La double mort de Barnabé Klain

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Édouard MONTEL, jeune trentenaire revenu d’Afrique après un exil forcé consécutif à des soucis avec la justice, revient en France où il retombe rapidement dans ses travers.


Ruiné aux jeux, sans famille, sans amis, il décide d’en finir avec la vie et se rend dans le vieux château délabré, unique témoignage de la grandeur passée de ses ancêtres, pour se suicider.


Le canon de son browning contre la tempe, prêt à appuyer sur la détente !


Une détonation !


Pourtant son arme est demeurée silencieuse !


Édouard MONTEL, poussé par la curiosité, cherche d’où provient le coup de feu et ne tarde pas à tomber sur le cadavre d’un homme bien mis aux poches pleines...


Que faire ? Est-ce un signe de la providence ? Cet argent tombé du ciel peut le remettre en selle !


Mais Édouard MONTEL est loin de se douter de l’ampleur des ennuis dans lesquels il s’apprête à plonger !


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EAN13 9782373475142
Langue Français

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Commissaire Rosic
LA DOUBLE MORT DE
BARNABÉ KLAIN
Roman policier
par Rodolphe BRINGER
D'après la version publiée sous le titre « La doubl e mort de Barnabé Klain » dans la collection « Haut les Mains ! » aux édition s « La Technique du Livre » en 1946.
I
COMMENT ÉDOUARD MONTEL FUT POUSSÉ AU SUICIDE
Édouard Montelappuya le canon de son browning sur sa tempe, et son doigt s'apprêta à presser la gâchette ...
C'était un jeune homme d'une trentaine d'années, gr and, svelte, solide, sportif ; les épaules larges, la poitrine développé e, les hanches étroites et les jambes longues et fines, de tout son être se dégage ait une allure fort aristocratique, confirmée quelque peu par les trait s de la physionomie ; car sous les cheveux d'un roux foncé, couleur d'acajou bruni , le front était développé, les yeux gris enfoncés sous l'orbite, le nez aquilin, l a bouche fine et bien dessinée et le menton puissant indiquant un caractère autori taire et qui ne devait pas se plier facilement sous des volontés étrangères ; mai s le teint, hâlé par le soleil et le grand air, avait cette teinte caractéristique de s hommes qui ont rapporté d'un trop long séjour aux Colonies certaine déficience d u foie favorable à quelque hépatique imminente, et toute cette physionomie, en somme belle par ses traits, n'en était pas moins comme ternie par tout un air d e perversité et de corruption, qui sentait son mauvais garçon d'une lieue...
La pièce dans laquelle Édouard Montel s'apprêtait à se brûler la cervelle était des plus étranges...
C'était une salle ronde, d'assez petite dimension, aux murs nus, dont aucun enduit ne recouvrait l'appareillage des pierres rec tangulaires qui le composaient ; la voûte était en coupole, et le sol pavé de larges dalles. Deux seules ouvertures apparentes, une porte basse dont les ais étaient de vieux chêne épais et les pentures de fer rouillé et curie usement découpé ; en face, une baie étroite qui avait dû être une arbalétrière que l'on avait élargie et que fermait une verrière aux culs-de-bouteille enchâssé s dans du plomb épais ; pour tous meubles, une lourde table et trois escabelles de bois...
Il n'était pas nécessaire d'être grand clerc pour d eviner que cette curieuse pièce devait être l'intérieur de quelque tour, et, en effet, elle formait le second étage de la tourelle Nord-Est du vieux château des Étangs.
Ce château des Étangs dressait son architecture méd iévale en pleins bois, entre Grignan et Taulignan, sur le versant est de l a colline de Montines. Il existe là une dépression de terrain, toute hérissée de ros eaux, et qui jadis devait être une sorte de lac où se miraient les tours du châtea u. Mais, à cette heure, ce lac n'était plus qu'un marécage inculte et désolé, comm e d'ailleurs les pentes des deux collines qui l'enchâssaient.
