La croisière de la mort

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Description

Bill DISLEY, le plus brillant reporter de Londres, apprend par un ami de Jeff, son fidèle acolyte, qu’une dame de la haute hante un bouge malfamé chaque soir dans le but de recruter parmi la lie de la société des hommes pour servir sur son yacht.


Intrigué, le journaliste se rend dans la fameuse taverne et, reconnaissant la femme du monde en question, décide de se faire passer pour un voyou afin d’être embauché à bord de l’embarcation en compagnie de Jeff.


Mais une fois le bateau en mer, des évènements étranges se multiplient...


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EAN13 9782373475821
Langue Français

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AVANT-PROPOS
Pour ceux de nos lecteurs qui ne se seraient pas familiarisés avecBILL DISLEY et son existence trépidante de journaliste détective, nous rappelons que notre sympathique héros est le plus brillant reporter au« Star Express », grand quotidien londonien dontBOB, dit « le Gros Bob », est rédacteur en chef. L'habituel comparse de Bill estJEFF, ancien pickpocket notoire, géant à la compréhension lente, mais à la « droite » impeccable, dévoué corps et âme au journaliste qui le tira autrefois d'un mauvais pas. L'inspecteurMARTINdans la plupart des est, enquêtes, mêlé aux agissements de Bill. C'est un petit homme ponctuel, bourgeois et sévère, qui professe une grande amitié et une sorte d'admiration pour Bill, bien qu'il soit souvent heurté par la désinvolture avec laquelle notre reporter traite Scotland Yard, ses œuvres et ses pompes.
J.-A. FLANIGHAM.
I
LE POTE À JEFF ? NON ! LE POTE DE JEFF
Jeff était tout joyeux. Il referma bruyamment la po rte d'entrée, et Bill constata avec un tressaillement quelque peu horrifi é, qu'il était dans ses jours « chantants ». Jeff, dont la voix aux jours normaux était déjà une punition pour les oreilles sensibles, devenait proprement inaudib le aux heures de lyrisme.
Il ouvrit la porte du studio, agita son chapeau tou t en continuant de chanter.
— Ça ne va pas mal, à ce que je vois ? dit le journ aliste.
Jeff interrompit son refrain pour proclamer :
— Pleine forme.
Il se laissa choir dans un fauteuil et s'éventa de son chapeau.
— Bill, dit-il, j'ai une affaire formidable pour to i.
— Ah oui ? dit Bill, sceptique.
Jeff rapprocha son fauteuil :
— Tu sais qui je viens de voir ? Un ancien pote à m oi. On a purgé quelques mois ensemble autrefois : une ridicule histoire de vol à la tire. Or, si je suis devenu un gars soigneusement rangé, mon pote contin ue à louvoyer dans les bas-fonds.
Il s'arrêta, extasié.
— Qu'est-ce que tu penses de cette phrase-là ?«Louvoyer dans les bas-fonds... »?
— Continue, dit Bill.
Jeff grimaça un sourire, introduisit un mégot dans le coin de ses lèvres.
— Où j'en étais ?
— Ton copain, l'ancien pickpocket et toi.
— Ah oui ! Mon copain m'a parlé de lui, je lui ai p arlé de moi. Quand il a su que j'étais ton homme de confiance, il m'a dit — ap rès avoir pas mal hésité — qu'il était nettement intrigué par une histoire ext rêmement bizarre. Imagine-toi une femme du monde qui descend depuis quelque temps en bagnole longue comme ça (Jeff eut un geste vague et ronflant qui l aissait supposer des mètres et des mètres de carrosserie) et qui cherche à recruter de la clientèle pour servir sur son yacht. Elle part en croisière, qu'elle dit, et elle veut du personnel. Pourquoi veut-elle du personnel de mauvais garçons, hein ? C'est ça qui intrigue
mon pote.
Il croisa ses jambes, écrasa son mégot, se pencha v ers Bill :
— Qu'est-ce que t'en penses ?
Bill eut un sourire évasif.
— Rien du tout, pour le moment, dit-il.
Il se leva, fit quelques pas dans la pièce, revint vers Jeff :
— Quand voyons-nous ton copain ?
