La fracture

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229 pages
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Description

Dans la semaine suivant le retour de Lela dans le Rhode Island, tous les médias locaux ne cessent de rapporter des témoignages inquiétants de personnes qui auraient aperçu des créatures courant à quatre pattes, ressemblant à des humains. Pour Lela, il n’y a qu’une seule explication possible: les Mazikins sont arrivés dans le monde des vivants.
Désireuse de faire croire qu’elle mène une vie normale, Lela retourne au Warwick High
School avec Malachi. La nuit venue, ils s’emploient à chercher le nid des Mazikins avec deux nouveaux gardes. L’un d’eux, Jim, une recrue délinquante, défie l’autorité de Lela à répétition. Celle-ci se démène pour que ses gardes n’aient pas de démêlés avec la justice, mais leurs erreurs ont de terribles conséquences.
Alors que s’enchaînent les douloureuses révélations et que les Mazikins se mettent à
cibler ses proches, Lela se retrouve plus vulnérable que jamais. Face à un ennemi déterminé à prendre possession de son âme, Lela devra décider à quel point elle est prête à se sacrifier pour protéger ceux qu’elle aime.

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Date de parution 30 mars 2018
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EAN13 9782897678524
Langue Français

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Copyright © 2013 Sarah Fine Titre original anglais : Fractured Copyright © 2017 Éditions AdA Inc. pour la traduction française Cette publication est publiée avec l’accord de Skyscape Tous droits réservés. Aucune partie de ce livre ne peut être reproduite sous quelque forme que ce soit sans la permission écrite de l’éditeur, sauf dans le cas d’une critique littéraire. Éditeur : François Doucet Traduction : Catherine Vallières Révision linguistique : Daniel Picard Correction d’épreuves : Nancy Coulombe, Féminin pluriel Conception de la couverture : © 2013 Tony Sahara Montage de la couverture : Mathieu C. Dandurand Photo de la couverture : © Shutterstock Mise en pages : Kina Baril-Bergeron ISBN papier 978-2-89767-850-0 ISBN PDF numérique 978-2-89767-851-7 ISBN ePub 978-2-89767-852-4 Première impression : 2017 Dépôt légal : 2017 Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque et Archives Canada
Éditions AdA Inc. Diffusion 1385, boul. Lionel-Boulet, Canada : Éditions AdA Inc. Varennes (Québec) J3X 1P7, Canada France : D.G. Diffusion Téléphone : 450 929-0296 Z.I. des Bogues Télécopieur : 450 929-0220 31750, Escalquens — France www.ada-inc.comTéléphone : 05.61.00.09.99 info@ada-inc.comSuisse : Transat — 23.42.77.40 Belgique : D.G. Diffusion — 05.61.00.09.99 Imprimé au Canada
Participation de la SODEC. Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC) pour nos activités d’édition. Gouvernement du Québec — Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres — Gestion SODEC.
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Pour Alma, ma guerrière à moi
1
a ravisseuse arpentait le hall d’entrée à pas lourds tandis que j’étais assise sur une chaise M en bois appuyée contre le mur. Mon cœur battait à tout rompre, au même rythme que les pensées qui se bousculaient dans ma tête. Mon instinct me disait de fuir, de fuir au plus vite. Mon côté rationnel cependant, qui de prime abord ne semblait pas faire le poids contre mes réflexes instinctifs, réussit quand même à me faire entendre raison.Ma vie n’est pas en danger. Je vais m’en sortir vivante. Du moins, je l’espère. Je m’inclinai vers l’avant et ancrai mes pieds sur le plancher en estimant le nombre de secondes dont j’aurais besoin pour atteindre la sortie. Le regard farouche de ma geôlière me fit comprendre qu’elle lisait dans mes pensées. Elle s’arrêta devant la porte et se croisa les bras sur sa poitrine. — N’y songe même pas, ma belle ! Je suis chargée de ta surveillance. Et je n’entends pas à rire à ce sujet. J’inclinai la tête vers l’arrière et la cognai doucement contre le mur. — C’est bien parce que tu le veux ! Diane laissa entendre son habituel murmure de désapprobation. — Tu viens de vivre un grave événement, et maintenant… Un coup à la porte me permit d’échapper à son sermon ; mon cœur s’emporta de plus belle à la pensée de la personne que j’allais bientôt voir dans l’embrasure. Je me levai sur mes jambes