La chair et le néant

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Suite à une rupture sentimentale Sylvain peine à se remettre en selle. Sa rencontre avec Laetitia, une étudiante, ne l’aide pas vraiment : il persiste à tout passer au crible de l’analyse, surtout lorsqu’il partage son lit, alors que ces moments devraient lui redonner goût à la vie. L’amour physique lui apparaît désormais comme un tour de magie à l’astuce éventée.
S’ajoutent à cela des hallucinations et des colères violentes contre le système d’aliénation médiatique qui le décident peu à peu à passer à l’action.
N’aspirant plus à mener une vie rangée dans les cases standards de l’accession à la propriété et de la conjugalité, il se rend à Paris pour y éliminer Merlin, animateur autoproclamé « le plus débile de la télé ». Un des pires responsables selon Sylvain de la tyrannie économique que nous subissons. Mais tel le Feu follet de Drieu La Rochelle, il perdra toutes ses illusions au cours de cet ultime tour de piste.
Au terme d’un périple qui le mènera entre autres au planétarium et entre les bras d’une fille perdue, il découvrira la nature du principe qui nous conduit tous, de la chair, au néant.
Sylvain Lapo est professeur de philosophie à Amiens. Il collabore au journal Fakir depuis sa création. La chair et le néant est son premier roman.

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Date de parution 01 février 2015
Nombre de visites sur la page 45
EAN13 9782359626896
Langue Français

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Résumé Suite à une rupture sentimentale Sylvain peine à se remettre en selle. Sa rencontre avec Laetitia, une étudiante, ne l’aide pas vraiment : il persiste à tout passer au crible de l’analyse, surtout lorsqu’il partage son lit, alors que ces moments devraient lui redonner goût à la vie. L’amour physique lui apparaît désormais comme un tour de magie à l’astuce éventée. S’ajoutent à cela des hallucinations et des colères violentes contre le système d’aliénation médiatique qui le décident peu à peu à passer à l’action. N’aspirant plus à mener une vie rangée dans les cases standards de l’accession à la propriété et de la conjugalité, il se rend à Paris pour y éliminerMerlin, animateur autoproclamé « le plus débile de la télé ». Un des pires responsables selon Sylvain de la tyrannie économique que nous subissons. Mais tel le Feu follet de Drieu La Rochelle, il perdra toutes ses illusions au cours de cet ultime tour de piste. Au terme d’un périple qui le mènera entre autres au planétarium et entre les bras d’une fille perdue, il découvrira la nature du principe qui nous conduit tous, de la chair, au néant. Sylvain Lapo est professeur de philosophie à Amiens. Il collabore au journalFakir depuis sa création.La chair et le néantest son premier roman.
Sylvain Lapo LA CHAIR ET LE NÉANT Roman ISBN : 978-2-35962-689-6 Collection Blanche ISSN : 2416-4259 Dépôt légal Février 2015 ©couverture Ex Aequo ©2015 Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction intégrale ou partielle, réservés pour tous pays. Toute modification interdite. Éditions Ex Aequo 6 rue des Sybilles 88370 Plombières les bains www.editions-exaequo.fr
À mes parents, qui m’ont fait chair et sorti du néant.
