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La part du hasard

De
123 pages
Elohim croyait bien faire, Django devenait amnésique, Paulette en oubliait sa famille, le commissaire Le Bihan rêvait d'une médaille et Drasah tombait de haut.Une galerie de personnages que le hasard n'épargne pas ponctue ce recueil de 10 nouvelles d'hier, d'aujourd'hui et de demain. En suivant le chemin du hasard, Yannick Lorgeoux nous fait partager des tranches de vie, des moments d'émotions subtils et délicats. Employé d'administration, Yannick Lorgeoux signe avec "La part du hasard" un recueil de nouvelles touchant à l'atmosphère poétique.
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Titre
La part du hasard

Titre
Yannick Lorgeoux
La part du hasard
Nouvelles d'hier à demain
Nouvelles
Éditions Le Manuscrit
























© Éditions Le Manuscrit 2008
www.manuscrit.com

ISBN : 978-2-304-00606-3 (livre imprimé)
ISBN 13 : 9782304006063 (livre imprimé)
ISBN : 978-2-304-00607-0 (livre numérique)
ISBN 13 : 9782304006070 (livre numérique)

6.





A Céline et Lola Sanoudjé 8

.

UNE IDÉE SIMPLE
Mourir pour des idées, l'idée est excellente.
Moi j'ai failli mourir de ne l'avoir pas eue.
Georges Brassens


Il n’avait jamais dit à personne ce qu’il avait
vu ce jour-là, devant le moulin. Il n’en était pas
à son premier coup d’essai, mais cette fois, il en
était resté perplexe. En revanche, tous avaient
perçu le trouble qui l’avait envahi et Ishvara,
avec son espièglerie coutumière, s’en était
beaucoup amusé. Il l’avait chahuté, aidé de son
compère Shiva. Leur intervention avait quelque
peu agacé Elohim mais celui-ci avait rapidement
pris conscience que cela détournait l’attention
de chacun de l’origine de son émoi. Comme à
chaque fois qu’il se sentait perdre contenance,
Elohim avait rajusté sa toge blanche qui glissait
de son épaule et s’était éloigné sans prononcer
un mot.
Non, il n’avait rien dit à personne. A vrai
dire, il n’entrait pas dans son intention de
9 La part du hasard
cacher ce dont il avait été témoin, mais il ne
savait comment l’annoncer. Et tant que durerait
ce mutisme qui, par la force des choses, devrait
cesser, les choses continueraient d’évoluer. Le
Maître ne lui pardonnerait pas son
outrecuidance et Elohim en était tout à fait
conscient. Ses pensées étaient focalisées sur les
divers moyens avec lesquels il pourrait
annoncer la nouvelle au Maître. Il y pensait sans
cesse et savait que le Maître n’aimerait pas
apprendre qu’il avait outrepassé ses droits en
jouant à l’apprenti sorcier. Pourtant, bien que
profondément inquiet, Elohim était fier du
résultat. Celui-ci indiquait indubitablement qu’il
avait réalisé de sérieux progrès. Mais cela ne
constituait pas pour autant un argument
recevable, capable de convaincre le Maître de
faire preuve d’indulgence. IL n’accepterait
aucun compromis. IL était le Maître et en vertu
de cette qualité, nul autre que lui ne pouvait
faire usage de ses pouvoirs. Dans
l’ordonnancement général, chacun se devait de
respecter sa place. Elohim ne devait pas et
n’avait pas à user de ses aptitudes, aussi
brillantes fussent-elles. A l’instar de bon
nombre de ses coreligionnaires, Ishvara, Shiva,
Quetzalcoatl ou Teutatès, il était un disciple du
Maître. Bien qu’Elohim fasse figure d’élève
sérieux et discipliné, voire même austère, au
milieu des autres qui préféraient le
10 Une idée simple
divertissement et la légèreté d’une vie facile, il
n’en était pas moins astreint à respecter la règle.
Il est vrai que le pouvoir du Maître était
incommensurablement supérieur à celui de
l’ensemble des disciples réunis. Normal, IL était
le Maître. C’est la raison qui poussait Elohim à
chercher une solution tout autant acceptable
pour le Maître que pour lui. IL finirait aussi
sûrement qu’immanquablement par savoir ce
qui s’était passé, et ce, plus tôt que tard. Le
Maître savait tout. Et quand IL ne savait pas, IL
devinait. Le Maître était omniscient. L’angoisse
du moment de vérité torturerait Elohim depuis
le début. Ce qui en soi était stupide, plus il serait
sujet à l’angoisse, mieux le Maître parviendrait à
deviner la vérité. Elohim aurait alors le devoir
de justifier sa conduite et le Maître lui
infligerait, dans l’instant, une sanction à la
hauteur de sa faute. Au mieux il détruirait tout,
au pire il exilerait le pauvre Elohim. Le Maître
était intransigeant.
Elohim s’employa à partir de ce moment à
éviter tout contact avec le Maître, tout
comportement qui pourrait laisser penser qu’il
avait eu une conduite fautive. Il évita ses
regards, se tint au dernier rang dans la grande
salle des audiences, fuyant aussi discrètement
que possible toute tâche qui eût pu le conduire
auprès du Maître. Mais il sentait qu’il ne
pourrait pas résister longtemps. A chaque
11 La part du hasard
décade, le Maître convoquait tous ses disciples
pour évaluer leurs progrès. Elohim devrait
évidemment paraître devant lui. Il ne lui restait
que peu de temps. Comme à son habitude, d’un
geste tout à fait naturel qui ne trahissait en rien
son trouble, il ajusta sa toge.
Ainsi qu’Elohim le craignait, le Maître ne
tarda pas à découvrir le pot aux roses. Sa colère
fut à l’aune de la faute et entendue dans tout le
sanctuaire. La voix puissante déferla à travers
les bâtiments, les couloirs, vastes comme des
avenues, ricochant sur les angles en prenant
encore plus d’ampleur, glissa à travers les
jardins effeuillant au passage roses, camélias et
marguerites, pénétra dans le moindre recoin,
tétanisant chaque disciple dans sa cellule,
arrêtant le cours du temps et figeant les
éléments dans l’instant.
– Elohim ! Qu’as-tu fait !
Le grondement fut terrible. Elohim en fut
soulagé. Il pouvait enfin affronter son destin.
Sans attendre, il prit le chemin de la grande salle
où le Maître ne pouvait que l’attendre. Il était
serein et son pas paradoxalement léger le
conduisit à travers le dédale de couloirs et de
jardins du sanctuaire. Sur son passage, ses
coreligionnaires, intrigués autant qu’inquiets, lui
emboîtèrent le pas au fur et à mesure qu’il
passait devant les cellules. Il pénétra ainsi dans
la grande salle des audiences, à la tête d’une
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