e Le château des Étangs avait dû être construit vers le siècle, et ç'avait
e été seulement, sans aucun doute, vers le XIV qu'on l'avait restauré et rendu en quelque sorte plus confortable. Il se composait d'u n quadrilatère d'épaisses murailles, que perçaient quelques rares baies ogiva les, et flanqué en ses quatre angles de tourelles rondes, jadis crénelées, mais à présent coiffées de toits en poivrière, dont le terrible vent du nord avait depu is longtemps cassé et éparpillé les tuiles sarrasines. Jadis un fossé devait l'ento urer, que le temps avait comblé, et il n'en restait plus, pour mémoire, que le pont- levis abaissé devant le grand portail d'entrée et dont on voyait encore les place s des chaînes qui servaient à le manœuvrer. Ce portail franchi, on se trouvait da ns une cour, entourée par une sorte de cloître, et, dans le fond, une façade élég ante, en somme, dont les fenêtres à croisillons trahissaient que cette parti e du château était plus récente que le reste.
Par une porte basse, on pénétrait dans une longue g alerie voûtée, aux extrémités de laquelle évoluait un escalier en pier re, conduisant au premier étage, dans une autre galerie également voûtée, mai s dont les étroites baies donnaient sur le derrière du château ; c'était sur cette galerie que s'ouvraient les diverses salles, toutes donnant sur la cour d'honne ur. De plus, des escaliers, bâtis dans l'épaisseur des murs, permettaient d'acc éder aux diverses pièces des quatre tourelles.
Ce château des Étangs avait longuement intrigué les archéologues et historiens locaux qui n'avaient jamais pu percer le mystère de ses lointaines origines.
Tout ce que l'on en savait c'est qu'il avait servi pendant longtemps de relais de chasse aux seigneurs de Grignan, propriétaires l égitimes de tous les immenses bois environnants.
Mais, pendant la Révolution, alors que le Comité de Montélimar avait ordonné la démolition du magnifique château des Adh émar, celui des Étangs avait été oublié, et ce fut sous le Directoire qu'il fut acquis, ainsi que les bois, par un certain Montel, qui paya le tout une poignée d'a ssignats.
Ce Montel avait été maréchal-ferrant à Grignan ; ma is la tourmente révolutionnaire avait fait de lui un homme puissant , et cet homme, de si humble origine, avait fait souche de riches bourgeois.
e Durant tout le XIX siècle, les Montel avaient tenu le haut du pavé à Grignan comme à Taulignan ; le fils du maréchal-ferrant, ou bliant les idées républicaines de son père, avait été un haut magistrat sous Louis XVIII, et tant sous Louis-Philippe que sous Napoléon III, les Montel n'avaien t fait qu'accroître une fortune sans cesse ascendante.
Il était donné à Pierre Montel d'interrompre cette suite de succès.
Tandis que son frère cadet, François, continuait le s heureuses traditions de
la famille et tâchait à faire son chemin dans la ma gistrature, Pierre se lançait dans les affaires et la finance où il ne tardait pa s à perdre une grosse partie du bel héritage qu'il tenait de ses parents, à telle e nseigne que lorsqu'il mourut, fort glorieusement d'ailleurs, tué sous Verdun où il com battait comme chef de bataillon, il ne laissa à sa veuve et à son fils Éd ouard que de quoi vivre, à peine honorablement.
Édouard avait alors neuf ans ; c'était un enfant gâ té, et qui le fut davantage encore quand son père fut mort et qui n'eut d'autre direction que celle d'une mère qui l'adorait, lui laissait faire ses quatre v olontés, et, d'ailleurs, était d'un caractère trop faible pour élever convenablement un enfant qui déjà faisait montre d'un tempérament assez difficile.