« Tous les sentiments puisent leur absolu dans la misère des glandes ». Cioran
1
J’ai renpez-vous avec un coPain, Marc, l’archétyPe même pu beau brun aux yeux bleus. Il a Promis pe me ponner le téléPhone p’une fille pisPonible et Peu farouche. D’aPrès lui elle me pistraira « à couP sûr » pe mon récent célibat. Renpez-vous a été Pris chez son emPloyeur : La brasserie Jules, un restaurant guinpé où on sert pes capavres pe mollusques sur pe vastes Plateaux en faisant pes manières. Serveur, sépucteur, il a eu pe nombreuses occasions p’emPrunter pes canaux vaginaux. Son Portable pégouline pe numéros aux cheveux longs. Me refiler celui p’une sirène qu’il a péjà harPonnée n’est ponc Pas pe la générosité pe sa Part, Plutôt une façon p’entretenir notre amitié à moinpres frais. — Tiens, me fait-il, je suis Pressé, c’est le service. Je glisse le PaPier pans ma Poche sans même le regarper. Marc m’éPargne bien pes efforts. Nous pevons aujourp’hui Pour « aimer » nous péPlacer vers p’autres corPs en traversant pes pistances relationnelles consipérables, pes océans p’inpifférence. C’est pu moins ce que m’ont aPPris mes quelques tentatives pans ce pomaine. Et Puis, aPrès ce que je viens p’enpurer, Peu m’imPorte les asPects Psychologiques pu moment que le corPs en question soit joli. On assouPlit volontiers son caractère Pour pes comPensations fessières ou mammaires. Je m’attarpe un moment Pour consipérer à mon aise mon Proche entourage : les convives sont attablés et s’aPPrêtent à interPréter Pour la énième fois la comépie pu rePas gastronomique. APProbation pu vin Par le client feignant l’exPertise mais se pélectant avant tout p’être Placé en Position pe connaisseur. Service chichiteux pes Plats. Granpiloquence pe la carte. rès pe moi, peux vieilles Poules au goitre ripé Picorent à bons couPs pe bec pans la conversation. Assis Près pe l’une p’elles, un jeune homme qui, au vu pe leur ressemblance, poit être son fils. Ainsi elle a Prévu une assurance sur le néant. Il a hérité pe quelques-uns pe ses gènes en échange pe quoi, aPrès sa pécomPosition, il continuera à la faire subsister sous forme pe traces chimiques résipuelles sur pes neurones mnésiques pans un coin pe son esPrit. Je m’assois à une table laissée libre Près pe la fenêtre et commanpe un aPéritif. Marc, l’air enthousiaste, me l’aPPorte fissa. — Tu n’as Pas l’air Pressé aujourp’hui ? — Contrairement à toi j’ai Pas tout un harem à combler. — Console-toi, tu vas bientôt t’amuser. — Au cas où tu l’aurais oublié tu me Parles p’une fille là, Pas p’un jeu. — APPelle-la tout pe suite. Je te coache si tu veux. — Tu crois Pas que t’abuses ? Allez, lâche-moi maintenant, c’est bon. Marc s’éloigne en mâchonnant son envie pe m’en réPliquer une. Je crois l’entenpre marmonner : — Eh bien mange-le si c’est bon ! Mais visiblement il n’a Pas le temPs Pour une pisPute. Qu’est-ce qui m’a Pris au juste ? Est-ce Parce que j’ai pécelé pans son intonation la Pointe pe conpescenpance pe l’exPérimenté pésireux pe se mettre en valeur ? Ou alors l’insuPPortable terme qu’il a utilisé « coaché » Promu Par Télé.1, énième couP p’État pu lexique mépiatique qui s’imPose à la subjectivité pu Public. Je pois être à cran en tout cas Parce qu’il n’y a quanp même Pas pe quoi s’énerver. À ma gauche, un taureau aux yeux noirs et au front court crache sa fumée Par les naseaux en murmurant pes bisous et autres sucreries à son Portable. Curieusement il ne cesse pe froncer ses sourcils broussailleux en Propiguant ses pouceurs. ImPossible pe Paraître content avec pes sourcils Pareils. Devant moi un couPle. Lui Porte un toast à elle, « à tes vingt ans », au jugé, elle a péjà pu Plomb oxypatif pans l’aile et poit Plutôt en avoir trente-cinq ou quarante.
Je me pis qu’il y a aussi « une femme qui aime le borpeaux ne Peut Pas être comPlètement mauvaise », Peut-être même lui souffle-t-il pans l’intimité « pe quoi remPlir la main p’un honnête homme », toutes ces exPressions qui traînent pans les familles, les séries, les lieux pe travail, qu’on ramasse « histoire pe pire » et pont on va se servir Parce qu’on n’a Plus rien à pire ou Plus le courage pe se pire. *** Assez vu et entenpu, j’achète la Paix à Marc avec peux euros pe Pourboire et sors raPipement sans même être attenpri Par les Plaintes pu vent que lacèrent les arêtes vertes et métalliques pes lettres Jules pe la pevanture.
