La chasse au chastre et autres nouvelles humoristiques

La chasse au chastre et autres nouvelles humoristiques

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Français
309 pages

Description

Un recueil de textes rassemblés pour la première fois, où l'on apprend que notre grand Dumas fut aussi un nouvelliste d'une verve souvent drolatique.


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Date de parution 30 août 2017
Nombre de lectures 4
EAN13 9782330089610
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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couverture

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Présentation

LA CHASSE AU CHASTRE

Qui ne connaît au moins un roman d'Alexandre Dumas ? En revanche, on ignore souvent qu'il est aussi un maître dans l'art de la nouvelle dont il a abordé avec un égal bonheur les différents registres : historique, réaliste, fantastique, humoristique.

Pour ce dernier genre, il n'existait encore aucun recueil de ses textes. Disséminés dans des journaux de son époque, dans ses Mémoires, ou intercalés dans ses récits de voyage, ils n'avaient jamais fait l'objet d'une publication spécifique. Le présent livre constitue donc une première éditoriale.

Des mésaventures de l'Anglais maladivement timide à l'académicien gâteux, du roublard saint Joseph mystifiant Dieu à la violente satire du colonialisme français en Algérie, des cauchemars de Mocquet confondant rêve et réalité à l'époustouflante et mythique chasse au chastre, comment résister à la verve allègre et au grand rire de Dumas ?

DANIEL ZIMMERMANN

Ardent connaisseur et zélateur de l'œuvre, auteur d'un Alexandre Dumas le Grand (biographie parue chez Julliard en 1993), Daniel Zimmermann a rassemblé et présenté les dix nouvelles de ce recueil.

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Collection dirigée par Hubert Nyssen et Sabine Wespieser

 

© ACTES SUD, 1995

pour la présente édition

ISBN 978-2-330-08961-0

 

Illustration de couverture :

Anonyme, Dumas, impressions de voyages

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La chasse au chastre et autres nouvelles humoristiques
 

ALEXANDRE DUMAS

 

 

LA CHASSE

AU CHASTRE

 

ET AUTRES NOUVELLES HUMORISTIQUES

 

 

Présentées par Daniel Zimmermann

 

 

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PRÉSENTATION

 

Même s'il recommandait de mêler le burlesque au tragique, le mouvement romantique n'est pas dépeint dans les manuels de littérature comme particulièrement hilarant. Pourtant, en créant en 1829 le drame historique avec Henri III et sa cour, un an avant l'Hernani de Victor Hugo, puis en inventant en 1831 le drame social avec Antony, Alexandre Dumas avait déjà inséré des moments comiques dans ces deux pièces. Sans cesser d'écrire pour le théâtre, il s'était ensuite attaqué à des “scènes historiques” racontant, comme s'il s'agissait de fictions, des événements bien réels des siècles passés. “Dès ce moment, note-t-il dans ses Mémoires, éclatèrent dans ces essais mes deux principales qualités, celles qui donneront dans l'avenir quelque valeur à mes livres et à mes pièces de théâtre : le dialogue, qui est le fait du drame ; le récit, qui est le fait du roman.” Toutefois, ajoute-t-il, “à cette époque, je n'avais pas encore découvert en moi deux autres qualités non moins importantes, et qui dérivent l'une de l'autre : la gaieté, la verve amusante [...]. D'ailleurs, à cette époque, j'aurais reconnu cette merveilleuse qualité de la gaieté, que je l'eusse renfermée au fond de moi-même, et cachée avec terreur à tous les yeux.

Alors, la seule gaieté permise était la gaieté satanique, la gaieté de Méphistophélès ou de Manfred.

Goethe et Byron étaient les deux grands rieurs du siècle.

J'avais mis, comme les autres, un masque sur mon visage. Voyez mes portraits de cette époque-là : il y en a un de Devéria, fait en 1831, qui peut parfaitement, et avec quelques modifications, devenir le portrait d'Antony.

Ce masque, au reste, devait tomber peu à peu, et laisser mon visage à découvert dans les Impressions de voyage.” Et c'est bien de celles-ci que sont extraites principalement les nouvelles du présent recueil. Dumas n'a d'ailleurs guère tardé à en écrire. Pendant l'été 1832, il excursionne en Suisse. Il en rapporte une riche moisson de textes variés qu'il fait paraître par livraisons successives dans la Revue des Deux Mondes. Ainsi en est-il de l'“Histoire de l'Anglais qui avait pris un mot pour un autre”, nouvelle qui deviendra un chapitre de En Suisse lors de la réunion des impressions de ce voyage en volume.