me M Pierre Montel était la fille d'un architecte paris ien, très belle, très mondaine, et qui avait été épousée uniquement pour sa beauté et son charme, car elle avait été sans la moindre dot. Le jeune mé nage avait mené la vie à grandes guides, Pierre Montel n'hésitant pas à pren dre sur son capital, puisque son revenu ne lui suffisait pas ! Aussi, quand il é tait mort, sa veuve s'était trouvée en face d'une situation des plus obérées, e t il lui avait fallu réaliser le plus rapidement possible. C'est ainsi qu'elle avait vendu l'hôtel de la rue de Prony, la villa de Louveciennes et qu'elle avait so ngé, également, à se débarrasser de l'immense domaine des Étangs, là-bas , dans le Tricastin.
À la vérité, il y avait longtemps que les Montel av aient abandonné ce château des Étangs pour vivre à Paris, et simplemen t y venaient-ils en automne, passer quelque temps à l'époque de la chasse, car l es bois étaient des plus giboyeux, et non seulement les ramiers, les faisans et les lapins y abondaient, mais encore y pouvait-on trouver du renard, du sang lier, et même des loups...
Aussi le château n'était habité tout le long de l'a nnée que par une sorte de concierge qui était en même temps garde-chasse...
me Néanmoins, quand M Pierre Montel parla de vendre les Étangs, François , son beau-frère, qui était alors substitut à Montéli mar, poussa les hauts cris, et abjura sa belle-sœur de n'en rien faire, disant :
— Non ! Vous ne pouvez ainsi aliéner ce château qui est, somme toute, le berceau de notre famille !
me M Pierre Montel obéit donc aux injonctions du substi tut, et, si elle vendit les bois, du moins garda-t-elle le château, où enco re, à la belle saison, elle vint passer ses vacances avec son fils, et où François c ontinua à venir chasser, ayant loué le droit de chasse sur les bois qui, eux , étaient sortis de la famille.
me Cependant, même après la vente de tous ses biens, M Pierre Montel avait vécu chichement, mais elle avait eu le grand tort de ne pas élever son fils comme elle eut dû le faire pour un garçon, sans for tune désormais, et obligé à
gagner sa vie en travaillant.
D'ailleurs, Édouard appartenait à cette génération de jeunes hommes dont la guerre a complètement désaxé la vie et qui furent l es premières victimes de cet effroyable bouleversement qui non seulement perturb a l'Europe, mais encore détraqua complètement les mœurs.
Édouard avait fait de mauvaises études, mais le ten nis et l'auto n'avaient plus de secrets pour lui, et si son savoir était nu l, du moins n'y avait-il pas de meilleur danseur que lui, et il était le sportif le plus élégant et le plus averti qui se put rencontrer...
Mais ce n'est point avec cela que l'on peut gagner sa vie ! Quand sa mère mourut, Édouard venait d'atteindre sa dix-neuvième année et se trouvait sans situation, et sans les moyens d'en trouver une !...
C'est alors que son oncle François qui était mainte nant procureur de la République à Lyon le recueillit chez lui, mais pour lui dire :
— Mon garçon, il ne s'agit plus de plaisanter ! Tu n'as pas un sou de fortune ! Ta mère, je ne sais si tu t'en es rendu c ompte, a mené une vie besogneuse pour te permettre de te divertir !... Je ne la juge pas ; elle est morte !... Mais à présent il faut être sérieux ! Vo ici, je pense, ce qui serait le meilleur pour toi !... Tu vas t'engager !... J'ai u n ami qui commande le e 35 Bataillon de Chasseurs Alpins, à Antibes, et qui, pour me faire plaisir, te recevra et veillera sur toi ! Là ton chemin est tou t tracé !... Te bien conduire, travailler, préparer Saint-Maixent et devenir un br ave et loyal officier !... Sportif comme tu l'es, cela te sera facile, et je ne vois, à vraiment parler, d'autre avenir pour toi que la carrière des armes !...
e Édouard accepta, et huit jours après il était incor poré au 35 B. C. A. à Antibes !...
Malheureusement, l'oncle François n'avait pas songé à une chose, c'est qu'Antibes se trouve aux portes de Nice et à une po rtée de fusil de Juan-les-Pins !...
