La famille du lac, tome 3

La famille du lac, tome 3

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Livres
410 pages

Description

La Tuque, 1941. Après l’onde de choc causée par l’arrivée de Fabi au mariage de sa sœur Yvonne, Héléna essaie de se dépêtrer dans ses mensonges. Contre toute attente, Héléna retrouve Edmond qui finira par lui faire la grande demande. De leur union naîtra Jean, cet enfant qu’on espérait plus, mais qui sème la joie dans le clan Martel.
Héléna croyait enfin à une vie rangée, mais les démons du passé ne tardent pas à refaire surface, rendant la vie de la famille insoutenable. Elle seule peut changer la donne. En a-t-elle vraiment la volonté ? Existe-t-il des solutions honorables ou devra-t-elle céder à ses pulsions meurtrières ?
En 2002, le temps presse à la résidence Clair de lune. Jean se joint à Huguette, la lectrice attitrée du manuscrit d’Héléna dont la vie s’achève, pour entendre à contrecœur toute la vérité sur les agissements de sa mère alors qu’il n’était pas en âge de comprendre le mystérieux monde des adultes…
Voici la conclusion magistrale de cette série, dans laquelle tous les secrets sont enfin dévoilés. Et la vérité est parfois plus choquante que ce que l’on peut imaginer…

