La dérive des jours

La dérive des jours

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Livres
348 pages

Description

C’est le temps des foins. Le soleil plombe. Le garçon conduit le tracteur. Sur le wagon, le père empile les balles régurgitées par la presse. La mère les rejoint, portant la citerne d’eau et le sac à lunch. Les crachotements du moteur s’interrompent. Les roues glissent dans la boue. L’eau monte.
Roman de la catastrophe, mais aussi du défi et de l’espoir, ce récit nous happe dès les premières pages. Emporté par des phrases courtes et incisives, le lecteur est plongé dans une oeuvre aussi puissante que déstabilisante.

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Date de parution 26 septembre 2013
Nombre de lectures 8
EAN13 9782897232245
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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JonAThAnGaUDEt
dérive La  desjours
Extrait de la publication
Ladérive jours  des
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Gaudet, Jonathan, 1977 La dérive des jours (AmÉrica) ISBN 9782897232238 I. Titre. II. Collection: AmÉrica (Montréal, Québec). PS8613.A915D47 2013 C843’.6 C20139410139 PS9613.A915D47 2013
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ISBN 9782897232238 (version imprimée) ISBN 9782897232245 (version numérique PDF) ISBN 9782897232269 (version numérique ePub)
e Dépôt légal : 3 trimestre 2013 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque et Archives Canada
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Extrait de la publication
JONATHANGAUDET
Ladérive jours  des
Pour Markéta
Les blés sont déversés ; sous les yeux du cultivateur éploré tous ses espoirs gisent à terre, et le labeur d’une longue année, devenu vain, est anéanti.
Ovide,Les Métamorphoses
1
Étendu sur le ventre, les canines dans la poussière, le chien fixe son bol d’eau vide avec ferveur. Cha leur d’insectes, vaguelettes sur l’asphalte et foins rouillés. Rien ne bouge dans la ferme sinon les ombres qui traînent douloureusement la légèreté de leurs contours sur le gravier. Derrière la grange, le troupeau de laitières s’est regroupé autour du tas de roches, rebut du muret qui délimite la pro priété. Abruties par la chaleur et la routine, elles frétillent à peine lorsque des mouches grosses comme le pouce leur bourdonnent dans les oreilles et les mordent sous la queue. De temps en temps, l’une d’elles lâche un meuglement exaspéré ou décoche un coup de sabot, puis laisse le champ retomber dans un silence brûlant. Le chien lève la tête et scrute le vide avec insis tance. Un signe invisible appelle sa concentration. Il se hisse sur les pattes de devant en une détente paresseuse et étire le cou vers la route. Truffe au ciel, il palpe dans l’air l’inconcevable odeur d’eau, de sel et de minéraux de la BaiedesChaleurs.
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L a D é r i v e d e s j o u r s
Il devine ses relents d’écume malgré la sécheresse poudreuse du sol et le bleu dur du ciel. Derrière lui dans le garage, une porte se referme et un robinet frissonne. Encore l’eau. Le chien se glisse dans l’ombre, contourne le flanc poussiéreux du vieux pickup et pénètre dans le corridor de la chaufferette. La porte est close. Il pose les pattes de devant sur la marche recou verte d’un carré de tapis découpé dans une antique moquette. D’un geignement aigu, il interpelle l’opérateur du robinet. Dans les entrailles de la cuisine, la tuyauterie chevrote une dernière fois, puis s’arrête en toussotant. Le plancher craque. Le chien geint un bon coup, son regard désespé rément tendu vers la poignée de porte. Les pas se rapprochent. Assourdie par la cloison, une voix de femme lui dit d’attendre un peu, qu’elle arrive. Enfin, la poignée tourne et la porte s’ouvre. Le chien jappe, mélange d’impatience et de gratitude. Son postérieur touche la chaufferette, le contact le fait sursauter. Il s’y est brûlé deux ans plus tôt et ses fesses s’en souviennent. La femme passe le seuil et referme la porte derrière elle. Le chien sur ses talons, elle traverse le corridor de la chaufferette et pénètre dans le garage. Elle sort dans la cour pour prendre le bol et revient le remplir à l’intérieur. La pression est forte et l’eau fuse en chevrotine. Les gouttes écla boussent le museau du chien et forment de grosses taches gris foncé sur le pavé en lui tombant du
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L a D é r i v e d e s j o u r s
nez. La femme dépose le bol devant l’animal qui y plonge les moustaches avec délice. Sa longue langue rose lape bruyamment le liquide clair et frais, incorporant sa bave à l’eau au fond du récep tacle de plastique. Le chien ne s’interrompt qu’une fois sa soif satisfaite et le bol presque vide. Une flaque d’eau baveuse reflète son museau dégou linant. Il étire ses pattes antérieures en un mouvement élastique d’une grande souplesse. Les muscles de ses membres postérieurs ressemblent à de petits jambons dodus. Il s’immobilise dans cette position équivoque, écartant les mâchoires dans un angle impossible. Il bâille copieusement en faisant quelques pas, dandinant paresseusement son fes sier étroit vers la porte béante du garage. Les cail loux gris de la cour renvoient l’éclat de la lumière de midi. Debout dans la dernière limite d’ombre et de fraîcheur, le chien hésite à s’enfoncer dans la fournaise du jour d’été. Il baisse la tête, renifle à droite et à gauche, puis pénètre péniblement dans la lourdeur touffue du mois d’août. La grange se partage en deux parties : l’étable et le hangar. D’un côté, les bestiaux, de l’autre, le silo à grain. L’une et l’autre partie sont vides, abandonnées au plaisir de conquête du chien qui s’y déplace en propriétaire absolu. Ses mouve ments suivent un circuit tracé depuis des années, un itinéraire invisible qui le conduit de la porte coulissante de l’entrée jusqu’au fond de l’étable,
 Extrait de la publication