2
Dn seul être vous manque… Vous connaissez la suite. Je traverse des rues désertes. C’est l’heure du repas. Aux façades de briques décrépies succèdent des immeubles gris. Pour ranger sa vie on a le choix entre les maisons individuelles et les appartements locatifs. Les premières m’effraient : les maisons sont des pyramides pour prolétaires cadres ou employés, pharaons d’un royaume domestique. On y fixe son existence. On y anticipe sa retraite. C’est là, à l’ombre de murs bien à soi que l’on va continuer à baiser, bouffer et déféquer jusqu’au terme de sa vie dans les mêmes m². C’est cela faire partie des choses moyennes : avoir une maison à soi et puis mourir. Certaines d’entre elles s’appellent Phénix, on s’y enterre de son vivant. Mais l’appartement c’est pas mal non plus : une boîte aux murs si fins qu’ils vous condamnent à la misère sonore. Les offices HLM nourrissent une passion immodérée pour le placoplâtre, retour rapide sur investissement oblige. Grâce à quoi on peut entendre les pas, les éclats de voix les plus aigus et la pisse des voisins qui coule au-dessus de votre tête en baptêmes multiples et humiliants. e temps à autre un déménagement, soulagement inespéré pour une vacance acoustique toujours trop brève. Puis vient quelqu’un d’autre. Changer de voisin c’est changer de bourreau. epuis que Sandra m’a quitté, moi qui suis déjà d’un naturel taciturne, sans grande surface sociale, j’ai assisté presque en spectateur à un origami psychologique d’un genre particulier : je me suis replié sur moi-même jusqu’à limiter mes contacts sociaux au strict nécessaire. J’ai décidé de ne pas recourir aux antidépresseurs, autant par conviction (hors de question de me camer pour engraisser les labos pharmaceutiques tout en modifiant par des prises standard, à savoir prescrites à l’aveuglette par un généraliste, mon délicat équilibre neuro-chimique) que par curiosité : l’état dans lequel je me trouve, est-ce de la dépression post-conjugale ou une lucidité retrouvée ? Ce qui est sûr c’est que je considère depuis la réalité d’un regard neuf. Les immeubles et maisons que je longe pour rentrer m’apparaissent comme de longs rubans ininterrompus et cimentés. Dne succession de cubes de béton remplis d’égoïsmes humains. C’est là que les vies résident pour faire face aux images cathodiques. ans la rue les corps se déplacent dans de la tôle posée sur du caoutchouc rond et noir vers un « domicile » c’est-à-dire la place qu’ils ont conquise grâce à leurs efforts salariés et que le hasard et les circonstances leur ont assignée. Je sens que je suis à la veille de faire de grandes découvertes. En arrivant j’ouvre ma boîte aux lettres, modèle réduit du rectangle où j’abrite ma vie. es annonces de catalogue – 30, – 40 % sont censées me convaincre que je suis l’objet d’une sollicitude toute particulière de la part des sociétés de VPC. Elles devraient titiller mon sens des affaires et m’inciter à bénéficier sans vergogne de l’absence de droit du travail dans des contrées lointaines mais je n’ai besoin de rien. La plupart des tissus et objets vendus dans ces catalogues sont en effet fabriqués par des esclaves, je l’ai vu dans Capital en dégustant mes habituels ris de veau du dimanche. Comme la plupart de mes co-téléspectateurs cela ne m’empêche nullement de passer commande de temps à autre sans toujours penser aux jeunes Thaïlandais exploités, histoire de sacrifier juste le minimum au rituel des apparences c’est-à-dire au renouvellement périodique des textiles dont nous revêtons notre corps. C’est là la règle tacite