Le jeune et élégant chasseur se fut vite fait des r elations dans ce monde de plaisirs et de vie facile, et, si l'argent lui manq uait pour faire figure dans ces sociétés de joyeux fêtards, sa bonne mine y suppléa it... Dans ces conditions, il lui fut difficile de gagner les humbles galons de s ergent qui lui eussent permis de préparer Saint-Maixent et tout ce qu'il recherch a dans sa vie militaire fut d'être envoyé à l'École des Skieurs, à Sospel, où i l put gaiement, encore, mener l'aimable vie qui lui plaisait...
Aussi, ses trois ans de service terminés, Édouard M ontel était simplement caporal-chef, et dans ces conditions il ne put song er à rengager, le beau garçon ne pouvant envisager comme avenir d'être nommé adju dant, et ensuite de
solliciter un emploi de percepteur, les seules chos es auxquelles il eût droit !...
Édouard quitta donc l'armée, mais n'osa pas retourn er chez son oncle qui ne lui avait pas ménagé ses admonestations et ses répr imandes durant ses trois années de service, et qui finalement venait de lui notifier de ne plus compter sur lui du moment qu'il avait fait si peu de cas de ses bons conseils, et qu'il ne voulait plus avoir de rapport avec un neveu dont il ne pourrait avoir qu'à rougir.
François Montel était, maintenant, procureur généra l à Lyon, et c'était un homme sévère et grave qui ne transigeait jamais sur les questions d'honneur.
Mais, sans doute y avait-il une autre raison qui le poussait ainsi à cesser toute relation avec un neveu qui faisait montre de si mauvais penchants et menait une existence aussi déréglée. C'est que Fran çois Montel avait une fille, Denise, de quelques années plus jeune qu'Édouard, a pprochant par conséquent de sa vingtième année et que le sévère procureur gé néral craignait le contact de cette enfant avec un cousin pareil à Édouard.
Cependant, se moquant de l'ostracisme de son oncle, Édouard était demeuré sur la Côte d'Azur, y continuant sa joyeuse existence.
De quoi vivait-il, ce garçon sans fortune et sans s ituation ? Seuls eussent pu le dire les habitués de bars, de tripots et de danc ings !... Et peut-être aussi la police qui ne perd pas de vue les individus de cet acabit !...
Et ce fut précisément un soir où, dans quelque mais on de jeu clandestine, un richissime Américain avait été soulagé de ses do llars, qu'un commissaire de police fit comparoir Édouard Montel, et lui déclara :
— Mon jeune ami, vous êtes, si je ne me trompe, le propre neveu de M. le procureur général de Lyon ! Réjouissez-vous de cett e parenté qui m'empêche de vous arrêter, car je ne veux pas jeter le discré dit sur un nom qui est le grand honneur de notre haute magistrature !... Mais je ti ens à vous avertir que la police en a assez de vos agissements ! Aussi, un bon conse il, partez, quittez ce pays où les pires ennuis ne manqueraient pas de vous ass aillir ! Je pense que vous devez être en fonds, en ce moment, car le baccara v ous fut heureux, n'est-ce pas ?... Alors, expatriez-vous, il en est temps, et surtout tâchez à vous amender, car cette existence que vous menez, ne peut vous co nduire bien loin !...
Édouard ne répliqua pas, mais se le tint pour dit...
Huit jours après, il s'embarquait pour le Congo, re ncontrait à Brazzaville un trafiquant de l'ivoire avec qui il se liait et qui l'emmenait dans son Comptoir, perdu dans la brousse du Haut-Oubangi.
Là, quelle existence aventureuse mena-t-il, lui seu l eut pu le dire. Mais sans doute ce genre de vie fut-il pour lui plaire, car il y resta sept ans entiers...
Cependant, le besoin de revoir le monde civilisé av ait dû lui revenir, car, il y avait un mois à peine il débarquait à Marseille mun i de quelque trente billets de
mille chèrement gagnés durant cette longue campagne .
