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La petite vie d'un grand écrivain

De
113 pages
« La petite vie d’un grand écrivain » est l’histoire d’un homme en panne d’inspiration , et surtout, en panne de vie. Hervé Persolier a trouvé le remède contre le premier mal : il a recours aux services d’un nègre. Il ne peut rien contre sa vie qui se délite. Le sens de la vie lui échappe d’autant plus qu’il souffre d’une terrible maladie. De dérives en déboires, de déboires en errances, sa quête d’identité se confond avec sa volonté de retrouver l’auteur qu’il fut. Plus il se cherche, plus il se perd parmi sa famille, le milieu littéraire, le cénacle télévisuel…Ce premier roman dresse autant le parcours d’un homme en déliquescence, que d’une société en quête de sens.
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La petite vie d’un grand
écrivainJean-Baptiste Levey
La petite vie d’un grand
écrivain
BIOGRAPHIE (FICTION)' Editions Le Manuscrit, 2003
ISBN: 2-7481-3079-0 (pourlefichiernumØrique)
ISBN: 2-3078-2 (pour le livreimprimØ)PROLOGUE
C Øtaitunlundiouunmardi,maiscelan aaucune
importance. Mon professeur de philosophie donnait
un cours sur l Art. Le propre de l artiste, disait-il,
c’estqu ilcrØeuneœuvreunique,nonreproductible
selon des normes calibrØes. L artisan, au contraire,
peutrØpliquersonouvrage. JemesuislevØ,j aisaisi
une craie et j ai improvisØ un gribouillis sur le ta-
bleaunoir. Leprofesseurm ademandØcequejefai-
sais. JeluirØpondisquejeconcevaisune uvred art
puisquenulnesauraitproduireundessinexactement
identiqueaumien. SanssedØmonter,ilencha naque
l’Artdevaitavoirunsens,cequin’Øtaitpaslecasen
l’occurrence. Je n en dØmordis pas : « Le simple
fait que vous ne puissiez pas reprØsenter la mŒme
chose donne un sens à mon travail, c est le symbole
demasingularitØ. Sions imaginequeleresteduta-
bleaureprØsentelevide,endessinantcettelignebri-
sØe,j aiaffirmØmonindividualitØ exnihilo.Onpeut
voir l une mØtaphore de la naissancenaturelle,spi-
rituelle, philosophique, intellectuelle ou tout ce que
l’onvoudrabienimaginer. Lesensesttoutentierlà:
l’Homme arrache la Nature du nØant ». Muet pen-
dant trente secondes, le professeur hocha lentement
la tŒte. Il me dit que cela se tenait.
C est ça le problŁme : on donne un sens à tout,
même à n’importe quoi.
7Depuis dix ans, je cours derriŁre moi. Difficile
de n Œtre plus que mon ombre, m essoufflant à re-
trouvercettepartdemonŒtrequidØpassaitmonŒtre.
Mon malheur tient en un mot aussi futile qu essen-
tiel : l inspiration. Je produis des phrases justes.
Il me pla t à croire qu autrefois, je composais des
phrases vraies. Je suis devenu un technicien des
mots, un artisan qui se voudrait artiste. Je cherche
enmoicettepassionquimedØvoraitenpleinenuitet
guidaitmesmains. Naturellement. Jusqu l Øpuise-
ment physique. Il faut croire qu il en est en Øcriture
comme en amour, la passion d’un moment se trans-
forme trop vite en habitudes confortables. Finale-
ment,ilneresteplusquelamØcaniquedelasyntaxe,
de la grammaire, de l orthographe, mais rien qui ne
donnenicorpsnivieàl ensemble. Combiendonne-
rais-jeenØchangedudØbutducommencementd’une
Øtincelle de gØnie crØatif ! J ai l impression d avoir
ØtØ tout en continuant à exister. Je contemple ma
dØchØance de l intØrieur, prisonnier de mon corps,
Øtranger mon me.J’essaieetlesimplefaitd’es-
sayer me condamne à l Øchec. L’Øvidence ne se dØ-
crŁtepasparordonnance. L’inspirationnesedØcide
pas à coups de tentatives auto-suggØrØes. En mŒme
temps que j’aligne les mots comme autant de pon-
cifs,jemerendscomptequedØcidØment,ilvafalloir
9La petite vie d un grand Øcrivain
que je me fasse à l idØe d Œtre un homme qui Øcrit.
Et non plus un Øcrivain.