sans l’observance de laquelle, quiconque, selon son métier, risque de la simple désapprobation à la disqualification sociale. Je referme ma porte blindée et tire le papier froissé de ma poche. Laetitia… Comment faut-il faire pour l’aborder, la convaincre au moins pour un café ? Je suis resté trop longtemps avec Sandra, une relation aux rouages huilés par l’habitude. Ça ne sert à rien de tergiverser. — Allô, Laetitia ? — Oui ? — On ne se connaît pas, c’est Marc qui m’a donné ton tel. — Et alors, qu’est-ce que tu veux ? Son timbre de voix profond et sensuel me cloue sur place et m’empêche de masquer mes intentions. — Eh bien je vais y aller direct. Je suis seul en ce moment et puisque Marc m’a appris que c’était ton cas aussi, je me disais qu’on pourrait peut-être faire connaissance. — Putain t’es gonflé, et qui te dit que j’ai pas déjà trouvé un remplaçant ? ésolé t’arrives… trop tard. Enfin… Bon… ça ne doit pas nous empêcher de nous rencontrer. Si t’es un ami de Marc t’es forcément quelqu’un d’intéressant. iastole et systole s’emballent brusquement, elle a des intonations si sexualisées et féminines qu’on a l’impression de s’entretenir directement avec ses hormones. — À 17 heures j’ai un trou si ça te dit. — OK. Pas très spirituelle mais dénuée de scrupules, après tout c’est ce que je recherche non ? Dn contact avec son épiderme et peut-être quelques muqueuses auxquelles, avec un peu de chance, elle me donnera accès. En ai-je si envie pourtant ? Tout d’un coup je n’en suis plus si sûr. Et puis même si elle a l’air plutôt bien disposée il faudra encore la convaincre, lui parler. La semaine dernière j’ai vu une pub pour les Pages Jaunes avec une bonnasse brune incroyable comme on peut seulement en trouver dans ce genre de spot. Je m’étais demandé alors ce qu’il aurait fallu pour pouvoir approcher une fille pareille. u matériel lexical bas de gamme truffé de slogans de la dictature médiatique : « c’est d’la balle », « c’est chaud », « truc de ouf ». Les mots, je l’ai remarqué, jouent de moins en moins un rôle décisif dans l’annulation de la distance entre les corps. En revanche un matériel corporel et vestimentaire de qualité est indispensable. Je suspends donc mon cynisme désenchanté au cintre et en décroche ma veste préférée du genre borsalino. Poussé par une curiosité morbide, je consulte avant ma douche la page d’accueil e-baudet de mon portable pour y découvrir les résumés des nouveaux films proposés au téléchargement. L’Internet haut débit est devenu un lien de contention supplémentaire avec la télévision et la téléphonie pour que les vies débordent le moins souvent possible hors de leur case. Tous les disques et films sont à disposition « d’un simple clic ». Pourquoi donc sortir si on vit en couple ? Et pour ceux qui vivent seuls et qui éprouvent le besoin des autres, il y a les deux membres de l’alternative, aventureuse : la boîte de nuit, ou lâche : les sites de rencontre ou le porno, à voir dans sa boîte, de nuit comme de jour : son chez soi. Le porno : une mauvaise réponse à une question insoluble, celle du désir. Chaque jour une « nouveauté » se propose d’éponger les libidos solitaires qui ne peuvent plus se contenir. Je lis le descriptif de la dernière en date dont le romantisme raffiné, digne d’un Lamartine, se présente comme une synthèse hardie de plusieurs siècles de littérature amoureuse : « Tout ce qu’il faut pour passer un bon moment. La jeune salope est brune. Elle se fait tout d’abord barbouiller la gueule de salive pendant qu’elle se caresse la chatte. Il la brutalise ensuite et enfonce sa petite culotte en dentelles dans le fond de son vagin… ». Je n’ai pas très envie d’aller plus loin. Comment en est-on arrivé là ? En tout cas ce qui est sûr c’est que j’ai du mal à souscrire pleinement à la conclusion du résumé : « bref une vidéo à ne pas manquer ». Je pense au contraire qu’on peut aisément se passer de cette espèce de saloperie. Voilà quelles sortes de propositions sont formulées quotidiennement aux imaginaires connectés à l’ASL. Ces vidéos détériorent-elles le tissu social ou est-ce parce qu’il devient