— Je lui ai dit qu'il y avait de grandes chances po ur que tu veuilles le rencontrer. Il nous attendra ce soir, à partir de d ix heures, à laTaverne du Bout du Monde.
— Quel joli nom, dit Bill, rêveur.
Un sourire flotta sur ses lèvres :
La-Taverne-du-Bout-du-Monde... Quel passionnante aventure...
passionnant départ pour une
Jeff haussa les épaules, esquissa un sourire attend ri, et d'une voix éraillée, il murmura :
— Rêveur...
La« Taverne du Bout du Monde »était située aux confins de Londres, dans une ruelle sombre et tortueuse qui aboutissait aux quais.
On y menait un tapage tel que, dès l'entrée de la r uelle, l'écho des rires, des discussions et des exclamations, jaillissait du noi r.
Bill poussa la porte et les deux hommes reçurent, e n pleine face une bouffée de cette atmosphère qui n'appartient qu'aux bouges. Odeur humaine, odeur d'alcool, odeur de tabac...
Il y avait un monde fou. Mauvais garçons, filles, b rutes au masque patibulaire et au torse puissant...
Jeff eut une profonde aspiration, se tourna vers Bill :
— Qu'est-ce que tu en penses ?
— Pas mal, pas mal... dit Bill souriant.
— Y'a de l'atmosphère, hein ?
— Ça, tu peux le dire.
Jeff cherchait du regard la silhouette « du pote ». Il l'aperçut enfin, en grande discussion avec un tout petit très maigre, et un to ut grand très gros, et, poussant Bill du coude :
— Il est préférable de discuter dans une certaine t ranquillité. Il y a une petite salle dans le fond, on trouvera bien une table de l ibre. Vas-y et attends-moi. On te rejoint tous les deux.
— O.K. ! dit Bill.
Il sourit au passage à une admirable fille très blo nde qui faisait du charme à un marin à peu près ivre mort. La fille regarda pas ser ce beau garçon avec une indéfinissable mélancolie, puis après un gros soupi r, s'accrocha un peu plus fort au cou du marin.
Bill découvrit une petite porte, réussit à l'ouvrir après avoir fort poliment écarté deux consommateurs qui s'y adossaient désesp érément, et entra dans une petite salle un peu moins bruyante que la précé dente. Celle-ci était réservée vraisemblablement aux « discussions d'affaires ». I l n'y avait que deux tables de disponibles, Bill en accapara une, et jeta un coup d'œil sur les consommateurs. Il reconnut dans l'un d'eux, le, sinistrement célèb re « Jim-casse-cou », que tous les policiers du Royaume-Uni rêvaient de pouvoir « poisser » un jour, mais qui était bien trop malin pour se faire prendre.
Jim lui adressa un petit signe d'intelligence, et, de sa belle voix de basse :
— Alors, l'écrivaillon, à la recherche d'un beau pa pier ?
Bill eut un geste vague :
— Qui sait... ?
— Vous prenez quelque chose avec nous ?
Bill souleva son chapeau. Il venait d'apercevoir Je ff suivi d'un grand diable à l'allure dégingandée :
— Excuse-moi, Jim, voici mes amis.
— Mince de relations, ironisa Jim.
Bill, souriant, reconnut en son for intérieur, que « Jeff et son pote » avaient, côte à côte, une allure qui ne manquait pas de pitt oresque. Ils auraient fait dresser l'oreille au premier flic venu (ce qui étai t pénible à avouer, songea Bill, quand on connaissait la droiture stricte qui caract érisait désormais la ligne de conduite de « Jeff le repenti »).
Jeff, d'une voix grasseyante, présenta son copain d 'un pouce catégorique :
— Il s'appelle Willy, dit-il, et c'est un frère, tu peux me croire.
Bill tendit la main :
— Bonjour, Willy.
— 'jour ! fit l'homme.
Il était d'une effrayante maigreur, son visage étai t sillonné de rides amères.
La désolante apparence de cette face étonnamment tr iste était tempérée par la déconcertante douceur d'un grand regard brun, qui d écelait une intelligence vive et une grande bonté.
— Que prenez-vous ? dit Bill.
— Du whisky pour tout le monde, répondit Jeff.
Il ajouta :
— T'aurais pas un paquet de cigarettes en rabiot da ns le fond de tes poches ? — il cligna de l'œil — je suis d'un fauché depuis deux jours !
Willy eut un petit ricanement.
...