La présentation au roi

La présentation au roi

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122 pages

Description

Rencontrer un roi, un chat, une ville, des conteurs du monde entier ou une coureuse de fond, peu importe. L’essentiel est dans la rencontre.

Certaines vies vous croisent, laissant en vous une étincelle pérenne ou un sentiment d’inassouvi. D’autres vont changer votre existence ou la marquer simplement d’un soupir, d’un parfum, d’une empreinte à peine perceptible.
Avec beaucoup de tendresse et non moins d’humour, l’auteur nous incite à entrer dans la surprise du quotidien, pour peu que nous décidions de changer le regard qu’on lui porte. Sur le seuil de notre porte ou à l’autre bout du monde, toutes les rencontres sont possibles.

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Date de parution 01 janvier 2017
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EAN13 9791031004426
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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DU MÊME AUTEUR LESEAUXVIVES-Portraits de femmes © Pascal GRAFF – Les Presses Littéraires 2017 ISBN : 979-10-310-0442-6
PAGE DE TITRE Pascal GRAFF
La Présentation auroi et autres histoires de rencontres Editions Les Presses Littéraires
LA PRÉSENTATION AU ROI -PROLOGUE Dans la nuit du 21 juin 1791, le roi Louis XVI quit te discrètement Paris en direction de l’est de la France. Il est attendu par des troupes dirigées par le marquis de Bouillé. Celui-ci a chargé son fils cadet de rejoindre le roi et d e l’escorter jusqu’à lui. Louis XVI est reconnu en chemin, et arrêté à Varennes. Jamais le jeune Bouillé ne rencontrerait le roi. Après le Premier Empire, les frères de Louis XVI so nt portés au pouvoir, mais Charles X est renversé par la Révolution de 1830. Il est le dernier roi de la famille des Bourbons directs, auxquels succède Louis-Philippe, de la bra nche cousine d’Orléans. Dès lors, les monarchistes français s’opposent en deux clans riva ux. Les légitimistes sont les partisans des descendants de Charles X, quand les o rléanistes défendent les droits du roi en exercice. Au sein de chaque famille aristocratique, le temps est venu de choisir son roi. Si l’on reste fidèle à la tradition, il est de bon ton d’at tendre une hypothétique Restauration, qui remettrait sur le trône un petit-fils de Charles X. Las de patienter, plus modernes ou plus réalistes, d’autres choisissent de se rallier au ro i Louis-Philippe.
LANUIT «Chevalier, chevalier ! Il se passe quelque chose au village ! » Dans l’obscurité, je me lève et me dirige vers la p orte de ma chambre. J’ouvre et me voilà face à Röhrig : « Que se passe-t-il, lieutenant ? – Du tapage, Monsieur, beaucoup de bruit, de l’agit ation. Il est arrivé quelque chose au village. – C’est lui, vous pensez ? » Le temps de rajuster mon baudrier, et tous deux nou s dévalons l’escalier. Arrivés dehors, aussitôt c’est l’époque entière qui nous to mbe dessus. Tout un peuple est là, grouillant, informe, doué de mille têtes. La nuit e st percée de centaines de torches, leurs lumières éclairent des visages hideux et font brill er les lames des faux. Il semble que tous les paysans des alentours se soient donné rend ez-vous ce soir à Varennes. Les bourgeois eux-mêmes ont quitté leur lit et tiennent la rue. Je m’approche d’un homme et le questionne : « Que se passe-t-il ? » Il me dévisage un instant, son regard est rempli de soupçons : « On a arrêté une grosse voiture qui venait de Pari s. On raconte que c’est le roi qui s’enfuyait. » Le roi. Il est arrivé donc, avec plusieurs heures d e retard. Je n’y croyais plus, je ne l’attendais plus. Et puis tout s’accélère. Les idée s tournent dans ma tête, mes pas vont dans tous les sens sans rien pouvoir décider. Les p ires mots me viennent à la bouche : « Le roi, arrêté, quelle horreur ! Nous sommes perd us, nous sommes foutus ! » Je me mets à courir, je vais vers le bourg, je fend s la foule. Röhrig me suit et me retient en même temps. Il m’empêche de sortir mon s abre : « Non, pas ici, ils sont trop nombreux ! » Nous parvenons à un attroupement, juste à l’entrée du pont. Au travers d’une fourche brandie, j’entrevois une charrette renversée, des m eubles qui ferment le passage et les gardes municipaux sont de l’autre côté. Nul espoir par ce chemin, il faut trouver un autre moyen de rejoindre le roi : « Vite, Röhrig, il faut rassembler les hommes et te nir prêts les chevaux. » Le lieutenant court vers le couvent où dorment les hussards, je regarde en arrière. Le pont bloqué, le village coupé en deux et le roi hor s d’atteinte. Une multitude bruyante et compacte s’est mise entre lui et moi, je voudrais t endre la main vers lui, lui offrir mon bras pour qu’il traverse le pont, mais des régiment s de piques et de bâtons se sont dressés entre nous. Cette plèbe jette à terre notre projet le plus beau, le plus majestueux qui soit, le voyage royal. Et je me retrouve là, la main posée sur le pommeau de mon sabre, complètement impuissant devant ces rustres. En proie au désespoir, dépité, je reviens sur mes p as, je veux retrouver mes soldats, monter à cheval, chercher un gué où traverser le co urs d’eau. Je dois rejoindre le roi, il compte sur moi. Après quelques minutes interminables, enfin le lieu tenant Röhrig réapparaît avec ses hommes, mal rhabillés. Je crie mes ordres et nous m ontons en selle. Nous avons pris avec nous des torches, nous devons coûte que coûte trouver un passage où traverser l’Aire, puis rejoindre le roi une fois sur l’autre rive. Ni les hussards ni moi ne connaissons le pays, nous progressons au hasard. Les bois et les taillis forment une masse impénétrable, nos feux sont insuffisants à nous montrer le chemin. La rivière elle-même est une frontière s ombre qui ne veut pas se laisser franchir. Nous n’avançons pas, nous ne passons pas, nous tournons en rond, nous
reculons. Mes hommes me suivent et me regardent, il s attendent des ordres : « Au village ! » La foule a encore grossi, nous ne sommes qu’une poi gnée. Nous ne pouvons rien tenter, le pont est toujours bloqué. Les évènements se cognent dans ma tête, je suis désespéré, je ne sais vers où diriger mon cheval. M a vue se trouble, un instant mon esprit s’égare. Il me semble que le bourg s’efface dans la nuit et que la lumière des torches s’arrête au pont. Le village de Varennes es t devenu un précipice hérissé de faux et de fourches et sa majesté est tombée dans ce piè ge. Je hurle et je disparais dans la nuit : « Sire, mon roi ! » Le vieil homme est assis dans son lit, au milieu de la nuit. Il a tendu les bras vers l’obscurité et ses yeux hagards cherchent dans le v ide. Son corps tout entier tremble, la sueur lui coule au long des tempes. Il se passe les doigts osseux sur le visage et se désole : non, la peur et le remords ne l’ont pas en core tué. Il se recouche, terrorisé, et remonte la couverture jusqu’à ses yeux, en marmonna nt : « Ce n’était pas ma faute ! »