La goélette blessée

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Français
317 pages
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Description

La mort soudaine de son père provoque le retour, après trois ans d'absence, d'Albert sur l'ile Sainte-Marie, aux Antilles. Il est désormais héritier de la plantation fondée par son aïeul ainsi que d'une société de matériel nautique. Au lendemain du passage d'un cyclone, l'arrivée à Grand-Baie d'une goélette délabrée, réputée pour être ensorcelée, va bouleverser sa vie. Il décide de l'acquérir coûte que coûte. Avec la complicité de son ami d'enfance, journaliste et l'aide d'une belle mulâtresse dont il est amoureux, parviendra-t-il à résoudre l'énigme de la goélette sans provoquer un énorme scandale ?

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Date de parution 02 novembre 2017
Nombre de lectures 16
EAN13 9782140049781
Langue Français
Poids de l'ouvrage 8 Mo

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ArnaudSOUQUETBASIÈGE
a goéette bessée Roman
La goélette blessée
Arnaud Souquet-Basiège La goélette blessée
Roman
Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-13234-1 EAN : 9782343132341
A Georges Souquet-Basiège, mon grand-père, trop tôt disparu. A mes enfants, Nicolas, Charlotte et Raphaël.
Illustration première de couverture : Gérard Gonet
CHAPITRE I
« Comment ai-je pu quitter pareil endroit ? », se demandait Albert Saint-Brice, alors que, sous ses yeux, se déroulait en grand-angle le panorama de la rade de Grand-Baie. Une question allusive au fait qu’il avait, comme bon nombre de ses « compatriotes », cédé au chant des sirènes de la Métropole. Plein d’illusions et bien naïvement, il comptait y faire une belle carrière dans la presse ! Ce vendredi de la n août 1980, le soleil glissait donc vers la mer, jouant à cache-cache avec quelques cumulus tropicaux qu’il teintait d’or, de rose pâle, puis de violet. 1 Verre de punch sur glace à la main, le jeune béké tout juste débarqué de « France » comme on dit ici savourait l’instant, ce privilège quotidien accordé aux habitants de Sainte-Marie. Cette île que l’imaginaire a créée à l’image de ces confettis saupoudrant l’arc des Antilles, à la lisière de l’Océan atlantique et de la Mer des Caraïbes. Bientôt, le disque d’or, virant à la braise, atteindrait l’horizon. Alors, peut-être, Albert surprendrait-il cet éclat vert, fruit de la fusion entre le soleil et la mer, ce rayon vert émeraude, symbole furtif et certainement illusoire, d’un espoir de vie romantique, le plus loin possible de toute vicissitude terre-à-terre. Pour cela, il eût fallu que l’horizon soit aussi clair que le cristal des verres que sa mère, Marie-Andrée, ex-épouse Saint-Brice, faisait disposer sur la table des grands jours, du temps où elle était la maîtresse de cette maison qu’il occupait seul désormais.
1 Terme du langage populaire qui dénit un blanc créole.
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« Ce ne sera pas le cas ce soir », se prit-il à regretter. Car, l’atmosphère saturée d’humidité, typique des saisons cycloniques, embrumait l’horizon. L’obscurité soudaine permit au jeune Créole d’admirer la vue, dévalant jusqu’à la mer depuis la propriété familiale « l’Espérance », sur une ville déjà parée de tous ses feux multicolores, bientôt envahie par touristes et autochtones gagnant le bord de mer en vue d’une chaude et insouciante soirée. Portée par la brise de mer, la rumeur lointaine, échappée des bars, restaurants et autres lieux de vie de Grand-Baie, la « capitale », mêlée au chant nocturne des grenouilles, crapauds et criquets, envelopperait bientôt le soir d’une chaude mélancolie. Instant propice au souvenir d’une enfance vécue au rythme apparemment indolent de ces îles de l’archipel des Antilles. « Albert, le repas est prêt ». La voix aux glissantes tonalités créoles de Suzanne, sa « Da » l’extirpa de ces mêmes souvenirs. De ceux-là, Suzanne faisait partie. Comme l’avait fait sa propre mère avant elle, la