La fille de la terre
141 pages
Français

La fille de la terre

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Description

Pierre, jeune expatrié français à Londres pour parfaire ses études médicales dans un hôpital de grande renommée, découvre, au détour d'une rencontre, l'amour, avec tout ce qu'il comporte d'espoirs et d'incertitudes, de drames de passions, mais aussi de désespoirs. Pénétrant dans ce paysage de lma souffrance qu'est l'hôpital, il suivra, pour vivre lui même, d'un bout du monde à l'autre, de l'Ecosse à la Californie, les pas de celle qu'il aime.

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Informations

Publié par
Date de parution 12 mai 2007
Nombre de lectures 128
EAN13 9782304006186
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

2 Titre
La fille de la terre

3Titre
Jean-Marie Desprez
La fille de la terre

Roman
5Éditions Le Manuscrit























© Éditions Le Manuscrit 2007
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00618-6 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304006186 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00619-3 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304006193 (livre numérique)

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A celle dont le soutien et les encouragements m’ont été
indispensables pour écrire ce livre.
Elle saura se reconnaître.
. .
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CHAPITRE 1
Le spectacle arrivait à son terme et Pierre, ou
plutôt Peter comme on l’appelait ici, n’avait
d’intérêt que pour la petite danseuse du ballet
aérien qui se déroulait sous ses yeux.
Il assistait pour la troisième fois au Millenium
show qui se produisait dans l’arène principale
du Dôme de Greenwich, construit en cette fin
de siècle pour commémorer le passage à l’an
2000.
C’était un extraordinaire spectacle de mimes,
de danses et d’acrobaties aériennes, mis en
scène sur une musique du talentueux Peter Ga-
briel.
Il racontait l’histoire de l’enfant du ciel qui
rencontre Sophia, la fille de la terre, et en tombe
amoureux.
Malheureusement les deux mondes finissent
par se haïr et se détruire mutuellement, séparant
ceux qui s’aiment.
Le tableau final, qu’il regardait avec tellement
d’émotion, célébrait le bonheur des deux jeunes
gens qui avaient su, par leur obstination, ré-
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concilier les deux peuples et vivre leur grand
amour.
Pierre sentait son cœur battre pour cette fille
de la terre qui volait et virevoltait au dessus de
sa tête afin de retrouver l’homme qu’elle aimait.
Envoûté à la fois par la musique qui envahis-
sait la salle et la beauté du spectacle, le jeune
médecin s’identifiait à l’enfant du ciel et se lais-
sait aller au rêve.
Il savait que ce n’était qu’une fiction et que,
dès la fin de la représentation, la fille de la terre
cesserait d’être Sophia pour redevenir une sim-
ple jeune fille dont il ne connaissait même pas
le nom, et qui retournerait à sa vie et à ses
amours.
Et pourtant son cœur avait battu si fort qu’il
eût peur d’être tombé amoureux d’une étoile
filante.
Il n’avait connu que peu d’aventures senti-
mentales.
D’ailleurs, il n’aimait pas cette expression. Il
aurait voulu donner tout son amour, entière-
ment et exclusivement, mais il était toujours dé-
çu par des relations éphémères qui se termi-
naient dans le déchirement.

