La guerre des influences
130 pages
Français

La guerre des influences

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Description

L'auteur dépeint par le menu les péripéties de l'enlèvement d'un préfet par des hommes armés. Ce faisant, il conduit le lecteur à la découverte de l'antre des groupes armés qui guerroient au nom de l'islam. Il met le doigt sur la guerre des influences dont le Mali est devenu l'un des théâtres à travers le monde. Ce livre se veut une photographie instantanée de la situation sécuritaire délétère dans lequel le Mali est plongé depuis le déferlement des groupes armés sur son territoire en 2012.

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Date de parution 24 juin 2019
Nombre de lectures 18
EAN13 9782140124952
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

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Bréhima TO U R É OUR É LA GUERRE Bréhima T DES INFLUENCES R O M A N
LA GUERRE DES INFLUENCES
La guerre des influences
Bréhima TOURE
LA GUERRE DES INFLUENCESRoman
© L’Harmattan, 2019 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-17032-9 EAN : 9782343170329
LA GUERRE DES INFLUENCES
Dans le village de Sori-Wèrè, la nuit était tombée, les rues étroites étaient plongées dans l’obscurité. Bouba avait fini de dîner en compagnie de son père et ses deux frères et s’était retiré dans sa chambre en attendant l’arrivée de ses amis pour la causerie du soir.
Deux hommes armés de fusils d’assaut firent irruption dans la cour de la famille. Bouba fut alerté par les éclats de voix des assaillants houspillant et donnant des coups de crosse à son père et ses frères. Les intrus demandèrent à voir Bouba. Celui-ci les aperçut par la fenêtre. Ils étaient enturbannés et très agités. Sans hésiter, il prit son pistolet automatique et fit feu à deux reprises sur l’un des assaillants qui s’écroula. Le deuxième prit la fuite, abandonnant la moto sur laquelle il était venu avec son compagnon.
L’homme gisant au sol agonisait en gémissant, le corps secoué de spasmes ; un ruisseau de sang s’écoulait de ses plaies et formait une tache sombre sur le sol sablonneux.
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Bouba sortit de la chambre et se joignit à la foule rassemblée autour du corps qui continuait à se débattre pour conserver la vie qui le quittait inexorablement. Tous étaient atterrés. Des voisins, alertés par les coups de feu, passaient une tête par-dessus le mur d’enceinte de la concession. La foule commença à grossir dans la cour. Bouba prit la décision de quitter immédiatement le village. Aidé par ses parents, il hissa le corps dans le wagon de son pick-up et fit monter aussi la moto des agresseurs. Il s’empara de l’arme tombée des mains de l’homme agonisant, sauta au volant de son véhicule et démarra en trombe.
Arrivé au check-point de l’armée, sur un pont à l’entrée de la ville de Niono, il montra aux soldats médusés le corps et la moto et leur expliqua qu’il avait été attaqué chez lui et qu’il avait réussi à abattre un des assaillants. Les soldats le conduisirent immédiatement à la gendarmerie où il fut gardé à vue avant le lever du jour. C’est aux environs de 8 heures que le commandant de la Brigade de gendarmerie arriva dans son bureau. Quand ses subalternes qui étaient de garde lui firent le compte rendu des événements de la nuit, il demanda qu’on fasse venir Bouba dans son bureau. Le lieutenant bedonnant dans son uniforme étriqué était assis derrière un large bureau. Il se redressa dans son fauteuil grinçant, mit les coudes sur le bureau et noua les deux mains à hauteur du visage. Il fixa sur Bouba des yeux ensommeillés et commença à le questionner. Celui-ci lui apprit qu’il était le préfet d’une circonscription du sud du pays et qu’il avait profité du week-end pour venir rendre visite à ses parents au village.
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Je suis obligé de vous retenir ici le temps d’en référer à mes supérieurs, articula le gendarme sans lever les yeux du cahier dans lequel il griffonnait rapidement des notes.
Je comprends, répondit Bouba. Il faudra peut-être placer le corps à la morgue.
Le chef des gendarmes héla un de ses hommes et lui ordonna d’installer Bouba dans une salle et d’organiser l’expédition du corps à la morgue. Le jeune gendarme fit signe à Bouba de le suivre et le conduisit dans un bureau désaffecté où la chaise et la table étaient couvertes de poussière. Il ouvrit les volets et s’excusa de l’état peu accueillant de la pièce. Il sortit et appela un préposé au nettoyage pour venir essuyer la chaise et la table. Bouba s’y installa quand le bureau fut passablement propre. Il s’assit un court instant puis se leva pour tourner dans la pièce et jeter un coup d’œil à travers la fenêtre. Des jardins potagers s’offraient à sa vue. Une vieille dame était occupée à désherber des planches d’oignon et d’ail. Un peu plus loin, un jeune homme, les jambes écartées à cheval au-dessus d’un drain, projetait des gerbes d’eau à l’aide d’une calebasse. Bouba se remémora l’époque où, jeune garçon, il arrosait le matin de bonne heure les planches d’oignon de sa grand-mère avant d’aller en classe. Il se demanda combien de temps il serait retenu par les gendarmes. Il était dans l’impossibilité de téléphoner car les gendarmes lui avaient refusé tout contact téléphonique. Dans la précipitation, il avait
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abandonné son téléphone portable dans sa chambre au village.
Bouba fut tiré de ses pensées par deux coups secs à la porte. Il se retourna ; un autre jeune gendarme avait ouvert la porte sans attendre sa réponse. Celui-ci posa sur la table une assiette contenant des galettes, une cafetière et un bol en plastique. - Le commandant de brigade vous envoie le petit déjeuner, annonça-t-il. - Merci beaucoup. C’est gentil de sa part, dit Bouba.
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Le lendemain soir, le Groupe des musulmans pour la Shari’a envoya une expédition punitive dans le village de Sori-Wèrè. Guidés par le rescapé de l’opération ratée, les combattants se dirigèrent droit vers la famille de Bouba. Plusieurs hommes déboulèrent dans la cour au moment où hommes et femmes étaient rassemblés autour de deux plats différents pour le dîner. Ils ouvrirent le feu et toutes les personnes présentes dans la cour furent décimées. Quelques-uns des assaillants pénétrèrent dans des chambres et s’emparèrent des biens qui leur tombèrent sous la main.
Dans une chambre éclairée par une lampe-tempête posée sur une chaise, un assaillant aperçut un bébé dans le lit, en train d’agiter joyeusement ses bras et ses jambes. Instinctivement, il épaula son fusil mais ne parvint pas à appuyer sur la gâchette. Le petit garçon de quelques mois poussait des gazouillements et souriait, indifférent à la mort qui pouvait jaillir du museau de l’arme pointée sur lui. Le combattant resta interdit un court instant. Il
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