903-8 (fichier numérique) ISBN : 2-7481-3902-X (livre imprimé)
L'orgueil des humbles
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CLAUDINE
Albert Hamou
Laisse-toi aller, juste un moment de détente, fais le vide, recharge tes accus. Armand se parle à lui-même, à voix haute, l’habitude de vivre seul. Il s’étend sur son lit, murmure quelques vers deLa Chanson du mal-aimé, doucement son esprit s’évade. Il se souvient de Santa-Cruz, la montagne qui domine la ville, où il allait se promener, lorsqu’il était adolescent. Quel désir soudain l’assaille de revoir cette montagne, qu’il sait qu’il ne reverra plus ? Le chagrin l’étrangle, une larme roule sur sa joue. Reprends-toi, c’est la fatigue qui te rend nostalgique, repose-toi un bon coup, ça ira mieux tout à l’heure ! Alors qu’il sombre dans une demi inconscience, apparaissent des amandiers en fleurs. En a-t-il vu, le long de la route qui mène de Tlemcen à Marnia, de ces amandiers qui, aux premiers jours de février, se parent de fleurs blanches, de fleurs roses ou mauves, telles d’immenses aquarelles sur fond de ciel transparent comme un saphir ! Et les palmiers du boulevard Gallieni, et ceux de la Cité des Palmiers, et les mûriers où il grimpait en compagnie de son frère Henry pour cueillir les feuilles dentelées dont ses vers à soie n’étaient jamais rassasiés, les mûriers de la Montañica, qui couvraient de leur ombre les rives du Petit Ruisseau, ce
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minuscule filet d’eau qui chuchotait son chant monotone, parsemé de boutons d’or aux cinq pétales. Et les figuiers qui exhalaient leur parfum pénétrant, ah ! le parfum des figuiers ! Et les chênes-lièges de la forêt de Timsédart, les pins de Santa-Cruz, les oliviers centenaires aux troncs noueux, aux feuilles argentées, les cactus qui donnaient à profusion les figues de Barbarie, les chumbos (prononcer tchoumbôss, avec l’accent tonique sur la première syllabe) comme on disait à Oran, que l’on consommait au coin des rues, deux sous pièce, trois pour cinq sous. A Oran, la première quinzaine de février est la période la plus sereine de l’année. Pas de pluie, la brise est légère, il fait tout juste frais, l’hiver marque une pause. Soudain, à partir du 16, les vents d’ouest chargés de nuages reprennent force, il pleut, il vente presque tous les jours. Février 1940. Armand vient d’avoir quatorze ans. Taille moyenne, plutôt maigre, cheveux noirs. Il trouve que les filles sont belles, lui ne se trouve pas beau, il n’aime pas se regarder dans une glace, sauf pour se coiffer, bien obligé, ajuster la raie sur le côté gauche, essayer de donner un minimum d’harmonie à l’allure générale de ce visage qu’il voudrait autre. Sa mère ne lui a-t-elle jamais dit, quand il était enfant, qu’il était beau comme disent toutes les mères à leurs chers petits quand bien même ce sont d’authentiques laiderons ? Il ne sait, sa mémoire le trahit, il y a si longtemps, bientôt dix ans, que sa mère est morte. Dès le premier jour, Armand a aimé l’école. L’école c’est la distraction, le lieu qui permet d’oublier, où commence l’aventure de la vie, la rencontre d’enfants et d’adultes, l’apprentissage de
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l’écriture, des lettres dont il reconnaît à chacune un visage, qu’il s’applique à dessiner, à apprivoiser, à conquérir, à assembler, bientôt la découverte de mots qui s’offrent à lui comme autant de mondes mystérieux, renfermant chacun une infinité de possibles. Le maître, la maîtresse sont, à ses yeux de myope, des êtres lointains, nimbés d’une aura mythique. Sa mère était institutrice. Les années ont succédé aux années, Armand est entré au Lycée, il conserve, de la communale, le souvenir d’un maître qu’il vénère, M. Vicente, toujours disponible, proche de ses élèves, sachant cependant maintenir entre eux et lui une distance que nul ne se serait permis de franchir. En sixième, au Lycée, il a commencé à étudier le latin, séduit par la rigueur de la grammaire, par la construction de la phrase latine, toutes choses qui s’ordonnent à merveille dans sa tête. Les démonstrations mathématiques, l’enchaînement des propositions par la vertu desquelles s’élaborent les théorèmes l’enchantent. Février 40, il est en quatrième A, au Lycée Lamoricière. Depuis la rentrée d’octobre, il étudie le grec. Les études ne coûtent guère, l’enfant bénéficie d’une bourse d’études. Armand a fréquenté pendant quelque temps, à l’approche de ses treize ans, les Éclaireurs Israélites de France, il a appris des jeux, il a participé aux sorties du dimanche, il a chanté, avec les autres, quand arrivait l’heure de se séparer,
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Faut-il se quitter sans espoir, Sans espoir de retour ? Faut-il se quitter sans espoir De se revoir un jour ? Ce n’est qu’un au revoir, mes frères etc. Formons de nos mains qui s’enlacent Au déclin de ce jour, Formons de nos mains qui s’enlacent Une chaîne d’amour. Ce n’est qu’un au revoir, mes frères etc. Il a campé pendant quelques jours, du côté de la Forêt de M’Sila, non loin de Misserghin, couchant sous la tente, baignant en pleine nature. La nuit, autour du feu de camp, on chantait : You-kaïdi, you-kaïda, you-kaïdi-kaïdi-kaïda, You-kaïdi, you-kaïda, you-kaïdi-kaïda. Ou encore : Jadis vivait au fond d’un marécage, Laïtou, Laïtou, Laïtou la-la, Une jeune grenouille aussi belle que sage, Laïtou la-la, laïtou la-la, laïtou la-la,et d’autres chants du même tonneau. C’était sympathique, décontracté au possible, on disait des blagues, on riait pour un rien, on se faisait des niches. Et puis, honneur suprême, moment décisif, son chef de patrouille a dit à Armand qu’il allait, lui aussi recevoir un totem, ce nom d’animal censé caractériser
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