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La mort dans l'âme

De
161 pages

Les arbres résistent mal aux tempêtes. Les vieux n'aiment pas être déracinés. Regrouper en un même lieu des arbres et des vieux relève de l'inconscience. Citadin impénitent, Anatole Steinbach ne résiste pas à son transfert dans une maison de retraite.

Publié par :
Ajouté le : 15 juin 2011
Lecture(s) : 132
EAN13 : 9782748102925
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La mort dans l’âme
© manuscrit.com, 2001 ISBN: 2748102932 (pour le fichier numérique) ISBN: 2748102924 (pour le livre imprimé)
Emmanuel Hirsch
La mort dans l’âme
ROMAN
J’ai peutêtre un peu exagéré. Non ! Après tout, ils l’ont bien cherché. Ils ont eu tort de transplanter un vieil arbre comme moi ! J’ai bien fait de donner un coup de pied dans la fourmilière. Un beau feu d’artifice, cela n’a jamais fait de mal personne. Un bel incendie non plus ! A mon âge je n’aspire qu’à deux choses : un peu d’espace vital et la PAIX ! J’étais bien rue des Arque busiers, tout simplement bien. Trop bien ! Je ne de mandais rien à personne. Les Trinquemal ne m’ont pas laissé le choix. Les immondes ont profité de mon hos pitalisation pour liquider mon appartement. Sans do micile au sortir de l’hôpital, ce fut un jeu d’enfant de me déporter dans ce cloaque à vieillards. Je ne suis pas dupe du nom dont il est affublé : « Le Jardin des Hes pérides ». Tu parles ! Cejardinn’est qu’un camp d’en traînement à l’éternel repos. Moi, le citadin impénitent, je m’étiole dans cette banlieue pourrie. Allons, du nerf Anatole ! Tu ne vas pas abdiquer devant les pissefroids. Tu n’es pas fait du bois dont on fait les victimes. Je ne suis pas vaincu. Qu’on se le dise bonnes gens !
Je vais fonder une association de défense des vieux déportés en maison retraite. Je la baptiseVieuxEn Révolte, le « V.E.R. ». La Piana sera verte lorsqu’elle lira l’avis de constitution de l’association dans les an nonces légales deL’Alsacien Indépendant. Je vois d’ici sa tête quand elle découvrira que son havre à croulants abrite le siège social du « V.E.R. ». Le V.E.R est dans le fruit. Tout est dit. Je m’aime bien ce matin.
Bon, assez grogné ! Il est trop tard pour commen cer à peindre. Jetons un coup d’œil sur le livre que m’a
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La mort dans l’âme
offert Suzanne. Je vais l’assaisonner d’un peu de Bee thoven. Un bouquin et un peu de musique suffisent à mon bonheur.
Ce petit roman policé m’ennuie. A quoi bon perdre mon temps à subir les rêveries minuscules d’un autre alors que j’ai du mal à réfréner ma propre imagi nation ? Pon pon ponponpon, la quatrième de Beethoven égrène ses coups d’archers toniques. Oui à la sympho nie, non à la lecture. Pip, pip pipipipipipi, et roum et roum roumroumroum, sacré Ludwig, tu as joliment torché ta symphonie. Je sais bien que des médisants de mon entourage prétendent que, sourd, tu as passé ta vie à croire que tu faisais de la peinture. Merci pour les aveugles, tes « peintures » sont superbes. Pom pom zip zip, pizzicato pizzicati. Sourd ou pas tu as du génie. Tu aurais fait un tabac au téléthon. «Chers téléspectateurs, aujourd’hui, Arthur Delafeuille est allé à la rencontre d’un compositeur sourd, Monsieur Louis Bêtauvan t. C’est bien çà Arthur ? En effet JeanMarie, je suis à Vienne auprès de Monsieur Ludwig Van Beethoven. Monsieur Beethoven est non seulement malentendan t mais aussi allemand. C’est pourquoi je remercie Herr Herman Rhin gard, le rédacteur en chef du Staatskapell Zeitung, d’être à mes côté s pour traduire les questions que vous voudrez bien poser à Monsieur Ludwig… Arthur, Arthur, Pardonnezmoi de vous interrompre, mais il faut que je passe l’antenne à Graziella Fildefer qui est, je crois, en com pagnie d’un danseur culdejatte…» Quand la télé est en panne de sujets racoleurs, elle inflige au bon peuple une soirée de bonne conscience. C’est revigorant de voir plus malheureux que soi. Le public adore çà. Mon petit incendie ne pèse pas lourd à côté de la sacrosainte télé. Je ne ferai pas beaucoup d’audience. Je le sens. Qu’importe ! Je n’ai pas mis le