tremblotantes pendant que Diane tournait lapoignée et ouvrait grand la porte. Je commençais à peine à m’habituer à le voir porter des vêtements normaux plutôt qu’une armure et une tenue de corvée. Il était arrivé une semaine plus tôt à mon école ; il avait l’air d’un élève ordinaire du niveau secondaire, non plus d’un garde meurtrier. De fait, « ordinaire » n’était probablement pas le bon mot. Il lui était impossible d’avoir l’air ordinaire, même en essayant. Et il essayait fort. Ce soir, il portait un jean et une veste grise à capuchon. Des cheveux de jais encadraient la peau olive de son visage anguleux et austère, ses yeux étaient si sombres qu’on aurait dit des cercles d’ébène, et il affichait une expression qui ne m’était pas inconnue. Il faisait de son mieux pour avoir l’air inoffensif, mais il ne réussissait pas très bien. Il avait toujours l’air d’une personne capable de tuer quelqu’un d’autre sans effort. Probablement parce que c’était là la vérité. — Madame Jeffries ? Même s’il s’exprimait parfaitement en anglais, il insistait sur chaque consonne, sur chaque voyelle, ce qui lui conférait son accent précis et sec qui correspondait parfaitement à son apparence. Il tendit la main. — Malachi Sokol. Enchanté de faire votre connaissance. Je fus à côté de Diane juste à temps pour voir ses sourcils toucher presque la naissance de ses cheveux. Au cours de sa carrière d’agente correctionnelle à la prison à sécurité moyenne de la région, elle avait développé un sixième sens face au danger. Et Malachi avait manifestement déclenché une alarme à l’intérieur d’elle. Elle lui serra la main et recula pour lui permettre d’entrer. — Je suis moi aussi ravie de te connaître. Lela dit que tu viens tout juste d’arriver aux États-Unis ? — Oui, je fais partie d’un programme d’échange d’étudiants de courte durée. C’est pour moi une belle occasion de connaître la culture américaine avant d’obtenir mon diplôme, répondit-il,
tournant tout de suite son attention… vers moi. Il me fit un sourire dévastateur, et ses yeux croisèrent les miens. De l’arrière de son dos, il fit apparaître un petit bouquet de fleurs jaunes et blanches accompagnées de plusieurs boutons vert pâle, le tout enveloppé dans un papier cellophane. — Elles sont pour toi. J’eus besoin de quelques secondes, mais je réussis à coordonner mes mains et mes doigts pour accepter le bouquet qu’il me tendait. — Merci, dis-je, dans un murmure étouffé. Malachi baissa les sourcils. Une pointe d’inquiétude apparut dans ses yeux avant qu’il ne se tourne vers Diane. — J’aimerais vous présenter mon père d’accueil, dit-il en faisant un geste vers l’escalier derrière lui. Raphaël, vêtu d’un pantalon kaki et d’un chandail, entra et tendit la main. — Madame Jeffries, je m’appelle John Raphaël. Merci beaucoup de nous avoir invités à ce repas. J’ai été content d’apprendre que Malachi s’était déjà fait une amie. Son sourire lui transforma le visage. Ce visage des plus communs devint soudain… comment dire… angélique. On ne pouvait plus l’oublier. Lorsque Raphaël souriait, je regrettais chaque fois de ne pas avoir mon appareil photo. Diane laissa s’échapper la tension accumulée en elle lorsqu’elle serra la main de Raphaël. Son visage se détendit et afficha un sourire chaleureux. — J’étais contente moi aussi pour Lela, dit-elle, me faisant presque pouffer de rire. Nous nous étions plutôt vivement disputées en après-midi après que je lui eus demandé si je pouvais sortir ce soir-là avec Malachi. C’était la première fois que je lui demandais la permission de sortir avec un garçon, la première fois que je lui parlais même d’un garçon en fait, et à en juger par la manière dont elle avait porté la main à sa poitrine, elle avait vraiment été surprise. D’autant plus que tout avait été si triste depuis le suicide de Nadia. Diane ne pouvait pas comprendre comment j’avais pu guérir de mon deuil en moins d’une semaine. Elle ne savait pas que j’avais suivi Nadia dans la mort. Que j’avais revu ma meilleure amie. Que j’étais maintenant absolument convaincue qu’elle vivait dans un monde meilleur. Que je m’en étais assurée. J’avais sacrifié ma propre liberté à la sienne. Pendant que Diane et Raphaël discutaient des joies de parents d’adolescents, je me rendis dans la cuisine avec les fleurs, fixant ces petits boutons aux veines minuscules, la gorge serrée. J’ouvris