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Date de parution 06 septembre 2017
Nombre de lectures 0
EAN13 9782897583620
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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La famille du lac Tome 3 - Héléna
Guy Saint-Jean Éditeur ««90, rue Garand Laval (Québec) Canada H7L 5Z6 «50 663-1777 info@saint-jeanediteur.com saint-jeanediteur.com
Données de catalogage avant publication disponibles à Bibliothèque et Archives nationales du Québec et à Bibliothèque et Archives Canada
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© Guy Saint-Jean Éditeur inc., 2017
Édition: Isabelle Longpré Révision: Isabelle Pauzé Correction d’épreuves: Johanne Hamel Conception graphique de la page couverture: Olivier Lasser Mise en pages: Christiane Séguin Photographie de la page couverture: depositphotos/jeneva86
Dépôt légal — Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Bibliothèque et Archives Canada, 2017 ISBN: 978-2-89758-361-3 ISBN EPUB: 978-2-89758-362-0 ISBN PDF: 978-2-89758-363-7
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Imprimé et relié au Canada
re 1 impression, septembre 2017
Guy Saint-Jean Éditeur est membre de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL).
GILLES CÔTES
La famille du lac Tome 3 - Héléna
Ceux qui échangent des secrets doivent prendre garde à la pesée.»
ROBERT SABATIER Poète et écrivain (1923-2012) A été directeur littéraire aux Éditions Albin Michel
Les lieux et les époques dans lesquels se déploieLa famille du lac ont fait l’objet d’une recherche attentive qui avait pour but de créer l’ambiance, mais non l’exactitude absolue. Parfois, l’auteur a pris des libertés de lieux et de temps qui servaient le déroulement romanesque.
Quant aux personnages, ils ont été empruntés à une réalité imaginaire qui n’existe que dans la tête des écrivains. Faite de souvenirs, de rêves, d’émotions, de lectures, de paroles entendues, de gens croisés dans une vie et de sentiers empruntés par notre destin, elle donne vie à des Fabi, Héléna, Yvonne, Francis et bien d’autres que l’on finit par aimer, comme s’ils étaient faits de chair et de sang.
Arbre généalogique
LA FAMILLE MARTEL
Aristide – Marie-Jeanne (1892-1940) (1890- )
CHAPITRE 1
CHAPITRE 2
Table des matières
Résidence Clair de lune, Trois-Rivières, printemps 2002
Hôtel Delta, Trois-Rivières, printemps 2002
CHAPITRE 1
Résidence Clair de lune, Trois-Rivières, printemps 2002
Héléna regarde son amie déposer le manuscrit. Elle lui est reconnaissante de faire une pause. Le retour de Fabi avait été un choc intense pour elle. Elle s’en souvient avec amertume. «À mesure que sa sœur avançait dans l’allée de l’église Saint-Zéphyrin, à La Tuque, elle se recroquevillait sur son banc, écrasée par la culpabilité. Marie-Jeanne pleurait et s’agitait à ses côtés. Son frère, Francis, avait pris place dans le banc, derrière eux. Elle voyait que ses mains tremblaient en s’appuyant sur le dossier. Il regardait sans cesse vers l’arrière de l’église, au-delà de Fabi. Celle-ci s’immobilisa au milieu de l’allée en même temps que résonnaient les dernières notes de l’orgue.» Quand Héléna y repense, sa sœur rayonnait dans son manteau fatigué. On aurait dit une sainte apparition. Ses joues étaient rosies par le froid de ce 21 décembre 1941. Ses cheveux défaits avaient l’air d’avoir été sculptés par les anges. On oubliait la boiteuse pour ne voir que l’icône. Le silence était pesant et lourd de sens. Ceux qui ne la reconnaissaient pas se taisaient par respect. Ils voyaient bien que la mariée et sa proche famille étaient sous le choc. La foule se retourna d’un bloc vers l’autel quand Yvonne poussa un cri et s’évanouit dans les bras de son futur époux. Le bruit des voix enfla dans l’église. Une mêlée confuse s’ensuivit. Héléna aurait voulu être ailleurs. — Veux-tu que je continue? demande Huguette Lafrenière. — C’est aussi ben. Comme ça, ça va être fait! Reprends quand Yvonne s’évanouit. — Tu veux pas qu’on attende ton gars? Asteure qu’y’é revenu… — Jean, c’est une tête de cochon, comme son grand-père! — Je peux essayer de lui parler, si tu veux. — Au point où j’en suis. T’as ben beau. Mais avant, finis la journée de la noce. Huguette positionne ses lunettes avant de poursuivre.
LaTuque, hiver 1941