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Emmanuel Hirsch
feu à l’annexe pour passer à la télé mais pour empoison ner la Piana.
Zoum zoum tarata ta ta zip zip. Boum pata boum. Des coups sourds frappés à contretemps ? Un élé phant ivre prendraitil ma porte pour un baobab ? Le temps de retrouver mes chaussures en villégiature à deux pas d’ici et me voici à pied d’œuvre.
Incroyable ! Monsieur l’Inspecteur de la Police Criminelle Derrick en personne est planté devant ma porte. Non content d’encombrer toutes les chaînes de télé, voici qu’il fait des heures sup. dans nos couloirs. L’inénarrable Harry ne l’accompagne pas. Ce n’est pas un gag. C’est un vrai flic tout aussi dénué d’humour que le personnage original. J’attaque la conversation le plus courtoisement du monde. « A qui aije l’honneur ?  Commissaire Lefuret, Lefuret en seul mot, bonjour Monsieur Steinbach, pourriezvous m’accor der un entretien ?  Pour quel journal ?  Je ne trouve pas ça drôle, Monsieur. Je suis commissaire de police. Compte tenu du caractère dé licat de l’affaire, Monsieur le Procureur de la Répu blique m’a demandé de prendre personnellement en main l’enquête concernant l’incendie criminel d’hier soir. J’aimerais vous entendre à ce sujet. J’ai la cour toisie de me déplacer, et ce un jour férié, pour vous évi ter, par égard pour votre âge, la peine de vous déplacer jusqu’à la rue de la Nuée Bleue. Je vous serais recon naissant de bien vouloir respecter ma fonction.  Vous ne perdez pas de temps. Les cendres de l’annexe sont encore tièdes que déjà vous frappez à ma porte. C’est pour le moins surprenant. Nous sommes quelques vieillards et une collection de vieillardes à nous
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La mort dans l’âme
racornir dans ce mouroir doré. Pourquoi suisje parmi les premiers de votre liste ? Mon nom ne commence ni par un A, ni par un Z. Mon clapier ne porte pas le nu méro 1. Aije été tiré au sort ? J’aimerais comprendre.  Monsieur Steinbach, je n’ai pas de compte à vous rendre. En premier lieu je vous rappelle que je mène mon enquête comme je l’entends et non selon vos di rectives. En second lieu, rien ne vous autorise à croire que vous êtes le premier.  En troisième lieu, moi je parie que c’est la Piana qui vous a susurré mon nom au creux de l’oreille.  Pardon ?  Je crois que vous n’êtes pas chez moi par hasard mais à la suite d’une dénonciation malveillante.  Le problème n’est pas là. Je suis là pour en quêter et j’enquêterai. C’est un miracle s’il n’y a pas eu mort d’homme. Les dégâts sont énormes. Les premiers éléments de l’enquête laissent entrevoir une origine cri minelle à cet incendie. Dans la mesure où vous n’avez rien à vous reprocher, je ne vois pas en quoi le fait d’être interrogé parmi les premiers vous heurte.  Ben voyons ! Si vous pensez que je crois que vous êtes ici sans un coup de pouce de la Piana, vous me prenez pour une bille. Enfin, ne nous énervons pas. Si vous n’avez rien de mieux à faire, entrez. Asseyez vous, je vous en prie. Je présume qu’il serait vain de ma part de vous proposer quelque chose à boire. «Jamais pendant le service» comme on dit dans tous les bons polars, n’estce pas ? Que voulezvous savoir ?  Tout.  C’est tout simple. Hier soir je me suis couché plus tard que prévu. Je m’étais un peu attardé en ville après avoir passé l’aprèsmidi chez ma nièce. J’étais sur le point de prendre une «larme de Morphée», c’est ainsi que le général appelle les somnifères, lorsque des si rènes ont gémi sur tous les tons. Je ne fais pas la dif férence entre les pimpons des pompiers et les pompins des ambulances. De toute façon, j’ai de bonnes raisons
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