Pour Dumas, “voyager, c'est vivre dans toute la plénitude du mot ; c'est oublier le passé et l'avenir pour le présent ; c'est respirer à pleine poitrine, jouir de tout, s'emparer de la création comme d'une chose qui est sienne”. Ce qui permet “une liberté épistolaire presque sans limite”. En cours de route, il se déclare possédé par “une rage de questions”. Il veut tout voir, tout savoir des habitants, des curiosités locales et des traditions. Il glane des anecdotes et des légendes parce qu'il sait écouter, mais aussi parce qu'il n'hésite pas à en extorquer, fût-ce contre argent. Ainsi paie-t-il cinq francs à un batelier la véritable histoire de Ponce Pilate ! C'est sans doute en janvier 1835, lors d'un premier séjour à Marseille, qu'il entendit parler de la mythique “Chasse au chastre”. Peut-être est-ce son ami Joseph Méry qui la lui raconta. Toujours est-il que ce dernier produira également une nouvelle sur ce thème en 1853. La version, beaucoup plus drôle, de Dumas, est très antérieure. Publiée dans la Presse en 1841, elle sera plus tard insérée dans les impressions de voyage intitulées Midi de la France. “Saint Joseph” et “Le miracle de saint Janvier*” figurent dans celles dénommées le Corricolo. Elles datent de la même époque. Dumas les écrit alors qu'il séjourne à Florence en 1842, mais il est probable qu'il en recueillit la matière lors d'un voyage à Naples sept ans auparavant.

En 1846, la première guerre d'Algérie touche à sa fin, en dépit de l'ultime résistance d'Abd el-Kader. Le gouvernement de Louis-Philippe cherche à recruter des colons. Salvandy, le ministre de l'Instruction publique, a la riche idée d'envoyer Dumas en mission au Maghreb à bord du Véloce, un navire de guerre mis à sa disposition. De son voyage, il rapportera bien quelques volumes d'impressions et “sur trois millions de lecteurs qu'il aura, peut-être donnera-t-il à cinquante ou soixante mille le goût de l'Algérie”. On ignore le nombre exact de vocations que suscita la parution du Véloce, mais la satire contenue dans le chapitre intitulé “Arabes et Français” peut être considérée comme le premier texte littéraire anticolonialiste de langue française.

Après le coup d'Etat de Louis Napoléon Bonaparte, Dumas réside en Belgique de 1852 à 1854. Il n'est pas un exilé politique, encore qu'il accueille chez lui des proscrits républicains. Simplement, il a fui Paris pour ne pas être emprisonné pour dettes. Entre autres chefs-d'œuvre, il compose donc à Bruxelles ses immenses Mémoires, dont sont extraits “Comme Piron**”, cette histoire d'un académicien français et gâteux, “Bobino**”, le chasseur malchanceux, et “Le cauchemar de Mocquet”, ce garde du général Dumas, le père d'Alexandre. C'est encore à Bruxelles qu'est écrit “Le curé de Boulogne”, une nouvelle isolée publiée dans le journal la Presse. Enfin, pour clore cette chronologie, “Un voyage à la lune”, où l'on retrouve le cauchemardé Mocquet, date de 1857 et paraît dans le Monte-Cristo, un hebdomadaire littéraire entièrement rédigé par le seul Alexandre Dumas.

Jusqu'à présent, ces dix nouvelles humoristiques n'avaient jamais été réunies en recueil. Leur présentation n'a guère été désopilante. Alors, maintenant, place à la verve et au grand rire d'Alexandre.

 

DANIEL ZIMMERMANN


* Titre donné par le présentateur à ce texte extrait d'un chapitre du Corricolo intitulé “Saint Antoine usurpateur”. Sauf mentions particulières, les autres titres des nouvelles de ce recueil sont d'Alexandre Dumas.

** Titre du présentateur.

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LA CHASSE AU CHASTRE ET AUTRES NOUVELLES HUMORISTIQUES

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HISTOIRE DE L'ANGLAIS QUI AVAIT PRIS UN MOT POUR UN AUTRE

 

En Suisse alémanique, lors d'une promenade en montagne, Dumas et son guide Francesco rencontrent un Anglais dont la calèche a versé. Dumas s'étonne que ce dernier ait emprunté un sentier non carrossable. L'Anglais explique qu'il s'est pourtant renseigné à ce sujet auprès d'autochtones. A sa question, les gens ont éclaté de rire et répondu par l'affirmative. En fait, il a pris un mot pour un autre en baragouinant allemand et il a demandé si un Vogel (oiseau), au lieu de Wagen (voiture), pouvait escalader cette montagne sans encombre.