La cérémonie fut décalée. Antoine transporta Yvonne dans ses bras et disparut par une porte derrière l’autel, suivi du curé, de Georges et des parents d’Antoine. Sans maître pour officier, la foule des invités se retira, dans le plus grand désordre, à l’arrière de l’église, pour commenter l’évènement. Marie-Jeanne était figée, ne sachant vers laquelle de ses filles diriger son soutien. Elle se leva finalement pour serrer Fabi dans ses bras. Elle répétait «Ma p’tite fille!» et ne trouvait rien d’autre à dire, déchirée par ses émotions. Francis était inquiet par toute cette agitation. Moi, je n’arrivais pas à me dessouder de mon banc. J’avais l’impression que le ciel s’était écroulé sur la nef et que la chute du toit n’avait épargné personne. Quand ma mère retraita vers l’autel, Matthew se leva sans un mot et partit rejoindre Fabi. Je les vis s’asseoir, l’un près de l’autre, au milieu de l’église désertée. J’étais redevenue la petite sœur fragile condamnée à épier les autres. Sauf que je n’avais aucune envie d’entendre les retrouvailles de Fabi et de son amoureux. J’avais l’impression de vivre un cauchemar. Ce retour impromptu allait sonner le glas de mes mensonges. Marie-Jeanne comprendrait que c’était moi la personne qui portait le mal dans son entourage, comme l’avait deviné le guérisseur de Saint-Prosper. Je devrais
avouer mes fautes, concernant le vicaire, Josette et Jeffrey. Je me sentais mourir de honte, seule sur mon banc. Après ce qui me parut une éternité, Fabi vint me rejoindre. Elle me toucha l’épaule et j’acceptai l’ouverture de ses bras. Je pleurai dans son cou. Elle attendit que j’épuise mon affolement avant de me parler. — J’t’en veux pas, Héléna. Les p’tites religieuses m’ont appris le pardon. Après tout, c’est un peu de ma faute, tout ça. T’as fait ce que je t’ai demandé de faire. J’ai dit à Matthew que je retournerais à Québec. Emmanchée comme j’le suis, j’ai décidé de rester avec la congrégation. Inquiète-toé pas, j’prends pas le voile! J’veux rester libre, mais j’veux les aider dans leurs bonnes œuvres autant qu’elles m’ont aidée à me remettre. — Fabi, j’me sens tellement mal. Je t’ai menti plusieurs fois… — Arrête, la p’tite sœur. Tu m’apprends rien sur tes défauts. J’suis pas venue mettre le trouble. Il fallait juste que je revoie ma famille. J’suis contente d’avoir vu le petit atelier de Francis, mais mon frère a l’air fatigué. On a jasé un peu en s’en venant à l’église. On a fait ça vite, on était en retard. Asteure, j’vais aller parler à Yvonne pour y dire comment qu’elle est belle. Elle va l’avoir, sa cérémonie. On le sait toutes les deux qu’elle rêvait juste de ça.
— Et… Matthew?
— Il m’a dit qu’il préférait s’en retourner. Faut le comprendre, y pensait pas me revoir. Il est un peu sonné. J’aurais dû prévenir, mais j’me suis décidée à la dernière minute. C’est un adon qu’une des sœurs de la congrégation soit venue à La Tuque. Elle m’a informée du mariage d’Yvonne. Elle me l’a dit hier matin. Elle m’a rapporté une copie du journal où les bans sont publiés. J’ai vu aussi qu’il y avait une petite publicité pour la bijouterie de Francis. J’me suis dit que c’était le temps que j’arrête de me cacher. S’il faut que je paye pour ce que j’ai fait, ben j’payerai. Ça fait que j’ai pris le premier train pour La Tuque, pis me v’là! Un peu plus, j’étais en retard! Pour Matthew, tu y parleras un autre jour. Y va comprendre. C’est un bon gars. Moé, j’ai tourné la page avec lui, pis avec tout le reste. J’t’en veux pas de m’avoir rien dit pour le mariage. Asteure, j’vais aller voir ma mère avant qu’elle fasse une syncope. J’y ai dit de s’occuper d’Yvonne, c’est sa journée à elle. Inquiète-toé pas, j’vais leur dire que j’suis allée au nord, avec les Indiens, pis que c’est là que j’ai perdu des morceaux. J’étais sidérée. À mes yeux, je ne méritais pas une telle compassion de la part de Fabi. Je m’attendais à des coups de griffes, à recevoir des blessures profondes qui me laisseraient déchiquetée sur le parvis de l’église. Je le méritais. Dans la seconde, j’étais prête à tout avouer. J’étais à deux doigts de me débarrasser de l’autre. Mais hormis le départ de Matthew, rien ne me tombait sur la tête. Comme toujours, Fabi me protégeait. Tout se remettait en place. Personne ne me traiterait de menteuse, à part Matthew, que j’avais déçu. Le curé vint annoncer que la cérémonie reprendrait. Les invités réintégrèrent leurs places. L’organiste marqua le mouvement d’une mélodie joyeuse. Quand Marie-Jeanne revint près de moi, elle s’empressa d’égrener son chapelet tout en s’épongeant les yeux. J’évitai de croiser son regard. Fabi remplaça Matthew à mes côtés, pendant qu’Yvonne et Antoine se rejoignaient à nouveau devant le prêtre. Le mariage se déroula au ralenti. On aurait dit que chacun avait peur de trop en faire, d’être à l’origine d’un autre tracas pour les mariés. Après les déclarations de fidélité, Antoine passa le jonc au doigt de sa femme et ils s’embrassèrent. Quand le cortège se mit en branle, Yvonne avait retrouvé son aplomb. Je ne pouvais pas en dire autant, avec Fabi qui boitillait à mes côtés. Il me semblait que nous étions le principal objet de curiosité. L’absence de Matthew était une gifle qui me rougissait les joues et appesantissait mon pas. De triomphante, à l’entrée, j’étais devenue une triste