Lapageblanche,cetespaceviergeàdØfricher,ce
rien qui donne naissance à un univers, mon univers.
L’infinitØdespossiblesestàportØed’imagination,il
n est plus à portØe de mes mains. La page blanche
est dØsormais mon ennemi. C est un trou noir qui
ne s Øclaire pas, une agonisante qui crie sa misŁre à
mesure que j Øchoue à l Øcrire, un silence bâillonnØ
par mon impuissance, un Absolu g chØ.
J ai essayØ de mettre fin à ce calvaire, à cet ac-
couchement qui ne conna t ni fin ni finalitØ. J ai
voyagØ pour me ressourcer. Londres, Barcelone,
Berlin, Florence, Prague, Saint-Petersbourg, Pondi-
chery, Katmandou, Rio, Chicago etc. Rien en moi
n a changØ. J ai seulement vu des paysages dif-
fØrents, des coutumes diffØrentes, des gens diffØ-
rents. Aucune Øtincellene m aØbloui, aucune rØmi-
niscence mystique ne m a extirpØ du rØel. Si je me
levaislanuit,c Øtaitàcausedeschangementsclima-
tiques incessants qui finirent par me rendre malade.
Je me suis alors rendu compte qu un oiseau Øtait un
oiseau quel que soit l endroit de la planŁte oø je me
trouvais. Il ne tenait qu moi de faire de cet oiseau
unanimalunique. J aboutisàceconstatimplacable:
c estl Øcrivainquifaitsonenvironnement,nonl in-
verse. LacapacitØàrestituerlerØel,voireàletrans-
cender est intrinsŁque ; cinquante tours du monde
n y changeraient rien. Je suis rentrØ chez moi les
bras ballants, dØlestØ de tonnes d illusions.
A travers la vØranda, j observe les Øtoiles. TrŁs
vite, elles deviennent floues et je rØalise que je
pleure. La lumiŁre en pleine nuit existe mais hors
de ce monde, en des lieux inaccessibles, sauf par
l esprit. Comme j aimais capturer un morceau de
nuit et le raconter sur un bout de papier… Plus rien
de tout cela n est possible. L’encre de mon stylo
10Jean-Baptiste Levey
s’assŁche aussi vite que je me consume. Un trou
noir attire la matiŁre qui l environne. De la mŒme
fa on, j aspire le Beau dans un nØant indescriptible.
Au mieux je fabrique du bon. Le plus souvent,
j’arrache du bof, du mØdiocre.
Je me perds en incantations de ma propre per-
sonne. Je ne cesse de me regarder tandis que j ai-
meraismefuir. LenombrilismeappliquØauvideest
uneaporiequimecole lapeau.Jemecontemple
nerienfaire,jenefaisrienqu’àmecontempler.
Je suis comme un chat qui s’acharne à vouloir sai-
sirsa queue etqui finit pars’apercevoirqu ilne fait
quetournerenrond. LaquŒtenevautquesielleaun
semblantdesens. JesuisdevenulerØceptacledemes
aspirations,leplus-que-parfaitdemonconditionnel,
lepassØdØcomposØdemesimpØratifs. Horsmoi,je
ne vois rien. En moi, je ne sens rien.
S il est vrai que le plus illustre des poŁtes peut
se perdre dans les rimes les plus plates et que le
plus plat des poŁtes puisse crØer le plus illustre des
vers, alors il me reste encore un espoir. A moins
que ma parenthŁse enchantØe ne soit dØfinitivement
close,queceluiquejefusnesoitplusqu unsouvenir
enfermØ dans un passØ rØvolu. J ai peur. Je suis
effrayØ l’idØeden’Œtre jamaisqueceluiquej’ai
ØtØ. Al imaged unhommequiverraitsesmembres
le quitter un à un, je me mØtamorphose en un autre
quejenesouhaitepasdevenir. Lepireestleplussßr
alliØ du Mal qui m’envahit corps et bien.
Le ciel m a rendu malade. Le vertige de l espace
m’arenvoyØ,pareffetdemiroir,lesvestigesdemon
naufrage. Je ne cesse de me noyer dans un verre
d’eau-de-vie. Ma vie. Sans saveur, sans odeur, sans
couleur. Je suis transparent et si je rØflØchis, c est
l’image du dØsespoir que je renvoie. J aimerais ma-
gnifierlarØalitØ,l enroberderŒvesetdejouissances.
Je n arrive qu’à notifier mes manques, valider mes
11