La Grande Guerre

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Aujourd'hui a pris fin la plus grande guerre que nous ayons connue dans l'histoire de notre planète.


Elle aura duré seize ans et aura été plus sanglante que n'importe quel autre conflit. Pourtant, la plus grande de toutes les pertes a eu lieu avant hier, juste avant l'aube, en ce neuvième jour du septième mois de l'an six de la cinquième ère.


J'aurais dû le prévoir, je le sais, mais il y a des choses que même un oracle ne peut prédire.



En tant que Roi de toute la planète, il est de mon devoir de rapporter les faits.

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EAN13 9782368323090
Langue Français

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Anne-Lyse BLASCO
La grande Guerre
Aujourd'hui a pris fin la plus grande guerre que nous ayons connue dans l'histoire de notre planète. Elle aura duré seize ans et aura été plus sanglante que n'importe quel autre conflit. ourtant, la plus grande de toutes les pertes a eu lieu avant hier, juste avant l'aube, en ce neuvième jour du septième mois de l'an six de la cinquième ère. J'aurais dû le prévoir, je le sais, mais il y a des choses que même un oracle ne peut prédire. En tant que Roi de toute la planète, il est de mon devoir de rapporter les faits.
J’ignore comment sera Vénizy dans l’avenir, mais à ma naissance, nous étions, depuis près de vingt-mille ans, dans la quatrième ère. Ère qui avait débuté lorsque les habitants avaient décidé de créer un cinquième peuple pour fédérer les quatre déjà existants. Ils décidèrent de garder le nom de la planète sur l’île centrale : Vénizy. Ce Royaume central était censé diriger les quatre peuples qui, du fait de leur différence de typographie et climat, commençaient à s’entre-déchirer. Ce fut une excellente idée car la paix a régné durant les vingt mille années qu’a duré la quatrième ère. Jusqu’au début de cette guerre…
PARTIE 1
Chapitre 1
Quand ça a commencé, je n'avais que sept ans. Je m'en souviens très bien, ce souvenir était toujours brûlant. Nous étions encore dans la quatrième ère et tout fonctionnait parfaitement depuis près de vingt milles ans. Il m'était arrivé à plusieurs reprises, de rêver d'événements qui s'étaient déroulés dans les jours suivants, mais je savais que voir l'avenir était un don très rare. Du moins me l'avait- on dit. Tous les jours, j'avais des cours protocolaires pour m'apprendre à être le prochain Roi. Ces cours étaient pour la plupart ennuyeux. Je me demandais pourquoi on devait me les prodiguer si jeune, sachant que je ne serai pas Roi avant huit longues années. Toutefois, certains cours, comme l'histoire de la planète ou les pouvoirs des anciens souverains, me plaisaient beaucoup. Je me souviens avoir dit à mon précepteur: - Cette nuit, j'ai rêvé que mon père avait un problème avec le jardinier, et ce matin, il est venu se plaindre qu'il y avait une difficulté dans les serres. - Ça n'a rien d'étonnant, m'a-t-il répondu. Il y a toujours des problèmes dans les serres, et surtout depuis que ce nouveau jardinier est arrivé. Je n'avais donc pas insisté. Mais ce genre de choses se produisaient de plus en plus régulièrement : quand ma cousine, au royaume de Clar, a eu un chat noir pour son anniversaire, quand mes arrière- grands- parents sont rentrés de voyage plus tôt que prévu pour nous faire une surprise, et encore des plaintes de plus en plus répétées de notre jardinier. Mais je n'en parlais plus à personne. Car j'avais peur de ne pas être pris au sérieux et craignais qu'on me traite de fou. J'avais raison.
Une nuit, je me suis endormi avec un horrible pressentiment.
Je me suis réveillé en sursaut après avoir rêvé que le jardinier allait mener une révolution. C'était la première fois qu'un de mes rêves était aussi sanglant, et aussi, la première fois que je sus avec certitude qu'un rêve était prophétique.
Je n'ai pas hésité une seule seconde.