une armoire pour en sortir un vase en plastique, et lorsque je la refermai, Malachi se tenait à côté de moi. — Tu ne les aimes pas ? demanda-t-il. Je fis un signe de tête. — Si ! Je les aime beaucoup. C’est juste que… c’est lapremière fois qu’on m’offre des fleurs. Je me détournai et fis rouler les tiges délicates entre mes doigts. C’était l’un de ces bouquets bon marché acheté à l’épicerie. Tegan, qui avait repris le rôle de Nadia dans la pyramide sociale de l’école secondaire Warwick depuis la mort de mon amie, se serait moquée de ces fleurs déjà fanées, de ces petits pétales difformes. Mais pas moi… Les doigts de Malachi me caressèrent l’épaule. — Et moi, c’est la première fois que j’offre des fleurs à une fille, dit-il en riant doucement. En fait, je n’avais pas vu de fleurs de si près depuis longtemps.
Il avait passé les dernières décennies dans une cité emmurée, faite de béton, d’acier et de matières gluantes, où les seules choses qui poussaient ou prenaient forme étaient le fruit des vœux désespérés formulés par les morts qui s’y trouvaient tristement enfermés. Comme la cité était toujours plongée dans l’obscurité ou le crépuscule, comme il n’y faisait jamais jour, il ne pouvait rien y pousser de vert, de luxuriant ou deréel. Euh, ce n’était pas tout à fait vrai. Quelque chose avait fleuri entrelui et moi. Je me retournai à nouveau vers lui et tendis ma main vers la sienne. Je ne m’étais toujours pas habituée à letoucher. Il avait la peau si chaude. Il existait réellement.Ici, près de moi. — Incroyable, murmurai-je. Il sourit et m’attira contre lui, mais Diane entra dans la cuisine exactement au même moment. Malachi me libéra de son étreinte en s’éclaircissant la gorge. — J’espère que tu aimes les pâtes, lui dit-elle. Elle avait le ton léger, mais elle lui décocha un regard éloquent. — Je mangerais volontiers n’importe lequel de vos mets, répondit-il. Je n’en doutais aucunement. Malachi n’avait pas mangé de repas décent depuis bien avant sa mort, au début des années 1940. Malachi et moi dressâmes la table pendant que Raphaël nous versait chacun un verre de limonade. L’invitation à ce repas avait été l’idée de Diane. Elle avait insisté pour rencontrer à la fois Malachi et ses « hôtes » avant de me permettre de sortir avec lui. Elle ne cessait de plisser les yeux, comme si elle avait l’air de se demander s’il était armé. Je me demandais la même chose. J’avais certes déjà vu Malachi tuer des Mazikin avec une incroyable précision et une grâce toute puissante, mais je l’avais rarement vu accomplir des tâches aussi banales que de déposer des fourchettes sur une table. De la façon dont il observait ses propres mains et plaçait minutieusement chaque pièce de coutellerie, il devait probablement se dire la même chose. Je mourais d’envie de lui demander ce qui se passait dans sa tête afin de finalement mieux le connaître. Nous aurions peut-être le temps pour ça maintenant que nous étions ici, sur Terre, et non plus coincés en enfer. La semaine qui venait de se terminer ne nous avait pas fourni beaucoup d’occasions, cependant. Nous avions passé le peu de temps à notre disposition à nous assurer que Malachi avait les compétences de base pour fonctionner dans le monde moderne, comme savoir se servir d’un four à micro-ondes et utiliser un téléphone cellulaire. J’avais passé le reste de mon temps libre après l’école à me présenter consciencieusement à des rendez-vous que Diane avait pris chez le médecin pour s’assurer que je n’avais pas besoin d’être hospitalisée dans un hôpital psychiatrique. Dès qu’elle s’était sentie rassurée à mon égard, je lui avais demandé si je pouvais sortir avec Malachi. Nous ne pouvions pas nous permettre d’attendre davantage. — D’où viens-tu exactement ? demanda Diane lorsque nous nous assîmes à table. — De Bratislava, répondit-il. En Slovaquie. — Que font tes parents ? Ma gorge se serra une fois de plus lorsque j’observai Malachi faire un petit sourire triste à Diane. — Mon père est propriétaire d’un magasin de chaussures, dit-il doucement. Ma mère s’occupe de la maison. Elle est très bonne cuisinière, continua-t-il avant d’incliner la tête une seconde. Sa cuisine me manque. L’expression et la voix de Diane perdirent immédiatement de leur dureté. — Ta famille te manque, pauvre petit. Malachi sentit sa gorge se nouer, et il prit une grande respiration.