C’était comme cela depuis que celle qu’il
avait aimée, pour la première fois, quand il était
au lycée, l’avait quitté pour un autre le soir de la
fête de fin d’année.
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Depuis ce jour là, il cherchait en vain celle à
qui il pourrait tout donner sans avoir peur de
tout perdre.
Ce n’était pas étonnant qu’il devienne amou-
reux d’un mythe qui ne risquait pas de la déce-
voir.
Il avait brillamment mené ses études de mé-
decine et soutenu sa thèse peu de temps avant,
avec les félicitations du jury.
Il souhaitait, en effet, se consacrer essentiel-
lement à la prise en charge des enfants présen-
tant de lourds handicaps physiques et mentaux.
Il avait obtenu une bourse du Conseil de
l’Europe qui devait lui permettre d’étudier ce
qui se faisait dans les différents pays de l’Union
Européenne. Il terminait son tour d’horizon par
la Grande Bretagne, dernière étape de son
voyage.
C’est ainsi que Pierre était venu passer une
année à Londres afin d’y approfondir son étude
des différentes étiologies du handicap.
Il avait été très bien accueilli partout où il
était passé mais il appréciait particulièrement le
séjour qu’il faisait au Mémorial hospital
d’Oxleas.
Cet établissement, situé dans le faubourg
sud-est de la ville, était spécialisé dans la prise
en charge des maladies et handicaps mentaux.
Pierre avait pu parfaire ses connaissances sur la
terrible maladie génétique qu’est la Trisomie 21.
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Les autorités du département de santé men-
tale du Royaume Uni lui avaient largement ou-
vert leurs dossiers et les éléments qu’il avait
trouvés lui donnaient la possibilité d’affiner ses
statistiques.
Quand on sait que l’âge de la mère est pri-
mordial dans l’apparition de cette maladie, on
imagine l’importance d’une telle étude à
l’échelle de tout un pays.
Le médecin avait pu ainsi déterminer que la
Trisomie 21 apparaît dans la proportion d’une
naissance sur mille si la mère a moins de trente
ans alors que le risque passe à une naissance sur
cent si elle a quarante ans et à une sur cinquante
si elle a plus de quarante cinq ans.

Pierre partageait tous ses résultats avec Iona,
sa jeune collègue écossaise, qui préparait une
thèse sur un sujet très proche.
Elle commençait sa recherche et profitait lar-
gement de l’avance de Peter.
Iona était le rayon de soleil du service. Tou-
jours joyeuse et agréable, elle portait le nom
d’une île d’Ecosse qui fut, au 9 e siècle, le ber-
ceau du christianisme britannique.
Pendant des centaines d’années, les rois
écossais et les chefs de clans, dont le célèbre
Mac beth, s’y firent enterrer.
Les parents de la jeune fille, catholiques
convaincus lui avaient donné ce prénom pour
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souligner leur appartenance à la nation écos-
saise.
Issus de la petite bourgeoisie locale, il étaient
artisans brasseurs à St Andrews, sur la côte est.
Iona recherchait en permanence la compa-
gnie de Pierre, mais lui, trop aveuglé par sa peur
de l’échec, ne se rendait même pas compte
qu’elle l’aimait profondément.
Elle avait toujours mille attentions pour le
jeune français et espérait qu’il puisse un jour
ouvrir les yeux et jeter sur elle un autre regard.
Pierre n’en prenait pas le chemin, bien qu’il
ait beaucoup de plaisir à travailler auprès d’elle.
Le show touchait à sa fin et le jeune homme
sentait venir, avec une certaine nostalgie, le
moment où il devrait quitter la fille de la terre et
retourner à sa solitude et à ses petits malades.

Il venait de comprendre qu’il n’était pas près
de l’oublier.
Le spectacle remportait un immense succès
et Sophia, ainsi que son partenaire, s’étaient
rapprochés du public pour mieux apprécier les
applaudissements.
La jeune fille saluait avec grâce et Pierre pou-
vait distinguer la finesse de ses traits. La blan-
cheur de sa peau contrastait avec la couleur de
sa chevelure qui avait la noirceur de l’ébène.
Ses yeux bruns riaient de bonheur et son
sourire semblait sans fin.
13 La fille de la terre
Après de longues minutes d’ovation et de sa-
luts répétés, elle prit la main de son partenaire
et disparut dans les coulisses.
Ce geste agaça le jeune homme. Il aurait vou-
lu la rejoindre et partir avec elle.
Pierre quitta le lieu du spectacle, bouleversé
par ce qu’il venait de voir, et sa tête résonnait
encore de la musique qui l’avait pénétré jus-
qu’au plus profond de lui-même.
Il n’avait plus qu’un désir : revoir le fille de la
terre et repartir au plus vite avec elle dans son
pays imaginaire.
Et pourtant, il savait qu’il ne pouvait pas re-
venir tous les jours. Son budget n’y aurait pas
suffi.
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