J'ai sauté de mon lit et j'ai couru dans la chambre de mes parents. - Père ! Mère ! je hurlai. Mes parents se sont levés en sursaut, visiblement contrariés. Mon comportement n'avait rien de celui d'un prince. Je n'avais guère le temps de m'en soucier. Il fallait que je les prévienne. - Le château va être attaqué ! Ma mère hurla. Mon père sauta de son lit et vint se mettre face à moi. Il m'attrapa par les épaules et me regarda dans les yeux, gravement. - Damien ! Comment le sais-tu ? Qui t'en a parlé ? Aucune attaque directe du palais n'avait eu lieu depuis que Vénizy était entrée dans la quatrième ère et que les cinq peuples vivaient en paix avec les démons. Aucune attaque depuis vingt mille ans. Il allait me falloir convaincre mon père, et non laisser sous- entendre qu'il ne s'agissait que d'un cauchemar d'enfant. Je pris mon courage à deux mains. - J'ai le don de voyance, père. Le regard de mon père s'aggrava. Ma mère le fixait en se demandant comment elle devait réagir. - En es-tu sûr ? C'est un don très rare, mon fils. - Je rêve de choses qui se révèlent être vraies. Au début, je pensais à des coïncidences, mais... - Les coïncidences n'existent pas. Il respira profondément, tentant de garder son calme en ingérant l'information. Cela voulait dire que je disais la vérité sur l'attaque du château. - Depuis quand as-tu ce pouvoir ? me demanda mon père après plusieurs secondes qui me parurent presque une éternité. - Quelques mois. - Pourquoi ne nous en as-tu jamais parlé ? demanda ma mère.
- Personne ne m'aurait cru et j'avais peur. - Tu as très bien fait ! répondit mon père en resserrant ses mains sur mes bras. Si les gens avaient su pour ton don, ils auraient pu te faire du mal ou se servir de toi. Des frissons me parcoururent. Je crus au début que c'était de la peur, quant à ce que venait de me dire mon père, mais je compris vite que ma vision était de plus en plus proche de se réaliser. Mes parents étaient convaincus que j'avais le don ; désormais, je pourrai leur dire ce que j'avais vu. - Père ! Le jardinier va mener la révolution ! Il est à la tête d'un groupe de démon. Les démons vivaient en paix avec les hommes depuis des millénaires, mais il avait suffi d'une petite étincelle pour déclencher le feu. - Quand? Un grand bruit de fracas résonna dans tout le palais. La grande porte avait été détruite. Nos trois têtes se tournèrent vers le couloir. - Maintenant. Plusieurs fois, dans les jours, semaines, mois ou années qui suivirent, je me demanderais ce qui se serait passé si j'avais agi autrement. Si je n'avais pas expliqué à mon père comment et pourquoi je savais pour l'attaque mais que j'étais entré en hurlant qu'il fallait évacuer, alors peut-être aurait-il donné l'alerte pour que chacun soit prêt. Peut-être aussi ne m'aurait-il pas cru. Sauf si j'avais avoué la vérité à mon père sur mon pouvoir plus tôt. Il m'aurait alors aidé à le développer et cette vision aurait été plus claire. Mais ce n'est pas ce qui s'est passé. Dans la réalité, tout s'était enchaîné très vite. J'admire encore mon père pour sa réactivité. Dès qu'il entendit la porte craquer, et peut-être sans entendre réellement ma réponse, il me lâcha, se précipita vers ma mère et la sortit du lit. Elle était pétrifiée. - Caroline ! Réveille-toi ! J'ai besoin que tu sois réactive ! Ma mère sortit alors de sa torpeur et regarda mon père droit dans les yeux. - Bien, lui dit- il. Maintenant, je veux que tu prennes notre fils et que tu l'amènes avec toi. - Et toi?
- Je vais retrouver les Protecteurs et tenter de les ralentir. - Mais... - Pas de mais ! Protège Damien ! Il est le futur Roi légitime, l'avenir de Vénizy. S'il m'arrive quelque chose, ce sera à lui de prendre la relève. - Je t'aime ! - Moi aussi ! Mon père embrassa ma mère qui se mit à pleurer. Elle se dirigea vers un coin du mur qu'elle commença à pousser. Ce que j'aimais appeler « passages secrets » étant enfant étaient en fait des sorties d'urgence. Mon père vint alors me faire un câlin, comme pour me donner du courage. - Je suis désolé, père ! J'aurais pu faire plus si... - Ne te dis jamais ça. Tu as très bien agi. Tu as sauvé la vie de ta mère. Le plus important c'est qu'un Ward devra toujours être sur le trône. Je compte sur toi.
Il m'embrassa sur le front et partit vers la porte. Dès que j'eus atteint ma mère, je le regardai disparaître avec le sentiment grandissant que je voyais mon père pour la toute dernière fois.
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