— Beaucoup. Mais je suis content d’être ici. Et je suis heureux d’avoir rencontré Lela. — Merci d’avoir accepté de laisser Lela conduire. Raphaël avait dit ces mots en passant le pain à l’ail à Diane, pour qu’elle détourne son attention de Malachi, afin que celui-ci puisse se remettre de la discussion qui avait dévié sur ses parents, morts aux mains des nazis. — En fait, je crois que c’est bien pour Lela qu’elle conduise, dit Diane. Elle m’avait dit qu’elle voulait que je puisse faire descendre Malachi et revenir seule en voiture si jamais il s’avisait d’avoir la main baladeuse. Raphaël était un convive charmant et il n’eut aucune difficulté à amener Diane à parler d’elle, de sa famille, de sa fierté que je sois acceptée à l’université. Pendant ce temps, j’observais Malachi qui mangeait. Chaque bouchée ressemblait à un acte d’adoration. Il avait mentionné au moins une dizaine de fois à Diane à quel point son repas était délicieux. Elle devait probablement le trouver passablement servile, mais je savais qu’il disait la pure vérité. La nourriture dans la cité sombre était tout simplement épouvantable. — Nous devrons bientôt partir si nous voulons arriver à temps pour ce film, dis-je alors que nous terminions nos plats. J’étais fin prête à me retrouver seule avec Malachi. — À quel cinéma allez-vous ? demanda Diane. Pas à Providence Place, n’est-ce pas ? Et voilà,c’était reparti. — Non, mais ce n’est vraiment pas grave de toute façon… Elle saisit sa fourchette comme une arme et me fixa. — Ces fous ont été captés par une caméra de surveillance à environ 15 kilomètres d’ici. Tu ne vas nulle part près de cet endroit tant qu’ils n’auront pas été arrêtés. Elle n’était pas la seule à paniquer. Nous vivions à Warwick, mais le Rhode Island étant un État minuscule, tous ses habitants avaient les nerfs à vif par suite de la diffusion de ces images. Raphaël s’essuya la bouche de sa serviette. — J’ai vu les nouvelles. Les images étaient si floues qu’il pourrait s’agir d’un chien enragé. Diane regarda Raphaël comme s’il l’avait trahie. — Un chien qui porte un jean et des chaussures de sport ? Elle prit une bouchée de pâtes qu’elle mastiqua sans ménagement avant de l’avaler, puis elle poursuivit sur sa lancée : — Je ne dis pas que c’est un loup-garou ou quelque chose du genre. Je ne suis pas folle. Mais un homme qui court à quatre pattes ? C’est probablement quelqu’un sous l’effet de la méthamphétamine. Croyez-moi : ces gens-là sont imprévisibles. Quoi qu’il en soit, tenez-vous tous deux loin de cet endroit. — N’ayez crainte, nous allons dans un cinéma ici à Warwick, madame Jeffries, avança Malachi, méritant un hochement de tête d’approbation de la part de Diane. Nous avions tous deux prévu formuler cette réplique si elle abordait le sujet, et il sembla soulagé de l’avoir bien faite. — Qu’allez-vous voir ? demanda-t-elle en se détendant finalement. Night Huntress, récita-t-il. Ce film a reçu de bonnes critiques. — J’ai entendu dire que c’est un véritable bain de sang, grommela-t-elle en commençant à débarrasser la table. Je retins un rire à demi hystérique en l’aidant à mettre la vaisselle dans l’évier. — Merci pour le repas. Et merci d’être aussi chouette. Elle haussa les épaules et fit entendre unhum.