 

Lorsque la voiture fut relevée, le cocher prit les chevaux par la bride et les conduisit en main. L'Anglais, Francesco et moi marchâmes en avant, et, comme le chemin était plus commode pour deux jambes que pour quatre roues, nous arrivâmes à Steinbach un quart d'heure avant l'équipage. Nous employâmes ce quart d'heure à chercher un charron pour réparer le dommage arrivé à la calèche de notre gentleman ; mais le charron était un personnage inconnu, un mythe fantastique, un être de raison à Steinbach, où, de mémoire d'homme, aucune voiture ne s'était avisée de paraître, et où celle dont nous précédions le retour avait occasionné, à son passage, un étonnement général. L'Anglais, qui paraissait fort timide, était tout abattu de sa déconvenue ; son visage devenait alternativement pâle et cramoisi, sa langue embarrassée continuait de balbutier ; enfin tous les signes d'une gêne extrême étaient chez lui si visibles, que je commençais à craindre que ce ne fût ma présence qui la lui causât. Aussi m'empressai-je de lui dire que, s'il n'avait pas autrement besoin de nous, nous étions prêts à prendre congé. Il fit alors, pour nous retenir, quelques efforts si maladroits, que je fus d'autant plus confirmé dans mon opinion, et que, le saluant, je continuai ma route.

Je m'arrêtai à Winkel. J'avais fait à peu près sept ou huit lieues de France, et je n'étais pas fâché de me reposer un instant. J'envoyai Francesco à la recherche d'une carriole quelconque pour me brouetter jusqu'à Lucerne, qui était encore éloignée de deux ou trois milles d'Allemagne, qui équivalent à quatre ou cinq lieues de France. Pendant qu'il courait le village, je commençai mes perquisitions dans l'hôtel, et je découvris à grand-peine une gélinotte, que l'aubergiste comptait probablement garder pour une meilleure occasion, et qu'il ne me céda que parce que, pour couper court à la contestation, je me mis à la plumer moi-même. Ce rôti, joint à des œufs accommodés de deux manières différentes pour varier l'entremets, m'offrait encore la perspective d'un dîner assez confortable.

Au moment où on le dressait dans la salle à manger, mon Anglais arriva avec sa voiture à moitié démantibulée, et, entrant dans la première pièce, il demanda si on pouvait lui donner à dîner ; ce à quoi l'hôtelier répondit qu'il venait d'arriver un Français qui avait tout pris. Cette nouvelle parut porter à notre gentleman un coup si douloureux, que j'oubliai à l'instant la manière peu gracieuse dont il m'avait remercié de la peine que j'avais prise en remettant sur pied sa voiture, et que, allant à lui, je lui offris de partager mon festin. Après être devenu tour à tour cinq ou six fois pâle et cramoisi, après s'être essuyé la sueur qui, malgré un air assez frais, coulait de ses cheveux sur son front, mon original accepta, et se mit à table avec une gaucherie si grande, que je commençai à croire qu'il n'avait pas l'habitude de prendre ses repas de cette manière ; pendant que je cherchais dans mon esprit à deviner celle qu'il pouvait avoir adoptée, Francesco rentra, et me dit en italien qu'il n'avait point trouvé la moindre charrette.

– Ainsi, m'écriai-je, nous allons être obligés de continuer notre route à pied, hein ?

– Oh ! mon Dieu, oui, fit Francesco.

– Que le diable emporte ce pays ! on n'y trouve rien que ce qu'on y apporte ; et encore, continuai-je en montrant la voiture de l'Anglais, qu'on était en train de raccommoder, ce qu'on y apporte s'y casse !

– Mais, dit mon convive, si j'osais...

– Quoi, monsieur ?

– Vous offrir une place dans ma calèche.

– Osez, pardieu !...

– Vous accepteriez ?

– Comment, si j'accepterais ? mais avec reconnaissance.

– Je voulais vous en parler ce matin, continua l'Anglais, lorsque je vous ai rencontré ; mais j'étais si embarrassé...

– De quoi ?

– De ma position.

– Comment ! parce que vous aviez versé ? Eh bien, mais c'est un malheur qui peut arriver au plus honnête homme du monde, quand il est dans de mauvais chemins ; il n'y a pas de quoi être embarrassé pour cela.

– Ah ! je vous remercie de me mettre à mon aise ; cela me fait du bien.

– Comment ! je vous intimide ? Vous êtes bien bon, par exemple ! Voulez-vous ôter votre habit ?

– Je vous remercie, je n'ai pas trop chaud.

– Vous suez à grosses gouttes.

– C'est que mon potage était bouillant.

– Il fallait souffler dessus ou attendre.

– Vous aviez déjà mangé le vôtre, et je voulais vous rattraper.

– Oh ! nous avons le temps ! Que ne me disiez-vous que vous vouliez marcher d'ensemble ? Je vous aurais attendu. Mais vous comprenez donc l'italien ?

– Parfaitement.

– S'il vous était égal de le parler avec moi, au lieu de votre anglais dont je comprends un mot sur quatre, hein ?

– Je n'oserais pas.