Son premier souci fut de regagner cette Côte d'Azur qui, si longtemps, avait été son paradis. Mais il n'y rencontra que des visa ges inconnus. Sept ans c'est long, et les acteurs de la noce et de la haute vie se renouvellent rapidement... Mais que lui importait... En somme, il n'avait lais sé là aucun ami, seulement des compagnons de fête, et tout était pour le mieux du moment que la fête continuait...
Il s'y jeta donc à corps perdu...
Mais hélas ! Les temps étaient changés ! Il n'était plus le bel Édouard, coqueluche de tant de belles madames !... Il avait vieilli !... C'était un autre homme !... Et puis la fête coûte cher, maintenant, et la roulette comme le baccara lui furent défavorables ! Les billets de mi lle fondirent entre ses mains comme neige au premier soleil printanier !... Et un soir, Édouard se trouva, non seulement le portefeuille vide, mais encore devant quelque dix mille francs à la caisse de la maison de jeu où il s'était si rapidem ent ruiné !...
Que faire ?...
Il ne lui restait même pas de quoi retourner au Con go... Rester sur la Côte et essayer de se refaire ?... Il ne le pouvait pas !.. . Les dettes de jeu se payent dans les vingt-quatre heures, et si demain il ne pa yait pas les dix mille francs empruntés, il serait vite signalé dans toute la rég ion et toutes les maisons de jeu se fermeraient devant lui !...
Alors ?...
Il ne lui restait qu'à mourir !...
D'ailleurs le dégoût lui vint de l'existence. La vi e ne lui offrait plus de ces belles joies qui lui avaient donné la force de vivr e... Il ne se sentait plus le courage de recommencer... Seule, une balle dans la peau serait le couronnement de la vie qu'il avait menée !...
Mais allait-il se tuer bêtement, comme un caissier en déroute qui vient de perdre au jeu l'argent de son patron ?... Non !... Il lui fallait disparaître élégamment, sans laisser de trace, sans que quiconq ue au monde sût même qu'il s'était tué !...
Et c'est alors qu'il pensa à son château des Étangs , dont il était toujours le propriétaire, ayant négligé de le vendre, et d'aill eurs qui eut pu s'en rendre acquéreur ?
Il y avait plus de dix ans qu'il était fermé et ce ne devait plus être maintenant qu'une ruine... Son oncle François était mort, ains i qu'il l'avait appris, et ce n'était certainement pas sa cousine Denise, dont il ne sava it même pas ce qu'elle était devenue, qui avait dû y faire, de temps en temps, q uelques apparitions...
Aller se tuer dans ce vieux château abandonné, où j amais nul au monde n'aurait l'idée de venir chercher son cadavre... Ai nsi le château des Étangs, berceau de la famille Montel, deviendrait le tombea u de son dernier représentant...
Avec les derniers billets qui lui restaient, il pri t le train pour Avignon, là, monta dans un car qui le conduisit jusqu'à Valréas, et ce fut dans cette petite ville que, inconnu de tous, il se dirigea à pied et par des chemins forestiers où il savait bien ne rencontrer personne, vers l'antique château.
Il y arriva comme le soleil allait déjà se coucher, et le trouva dans l'état qu'il pensait... En effet, ce n'était plus qu'une ruine.. . Les ais de la grande porte d'entrée étaient plus qu'à moitié démolis... Dans l a cour d'honneur, les vieilles pierres s'amoncelaient avec les tuiles tombées des toitures, des feuilles que le vent y avait amenées y pourrissaient depuis combien de lustres, et à l'intérieur, tout était à l'avenant...
D'ailleurs, Édouard Montel ne s'attarda pas à parco urir les diverses salles... Directement, il se dirigea vers la salle qu'il avai t déjà désignée en lui-même pour y mourir, et qui se trouvait au second étage de la tour du Nord-Ouest...
Là, s'asseyant sur une des trois escabelles, il son gea longuement, évoqua sa vie, en comprit soudain toute la vanité !... Non !... Décidément, il n'y avait plus que la mort, pour lui !... Et, sans crainte, sans p eur, comme sans regret, il appuya sur sa tempe le canon de son browning, et so n doigt ferme se posa sur la gâchette...