La complicité de Dieu

La complicité de Dieu

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103 pages

Description

Qu'il s'agisse d'un mari qui rêve à la liberté perdue, d'un homme traqué qui s'escamote, de deux frères passant la nuit dans une maison hantée, d'un général que la fatalité frappe lorsqu'il monte enfin au front, d'une épouse pilotée dans une visite surprenante, ou d'une adolescente à l'imagination sans limite, les héros et héroïnes de ces histoires et de bien d'autres ont un point commun : ils ressemblent à tout le monde et n'agissent comme personne. La fantaisie préside à leur destin. L'auteur n'a pu qu'enregistrer le fait et les suivre là où ils allaient. Il n'est pas sûr d'en être lui-même revenu.

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Date de parution 01 janvier 2018
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EAN13 9782379180859
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Préliminaires
Résumé
L'ardabousier
Le grand voyage
Sommaire
Le jeune peintre et les marchands d’art
La fin du monde
Un oubli
La bière
La maison des disparus
Fait divers
Le bonheur clandestin
Le berger des chiens
La mort glorieuse du général P...
Les masques
La visite
Un grand poète chrétien s’en va
L'oncle à héritage
Scandale
La complicité de Dieu
Le foulard d’Ostende
Résumé
Préliminaires
Qu’il s'agisse d'un mari qui rêve à la liberté perd ue, d’un homme traqué qui s'escamote, de deux frères passant la nuit dans une maison hant ée, d’un général que la fatalité frappe lorsqu'il monte enfin au front, d’une épouse pilotée dans une visite surprenante, ou d’une adolescente à l’imagination sans limite, l es héros et héroïnes de ces histoires et de bien d'autres ont un point commun : ils resse mblent à tout le monde et n’agissent comme personne. La fantaisie préside à leur destin. L'auteur n'a pu qu'enregistrer le fait et les suivre là où ils allaient. Il n'est pas sûr d'en être lui-même revenu.
— Je n’en crois pas mes yeux !
— Vous auriez tort.
— Ainsi, vous seriez ?...
L'ardabousier
— Un ardabousier, pour vous servir.
— Il en existe toujours ?
— De moins en moins, hélas ! Les beaux jours sont d errière nous.
— Dire qu'on vous voyait partout, autrefois.
— Autrefois, Monsieur, les gens restaient chez eux, ils étaient attachés à ce qui les entourait et veillaient à sa conservation. Aujourd'hui, ils voyagent, ils dispersent leur intérêt, donc leur amour. Ne cherchez pas ailleurs la raison de notre disparition à peu près totale.
— Cela doit être dur de voir ses compagnons s'en al ler l’un après l'autre ?
— On se fait à tout, heureusement.
— Où sont les survivants ?
— Çà et là, en piteux état. On commence enfin à les entourer de soins, par nostalgie de ce qui fut et qui ne reviendra plus, par honte a ussi de les avoir négligés, comme certaines races humaines et certaines espèces d’ani maux ou-certaines variétés de plantes en voie d'extinction. N'est-ce pas trop tard ? Notre prospérité ne renaîtra pas d'un coup de baguette magique.
C'était à craindre. Mes contemporains ont beau proc lamer que quatre-vingt-dix pour-cent des savants que le monde a produits sont toujo urs en vie, quatre-vingt-dix pour-cent aussi des stupidités commises par les hommes d epuis l'âge paléolithique l'auront été au vingtième siècle de notre ère. La dénonciati on de l'ampleur du désastre par des voix autorisées a amené des réactions : dans les vi lles, on plante des arbustes le long des boulevards privés des tilleuls centenaires qui les ombrageaient, et élargis pour faciliter la circulation automobile; avant que leur feuillage clairsemé tamise les rayons du soleil !... Dans les villages où les forgerons e t les sabotiers n'étaient plus qu'un souvenir, on réintroduit un artisanat d'art, comme si la richesse allait naître d'activités folkloriques !... La volonté de réparer n'est pas p lus réfléchie que la décision de détruire.
Je me représentais l’ardabousier se lamentant sur l a dureté du présent et chantant la douceur du passé avec ses congénères. A quoi cela l es avançait-il ? Je résolus de le secouer en paroles; avec les mains, je l’aurais dér aciné. « Tout n'est pas perdu ! m’exclamai-je. Une loi vient d'être votée en votre faveur ! »
— Parlons-en de cette loi, ricana-t-il. C’est comme si on appelait les pompiers quand il ne reste plus que cendres d'une maison. Ce qui s'es t passé avec nous vous menace peut-être. Devant la prolifération des massa cres, on se demande combien de temps le monde tiendra encore.
Avec sa vue pessimiste des choses, -le drôle commen çait à m'ennuyer. Comme si je l'avais attendu pour déplorer le saccage aveugle de s hommes. Je m’intéressais plutôt aux sursauts enregistrés un peu partout : chasse et cueillette interdites sur des
étendues considérables déclarées parc nationaux; et hnologues risquant leur peau au fin fond de l'Océanie, à étudier de près, avant qu' il n'en reste plus un seul exemplaire, des peuplades à l'âge de la pierre... Puisque la so ciété prenait conscience de la nécessité de protéger des vestiges irremplaçables, les ardabousiers profiteraient de ses bonnes dispositions, au même titre que les Papo us, les ours des Pyrénées, la sphaigne et les cloutiers.
— Allons, dis-je, plus d'amertume ni de désespoir. L’essentiel est d'être là, de recevoir une visite de temps en temps... Je suis la preuve q ue ni votre nom ni votre aspect ne sont tombés dans l'oubli. Si j'étais passé à côt é de vous sans même vous accorder un regard, quel n'aurait pas été votre dés appointement ? A présent, vous voilà ragaillardi. Le moral maintient la forme.
Mes paroles, parurent le convaincre. Comme je n'éta is pas au bout de ma route et que celle-ci se ferait désormais entre des maisons, je me soulageai contre lui avant de repartir. « Affront immérité mais sage précaution » , crus-je entendre entre écorce et sève.