– Voyons, essayez : volete ancora un pezzo di questa pernice ? Eh bien, qu'avez-vous donc ?

– Rien, rien, dit l'Anglais devenant cramoisi et frappant du pied, rien.

– Mais si, vous vous étranglez. Attendez, attendez, je vais vous frapper dans le dos : là... là... buvez par là-dessus, buvez... bien ; ça va mieux, n'est-ce pas ?

– Oui.

– Eh bien, qu'est-ce que vous avez eu ? Voyons.

– Votre question m'a surpris.

– Elle n'avait rien d'inconvenant, cependant ; je vous demandais si vous vouliez encore de la gélinotte.

– Oui ; mais vous demandiez cela en italien ; j'ai voulu vous répondre dans la même langue, et ça m'a fait avaler de travers.

– Dites donc, je vous conseille de vous défaire de cette timidité-là ; ça doit être gênant, à la longue.

– Je vous en réponds, monsieur, me dit l'Anglais d'un air profondément triste.

– Eh bien, mais il faut vous guérir.

– C'est impossible ; depuis que je me connais, je suis comme cela ; j'ai fait tout ce que j'ai pu pour vaincre cette malheureuse organisation, et j'ai fini par renoncer même à l'espoir. C'est pour cela que je voyage ; j'ai fait tant de bévues en Angleterre que j'ai été obligé de quitter Londres ; mais, comme vous voyez, ma malheureuse timidité me suit partout ; elle est cause que, ce matin, je vous ai fait une impolitesse ; qu'en commençant de dîner, j'ai avalé mon potage trop chaud, et que, tout à l'heure, j'ai manqué de m'étrangler en voulant vous répondre en italien, ce qui était cependant bien facile. Ah ! je suis bien malheureux, allez !

– Vous êtes riche, ce me semble ?

– J'ai cent mille livres de rente.

– Pauvre garçon !

– Oui ; eh bien, j'en donnerais soixante-quinze mille, voyez-vous, quatre-vingt mille ; je donnerais tout pour être un homme comme un autre : eh bien, avec ce que je sais, je me créerais une existence honorable, je me ferais une réputation peut-être, tandis que, avec mes cent mille livres de rente et ma bêtise, je mourrai du spleen.

– Oh ! bah !...

– C'est comme je vous le dis. Vous ne savez pas, vous ne pouvez pas savoir ce que c'est que d'être convaincu qu'on a une valeur égale au moins à celle des autres hommes, et de voir des gens sur lesquels on a la conscience de sa supériorité, l'emporter sur vous en toutes choses, passer pour instruits, et vous pour ignorant ; pour spirituels, et vous pour imbécile ; vous écarter des maisons dans lesquelles ils s'impatronisent, et où quelquefois vous auriez eu grande envie de rester. Plus tard, allez, si j'ose vous conter mes chagrins, vous comprendrez ce que j'ai souffert avec mes cent mille livres de rente, que le diable emporte ! puisqu'elles ne m'ont jamais rien apporté que des déboires et des humiliations.

– Contez-moi la chose tout de suite, cela vous soulagera.

– Je n'ose pas encore.

– Allons donc ! vous vous maniérez.

– Regardez-moi, et voyez comme je deviens pourpre rien que d'y songer.

– Effectivement, vous avez l'air d'un coquelicot.

– Eh bien, voyez-vous, quand je sens que je deviens comme cela, ce que j'ai de mieux à faire, c'est de me sauver.

– Ne vous sauvez pas, je courrais après vous.

– Pour quoi faire ?

– Pour savoir votre histoire ; j'en fais collection.

En ce moment, l'hôte entra. Le dîner était fini, la calèche raccommodée ; je demandai la carte. L'Anglais tira une bourse pleine d'or de sa poche, et la tourna et la retourna entre ses mains.

– Qu'est-ce que vous faites là ? lui dis-je.

– Eh bien, mais il me semble...

– Il me semble que je vous ai invité à vous mettre à ma table, et que, puisque je suis l'amphitryon, c'est à moi de payer ; d'ailleurs, je veux pouvoir me vanter d'avoir donné à dîner à un homme ayant cent mille livres de rente.

– Très bien ; mais à la condition que vous souperez avec moi.

– Comment ! mais avec le plus grand plaisir : seulement, vous me permettrez de me charger du punch.

– Et pourquoi cela ?

– Parce que je veux le faire de manière à ce qu'il vous délie la langue. Vous êtes-vous jamais grisé ?

– Jamais.

– Eh bien, essayez-en, c'est un remède excellent contre le spleen.

– Vous croyez ?

– En vérité.

– Je n'oserai jamais.

– Vous êtes plus beau que nature, parole d'honneur ! Allons, allons, en calèche !

– Allons, en calèche ! dit l'Anglais d'un air dégagé, et au grand galop, jusqu'à Lucerne !