vieille gouvernante avait toute sa place dans la famille depuis des lustres et il ne devait pas en être autrement, même après la disparition du père d’Albert. Elle avait eu lieu six mois auparavant. On avait retrouvé son voilier dérivant au large de l’île Sainte-Marie. A bord, son propriétaire inerte, une plaie à la tempe. Selon le médecin légiste, « le père Saint-Brice », aurait été victime d’un malaise cardiaque, puis aurait heurté la table à cartes en tombant. Et comme il avait l’habitude de sortir seul en mer, le drame parut inévitable. Un drame qui, testament oblige, activa le retour de l’héritier. Et mit un terme à ses espoirs de grande carrière hexagonale dans les médias dédiés au nautisme. Albert suça le reste des glaçons parfumés de rhum et de zeste de citron vert, puis gagna la véranda où Suzanne avait dressé la table. - Je t’ai préparé un calalou crabe, lança-t-elle èrement, assurée qu’elle était du succès que rencontrerait son voluptueux potage, préparé à base de feuilles de ciguines, cueillies en bordure de forêt tropicale, de crabes de terre, le tout accompagné de miettes de morue salée grillée, et relevée à souhait. - Aaah Suzanne, tu n’as pas oublié ce que j’aime ! s’extasia en créole le désormais héritier Saint-Brice, ravi du choix culinaire de sa vieille nounou. Sa bonne vieille « Da » qu’il aimait comme sa propre mère et qui, apprenant son retour dans l’île, l’avait attendu sur le perron de l’habitation. Sa bonne vieille « Da » qu’il avait serrée fort dans ses bras
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l’après-midi même, deux heures après avoir franchi les portes de l’aéroport international de Grand-Baie. « Bienvenue au pays », s’était dit le jeune homme en recevant en plein visage la claque chaude et étouffante d’une atmosphère contrastant brutalement avec l’air climatisé du 747 d’Air France. Sa cousine germaine, Solange Dubois des Prés, l’avait ensuite déposé à « L’Espérance » avant de retourner au bureau qu’elle occupait en tant qu’associée dans l’entreprise léguée par son père à Albert. «Je repasse demain, avait-elle lancé avec son accent créole. Cet accent si cher aux oreilles d’Albert.Repose-toi en attendant. Ta chère Suzanne va s’occuper de toi.» Un vrai délice, ce calalou ! Il fut suivi d’une non moins parfumée salade d’ananas, cueilli le matin même sur la plantation et dégustée sous l’œil attendri de Suzanne. Cette chère Suzanne qui ne manqua pas de raconter à son « ti ich », son petit garçon, les derniers potins de l’île. Il était question du mariage d’une petite-cousine avec un homme de couleur, «Wendez-1 ou compte, çà pas dié possib, grondait-elle entre ses dents, alors qu’elle-! » même l’était, de couleur ; de la dernière grève des ouvriers agricoles, qu’elle traitait de « sacrée bande de fainéants », ou de la chaleur, «qui kaye fai vini 2 cyclone làde « la vie qui devient difcile » ; du «» ; pov pè Saint-Brice ki pati 3 pou toujoude babillages qu’écoutait affectueusement Albert»… Autant tout en savourant son plat préféré. Car sa « Da » avait bien mérité qu’on l’écoute. Elle, si dévouée à cette « grande famille » Saint-Brice ! La soirée s’acheva ainsi tout en douceur. Albert était ivre de senteurs, de chaleur. Et, cerise sur le gâteau au coco prévu au dessert, Suzanne avait déjà ordonné de défaire ses valises aux deux domestiques, sur lesquels elle avait toute autorité. Des valises « posées pour de bon, cette fois-ci », avait-il décidé. Vaincu par le décalage horaire avec la Métropole, le jeune Créole ne sentit pas la nuit passer. «Alors, cousin, encore au lit, toujours en train de dormir ?» L’arrivée de Solange en pleine matinée d’un samedi déjà lourd et torride sortit Albert du lit, lui t enler en un clin d’œil un pantalon de toile blanche et une chemisette,
1 « Rendez-vous compte, ce n’est pas Dieu possible ! » en créole. 2 « Qui va faire venir le cyclone. » 3 « Du pauvre père Saint-Brice qui est parti pour toujours. »
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